A Oryon
Bonne lecture!
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Reese posa le verre de thé glacé sur le bureau. Finch lui fit un signe en remerciement tout en continuant sa conversation. Son regard fut attiré par une pochette marron posée sur le coin du bureau, visiblement ancienne. Aux mentions sur la couverture il devina que c'était un dossier de police. «Patricia Belcher» lut-il, suivi d'une date «Onze ans» calcula t-il, «sans doute un cold case» Il tendait la main pour soulever la couverture au moment où Finch raccrochait. Celui-ci remarqua son geste.
-«Je peux?» demanda-t-il en suspendant son geste
-«Oui bien sûr»
-«C'est un vieux dossier?» interrogea John en saisissant la pochette. Une photo imprimée était classée en premier, un visage jeune, de grands yeux verts, des cheveux bruns coupés au carré, un sourire un peu distant
-«C'est l'inspecteur qui me l'a confié, une affaire ancienne que son chef ressort parfois des tiroirs»
-«Une raison pour cela?»
-«Cette jeune femme était la filleule d'un politicien assez en vue à l'époque. Alors régulièrement il se trouve un journaliste qui s'intéresse à l'affaire et cherche un lien avec le parrain»
-«Mais il n'y en a pas?»
-«Aucun n'a jamais été trouvé»
-«J'en déduis que quelqu'un cherche à nouveau?»
-«En effet. Notre bon ami a pensé que je pourrais peut être trouver quelques pistes oubliées»
-«Avec tes tours de magie?» ironisa Reese. Il prit la photo et l'accrocha sur le petit panneau au mur installé à cet effet «Raconte-moi»proposa-t-il en s'installant dans le canapé avec son verre Finch pinça les lèvres
-«Je ne travaille pas, je ne fais que t'écouter» plaida l'ex agent avec un sourire charmeur
-«D'accord» concéda l'informaticien, tout de même un peu réticent, bien conscient de sa faiblesse. Il se tourna vers on ordinateur et ouvrit quelques documents «Patricia Belcher, née à Austin, son père était militaire, sa mère cantinière sur la base. Elle avait un frère ainé qui a suivi les traces de leur père et un frère plus jeune devenu agent portuaire. A l'époque elle venait d'obtenir son diplôme de fin d'étude et elle était venue ici pour entamer un parcours universitaire»
-«Mais pourquoi ici? Il devait y avoir des universités plus proches?»
-«Elle avait choisi un cursus de management et sciences politiques. Cela lui aurait permis de devenir chargé de communication avec une spécialisation»
-«Et de travailler avec son parrain?»
-«C'était sans doute une option. Mais je pense que Miss Belcher y voyait aussi l'opportunité de s'éloigner du cocon familiale»
-«Envie d'indépendance?»
-«C'est mon opinion et à dix-huit ans ce ne serait pas surprenant»
-«Non. Surtout si elle a grandi dans une base militaire» jugea Reese «Enfin ses parents ne devaient pas être très enthousiaste de la voir partir seule aussi loin»
- «Non mais comme elle était assurée de recevoir le soutien de son parrain… aide efficace d'ailleurs puisqu'il avait tout organisé. Le logement d'abord, en l'hébergeant dans un studio qui lui appartenait pas très loin de l'université, et le travail en lui trouvant un emploi à mi-temps dans une boutique de prêt à porter qui lui permettait d'assurer la vie quotidienne»
-«Et ses études»
-«Non ses frais de scolarités étaient réglés par ses grands-parents qui lui envoyaient un virement à chaque trimestre. Ils ont financés les études de chacun de leur petits enfants»
-«La situation était bien cadrée»
-«En apparence oui»
-«Donc Patricia arrive à New York où elle a dû être accueilli par son parrain. Il y avait un lien familiale avec lui?»
-«Non. Il avait fait la connaissance du père de Patricia à l'armée, ils avaient servis ensemble.»
-«Frère d'armes» commenta Reese
-«Ils avaient apparemment noués des liens solides. Chacun était témoin au mariage de l'autre et le père de Patricia est le parrain du premier fils de M Foster. A l'époque, il a été interrogé mais le jour du crime il était à Washington»
-«D'accord. Elle est alors installé dans un studio dans un quartier tranquille» repris Reese «Je suppose qu'elle a commencé les cours normalement et son travail… mais huit mois plus tard elle est retrouvée assassinée sans motif apparent…Ou est la faille?» interrogea-t-il
-« Et bien une première faille est apparue au bout de quatre mois. C'est le temps qu'il a fallu à Miss Belcher pour renoncer à ses études»
-«Pas très persévérante»
-«Ni très honnête» ajouta Finch «Lorsqu'elle a annulé son inscription, elle n'a pas prévenu sa famille. Elle a continué à prétendre aller à l'université et à percevoir les virements de ses grands-parents qui ne furent avertis de la situation que lors de l'enquête.»
-«Sa décision n'aurait surement pas été bien reçue par sa famille»
-«Ni ses nouvelles «habitudes» je pense. D'après les témoignages elle sortait beaucoup les derniers mois»
-«Ce qui aurait pu l'amener à faire quelques mauvaises rencontres?»
-«C'est possible. Mais il n'y a pas beaucoup de témoignages dans le dossier»
-«Et pas grand-chose d'intéressant sur l'agression» compléta l'ex agent en relisant les feuillets «Pas d'indice probant, pas d'ADN»
-«Pas d'effraction» ajouta Finch «Son agenda ne mentionnait aucun rendez-vous ce jour-là, il y avait une copie des deux dernières semaines dans le dossier»
-«Elle a donc ouvert délibérément à son agresseur. Soit elle le connaissait soit elle ne s'en méfiait pas»
-«D'après l'enquête elle n'avait pas beaucoup de connaissance ici»
-«Il y a le témoignage du concierge, de son employeur et d'une collègue. Celui d'une élève…»
-«Une jeune fille venant du même lycée pour suivre le même cursus. Probablement ce qui les avait rapproché alors qu'elle avait une année de différence. Miss Belcher ayant redoublé sa dernière année»
-«Il y deux autres témoignages, de barmans»
-«L'enquêteur de l'époque avait localisé les lieux qu'elle fréquentait le plus souvent»
-«Pas facile de localiser ce genres personnes onze ans plus tard»
-«J'ai essayé, pour que l'inspecteur Fusco puisse reprendre les interrogatoires de son prédécesseur s'il le souhaite»
-«Et ça donne quoi?
-«Le concierge est toujours en place. L'inspecteur l'avait d'ailleurs rencontré il y a six ans lorsqu'il a récupéré l'enquête»
-«Ce n'est pas dans le dossier?»
-«Non mais j'ai retrouvé le compte rendu dans le serveur. Je peux l'imprimer mais il ne contient rien de très différent du premier»
-«Et les autres?»
-«La boutique existe toujours avec la même propriétaire et la même employée. L'amie de Miss Belcher travaille en ville dans un bureau de placement. En revanche du côté des barmans, sur les trois établissements fréquentés par Patricia, le premier a fermé mais personne n'avait témoigné pour celui là. Le second a été incendié, l'enquête concluant à un accident, et le gérant de l'époque et témoin dans ce dossier est décédé quatre ans après les faits ce qui rend impossible l'actualisation de son témoignage. En revanche le troisième le bar existe toujours et le barmaid qui avait témoigné en est aujourd'hui le propriétaire. C'est à peu près tout» affirma Finch. Reese lisait le dernier feuillet relatant le crime
-«Sept coups portés sur le haut du corps dont deux mortels. Des marques de blessures défensives. Rien qui laisse penser à une agression, ses vêtements n'étaient pas dérangés» l'ex agent fronça les sourcils «traces d'abrasion au bout des doigts… bizarre»
-«Elle a pu se blesser en se débattant, il y eu lutte, le studio était en désordre…» Suggéra Finch. John hocha la tête, pas convaincu
-«Je suppose que vous avez retrouvé ses comptes?»
-«C'est possible»
-«C'est évident» insista Reese. Harold sourit et afficha le fichier
-«Il n'y a rien de suspect. Je n'ai pas trouvé de dépôt ou de virement sortant de l'ordinaire. Elle dépensait plus d'argent dans les clubs que dans les magasins mais ce n'est pas significatif»
-«Et ses relevés téléphoniques?»
-«C'est plus compliqué»
-«Même pour toi?»
-«J'ai retrouvé le relevé des appels qui d'ailleurs ne figurait pas au dossier. Mais la plupart de numéros appelés par Miss Belcher, peu nombreux au demeurant, ont changé de propriétaire. Je devais donc remonter la piste des différents titulaires»
-«Et au final?»
-«Les numéros correspondaient aux personnes de son entourage» Finch observa son écran «Ses parents, son frère ainé, ses grands-parents, son parrain, sa patronne, deux amies, dont celle de l'université. Il ne restait que deux numéros qui ne correspondaient à personne figurant au dossier. Je comptais les transmettre à l'inspecteur Fusco»
-«Ce n'était pas une agression au hasard, ni un vol. Peut être une mauvaise rencontre, mais l'attaque était préméditée» estima Reese. L'informaticien se tourna vers lui, surpris
-«Comment le sais-tu?»
-«L'assassin a pris beaucoup de précaution pour ne pas laisser d'indice, ou de traces ADN et il a ciblé ses coups. Il ne voulait pas juste la blesser» Il referma la pochette «Je suis sûr que la réponse est proche»
-«Dans ce cas l'inspecteur la trouvera facilement»
-«Hum» jugea Reese en se levant
-«Il est doué et avec les bonnes informations…» Compléta l'informaticien. John reposa le dossier au coin du bureau
-«Finch…»
-«Oui?» interrogea celui-ci en levant les yeux vers lui. L'ex agent se pencha pour l'embrasser tout en l'enlaçant pour l'attirer contre lui. Finch se leva pour suivre le mouvement de son compagnon
-«Harold…»
-«Oui?» répéta celui-ci, soupçonneux
-«C'est une vieille affaire…»
-«En effet…» Approuva l'informaticien avant un autre baiser
-«Actualiser de vieux témoignages… Lionel aura surement mieux à faire» continua John en ponctuant chaque phrase d'un nouveau baiser «D'ailleurs heureusement que tu lui as actualisé les infos... Sinon il aurait perdu encore plus de temps»
-«Sans doute…» Jugea Finch en s'efforçant de s'exprimer
-«Après autant de temps, ce genre d'enquête n'est plus ni dangereuse ni fatigante…» Remarqua John. L'informaticien fronça les sourcils, comprenant où son compagnon voulait en venir
-«John!» gronda-t-il en essayant de le repousser
-«Ca prendrait juste quelques heures» plaida Reese en resserrant sa prise
-«Pas question!» répliqua Harold
-«Et ça rendrait service à Lionel» continua l'ex agent, sans tenir compte de ses protestions et sans cesser ses provocations
-«Non!»
-«Harold…»
-«Tu es au repos John! AU REPOS!»
-«Et ce ne serait pas vraiment fatiguant»
-«Non! Et…» Finch chercha à nouveau à le repousser «Veux-tu bien cesser à la fin!» lança-t-il, énervé «Tes manœuvres ne te mèneront à rien, je ne cèderai pas!»
-«Harold, s'il te plait» chuchota John à son oreille, le faisant frissonner «C'est juste une petite balade, quelques discussions… et si tu ne me crois pas, viens avec moi… l'inspecteur et son technicien comme lorsque nous étions au motel»
-«Au motel nous n'avions pas le choix!»
-«J'avais adoré enquêter avec mes assistants»
-«Je ne…» Commença Finch avant que son compagnon ne le fasse taire
-«Tu avais aimé aussi!»
-«Je ne dis pas le contraire» concéda l'informaticien essoufflé «Si tant est que je puisse m'exprimer!» protesta-t-il
-«Ah tu vois!Ça pourrait être passionnant! Je ne te demanderai qu'une chose: ne tombe pas amoureux de ton collègue! J'apprécierai un peu de fidélité M Finch!»
-«M Finch n'est pas responsable des égarements de M Wren» ironisa l'informaticien
-«Bien alors je le surveillerai de près! On commence par quoi?»
-«Je n'ai pas dit oui!»
-«Tu as dit que tu aimais enquêter avec moi, c'est tout comme…»
-«John! N'essaie pas de me manipuler! Tu abuses de mes faiblesses»
-«Seulement pour la bonne cause. Tu es toujours partant pour aider Lionel»
-«Tu es… absolument déloyal!»
-«Une chance que tu m'aimes quand même!» gloussa John. Finch soupira et il l'embrassa à nouveau en réponse, sentant bien qu'il était prêt à céder
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John avait pris le volant et se dirigeait vers le centre-ville, sur le siège passager, Finch regardait défiler les rues d'un air mécontent
-«Détendez-vous patron, c'est juste une vieille enquête»
-«Je suis donc autorisé à aller sur le terrain» persifla l'informaticien pour se venger
-«Après onze ans la piste est froide» s'amusa Reese. Finch pinça les lèvres, vexé de sa réponse enjouée.
Il se gara devant l'immeuble où avait eu lieu le crime et ils observèrent un instant les lieux. C'était un des meilleurs quartiers de la ville et l'un des plus luxueux
-«Je gage que Patricia fut l'une des rares étudiantes à résider dans ces lieux» remarqua Finch «Aucun ne pourrait s'offrir une pareille location»
-«Non sauf à être logé ou financer par la famille» Ils gravirent les marches et pénétrèrent dans un hall noyé de plantes vertes de toutes tailles. Une seconde porte double munie d'un digicode se dressait devant eux. A droit, un guichet émergeait de la végétation. Reese sonna. La vitre coulissa quelques instants plus tard. Un homme d'une soixantaine d'années, assez corpulent et visiblement très myope, apparu, ajustant ses lunettes pour détailler les visiteurs
-«Messieurs?» marmonna-t-il. John se présentant, brandissant sa plaque de police usurpée
-«Vous êtes M Madsen?»
-«Oui. C'est un immeuble respectable ici inspecteur…» Commença celui-ci
-«Il ne l'a pas toujours été. Nous enquêtons sur le meurtre de Patricia Belcher»
-«Oh ça! C'est une vieille histoire!» Marmonna le concierge «J'ai rien à dire de plus qu'à l'époque!»
-«Vous n'aviez pas été très bavard» remarqua John «Pourtant ici vous voyez passer tout le monde»
-«Je ne suis pas toujours derrière le guichet» protesta l'homme «Après 20H je lève la surveillance. La nuit j'interviens seulement quand un résident a oublié ses clés ou n'est pas en état de se rappeler son code»
-«Et ça arrive souvent?» l'homme haussa les épaules
-«Pas tant que ça» marmonna-t-il «Juste quand il y a des jeunes»
-«Comme Patricia Belcher?»
-«Au début non. Mais au bout de trois quatre mois elle avait pris des habitudes, on ne la voyait plus tellement le jour! Et la nuit…»
-«Vous cessez votre surveillance»
-«Mais elle m'a réveillé une bonne douzaine de fois les derniers temps. Elle n'était plus vraiment apte à composer son code et la fille qui la raccompagnait ne le connaissait pas évidemment»
-«C'était toujours la même personne?»
-«Oui je crois. Enfin c'est vieux tout ça. J'avais rien d'autre à dire. On a jamais discuté de toute façon. Elle venait de sa province, ils n'ont pas grand-chose à dire ces gens là» Les deux associés échangèrent un regard
-«Et le jour du crime? Vous étiez présent?»
-«Oui bien sûr. Mais j'ai rien vu rien entendu comme on dit»
-«Vous n'avez vu entrer personne de suspectce jour-là?»
-«Non. Et je suppose qu'elle lui a ouvert parce que personne ne m'avait demandé d'ouvrir»
-«Et les jours précédents, vous n'aviez pas remarqué de visiteurs? Un évènement qui serait sorti de l'ordinaire?»
-«Non. Il ne se passe jamais rien ici»
-«Et qu'est devenu l'appartement?»
-«Ce sont les fils de M Foster qui l'occupent maintenant, enfin quand ils sont de passage à New York»
Reese le remercia, sentant qu'il n'obtiendrait rien de plus et il entraina son associé vers la sortie. Finch lui adressa un mince sourire un peu moqueur
-«Ce sera moins facile que vous le pensiez agent Reese»
-«On ne peut pas se décourager dès le premier interrogatoire M Finch!» en lui tenant la portière. Il contourna le véhicule pour prendre place. «Mais un encouragement serait bienvenu» ajouta t-il en se penchant vers lui. L'informaticien l'observa un instant puis se réinstalla au fond de son siège
-«Non» Affirma-t-il tranquillement. John lui adressa un regard surprit
-«Harold?»
-«Non» répéta celui-ci «Je n'étais pas d'accord et je ne le suis toujours pas» précisa-t-il
-«Alors pas d'encouragement?»
-«Non»
-«D'accord. Nous verrons cela ce soir»
-«C'est tout vu!» affirma Finch. Reese eu un sourire en coin puis démarra.
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Finch observait le magasin d'un œil critique. Il était lumineux avec ses nombreux miroirs. Une moquette épaisse étouffait leur pas. L'atmosphère était à la fois moderne et feutrée. Les vêtements proposés étaient de qualité mais dans un style très classique, des teintes pastel, neutres, les seules notes de couleurs vives s'affichaient au rayon des robes de soirées. Deux clientes déambulaient dans le fond du magasin, l'une d'elle sollicita la vendeuse, femme d'une quarantaine d'années vêtue d'un strict tailleur noir, qui lui répondit avec un sourire aimable. Une autre femme, la cinquantaine, arborant un même tailleur mais dans une version un peu plus chic, s'avança vers eux avec un sourire avenant. Reese reprit son rôle et exposa le motif de leur visite
-«Oh Patricia…» Murmura la femme « Je suis Julia Talbot, la propriétaire de ces lieux» précisa t-elle
-«Vous vous souvenez d'elle»
-«Bien sûr. Avec toute cette histoire comment oublier? Et au fond c'était une gentille fille»
-«Comment l'avez-vous connu?» demanda Finch
-«Je l'avais engagé à la demande d'une amie, sa marraine.»
-«Miss Foster?»
-«Oui. C'est une amie d'enfance. Elle m'avait dit que la filleule de son mari venait vivre ici pour poursuivre ses études et qu'ils allaient la loger dans un de leur studio mais qu'il lui fallait un petit boulot. J'avais besoin d'une vendeuse à mi-temps. A l'époque j'avais deux magasins et j'allais de l'un à l'autre, cela m'arrangeait. Elle n'avait pas d'expérience mais elle apprenait vite. Et puis mon amie m'avait dit que c'était pour financer ses études alors c'était une bonne action. Nous avons su ensuite que c'était ses grands-parents qui payaient en réalité et qu'elle avait dit ça pour que sa marraine lui trouve un travail, elle ne voulait pas chercher elle-même. Et elle ne voulait pas quelque chose de trop prenant non plus».
-«Pour garder du temps pour ses études?»
-«Au début certainement» jugea la femme «Ensuite c'était plutôt pour ses loisirs» ajouta-t-elle avec une moue dédaigneuse. «Elle refusait toujours mes offres quand je lui proposais quelques heures de plus le week end»
-«Mais c'était une bonne employée?» interrogea Reese
-«Oui je n'avais rien à redire. Elle avait un peu de mal à respecter les horaires mais dans l'ensemble tout allait bien»
-«Est-ce que vous lui connaissiez des relations? Un petit ami?»
-«Nous n'avions pas ce genre de conversation privée. Vous devriez plutôt discuter avec Emilie qui était sa collègue à l'époque. C'est la seule vendeuse qui me soit restée fidèle depuis 20 ans, vous avez de la chance» la femme se tourna vers le fond «Elle est libre justement, allez y messieurs»
-«Merci» approuva Finch. Ils se dirigèrent vers la vendeuse et Reese les présenta
-«Bien sur je me souviens de Patricia. Je l'avais, en quelque sorte, formée au métier. Elle n'avait pas d'expérience. Je l'avais aidé à s'adapter aussi, au début elle n'était pas très au fait du style vestimentaire du magasin» ajouta t-elle plus bas
-«Elle n'était pas habituée au standing de ces lieux?» suggéra l'informaticien
-«Non. Notre clientèle est d'un certain statut social. Mais elle s'est adaptée très rapidement même si ce n'était clairement pas ses préférences. Elle s'était habituée au tailleur maison et elle avait changé sa coiffure pour un carré classique plus adapté. Et au départ tout se passait bien»
-«Et ensuite?»
-«Et bien ensuite…» La vendeuse hésita, jetant un regard vers sa patronne qui s'occupait d'une cliente
-«Vous pouvez parler, il y a prescription» incita Reese
-«Disons que les deux derniers mois, c'était différent. Elle respectait toujours le code vestimentaire mais en se permettant quelques … fantaisies. Et le soir, comme elle se changeait dans l'arrière-boutique, j'avais pu constater une évolution dans sa façon de s'habiller et c'était un changement assez radical…Elle ne ressemblait plus du tout à la jeune fille sage qui avait été embauchée» la femme vérifia que sa patronne était toujours occupée et continua «Quinze jours avant le drame elle était arrivée un matin avec une nouvelle coiffure qui ne cadrait pas vraiment. Cela avait créée quelques tensions. Et son comportement avait changé aussi, elle manquait de concentration, de patience, elle était souvent en retard. Je pense que ce travail ne l'intéressait plus»
-«Et qu'en pensait Miss Talbot?»
-«Elle l'avait recadré plusieurs fois. Je pense qu'elle aurait fini par prendre d'autres mesures. La dernière fois Patricia s'était montrée assez insolente»
-«Elle était peut être influencée? Par un petit ami par exemple?»
-«J'ignore si elle avait un ami mais je sais qu'elle sortait beaucoup, presque tous les soirs à la fin. Elle me disait qu'elle avait rencontré des gens importants et qu'elle avait l'opportunité de changer de vie»
-«Elle vous a dit comment?»
-«Non. Je ne sais pas, elle m'avait juste dit un jour qu'elle envisageait son avenir sur papier glacé. Mais elle avait dû se rendre compte que je n'approuvais pas sa conduite alors elle me parlait de moins en moins de ces projets et une dizaine de jours avant le drame il y avait eu un incident…»
-«De quel genre?» la femme vérifia à nouveau que sa patronne était occupée
-«Un matin, elle était arrivée au magasin pour prendre son poste et elle était clairement toujours alcoolisée. Heureusement pour elle Madame n'était pas là. Je l'avais obligée à aller dormir dans l'arrière-boutique et j'avais géré seule le magasin. Je ne l'avais pas dénoncée, mais je lui avais dit ce que j'en pensais et cela ne lui avait pas plu. A partir de là, elle avait adopté une attitude très froide avec moi»
-«Elle aurait plutôt due vous être reconnaissante»suggéra Finch
-«Sans doute mais je pense qu'elle était trop accaparée par ses nouveaux projets. La vie ici l'avait changé»
-«En effet» jugea John, il posa encore quelques questions sans réellement en apprendre plus, puis ils saluèrent et quittèrent le magasin
-«Pas grand-chose de nouveau» estima Finch en reprenant sa place en voiture
-«Si ce n'est que la piste des mauvaises fréquentations se réchauffe»
-«Vous trouvez?»
-«Cette histoire de carrière c'est certainement issu de ses sorties nocturnes»
-«Je fais confiance à votre intuition agent Reese»
-«Et pour un encouragement?»
-«Non»
-«Vous êtes dur collègue!»
-«Si vous étiez moins indiscipliné vous n'auriez pas ce genre de problème» Reese fit la moue puis reprit:
-«Il est un peu propose que nous allions chercher le diner et nous irons au bureau de placementdemain matin» Il hésita puis posa la main sur celle de son partenaire «Tu n'es pas fatigué?» s'inquiéta-t-il. Finch sourit de son attention qu'il ne pouvait retenir
-«Tout va bien. Je te le dirais si c'est trop»
-«Alors on va chez Zhiang?»
-«D'accord»
-«C'est parti pour le poulet» affirma joyeusement Reese. Bear jappa et Finch leva les yeux au ciel.
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Même s'il avait soutenu le contraire, Finch ressentait un peu la fatigue. Depuis que John était convalescent le rythme de leurs journées étaient beaucoup moins soutenu et il songea qu'il s'était un peu trop habitué à ce calme relatif. Toutefois il ne voulait pas montrer, persuadé que son compagnon trouverait encore le moyen de se croire responsable de sa fatigue alors qu'au fond il était volontaire. Mais cela non plus il ne voulait pas l'avouer, John pourrait prendre cela comme un encouragement à reprendre leurs activités et l'informaticien ne voulait pas qu'il abrège sa convalescence, cette fois il resterait ferme!
Après un passage à la salle de bains il rejoignit son compagnon dans la cuisine où il avait soigneusement déballé les plats. John sourit en le voyant entrer
-«C'est prêt! Tu n'as qu'à t'installer» affirma t-il
-«Bear a déjà commencé à ce que je vois» constata l'informaticien en voyant le malinois se délecter du contenu de sa gamelle
-«Il avait faim. Et le poulet de Zhiang lui plait beaucoup»
-«Plus ou moins que celui du Budakan ?»
-«Hum. Difficile à dire. Et il y a aussi les petits plats de Stan en concurrence, le choix est épineux» Finch secoua la tête, désabusé
-«Tu sais que cela ne correspond pas à son régime alimentaire?»
-«Ce sont juste de petits ajouts…»
-«Qui se répètent régulièrement» John inclina la tête et lui adressa un sourire charmeur
-«Si je t'embrasse tu changes de sujet?» l'informaticien secoua la tête
-«Vous êtes irrécupérable agent Reese!»
-«Bon. Je vous aimerais un peu moins incorruptible M Finch!»
-«N'espérez rien en ce sens!»
-«Tant pis» jugea John. Saisissant la main de son partenaire, il ajouta «Je t'embrasserai quand même»
-«Ah oui? Je n'aurais pas deviné!» Ironisa l'informaticien. L'ex agent se réinstalla et continua son repas «Au moins est tu satisfait de ta journée?»
-«Plutôt oui, j'étais en bonne compagnie» affirma John «L'enquête n'a pas tellement avancée mais au moins on en sait un peu plus sur la victime»
-«Et tu en déduis?»
-«Que Patricia a abandonné son costume de petite fille sage dès son arrivée ici mais qu'elle avait sans doute envie de le faire depuis longtemps, mais qu'elle était un peu trop naïve et qu'elle a probablement fait une mauvaise rencontre. Qu'en penses-tu?»
-«Je me fie à ton expérience. Mais il est vrai qu'avec les informations recueillies sur Miss Belcher c'est une piste solide» approuva Finch «Mais si c'est un crime d'opportunité je crains qu'il soit compliqué de retrouver son auteur si longtemps après les faits»
-«Ça aurait été plus facile avec un crime passionnel, il y aurait eu des traces, des appels»
-«Le mobile est assez flou» remarqua l'informaticien
-«Nous en apprendrons peut être plus demain en allant dans cette boite où elle avait ses habitudes?»
-«C'est possible» approuva l'informaticien du bout des lèvres
-«Hum. Je n'aurais pas d'encouragement c'est ça?»
-«Non»
-«Mais j'aurais ton aide?»
-«Oui bien sûr»
-«Alors c'est l'essentiel» affirma John avec un sourire. Harold fixa son regard dans le sien et devant la confiance infinie qu'il y lu, il ne put s'empêcher de le lui rendre
Ils achevèrent tranquillement leur repas puis Finch alla s'installer au salon avec un livre, Bear à ses pieds. John rangea puis vint les rejoindre
-«Un thé?»
-«Pourquoi pas» approuva l'informaticien. Reese s'appuya contre le dossier et lui murmura à l'oreille:
-«Ou un chocolat?» Harold leva la tête
-«Hum…Chocolat!» répéta t-il avant de recueillir le baiser de son compagnon. Il l'entendit s'activer dans la cuisine quelques minutes avant de revenir s'installer près de lui. Il finit par s'allonger dans le canapé, la tête sur les genoux de son partenaire. Il n'avait pas besoin d'autre chose que lui pour être bien. Une heure s'écoula avant que Finch ne commence à s'endormir sur son livre. John le capta et se releva
-«Harold, tu devrais aller t'allonger dans ton lit!»
-«Ce serait plus sage» confirma l'informaticien en se massant la nuque. Il accepta l'aide de son partenaire pour se lever puis alla déposer son livre sur le bureau. John avait repris les tasses pour les ramener dans la cuisine. Il décida de les rincer dans l'évier pour les ranger. Finch s'avança au seuil de la cuisine
-«Je monte. Veux-tu que j'ouvre la porte du jardinet?»
-«Non laisse, je m'occupe de Bear, va te reposer»
-«D'accord» Harold vint l'embrasser «Bonne nuit» chuchota t-il. John sourit
-«Je ne tarderais pas» affirma t-il. Finch lui rendit son sourire mais ne répondit pas et se dirigea vers l'escalier, caressant le malinois au passage. Reese rangea puis emmena le chien faire une courte promenade. Au retour il monta à l'étage et se dirigea vers la chambre mais trouva porte close. Etonné, il actionna la poignée mais elle était visiblement fermée à clé
-«Harold» appela t-il doucement. Il sentit alors son portable vibrer et le consulta [Pas d'encouragement] lut-il «Harold!» protesta-t-il. Un nouveau message lui parvint [La chambre d'ami vous attends agent Reese. M Wren sera ainsi préservé de toutes tentations déplacées] John soupira. Il hésita un instant puis se résigna à rejoindre la seconde chambre, Bear sur les talons. Une fois couché il reprit son portable [Si je manque de sommeil ce sera votre faute patron] menaça-t-il
-[Vous serez autorisé à faire une sieste lorsque vous serez redevenu sérieux agent Reese]
-[J'espère que je serais mieux installé!]
-[Votre chambre est tout aussi confortable] envoya Finch, amusé. Il patienta mais le portable resta muet de longues minutes. Il était presque endormi lorsqu'il le senti vibrer. La réponse le toucha et il se sentit un peu coupable
-[Il n'y a pas de lieu confortable loin de toi]
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Finch s'éveilla au matin un peu contrarié de sa nuit. Il songea que Reese n'était pas le seul à avoir subi une punition. Il avait beau en être l'auteur, il l'avait subie tout autant. La présence de son compagnon lui manquait et il détestait se réveiller sans lui. Il se leva et alla jusqu'à la porte. Il l'ouvrit doucement et perçu les bruits familiers de la cuisine. Il décida de descendre sans attendre. Bear l'accueilli au pied de l'escalier et il se pencha pour le câliner. Se redressant il se retrouva face à son compagnon qui ne lui laissa pas le temps de dire un mot, son baiser trahissant clairement le manque, le besoin de le tenir contre lui. Finch en resta un peu étourdit mais John le tenait fermement
-«Ca c'est un bonjour»
-«J'avais deviné»
-«La prochaine fois j'évite de contrarier mon patron!»
-«C'est dans votre intérêt agent Reese» remarqua l'informaticien «Et le mien» songea t-il.
-«Alors dépêchons nous de régler cette enquête pour que je redevienne sage»
-«Abandonner et laisser faire l'inspecteur n'est pas une option je suppose?»
-«Non j'ai une occupation et une bonne compagnie, je les garde!» Finch secoua la tête, désabusé, et prit place à table. John le servi rapidement
-«Quel sera le programme aujourd'hui agent Reese?» demanda t-il d'un ton professionnel
-«Je propose que nous passions d'abord voir sa camarade de classe et ensuite nous pourrons nous rendre au bar encore en activité»
-«Je crains que nous ne trouvions porte close en allant trop tôt dans un endroit de ce genre» Remarqua Finch «Ou que le patron ne s'y trouve pas encore»
-«Que suggérez-vous collègue? Que nous allions au domicile du gérant?Il vous serait facile de le trouver»
-«Pourquoi pas?»
-«Mais j'aimerai quand même voir les lieux pour me faire une idée»
-«Dans ce cas attendons un peu avant de nous y rendre» suggéra l'informaticien
-«Il y a autre chose qui pourrait nous aider» jugea Reese
-«Laquelle?»
-«Identifier les deux numéros inconnus»
-«En effet»
-«Personne ne semblait lui connaitre de relation mais peut être qu'un de ces numéros nous renseignerait davantage à ce sujet»
-«Un petit ami caché?»
-«Nous n'avons pas vraiment de mobile pour le crime»
-«Et les relations humaines sont toujours une bonne piste» jugea Finch
-«La plus fréquente»
-«Je pourrais approfondir les recherches après la visite au bureau de placement?»
-«Bonne idée!»
-«Et…» Commença Finch mais il fut interrompu par la sonnerie du téléphone. Les deux hommes échangèrent un regard puis John alla décrocher
-«Nouveau numéro» annonça t-il un peu contrarié
-«C'était prévisible» remarqua son partenaire «Mais ce ne sera peut-être pas très long?» tempéra t-il
-«Ou je pourrais…» Commença John
-«Non!» le coupa Finch «Tu enquêtes avec ton technicien ou pas du tout!» il se pencha vers son compagnon «Et ce n'est pas négociable: je suis déjà trop généreux!» Reese soupira
-«D'accord patron! Mais je cède seulement pour éviter les représailles désagréables!» précisa-t-il
-«C'est cela oui» approuva l'informaticien d'un ton ironique. Il termina son assiette puis se dirigea vers le salon pour récupérer son portable. John le rappela:
-«Harold!»
-«Oui?»
-«Tu pourrais t'habiller?» l'interpellé fronça les sourcils
-«Un peignoir est un vêtement décent John!»
-«Décent? J'aurais dit suggestifmoi !»
-«Et bien évite de m'observer!»
-«Tu es sérieux?» protesta l'ex agent
-«Bien sûr. J'en appelle à ta raison» se moqua Finch
-«Dans ce cas disons que le numéro que tu appelles est hors service» répliqua John sur le même ton
-«Oh!» s'offusqua l'informaticien
-«Je vais promener Bear, cela me changera les idées» lança l'ex agent «Mais ce serait quand même plus prudent si tu avais revêtu ton armure à notre retour» ajouta t-il avant d'ouvrir la porte et de quitter la maison avec son chien
-«Encore faudrait-il que ladite armure soit suffisante» marmonna Finch songeant que ce n'était bien souvent pas le cas lorsque son compagnon était très motivé. Il prit tout de même soin de suivre son conseil dès qu'il eut identifié le numéro et contacté leur complice avec les premières informations. Il redescendit juste au moment où les deux promeneurs revenaient. Reese s'approcha et l'enlaça sans lui laisser le temps de réagir
-«Bon, je suppose que je vais m'en contenter puisque tu es décent?»
-«Et que j'ai du travail» compléta Finch dont le portable vibrait
-«Je me rattraperai» lui chuchota John. Il l'embrassa une dernière fois puis le relâcha pour le laisser répondre. Il se chercha une occupation et l'informaticien le vit disparaitre à l'étage avec son chien, tandis qu'il s'installait au salon. Deux heures plus tard, il les entendit revenir dans la cuisine pour préparer le déjeuner
Prévenu que l'enquête avançait rapidement, John garda le déjeuner au frais, jouant avec son chien dans la cour, et revint faire le service vers 13H lorsque son partenaire vint lui annoncer la fin de la mission
-«C'était du rapide» commenta John «On dirait que Lionel s'améliore» commenta t-il, taquin
-«Et l'agent Webster est très efficace» précisa Finch avec un mince sourire. La réplique fit disparaitre celui de Reese
-«Ah oui?» marmonna t-il
-«L'inspecteur avait prédit que c'est une bonne recrue»
-«Je ne vois pas pourquoi il a tant besoin d'un assistant» Jugea l'ex agent et Finch sourit de cette évidente mauvaise foi
-«Un peu de renfort peut s'avérer utile»
-«Admettons. Mais il ne faudrait pas qu'il devienne trop envahissant. Il discutait beaucoup avec toi pendant le barbecue»
-«C'est logique, tu accaparais l'inspecteur»
-«Il était présent à l'hôpital aussi»
-«Il nous rendait service» rétorqua l'informaticien de plus en plus amusé «Je te rappelle qu'il a secouru Bear» Reese pinça les lèvres devant cette affirmation qu'il ne pouvait réfuter
-«Jaloux» se moqua Harold
-«Toujours!»
-«Tu sais pourtant que M Finch est fidèle»
-«Oui mais les autres ne sont pas forcément au courant! Et lui fréquente plutôt M Wren qui lui n'est pas un modèle de fidélité» l'informaticien rit franchement cette fois, puis décida de recadrer la conversation
-«Puisque l'enquête est close, nous allons pouvoir reprendre nos investigations?»
-«J'ai hâte de trouver le coupable et de retrouver mes encouragements» répliqua aussitôt son compagnon
-«C'est très optimiste vu l'avancée de l'enquête»
-«J'ai un génie avec moi!» Finch se contenta de sourire
Ils se mirent en route une heure plus tard, laissant Bear veiller sur la maison en leur absence
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Le bureau de recrutement bourdonnait d'activité, envahi de jeunes gens plus ou moins intéressés par la visite. La secrétaire de l'accueil grimaça lorsque Reese demanda à voir la responsable
-«Il y a une journée spéciale découverte aujourd'hui nous sommes tous très occupés»
-«Ca ne prendra que quelques minutes» insista l'ex agent
-«Je vais voir» trancha la jeune femme. Elle revint quelques minutes plus tard avec la directrice qui se dirigea vers eux d'un air décidé et leur accorda une franche poignée de main
-«Allons dans mon bureau» intima-t-elle «Ce sera plus tranquille» elle les guida et les installa dans une petite pièce envahie de classeurs où il fallait se faufiler pour atteindre le bureau et les fauteuils «Ces journées découvertes sont terribles! «soupira t-elle en se laissant tomber sur son siège
-«L'année scolaire vient juste de s'achever» remarqua Finch
-«En effet. Ces jeunes sont des forçats, les recalés de l'année que leurs parents casent en classe de rattrapage en espérant des jours meilleurs à la rentrée, enfin en principe!» jugea-t-elle
-«Condamnés aux devoirs de vacances»
-«Voilà! Et certains parents pensent que l'armée peut être une bonne option pour leur progéniture en manque de résultat, mais sans vocation on ne fait pas de miracle»
-«Mais vous étiez à l'université Miss Tanner»
-«Oui et j'ai obtenu un diplôme en science politique qui ne me destinait pas à ce milieu, mais un coup de foudre et j'ai changé d'orientation. Cela m'a permis de me rapprocher de mon mari, sergent formateur. Et vous, vous en étiez inspecteur!» ajouta-t-elle en pointant le doigt vers l'ex agent
-«J'ai servi quelques années» répondit-il prudemment
-«Je m'en doutais. Il en reste toujours quelque chose»
-«Pouvez-vous nous parler de Patricia Belcher?» demanda John pour éviter un sujet sensible. La jeune femme se redressa dans son fauteuil
-«Nous étions de la même ville et ensemble en dernière année parce qu'elle avait redoublé. Quand nous sommes arrivées ici, je me suis dit que je ne serais pas totalement seule et ça me rassurait. Je devais retrouver une cousine aussi, on devait former un trio»
-«Mais ça ne s'est pas passé comme prévu?»
-«Non. Patricia a très vite montré du désintérêt pour les études. Pas juste pour sa filière, pour les cours en général. Finalement au bout d'un trimestre seulement elle voulait déjà arrêter. On a essayé de la dissuader mais elle avait pris sa décision. Quand je lui ai demandé ce qu'elle comptait faire elle est restée vague. Je me suis dit qu'elle voulait peut être se consacrer à son travail au magasin mais après j'ai compris que ça non plus ça ne lui plaisait pas. Mais avec le recul, je crois qu'elle ne me disait rien parce qu'elle craignait que j'en parle à ses parents. Elle m'avait supplié de ne rien leur dire, et surtout pas qu'elle avait quitté l'université, mais moi de toute façon je ne voulais pas me mêler de ces histoires. Ensuite je l'ai vu moins souvent puisqu'elle n'allait plus en cours, mais quand je la croisais je voyais les changements, elle était devenue complètement différente. Elle ne parlait que de ces soirées, des gens qu'elle avait rencontrés et qui devaient l'aider à faire carrière. Elle devait rencontrer un photographe, préparer un book…»
-«Elle n'a jamais cité de nom?»
-«Non jamais. Il lui est arrivé plusieurs fois de m'appeler à l'aide pour que je la ramène chez elle. J'allais la rechercher et je finissais par la mettre au lit parce qu'elle n'était plus capable de le faire. Parfois c'était ma cousinequi la recuperait»
-«Le concierge de la résidence nous a parlé de quelques retours mouvementés»
-«Ah oui, un vieux bonhomme désagréable. Enfin c'est vrai qu'à chaque fois il fallait le réveiller en pleine nuit. Mais Patricia était incapable de se rappeler son code. Sa consommation d'alcool devenait un vrai problème. La dernière fois que je l'ai vu je l'avais sermonné et elle n'avait pas apprécié. Surtout que j'avais évoqué l'idée de prévenir ses parents.»
-«Vous l'avez fait?»
-«Le lendemain elle m'avait appelé pour s'excuser. Elle m'avait dit qu'on se verrait bientôt et qu'elle me parlerait de ses projetsalors, j'ai accepté de lui laisser un peu de temps»
-«Elle n'a rien dit de plus?»
-«Non. Et après cela je ne l'ai jamais revu, une semaine plus tard elle s'est fait assassiner»
-«Elle ne vous avait jamais parlé d'un éventuel petit ami?»
-«A ma connaissance, elle n'avait personne depuis sa rupture avec un gars du lycée quand elle est partie pour New York»
-«Elle avait rompu à cause de la distance?»
-«C'était la cause mais c'est lui qui avait rompu en premier»
-«Et elle ne vous avait jamais fait part d'un problème? Quelqu'un qui aurait pu lui en vouloir?»
-«Rien du tout. Elle n'était pas du genre à se faire des ennemis. En revanche elle pouvait être très naïve et se laisser entrainer dans des histoires pas très nettes, ça c'était déjà produit, elle était trop influençable» la jeune femme soupira «J'ai toujours pensé qu'elle avait dû faire confiance à la mauvaise personne. Ce serait vraiment bien si vous pouviez enfin trouver le coupable»
-«Nous ferons tout notre possible» affirma l'ex agent
-«Désolée de ne pas pouvoir vous aider davantage»
-«C'est déjà beaucoup MissSpencer »
Les deux associés saluèrent et quittèrent les lieux en se faufilant entre les étudiants pour regagner leur véhicule. Reese prit quelques instants pour réfléchir
-«Si Patricia a fait une mauvaise rencontre, il y a fort à parier que ce soit dans l'un des bars qu'elle fréquentait. Sur son lieu de travail ça ne correspondrait pas»
-«En effet mais je crains qu'il ne soit difficile de retrouver ses anciennes fréquentations»
-«Et bien allons-nous renseigner à la source!» Jugea John en démarrant «Mais je suis persuadé que je réfléchirais encore mieux si j'avais des encouragements»
-«Oh certainement» approuva Finch, pas dupe
-«Mais je n'en aurais pas n'est-ce pas?»
-«Non» John soupira exagérément
-«Restez concentré agent Reese, sinon cette période de restrictions pourrait devenir vraiment très longue!» se moqua Finch
-«Et la perspective ne semble pas vous troubler»
-«Pendant votre convalescence, je suis le gardien de votre santé, c'est ma motivation»
-«Mais comment pensez-vous que je puisse guérir sans mes soins spéciaux?» ironisa l'ex agent
-«Il nous faudra nous fier aux soins traditionnelles» répondit Finch, impassible
-«Harold! Tu es trop têtu!» protesta Reese
-«Venant de toi je prends cela pour un compliment John» Cette fois l'ex agent garda le silence, frustré et l'informaticien retint un sourire.
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John gara son véhicule sur le parking, proche de la porte de service du bar. A cette heure il n'était pas encore ouvert mais le gérant devait surement déjà être présent pour préparer la soirée
-«Les techniciens attendent ici» intima Reese en saisissant le bras de son partenaire qui s'apprêtait à descendre
-«Et pourquoi donc?»
-«Parce que les lieux sont à la limite du fréquentable»
-«De jour cela devrait être correct» jugea l'informaticien
-«Finch…»
-«Vous m'avez invité à mener l'enquête agent Reese, alors je la mène!»
-«Pas dans les endroits "délicats"»
-«Vous n'aviez pas précisé!» Lança Harold en quittant le véhicule. Il claqua la portière et se dirigea d'un pas ferme vers l'entrée de la boite. Reese accéléra pour le rattraper
-«Décidément. Je ne pensais pas les techniciens aussi têtus! Cela devient récurrent»
-«La prochaine fois renseignez-vous mieux!» lança l'informaticien, l'ex agent pinça les lèvres mais ne répondit pas, ils étaient parvenus à la porte de service et un employé, sans doute un vigile au vu de sa carrure, s'avançait pour s'interposer. Il les laissa entrer sans difficultés en voyant la plaque de l'ex agent.
Même de jour, les lieux étaient sombres et vaguement enfumés. Ils semblaient divisés en plusieurs salles avec un immense bar en bois sombre en point central et une vaste piste de danse. Finch détaillait le tout, un peu mal à l'aise. Il toussa puis suivi son agent, stoïque, notant que John, lui, ne semblait pas perturbé, mais il connaissait ses capacités d'adaptation.
Reese avança vers un jeune homme occupé à essuyer des verres d'un geste mécanique.
-«Freddy Dixon ?» L'homme leva la tête puis désigna le fond de la pièce d'un signe du menton. Une silhouette féminine se détacha du comptoir et se rapprocha
-«C'est moi Freddy» elle se pencha vers l'ex agent et ajouta «Diminutif de Fréderica. Un problème?» demanda-t-elle en le fixant, visiblement méfiante
-«Non pas le moindre» rétorqua l'ex agent en faisant les présentations
-«La criminelle? J'ai rien à me reprocher, cette boite est clean»
-«Et elle ne nous intéresse pas. Nous enquêtons sur un crime ancien, le meurtre de Patricia Belcher» La femme eut un mouvement d'étonnement
-«A l'époque vous aviez témoigné» précisa Finch
-«Ouais» confirma la gérante «Mais c'est loin»
-«L'affaire n'est pas résolue» commença John. Ils furent interrompus par des bruits provenant de la scène toute proche où un groupe de musiciens s'affairait à installer divers instruments
-«Nous avons une soirée rock ce soir» affirma la femme. Reese fixa un instant les nouveaux arrivants et Finch le vit froncer les sourcils, visiblement interpellé, mais il revint rapidement à son interlocutrice, posant quelques questions basiques
-«Vous savez j'ai témoigné parce que c'était devenu une cliente régulière, au moins deux fois par semaine, mais j'en savais pas plus que ça sur sa vie privée»
-«Est-ce que vous l'aviez vu avec quelqu'un en particulier? Un petit ami?»
-«Non, elle n'était jamais accompagnée, il y avait juste une fille qui passait la récupérer quand elle avait forcé pendant la soirée. Ici elle s'était fait quelques connaissances, mais c'était juste un regroupement des habitués»
-«Ils fréquentent toujours le bar?»
-«Oh non, depuis le temps ils sont passés à autre chose, ils ont "grandi"» ironisa la femme «Et franchement, je ne peux pas vous donner de nom, dans le métier on connait beaucoup de visages mais très peu de nom»
-«Elle avait évoqué des projets de "carrière" avec une amie. Nous pensons qu'elle avait rencontré un photographe ou un chercheur de tête. Pensez-vous qu'elle ait pu le croiser ici?» Frederica fit la moue
-«Ouais, possible» elle hésita puis poursuivi «A l'époque le propriétaire était moins regardant. Quand j'ai repris l'affaire il y a sept ans j'ai fait le ménage, mais avec lui certains types avaient leurs habitudes, quelques coins réservés au fond dans une certaine partie de la salle. Le genre de types qui venaient ici pour repérer les jolies filles et les attirer en leur faisant miroiter des séances photos ou des contrats. Ils se vantaient de connaitre du monde et de pouvoir lancer une carrière dans le mannequinat, parfois le cinéma pour les plus inventifs»
-«Et c'était faux?»
-«Je n'ai jamais vu aucune des filles les ayant fréquentés devenir célèbres. Mais elles ne se faisaient pas assassiner non plus» constata la gérante «C'était plus une technique de drague et peut être que certaines ont fini par tourner quelques films mais d'un certain"style" si vous voyez ce que je veux dire»
-«Et vous avez vu Patricia avec ces types?»
-«Je l'ai vu plusieurs fois en leur compagnie dans leur"QG" mais si elle avait des projets avec eux… ça je ne suis pas au courant»
-«Et pour eux non plus vous n'avez pas de nom?»
-«C'est loin. Mais si vous cherchiez dans vos archives, il y a eu plusieurs descentes à l'époque et à chaque fois ils se faisaient embarquer»
-«D'accord, il doit y avoir des traces, nous feront des recherches. Merci pour votre contribution» affirma Reese
-«Pas de quoi. Vous avez l'air motivé. Et ce serait bien de trouver l'assassin de cette gamine. C'était une fille plutôt sympa mais elle n'était pas faite pour cette ville»
John salua puis ils quittèrent les lieux. Sur le parking ils croisèrent deux hommes qui les dévisagèrent attentivement. Finch leur adressa un regard perplexe et le plus grand lui sourit en retour. L'informaticien tressaillit lorsqu'il sentit le bras de son partenaire entourer sa taille d'un geste possessif pour le guider jusqu'à leur véhicule
-«John!» protesta-t-il en rougissant
-«Ce sont des clients du bar voisin alors je prends mes précautions!»
-«Du bar voisin?» interrogea Finch en se tournant pour voir «Et alors?» Reese ouvrit la portière et lui fit face
-«C'est un bar gay Harold» précisa t-il avec un sourire moqueur. L'informaticien devint cramoisi et monta rapidement dans la voiture sans oser se retourner pendant que Reese éclatait de rire. Il se cala dans son siège sans un mot. L'ex agent contourna le véhicule et reprit sa place, il lui adressa un sourire, le regard pétillant de malice puis se pencha vivement vers lui et lui vola un baiser
-«John!»
-«Je suis obligé de t'embrasser, tu rougis!»
-«La bonne excuse» marmonna Finch
-«Arrêt chez Stan pour le diner?»
-«Cela me semble une bonne idée»
-«Vous voyez que cette fois vous appréciez mes initiatives patron»
-«Parce qu'elles sont correctes et ne dérangent pas votre convalescence agent Reese!»
Celui-ci démarra en direction du restaurant.
Finch attendit dans la voiture pendant que John achetait leur diner. Il revint avec un grand sac qu'il déposa à l'arrière avant de reprendre sa place. L'informaticien leva à peine les yeux de son ordinateur, occupé par une recherche. Il ne se rendit compte du changement de destination que lorsque Reese gara le véhicule dans un parking. Il observa les lieux, surpris, et vit qu'ils étaient à l'arrière d'un hôtel
-Que faisons-nous ici?» Demanda-t-il, étonné. John quitta le véhicule sans répondre, le contourna et vint lui ouvrir la portière
-«Vous venez collègue?» Finch fronça les sourcils mais décida de la suivre «Laissez-moi vous guider collègue!»
-«Où m'emmènes tu?» demanda l'informaticien, méfiant
-«A l'hôtel. Il nous faut un logement pour la nuit» affirma John en prenant deux sacs à l'arrière
-«Pourquoi ne pas rentrer chez nous?»
-«Nous sommes en mission M Wren. Le logement n'est pas toujours assuré. Mais cet hôtel me parait convenable. Bien plus en tout cas que le motel lors de notre précédente mission commune!» Jugea l'ex agent en prenant le bras de son compagnon pour l'entrainer vers l'immeuble
-«John…» Commença Finch
-«Vous avez dit que vous me seconderiez pendant toute la mission» l'interrompit l'ex agent «Cela inclus le temps de repos»
-«Et Bear? »
-«Il a ce qu'il faut»
-«Je vois. Vous aviez préparé le terrain» Reese lui adressa un sourire charmeur
-«Je prends soin de mon assistant»
-«Je n'ai pas mes affaires!» protesta l'informaticien
-«J'ai votre trousseet votre traitement» contra Reese
-« Mais pas de vêtements! Je n'ai pas de pyjama!» Plaida Harold, stoppant sa marche, agacé. Le sourire de John s'accentua
-«Est-ce bien utile?» lui chuchota t-il à l'oreille. Finch rougit
-«Très!» répliqua-t-il «C'est… C'est une question de fidélité!» Reese eu un petit rire
-«Mais M Wren n'est pas fidèle!» se moqua t-il «Et je compte bien en profiter!» ajouta t-il en lui adressant un sourire malicieux. L'informaticien lui adressa un regard vexé mais le suivit lorsqu'il reprit sa marche et lui tint la porte. Ils se dirigèrent vers le comptoir où l'ex agent récupéra la clé de la chambre qu'il avait réservé discrètement un peu plus tôt
-«Une seule chambre évidement» constata Finch
-«L'hôtel est complet» rétorqua John en entrant dans l'ascenseur
-«Et je dois vous croire agent Reese?»
-«Bien sur puisque vous me faite confiance M Wren!» Parvenus au second, ils gagnèrent le fond du couloir «Après vous collègue!» affirma l'ex agent en déverrouillant la porte. Finch lui jeta un regard mécontent et entra dans la chambre. Il ne fut pas surpris de n'y trouver qu'un lit pour deux personnes «Alors c'est mieux que le motel?»
-«Et vous comptez dormir sur le tapis?»
-«Vous ne m'aviez pas laissé faire à l'époque et j'espère que ce sera toujours le cas!» rétorqua John. Il voulut l'embrasser mais Finch se déroba
-«Commençons par diner, nous aviserons ensuite» Reese se retint de rire et alla installer les plats sur la petite table disposée sur le côté après s'être débarrassé de sa veste et de ses chaussures. L'informaticien retira juste sa veste et s'installa gardant un air sérieux
-«Le repas aussi sera meilleur» remarqua l'ex agent «Et la nuit sans doute moins mouvementée. Pas de crime ici»
-«Bear n'étant pas avec nous, nous n'aurions personne pour les détecter le cas échéant»
-«C'est vrai» John l'observa un moment puis sourit. Finch fronça les sourcils
-«Qu'est ce qui vous fait sourire agent Reese?»
-«Rien d'important»
-«Hum…» Commença l'informaticien mais il l'interrompit
-«Nous avons vérifié toutes nos pistes, je crois que nous allons devoir trouver autre chose. Les archives peut-être?»
-«Il nous reste les deux numéros inconnus» Reese releva vivement la tête
-«Vous les avez identifiés?»
-«C'est bien possible» se moqua Finch
-«Je disais bien que j'étais assisté par un génie!» se réjouit l'ex agent
-«Le premier numéro est attribué à la même personne depuis quinze ans. Et cet homme n'a pas bougé depuis tout ce temps. Il n'a pas été très difficile à localiser»
-«Parfait! Et le second?»
-«Le second a été attribué à trois abonnés différents. J'étais occupé à approfondir la recherche lorsque nous sommes arrivés sur … notre lieu de"camping"»
-«Oh c'est plutôt luxueux comme camping» ironisa John «Et cet homme que vous avez localisé, vous avez des infosplus précises?»
-«C'est un homme de 48 ans, professeur dans un collège en ville et à première vue sans passé judiciaire»
-«Professeur…. Et de quoi?»
-«De musique. Il enseigne et il donne aussi des cours particuliers»
-«Intéressant!» répliqua l'ex agent «Est-ce qu'il ne donnerait pas de cours de guitare par hasard?». Harold lui adressa un regard perplexe
-«Son apprentissage concerne plusieurs instruments… pourquoi demandez-vous cela?»
-«A cause des traces d'abrasions sur les doigts de Patricia mentionnées dans le rapport d'autopsie»
-«En effet, cela pourrait être une explication»
-«Pour que ce soit bien visible, elle a dû suivre plusieurs cours et répéter chez elle. Donc elle a eu le temps de faire connaissance avec ce professeur et il aura peut-être des choses à nous raconter»
-«Les enquêteurs de l'époque n'avaient pas cherché aussi loin, cet homme n'a jamais témoigné» remarqua Harold «Cela ne peut que nous apporter des informations nouvelles»
-«Je sens que nous approchons du but cher collègue!» affirma l'ex agent, enthousiaste
-«Ce serait préférable pour vous inspecteur!» rétorqua l'informaticien
-«D'un autre coté….J'aime beaucoup enquêter avec mon technicien attitré»remarqua John. Finch lui adressa un regard méfiant. Reese tendit le bras et frôla sa main «Et profiter des périodes de repos avec lui….» Il se pencha davantage vers son compagnon «Il arrive que cela permette quelques rapprochements…» ajouta t-il avec un sourire suggestif. L'informaticien retira vivement sa main et le fixa, l'air sévère
-«Oubliez cela agent Reese! Il n'y aura aucun "rapprochement"!» affirma t-il
-«Vraiment? Peut-être pourrions-nous négocier un peu à ce sujet?» Tenta John en essayant de reprendre sa main, mais Finch se déroba
-«Non, c'est hors de question!» répliqua t-il. Reese fit la moue
-«Vous ne voulez pas me laisser une petite chance?» plaida-t-il avec ce regard tendre auquel d'ordinaire Finch était capable de résister. Celui-ci senti le danger et se redressa sur sa chaise
-« Il n'y aura ni rapprochement, ni négociationJohn» déclara t-il fermement. Enfin autant que possible car sa voix ne lui sembla pas aussi ferme qu'il l'aurait voulu et il redouta que son partenaire le remarque. Toutefois, s'il s'en aperçut, Reese n'en profita pas et se contenta de soupirer
-«D'accord cher collègue! Vous êtes dur en affaires!»
-«C'est parfois une nécessité» jugea l'informaticien, soulagé par la reddition de son compagnon, sachant combien il lui était difficile de lui résister parfois…même souvent!
-«Pour ce soir je n'en vois pas» remarqua l'ex agent
-«Mais nos points de vue divergent sensiblement ce soir agent Reese!» répondit son associé, puis ayant achevé son diner, il opta pour une retraite prudente. Il se leva et se dirigea vers la salle de bains dans l'intention de se préparer pour la nuit. Reese le rattrapa sur le seuil
-«Votre trousse collègue» précisa t-il en lui tendant un petit sac de toile «Et j'ai quand même prévu un pyjama!» ajouta t-il «Ne suis-je pas un collègue attentionné?» Harold pris le sac et s'enferma dans la salle de bains sans répondre. Il en sorti vingt minutes plus tard et Reese le détailla avec un sourire
-«Le collègue attentionné a des goûts bien particuliers» grogna t-il
-«C'est vous qui m'avez dit aimer ce style!» s'il avait bien emporté un bas de pyjama, il avait délibérément choisi l'une de ces chemises pour le haut. Il s'approcha, posant ses mains sur ses hanches et lui murmura «Ne vous plaignez pas, au départ je ne prévoyais que la chemise, histoire de me faciliter la tâche! Mais ensuite je me suis rappelé que j'aime les défis» ajouta t-il avec un sourire moqueur, sa main manipulant distraitement l'élastique du pantalon. Finch se dégagea en le fusillant du regard et il préféra s'enfuir dans la salle de bains
Une surprise l'attendait à son retour vingt minutes plus tard. Debout au pied du lit, les poings sur les hanches, il observa la scène avec perplexité. Finch s'était installé d'un côté du lit, après avoir calé une couverture soigneusement roulée au milieu de la couche, comme une barrière entre les deux couchages. Il contourna le lit et s'accroupit près de son partenaire
-«Harold?»
-«Oui?»
-«Vous pensez vraiment que c'est utile?»
-«Indispensable!»
-«Vous pensez avoir besoin de "protection"?» se moqua Reese
-«Non. Il ne s'agit pas d'une protection mais d'une frontière!» expliqua l'informaticien
-«La limite de la fidélité de M Wren?»
-«C'est l'idée»
-«Je vois» murmura John «Et je peux avoir un visa? Touriste ou étudiant, comme vous voulezje ne suis pas difficile!»
-«La frontière est fermée agent Reese, aucune autorisation ne sera délivrée» répondit Finch avec un froncement de sourcils
-«Bon. Je vais tenter l'immigration clandestine alors» annonça tranquillement l'ex agent
-«C'est totalement interdit!» protesta l'informaticien
-«Je sais, c'est risqué, mais l'enjeu en vaut la peine!»
-«John!» L'informaticien se redressa et affirma «Vous êtes seulement autorisé à dormir à proximité de la frontière c'est tout!»
-«Même pas un peu de tourisme?»
-«Même pas!» l'ex agent soupira
-«Je ne vais pas aimer du tout cette mission! Autorisation pour mon baiser avant de dormir?»
-«Accordé. Mais juste celui là» consenti Finch. John l'embrassa puis se résigna à contourner le lit pour rejoindre sa place
-«Bonne nuit collègue» lança t-il un peu contrarié
-«Bonne nuit inspecteur!» répondit Finch, moqueur. Il s'allongea et commençait à s'endormir lorsqu'il entendit:
-«Et merci pour la découverte Harold!»
-«Découverte?» bredouilla t-il surpris. John se tourna vers lui, souriant
-«C'était la première fois que j'embrassais un douanier. Ce n'est pas désagréable!» précisa-t-il. Finch lui lança un regard atterré et il éclata d'un rire joyeux
