TRAHISONS

Langage vulgaire contenu dans ce chapitre


Seattle, Terminal City, mardi 6 septembre 2022, milieu de soirée


MAX

En découvrant qu'Alec était à l'infirmerie, le cœur de Max se serra. Pas un seul instant, elle n'avait pensé que Misha puisse s'en prendre au X5. Et, l'histoire, racontée par Mole, l'avait terrifiée.

_ Qu'est-ce qu'il… balbutia-t-elle. Il est grièvement blessé ? Qu'est-ce qu'il a ?

_ Il a un empoissonnement éthylique et un empoissonnement à une substance inconnue… expliqua Mole.

_ Probablement une drogue créée par Misha lui-même. Même s'il n'a passé que deux semaines au laboratoire de chimie, il a été efficace, dit Dix.

_ Ou c'est une formule qu'il connaissait déjà d'avant et qu'il a juste synthétisé. Il peut très bien tenir ça de l'autre folle d'Empoisonneuse… commenta Mole.

_ Alec a un traumatisme crânien, ajouta Luke.

_ Il est physiquement diminué, bien qu'il ne porte aucune blessure apparente grave et que sa vie ne soit pas en danger immédiat. En revanche, Magenta ne sait même pas comment il a fait pour réussir à avoir le dessus sur Misha, à sortir de l'appartement, à se traîner dans la cour et à donner l'alerte, dit Dix.

_ Je crois que Misha, malgré tout, ne voulait pas faire de mal à Alec, dit Luke. Je pense que son affection est sincère pour lui. Il a profité qu'on se soit focalisé sur l'état d'Alec pour échapper à notre surveillance et s'enfuir de Terminal City.

_ Les informations qu'Alec a réussi à nous donner sont cohérentes. Mais, pour l'heure, il ne peut pas gérer les faiblesses psychiques causées par Misha à d'autres transgéniques. Son équilibre mental est trop précaire, reprit Dix.

_ Difficile de dire si ça vient de ce que lui a fait Misha, ou si ça vient d'autre chose, marmonna Mole, la voix pleine d'amertume.

Par humilité, Max resta silencieuse et hocha la tête pour indiquer qu'elle avait compris la situation ainsi que la remarque de Mole. Après plusieurs secondes d'hésitation, elle tourna les talons, décidée à aller voir Alec.

_ Où vas-tu ? Demanda Mole.

_ Je vais à l'infirmerie pour voir Alec, répondit-elle.

_ Non ! S'exclama Joshua, si fort que Max en sursauta. Tu n'as pas le droit.

_ Bon bah… commença Mole en grattant l'arrière du crâne.

_ On vous laisse discuter de la suite, dit Dix.

Luke lui fit un sourire triste et ils partirent tous les trois. Max se tourna vers Joshua.

_ Hé ! Grand-frère… commença Max, en s'agenouillant près de Joshua.

Elle tendit la main pour caresser Billie. La chienne poussa un grognement sourd dans sa direction qui la fit s'arrêter.

_ Pourquoi little fella a fait du mal à middle fella ? Demanda Joshua sans lever les yeux vers elle.

_ Je ne voulais pas…

_ Tu te venges de ses vieilles bêtises ?

_ Quoi ? Non, jamais. Jamais je ne ferais volontairement du mal à Alec.

_ Alors pourquoi ? Alec souffre. Beaucoup.

_ Joshua… commença Max. C'est…

Elle manqua de dire que c'était une histoire d'adultes, pour éluder la question devant son frère, généralement naïf et avec un cœur d'enfant mais, elle se ravisa. Le problème était qu'elle ne savait pas expliquer pourquoi elle avait fait ce qu'elle avait fait.

_ Regardes, lui dit Joshua en pointant des toiles.

Elle reconnaissait la première : Joshua numéro 57 – Alec, avec sa grosse tache noire en son centre. Joshua se leva et lui montra la seconde toile.

_ C'est toi, expliqua-t-il.

Max regarda son "portrait" par Joshua. Il y avait plusieurs zones sombres, avec du rouge foncé et à peine une pointe de noir. L'homme-chien apporta un troisième tableau et le plaça entre "Alec" et "Max". Cette troisième toile reprenait les tons de Joshua n°57. Elle avait une la tache noire mais elle était moins grande et elle était entourée de nouvelles couleurs, celle du portrait de Max. Sur cette toile, on aurait dit que les couleurs "Max" avaient déteint sur "Alec". La nouvelle version de "Alec" était moins tourmentée et plus joyeuse, bien que des ténèbres y subsistent. Sans un mot, Joshua était en train de lui expliquer l'influence qu'elle avait eu, en tant que personne, dans la vie d'Alec. Une influence positive et heureuse. Elle opina du chef pour signaler à son frère qu'elle avait compris.

Le premier des transgénique l'invita alors à le suivre, vers une toile fraîchement peinte. La jeune femme savait cela car le tableau sentait très fort la peinture et l'odeur lui monta à la tête. Mais, compte tenu de la situation, elle choisit de ne pas se plaindre. Elle mit du temps à comprendre cette dernière toile. D'abord, elle avait cru qu'il n'y avait que du noir. Mais, lorsqu'elle y regarda de plus près, le noir avait repris sa place et son volume initial de Joshua n°57. Les couleurs de "Alec" avaient été submergées par celle de "Max". Elles s'étaient mélangées entre elles, de façon chaotique et discordante. Elles en étaient devenues grises, presque noires. Le message de Joshua était clair. Le mal qu'elle avait fait à Alec était immense et s'était profondément inscrit en lui. Max l'avait vu dans les yeux du X5 dès qu'elle s'était retournée vers lui, quelques jours auparavant. Joshua l'avait vu aussi. Mais surtout, Joshua "voyait" le cœur des gens, leur nature profonde, ce qui les définissait… à long terme. Ce qu'elle avait fait à Alec perdurerait et laisserait des traces.


Terminal City, appartement de Misha, samedi 3 septembre 2022, 11h45 / flashback


ALEC

Après sa discussion avec Max, en sortant de la salle de réunion, Alec aperçut Misha qui l'attendait dans le couloir, avec inquiétude. Lui, il était furieux. Furieux contre la jeune femme et furieux contre lui-même. Il passa devant son ami, sans lui accorder un regard, ni un mot, et poursuivit son trajet vers l'appartement, là où il serait loin des regards et des oreilles indiscrètes, en sachant que Misha le suivrait à la trace.

_ Elle se paye vraiment ma tête ! s'exclama Alec, lorsqu'ils furent enfin arrivés et que la porte fut close.

_ Je suis désolé, dit Misha. J'ai essayé de l'empêcher d'entrer dans la salle, mais elle m'a feinté.

_ Ce n'est pas de ta faute. Elle cache bien son jeu. Elle est vicieuse et sournoise.

Il resta là pendant plusieurs secondes, à ne plus savoir quoi dire ou faire tant ses pensées étaient confuses et colériques.

_ Tu veux boire quelque chose ? demanda subitement son ami.

_ Comme si ça servait à quelque chose, répondit-il avec sarcasme. J'envie la capacité des ordinaires à s'enivrer. Leur vie a l'air si simple, commenta Alec. Bordel ! Je me mets à parler comme elle ! Râla-t-il.

_ J'ai une Vodka un peu particulière, poursuivit Misha.

_ Particulière ? Répéta Alec. Ça veut dire quoi ?

_ Que c'est pour ressentir autre chose. Tu n'es pas le premier, ni le seul, transgénique à te plaindre de ce manque de sensation.

_ Je croyais qu'on avait déjà de quoi s'enivrer, commenta Alec.

_ Et, tu y as goûté, à l'alcool spécial transgéniques ?

_ Ouais… Je suis presque certain que de l'huile de vidange aurait le même goût et le côté ivresse ne m'a pas paru transcendant.

_ Mon truc à moi, c'est encore expérimental, expliqua Misha en lui donna un verre avec un liquide transparent. Mais, le goût est bon.

_ Tu as une version Whisky ? demanda Alec, en reniflant le liquide.

_ Non, tu arrives trop tôt.

_ Tu as fait ça au labo de chimie ?

_ Sur mon temps libre, répondit Misha.

_ Tu ne m'avais pas dit que le sujet t'intéressait.

_ C'est un projet personnel.

Il but son verre d'une traite et toussa alors que la boisson lui brûlait la gorge. Effectivement, ça n'avait que le goût de la Vodka.

_ Tu en as d'autre ? demanda-t-il.

_ Avec ta corpulence, ça, c'est suffisant, répondit Misha. Mais, je peux t'offrir de la Vodka normale. Ou du Whisky.

_ Bah, Whisky alors. Pourquoi tu as du Whisky d'ailleurs ? Tu as toujours préféré le goût de la Vodka justement.

_ Parce que, toi, tu aimes le Whisky, dit Misha, en lui présentant un bourbon du Kentucky. Alors, je m'arrange pour en avoir.

_ Ouah ! s'exclama Alec, en étudiant la bouteille. D'où tu sors cette merveille ?

_ Je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un…

_ Je peux y goûter ?

_ C'est seulement pour toi que je l'ai, alors vas-y.

Alec accepta un fond de verre de bourbon pour le savourer et préféra garder un breuvage si précieux pour un moment où il serait plus à même de l'apprécier. Il choisit de pester sur Max en buvant de la Vodka classique en compagnie de Misha.

o0o0oOo0o0o

Au bout d'un moment, qui lui sembla d'ailleurs flou en termes de durée, un élément l'interpela : le bruit ambiant. Le son de la télévision de Misha était bas et la musique des publicités donnait un peu de légèreté à l'ambiance. Misha regardait régulièrement sa montre, bien qu'il ait indiqué n'attendre personne et n'avoir aucun rendez-vous. Ce qui interpela Alec fut d'abord un grésillement désagréable à ses oreilles. Il crut à un son en provenance de la télévision, mais en douta devant l'absence de réaction de Misha. Mais, ce grésillement se mua en un bourdonnement vibrant jusque dans sa mâchoire. Il se demanda vaguement si ça venait de la Vodka spéciale ou du fait qu'il ait trop serré les dents à cause sa contrariété. Lorsqu'il se souvint de la raison de sa contrariété, les muscles de sa mâchoire se contractèrent franchement et le bourdonnement s'accentua. Il oublia momentanément le bruit et fulmina contre la personne à l'origine de sa situation. Comme ses émotions et son humeur jouaient aux montagnes russes, il finit à nouveau par se calmer. Puis, un nouvel élément physiologique le perturba. Cet élément fut son nez et la démangeaison qu'il voulut soulager, sans y parvenir. Il n'y parvint pas car son bras refusa de bouger. Enfin, il se rendit compte que rien, en dehors de son cou et de sa tête, ne semblait vouloir bouger.

_ Misha ?

_ Oui ?

_ Tu te sens comment toi ?

_ Assez bien, répondit tranquillement Misha, en pivotant sur lui-même, pour lui faire face. Un souci ?

_ Je ne sens plus mon corps, dit Alec.

_ C'est normal, répondit-il tranquillement.

_ Vraiment ? Ça ne me plaît pas, dit-il avec calme.

_ En fait, je m'attendais à ce que tu t'en aperçoives un peu plus tôt. Mais, compte-tenu de ton état émotionnel, c'est sans doute normal que tu aies été moins vigilant. Ressens-tu une sensation particulière ?

Devant le calme et le sérieux de Misha, Alec eut un mauvais pressentiment. Quelque chose ne tournait pas rond avec son ami.

_ Celle d'être bloquée, répondit-il.

_ En dehors de celle-là ? demanda Misha. Nausée, picotement…

Alec connaissait son ami sur le bout des doigts et, là, son attitude et son comportement indiquaient qu'il était en mission et que, lui, il était sa cible.

_ C'est ta Vodka particulière ? demanda alors Alec.

_ Oui.

_ Je te sers de cobaye ?

_ J'ai été mon propre cobaye. Pour autant, le formule n'est pas finalisée. Je te l'ai dit, tu es arrivé top tôt.

_ Je ne me sens pas être enivré.

_ Je n'ai jamais dit que ma Vodka spéciale pouvait enivrer. J'ai dit qu'elle donnait d'autres sensations.

Bien que ça n'ait pas de sens, son instinct de conservation lui dicta de gagner du temps et de faire parler Misha pour que son organisme puisse s'acclimater à ce qu'il y avait de spécial dans la Vodka de Misha et qu'il puisse de nouveau bouger.

_ Laisse-moi te dire que ton invention ne sera pas plébiscitée, dit-il à son ami.

_ Je n'ai que faire d'être plébiscité.

_ Ça n'a rien d'agréable. Sans parler de la partie "sympathique" de l'enivrement, je ne sens pas non plus ce mal de la gueule de bois qui te rend malade au point de te faire oublier tout le reste.

_ Comment peux-tu savoir ce que ça fait ?

_ J'ai fait un concours de boissons une fois. Avec Max, comme tu t'en doutes. Le but était de consommer le maximum d'alcool pour connaître nos limites et connaître la sensation d'être bourré. L'objectif a été atteint. Alors, laisse-moi te dire que tu as perdu ton temps avec ta Vodka.

_ Ma Vodka n'a pas vocation à être consommée par plusieurs personnes. Même si tu arrives plus tôt que prévu, cette formule t'a toujours été destinée. Dans l'idéal, tu l'aurais consommé dans du Whisky, sans risque d'effet secondaire. Tu n'as pas répondu à ma question. Que ressens-tu ?

_ Une montée progressive de mon niveau de contrariété. Ça aurait pu être banal, mais l'objet de ma contrariété a changé…

_ Tu pourrais essayer d'être coopératif.

_ Pourquoi le serais-je ? Je me sens piégé et manipulé par toi. Tu ne crois pas que j'ai déjà suffisamment donné dans ce domaine.

_ Alec…

_ Tu vas me dire ce que tu me fais là ?

_ J'ai besoin que tu m'écoutes calmement, répondit Misha.

_ Calmement ? Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu as fait un truc qui ne va pas me plaire ?

_ C'est assez complexe.

_ Misha… Je ne sais pas ce que tu as fait mais, si tu ressens le besoin de m'immobiliser pour pouvoir m'en parler, tu peux être sûr que ce que tu as fait n'est pas une bonne idée. Donc, à partir de là, tu aurais dû t'abstenir de faire ce que tu as fait.

_ Je te l'ai dit, c'est plus compliqué que ça en a l'air.

_ Alors, tu devrais cracher le morceau maintenant parce que, plus tu attends, plus je sens que je vais m'énerver, dit Alec.

_ C'est délicat.

_ Misha, je viens de découvrir que ma copine se fout de ma gueule depuis deux mois et j'ai rompu avec elle. J'ai déjà les nerfs à fleur de peau. Maintenant, c'est mon meilleur ami qui a fait un truc tellement grave qu'il a besoin de me paralyser pour pouvoir m'en parler sans craindre ma réaction… alors parles.

Misha était nerveux, mais il était évident qu'il ne pouvait plus reculer.

_ Je n'étais pas perdu après la destruction de Manticore et je ne lui suis toujours pas, avoua Misha.

_ Ça veut dire quoi ?

_ Ça veut dire que je travaille pour le gouvernement.

_ Pardon ? s'offusqua Alec.

_ J'ai été envoyé ici, en mission.

_ Quelle mission ?

_ Rassembler les transgéniques et les ramener au sein de l'armée américaine.

_ Si c'est une plaisanterie, elle est de très mauvais goût.

_ Tu me connais assez pour savoir que je ne suis pas en train de plaisanter, 494.

_ Je m'appelle Alec.

_ Il faut arrêter avec cette histoire de nom, c'est ridicule.

_ Parce que Misha ne veut rien dire pour toi ? Ce qu'on a vécu, ça ne veut rien dire ?

_ Non. Bien sûr que non. Mais, c'est juste un surnom. C'est mignon et amusant. Mais, ma désignation est et restera 527.

Trop occupé à finir l'analyse de son corps, Alec resta silencieux.

Ses fonctions vitales n'étaient pas altérées. Il avait même toujours le contrôle sur sa respiration ou son rythme cardiaque. Les acouphènes demeuraient. Difficile de dire si ça venait de la paralysie qui générait un trouble de son oreille-interne et de son équilibre ou si c'était un des effets secondaires recherchés par Misha, dont il n'avait pas l'intention de parler. Il ne pouvait plus bouger ce qui était en dessous de ses épaules. C'était ça qui était étrange. C'était comme si ce que Misha lui avait fait, par injection de composé chimique, avait l'effet d'un traumatisme sévère au niveau de la colonne vertébrale, au niveau des vertèbres cervicales 6 ou 7, pour le rendre tétraplégique. Mais, d'une façon chimique... Et, il était certain de ne pas avoir reçu de choc physique de façon générale et il était certain que son "ami" ne s'était pas approché de sa nuque. En effet, il existait une technique de combat, le Dim Mak, qui permettait de paralyser un homme avec une aiguille. Technique connue et pratiquée au sein de la Main, dont l'un des membres s'était fait une spécialité d'après les dires de Misha… Donc, son état actuel était très probablement réversible, à plus ou moins court terme. Cela dépendrait de son corps.

_ Tu n'as rien à dire ? demanda le fameux X5-527, anciennement Misha.

_ Je suis en train d'intégrer ta trahison à mon processus de pensées, répondit Alec.

_ Je n'ai trahi personne, se défendit Misha. Je ne fais que mon travail, 494. Nous n'avons rien à faire ici, dans les décombres d'un ancien quartier pseudo-scientifique pré-Impulsion. Nous n'avons pas à être coursiers à vélo, agents de maintenance sur un plateforme en mer, manutentionnaire dans des entrepôts réfrigérés, agents de sécurité, jardiniers et j'en passe. Nous sommes des soldats. C'est notre raison d'être.

_ Non, c'est ce qu'on a voulu te faire croire, Misha. Tu pourrais être bien plus.

_ Plus ou moins ? À mes yeux, toutes les autres occupations qualifiées de professionnelles par Terminal City sont des régressions. J'aime être un soldat. J'aime défendre mon pays et ses valeurs.

_ C'est bien pour toi. En quoi ça veut dire que les autres sont obligés d'être comme toi ?

_ Parce qu'on est tous fait pareil.

_ On est tous différents, contesta Alec. C'est ça qui fait notre force.

_ Les individualités tuent le collectif. La force qui demeure ici n'est due qu'aux capacités supérieures des transgéniques. Il n'y a aucune cohésion.

_ Il y a plus de cohésion qu'il n'y en a jamais eu auparavant. Avant, c'était chacun pour soi, parce qu'il fallait survivre. Les trans-humains restaient entre eux et se battaient même pour avoir à manger. Les séries X s'en moquaient alors qu'on savait tous ce qu'il se passait dans les sous-sols. Et même entre X... Chaque génération était persuadée de valoir mieux que les autres par son expérience, par sa génétique, ou par sa nouveauté. Même entre X5, on était en compétition. On cherchait tous à être mieux vu que les autres. Ici, on est tous égaux et tout le monde s'en porte mieux, dit-il.

_ Personne n'est heureux, contesta Misha. Ils passent tous leurs journées à se plaindre.

_ Parce qu'ils sont enfin libres de pouvoir le faire ! Ils sont libres de parler, de s'exprimer. Personne ne les muselle ici, dit Alec. Alors oui, il n'y a pas assez de soleil, il pleut trop, il n'y a pas assez d'arbres, il n'y a pas assez de sable, le lit est trop dur ou trop mou, il y a trop de légumes à manger ou pas assez, "je voulais cette chaise mais c'est lui qui est assis dessus" … Je peux te citer un million d'autres phrases du genre sur des problèmes plus triviaux les uns que les autres. Mais, ça ne veut pas dire que les nôtres ne sont pas heureux. Ils expriment simplement des faits qui pourraient être améliorés et les rendre plus heureux justement. Ils ne se contentent plus de ce qu'ils ont en espérant être encore en vie le lendemain. Ils espèrent mieux. Ils expriment leur espoir et ils ont foi en leur avenir. De mon côté, je fais en sorte que chacun ait ce qu'il veut pour être comblé. Je fais tous pour eux.

_ Je sais ! C'est pour ça qu'il faut que ce soit toi qui les guides.

_ Quoi ?

_ Tu seras leur général et je t'appuierai. Après la destruction de la base de Seattle, tu voulais parcourir le monde, mais tu ne l'as pas fait par loyauté pour ceux qui étaient ici. Personne ne peut t'en blâmer. Mais, tu as toujours aimé voyager et voir de nouvelles choses. Avec l'armée, tu pourras de nouveau visiter des endroits en dehors des frontières nationales, tout en continuant à être loyal envers les nôtres, mais aussi envers notre pays. En plus, tu disais que tu aimerais pouvoir changer d'air et ne plus être obligé de voir 452 tous les jours. Et, ça tombe bien !

_ Je l'impression d'être en train de faire un cauchemar, là… dit Alec, avant de sentir des fourmillements dans son pied gauche.

Son corps luttait. Il fallait continuer sur cette voie.

_ Non, c'est un accomplissement, dit Misha.

_ Tu te souviens quand je t'ai dit que ce pays a essayé de nous faire disparaître ? La NSA ? Ta fameuse armée ? demanda-t-il.

_ La NSA était une erreur. J'ai été consulté juste après la destruction de la base et je leur ai dit de ne pas chercher à vous faire disparaître. Le Général Pershing a confiance en moi. Il a présenté mon point de vue devant le Secrétaire d'État. Mais, je crois que ceux que tu appelles Familiers, au sein de la NSA, avaient plus d'influence que le Général et moi.

_ La NSA, ce n'était que le début. Dès que notre existence a été connu, on a été assiégé par l'armée ! On avait des missiles pointés sur nous.

_ C'était politique, pas stratégique, dit Misha. La population avait peur. Il fallait faire quelque chose pour avoir l'air de… faire quelque chose. Les missiles, ce n'était que pour impressionner le bas-peuple.

_ Je sais reconnaître un obus M1028 Canister quand j'en vois un, en train d'être chargé dans le canon d'un char de combat. Encore plus quand ça se passe à 500 mètres de moi.

_ Ils n'auraient pas ouvert le feu, insista Misha. Déjà à cette époque, Pershing essayait de négocier pour que les transgéniques aptes au recrutement soient épargnés.

_ Et les autres ? s'exclama Alec.

_ Pertes sèches, répondit Misha.

_ Tu te rends de ce que tu dis comme horreur ?

_ Je fais preuve de franchise à ton égard. Et, ce n'était pas mes mots. C'étaient ceux de l'administration.

_ Administration pour qui tu veux qu'on travaille. Quelle bonne idée, répondit Alec avec sarcasme.

_ Les choses ont changé depuis. Il n'est plus question d'élimination. Même pour ceux qui ne rejoindraient pas l'armée. Ils resteront en arrière. Les inférieurs…

_ Ce sont des transgéniques aussi, coupa Alec.

_ Les anomalies si tu préfères, pourront continuer à faire leur vie ici et à faire leur petit potager s'ils le veulent.

_ Je te signale que, toute anomalie qu'il est, je n'ai vu personne être plus intelligent que Dix à Terminal City.

_ Il restera ici aussi. Sa présence n'est pas requise au sein du groupe que j'ai pré-sélectionné. En plus, il faudra des éléments talentueux pour former les plus jeunes, pour qu'ils puissent s'engager en grandissant. Il sera plus utile ici.

_ Tu as tout prévu alors ?

_ J'ai des objectifs de mission à remplir. Tu sais comment ça marche. Il a bien fallu que je fasse mon rapport au Général Pershing.

_ Et ton Pershing, il a le bras long ? Parce que, s'il n'est rien d'autre qu'un vieux général sans influence, les promesses, qu'il te fait, sont creuses.

_ Il n'est peut-être pas le plus influent, mais il sait parler quand il le faut et il sait à qui parler. Après la destruction de Manticore, c'est lui qui m'a gardé en vie, qui s'est battu pour que je sois intégré à son corps d'armée et qui a insisté pour que je sois sous ses ordres directs. C'était lui le gradé référent auprès de qui Manticore nous mettait à disposition des États-Unis quand on faisait nos missions à l'époque.

_ Étrange que je n'ai jamais entendu parler de lui… commenta Alec.

_ Lorsque tu étais mobilisé, tu étais en lien avec le lieutenant-colonel Bayne qui s'occupait de l'organisation pratique. Il est au contre-espionnage maintenant. Pershing, lui, parlait affaires avec la directrice Renfro.

_ Oh ? Alors il était copain avec la timbrée qui a verrouillé les cellules avant de mettre le feu à la base de Seattle… Dit comme ça, ça donne envie de faire confiance à ton Pershing. C'est évident…

_ Il a été choqué d'apprendre que c'était Renfro elle-même qui a déclenché la destruction de la base. Pour lui, elle avait trop peur de l'échec et a préféré tout détruire puisque sa carrière était en train de se désintégrer. Le Général et la Directrice n'étaient pas en bons termes. Loin de là. Mais, pour des raisons professionnelles, ils devaient travailler ensemble. Ils discutaient en amont de ce qui se passait sur le terrain. Seules les unités spéciales, comme les membres de la Main, transitaient directement par lui. C'est pourquoi il a hâte de te rencontrer.

_ Pourquoi ? Je ne suis qu'un X5 de plus, dit Alec, en sentant des fourmillements dans son autre jambe, encore un excellent signe. Qu'est-ce tu lui as dit sur moi ?

_ Tu te rappelles que tu as postulé à la Main après le décès de notre leader ?

_ Seulement parce que tu m'as pris la tête pour que je le fasse. C'était un travail dont je ne voulais pas. Après la mission Berrisford, c'était déjà un miracle que Manticore m'ait réintégré dans les effectifs.

_ Tu as trébuché une fois. L'échec est formateur. Tu avais besoin d'échouer pour t'améliorer.

_ Je ne vois pas ce que ça change. Et, même si ce n'était pas volontaire, j'ai foiré les tests et l'entretien de la Main.

_ Tu n'as rien foiré. Personne n'était de taille à passer après 359. Il était tellement exceptionnel que c'était le seul X4 que Manticore ait gardé dans le service actif car il avait survécu aux études des scientifiques sur les X4, tout en restant physiquement fiable et mentalement stable. C'était le premier des tueurs d'élite. C'est lui qui a servi de modèle à tous les autres, y compris à toi. Ton entraînement a été basé sur celui qui a été inventé pour lui. Et, tu es le seul à avoir obtenu un meilleur résultat que lui. À l'occasion de la mise à jour des programmes d'entraînement, il a eu accès aux données des exercices. Quand il a découvert tes résultats, il a demandé que tu sois muté sous ses ordres, mais on était déjà cinq. C'était bien avant qu'il soit question de le remplacer. Son intérêt pour toi est demeuré inscrit à ton dossier.

_ Tu as vu mon dossier personnel ? Tu ne me l'as jamais dit.

_ Je savais que tu n'aurais pas voulu que je le lise. Alors, je me suis abstenu de t'en parler.

_ Ça s'appelle un mensonge par omission.

_ Je voulais juste m'assurer qu'il n'y avait rien de négatif à ton sujet. C'était pour assurer ta protection. J'ai pris des risques pour y avoir accès.

_ On va dire que je te remercie. Parle-moi de 359, ordonna Alec, en essayant de bouger les orteils dans ses chaussures, sans succès pour l'heure.

_ Il nous a éduqué au sein de la Main. Sans modération, il nous a transmis ses techniques de combat et ses astuces. Il nous a enseigné comment nous mettre en scène pour plaire à Manticore et comment se rendre indispensable et irremplaçable. Il nous a appris à rester en vie en manipulant ceux qui croyaient nous manipuler. Il t'aurait plu. S'il n'était pas mort de défaillances génétiques à cause de son ADN imparfait de X4, Manticore aurait continué de le choyer. En plus, il était capable de gérer les conflits permanents entre 040 et 671 sans faire d'effort. Sans lui, personne à Manticore n'a été en capacité de gérer les egos de ces deux-là. C'est à cause d'eux que les scientifiques cherchaient un remplaçant. Au début, ils voulaient laisser la Main amputée de son pouce. Mais, 040 et 671 en étaient venus plusieurs fois aux mains. Moi, je n'ai jamais eu assez d'influence pour qu'ils aient du respect à mon égard. Et, ils ennuyaient tellement 362 avec leurs chamailleries, qu'elle avait plus de considération pour les transgéniques qu'elle voyait de loin sans les connaître. Toi, tu es un meneur né. Tu aurais pu nous canaliser.

_ Sauf que j'ai échoué.

_ Non, tu avais eu le poste. Ça a été acté juste avant la destruction du labo d'embryologie. Les scientifiques ont dû revoir leurs copies en voyant qu'aucun transgénique n'était apte à remplacer 359 en l'état. Et, comme c'était pour diriger La Main, on a pu donner notre appréciation car il fallait une cohésion de groupe. Bien entendu, j'ai donné mon aval uniquement pour toi. 040 et 671 ont refusé la majeure partie des candidats. Toi, tu faisais partie des trois qu'ils étaient prêts à tolérer. Et 362 s'en moquait tant qu'on la laissait en paix et qu'elle pouvait continuer à créer ses poisons. Mais, ton ex venait de faire sauter le laboratoire avec les embryons et ça a chamboulé ta promotion. Tu aurais dû être avec moi à Washington au moment de la destruction de Manticore, pas en train d'essayer de féconder une femelle rebelle. Pershing est au courant de ça. Et, il attendait ta venue.

_ Que sont devenus 040, 671 et 362 ?

_ Aucune idée. 040 et 671 étaient en mission car on a quitté la base au même moment. Le général m'a dit que j'étais le premier à être rentré au pays. Les deux autres ne se sont jamais présentés au check-point pour faire leur rapport. Je crois que 362 était à Manticore, entre deux mobilisations. Je n'ai pas de certitude mais, j'imagine qu'elle est morte puisqu'elle n'est pas ici. Elle méprisait les humains et aurait préféré mourir plutôt que de vivre parmi eux.

Alec commença à bouger les orteils à l'intérieur de ses chaussures. Le plus dur était fait. À présent, il n'avait plus qu'à solliciter ses muscles un à un, avec des micro-mouvements pour ne pas attirer l'attention de Misha. Cela prendrait probablement des heures. Alors, il demanda à Misha de lui parler plus en détail de ce qu'il avait prévu en expliquant que cela ne voulait pas dire qu'il acceptait quoi que ce soit, mais simplement qu'il avait l'intention d'écouter sa proposition avec sérieux.

o0o0oOo0o0o

Après plusieurs heures, Alec était effaré. Sa vie avait volé en éclats.

Il lui semblait qu'il n'avait jamais connu les deux personnes qui lui étaient les plus proches et qu'il aimait le plus. Max, avec qui il avait cru avoir une relation amoureuse parfaitement saine, équilibrée et réciproque, ne voyait en lui qu'un vulgaire plan cul, tout juste bon à la satisfaire, à la détendre quand elle avait passé une mauvaise journée et encore... Elle l'avait tellement critiqué qu'il avait fini par se dire qu'il n'avait même pas été doué pour lui apporter le réconfort d'un confident sexuel de base. Misha, son meilleur ami depuis l'enfance, était méconnaissable. Pas physiquement, mais mentalement. À ses yeux, ce n'était même plus du patriotisme, c'était du fanatisme. Au moins, il savait à quoi s'attendre à présent.

Finalement, il se dit qu'il valait mieux ne rien attendre des autres et ne pas trop s'investir sentimentalement. Il pouvait se laisser aller à quelques amitiés et relations de confiance relative, mais en quelques jours, la vie venait de lui prouver que, s'en remettre totalement à quelqu'un d'autre que soi-même, était source de souffrance. Et, c'était sans parler du sentiment de trahison qui le faisait souffrir.

Misha avait poursuivi les explications de son projet et, sûr de lui, il avait donné de nombreuses informations à Alec, comme les noms de plusieurs personnes haut-placées, le numéro de téléphone du Général Pershing ou la ligne directe des bureaux du FBI à Washington DC... La stratégie d'Alec : jouer sur l'affecte et l'engouement de Misha pour l'empêcher de réfléchir. Il ne lui avait pas laisser le temps de faire une pause et, dès que le X5 terminait une explication, Alec avait posé une nouvelle question. Même lorsque Misha dut le nourrir, croyant son ami immobilisé, il l'avait questionné. En vérité, il était presque surpris que Misha se soit laissé si facilement berné. Mais, cela venait peut-être du fait que Misha voulait croire au ralliement d'Alec à sa cause.

Alec était bien placé pour savoir que, lorsqu'on désirait quelque chose ardemment, comme être aimer en retour par une femme, ou vouloir que son amour à sens unique voie le monde de la même façon que vous, on se berçait d'illusion et on ne voyait pas les signaux d'alertes. L'amour était une chose bien dangereuse en vérité. En y réfléchissant, il comprenait mieux pourquoi Manticore avait cherché à l'annihiler de ses créations. On pouvait faire croire n'importe quoi à quelqu'un par amour. Alec venait d'en faire l'expérience avec Max. Et, même s'il s'en voulait de recourir volontairement à ce stratagème sur Misha, ça avait été efficace.

À présent, Alec se sentait apte à bouger. En revanche, il n'avait pas de certitude quant à la vivacité de ses gestes ou à la rapidité de ses mouvements. Maintenant, il fallait clore cette mascarade et arrêter Misha. Alec ne se voyait pas tuer Misha pour ce qu'il avait fait. Mais, il pourrait le tuer pour se défendre ou défendre les siens, dont son ami ne faisait plus partie dans sa tête. Il ne se voyait pas non plus l'enfermer à vie, dans une cellule dans les profondeurs de Terminal City, aux côtés des Familiers prisonniers depuis des mois. Alec aurait aimé avoir un agent secret psy pour effacer la mémoire de son ancien partenaire, en douceur, mais de façon permanente. Il n'était pas certain qu'il soit possible d'effacer la mémoire de Misha sans recourir à des techniques de torture dignes de Manticore, tant il était lui-même apte à la manipulation mentale. Il n'était pas certain non plus de pouvoir convaincre Misha de s'auto-hypnotiser. Il y aurait probablement un vote du Conseil de Direction de Terminal City pour statuer sur son cas et Alec espérait seulement qu'il pourrait limiter la casse, au nom de son ancienne amitié qui avait été, un jour, l'un de ses biens parmi les plus précieux.

_ Tu demeures silencieux, dit Misha, en observant Alec, qui était resté parfaitement immobile.

_ En tant que dirigeant de cette communauté, commença Alec de façon très solennelle, j'ai pris le temps d'écouter ta proposition et tes arguments.

_ Ne fais pas ça, supplia Misha, comprenant qu'il n'avait pas réussi à le convaincre.

_ Personne ne voudra intégrer l'armée, dit-il.

_ Ils te suivront. Tu es leur meneur. Plusieurs sont prêts à te suivre. Ils n'attendent qu'un mot de ta part et ils lèvent le camp.

_ Tu as parlé de ça avec des transgéniques ? s'étrangla Alec. Sans mon accord…

_ Il fallait que je détermine quels étaient les candidats au recrutement. J'ai une liste. Reconsidère la question. Tu dirigeras et j'organiserai. Il me manque quelqu'un pour gérer. C'est tout. Je pense que Mole serait un bon gestionnaire. Il a de la force de caractère et est très polyvalent. Je n'ai pas réussi à l'approcher suffisamment longtemps pour aborder ce sujet avec lui en toute discrétion, mais tu pourras sans doute le convaincre de te suivre.

_ Et tu fais quoi de ceux qui restent ?

_ Tu n'imagines pas les concessions que j'ai dû faire. J'aurais dû abattre tous les éléments indésirables et, finalement, je les épargne tous. Pour toi. Parce que je sais à quel point leurs vies comptent à tes yeux. Même la garce qui t'a brisé le cœur. Même elle. 452 restera à la tête de Terminal City, avec Dix à ses côtés. Ils veilleront sur le reste des transgéniques. Sauf si tu veux qu'il en soit autrement, ajouta Misha. Je peux me charger d'elle si tu l'estimes nécessaire.

Alec secoua la tête.

_ Tu n'auras rien à faire, dit-il.

_ À elle ? demanda Misha.

_ Rien à faire du tout. Si ce n'est pas partir de Terminal City, seul.

_ Pardon ?

_ Je souhaite que tu quittes Terminal City, Misha. Si tu le fais volontairement, il n'y aura aucunes représailles contre toi suite à ton comportement.

_ S'il te plaît…

_ Je me chargerai des formalités et je pourrais faire envoyer tes affaires au lieu de ton choix si tu le désires.

_ Tu ne comprends pas. Je me suis porté garant des résultats.

_ Ça, il fallait y réfléchir avant de t'engager dans ce merdier. Tu n'es libre de retourner auprès de ton Général Pershing.

_ Je n'ai pas le droit d'échouer.

_ Tiens ? Pershing n'est plus ton protecteur ? demanda-t-il avec sarcasme.

_ Alec, tu es sous le coup de l'émotion, je comprends, dit Misha en s'accroupissant devant lui. J'ai cru… J'ai eu tort de me précipiter avec toi. Laisse-moi un peu de temps supplémentaire. Je trouverai d'autres arguments pour te convaincre.

_ Tu veux dire "laisse-moi du temps pour te manipuler davantage" ?

_ Je t'en supplie, Alec. Prend le temps de réfléchir.

_ Ça fait des heures que je réfléchis et que je t'écoute. Je t'annonce que ta proposition est irrecevable.

_ Tu ne rends pas compte des conséquences, 494.

_ Dernière chance, Misha. Pars.

_ Je vais devoir faire quelque chose que je n'ai pas envie de faire et quelque chose que tu ne vas pas aimer.

_ Je n'attendais que ça, avoua Alec, en saisissant la gorge de Misha avec sa main gauche.

Misha écarquilla les yeux, surpris qu'Alec puisse bouger et encore plus surpris qu'il puisse ainsi serrer la main autour de sa gorge. La main droite d'Alec était venue se saisir des doigts de Misha pour les tordre vers le bas, tel un bec de cygne, pour l'obliger à rester à genoux pendant qu'il l'étranglait.

L'effet de surprise ne dura pas longtemps sur Misha et il ne tarda pas à se ressaisir. Si Alec avait récupéré sa mobilité, il était encore loin de pouvoir juger de sa force… qui n'était pas suffisante à contenir un X5 non drogué. Misha parvint à libérer ses mains de la poigne d'Alec, se redressa et donna un violent coup de poing à Alec. Le jeune homme eut conscience de la violence de ce coup car le choc projeta sa tête sur le côté et lui fit cracher du sang instantanément. Mais, il ne put s'empêcher de sourire : il n'avait rien senti.

_ Je crois avoir découvert un effet secondaire à ta petite expérience, dit-il à Misha, qui le regardait avec stupeur. Ça anesthésie.

_ Tu manques de force, dit Misha.

_ Peut-être, concéda Alec. Mais, en étant suffisamment malin, ça se compense aisément. La douleur en revanche, c'est autre chose.

Avant que Misha n'ait eu le temps de réagir, Alec donna un coup de pied aussi fort qu'il le put dans le genou droit du transgénique face à lui. Même sans y mettre beaucoup de puissance, un tel coup dans cette articulation faisait des dégâts : le genou n'était pas conçu pour se plier dans ce sens-là. Et, se sachant plus faible, Alec n'avait pas voulu prendre de risque, alors il avait frappé fort. Le genou de Misha produit un craquement sonore et prit un angle contre-nature. Le traître hurla de douleur avant de s'effondrer au sol.

Alec n'avait plus le luxe d'être gentil ou compatissant avec son ancien ami : il représentait un danger bien trop grand pour Terminal City. Si Misha pouvait s'en prendre à lui, qui avait été son ami et son amant, et pour qui il avait eu une tendresse réelle, alors il était capable de tuer de sang-froid n'importe qui d'autre au sein de l'enclave mutante. Il se leva, saisit Misha par le col et lui rendit la politesse de son coup de poing, lui faisant cracher du sang à son tour. À défaut de pouvoir jauger sa force et face à la dangerosité de son opposant, il choisit de combattre au maximum de ses capacités. Et, si Misha devait en mourir, tant pis. La survie du plus grand nombre l'emportait sur la vie d'un seul. Il attrapa l'une des palettes empalées, qui servaient de table basse, et la fracassa sur la nuque de Misha. Mais, le X5 était tout autant rodé au combat. Son hésitation laissa place à la même détermination qu'Alec.

Avant que tous les débris de bois n'aient atteint le sol, Misha avait pris appui sur sa jambe valide et projeta son corps contre celui d'Alec. Alec perdit l'équilibre et tomba à la renverse sur les palettes restantes, qui se brisèrent sous les poids de deux X5 propulsés sur elles avec élan. L'arrière de la tête d'Alec heurta une première fois le sol, sans le faire souffrir. En revanche, Misha profita de sa position dominante pour lui saisir les cheveux au niveau des tempes et lui cogner volontairement le crâne sur le sol. Cette fois-là, malgré l'anesthésie, Alec l'avait senti d'autant que sa vision s'était brouillée juste après le choc et il fut sonné. Misha se laissa rouler sur le côté et Alec entendit un nouveau craquement accompagné d'un grognement de douleur. Le X5 déloyal venait de remettre son genou en place. Il serait donc de nouveau totalement mobile car il savait faire abstraction de la douleur.

_ Pourquoi ? demanda Misha. Ce serait tellement simple si tu cédais.

_ Tu me connais : je suis un emmerdeur, dit Alec en se relevant.

_ J'ai fait tout ça pour toi !

_ Arrête de me prendre pour excuse. Tu l'as fait pour toi. Aies au moins les couilles de l'assumer.

_ On aurait pu faire quelque chose de grandiose.

_ Avec une laisse autour du cou, dit Alec. Le grandiose était là, sous tes yeux. Ce n'était pas faute d'avoir essayer de te le faire remarquer. Alors, on continue de danser ?

Malgré tout ses dires, Misha était déchiré et il en souffrait. Cela se voyait. Mais, Alec ne pouvait pas céder. Il n'avait aucun moyen de vaincre Misha s'il venait à se battre sérieusement contre lui. Pas dans son état actuel. Il était obligé de ruser. Il continua à le provoquer sentimentalement tout en l'attaquant. Ces parades étaient moins efficaces et ses ripostes moins dangereuses. Mais, il n'y avait aucune gloire à combattre ainsi. Personne d'autre n'aurait pu combattre Misha de la sorte. Alec le pouvait simplement parce que Misha était épris de lui. N'importe qui d'autre se serait sans doute fait tuer depuis longtemps.

Leur combat les mena dans la chambre de Misha. Alec avait pensé, avec ironie pour lui-même, qu'il touchait du doigt l'état psychique dans lequel la plupart des Familiers devaient être. Il n'avait plus que du dédain pour son adversaire. Le fait d'avoir des sensations physiques moindres et d'avoir un niveau de colère démesuré permettaient à Alec de combattre avec efficacité et, surtout, sans fatigue. Là où Misha était endolori, psychologiquement éprouvé et physiquement blessé. Entre son genou droit luxé et la jambe gauche dans laquelle Alec avait planté un morceau de palette de bois, Misha était de nouveau à terre. Alec, bien que debout, n'était plus guère vaillant et savait qu'il devait en finir rapidement.

Tel un prédateur, il suivit sa proie blessait. Il avançait lentement, sachant Misha acculé. À terre, le X5 rampa vers son lit.

_ Miiisha, fit Alec. Tu as passé l'âge d'aller te cacher sous ton lit.

_ Je sais, souffla Misha.

Misha s'immobilisa, haletant, face contre terre. Alec s'approcha, bien décidé à lui rompre la nuque. Alors, qu'il se penchait, sur son ancien ami, celui-ci roula sur lui-même pour lui faire face. Et, ce fut le sourire ensanglanté de Misha qui lui indiqua qu'il venait de perdre la bataille. Le traître avait récupéré une seringue hypodermique et, en se retournant, il l'avait planté dans le mollet du jeune homme tout en lui injectant son contenu. L'effet ne tarda pas à se faire sentir.

Alec commença à tituber.

_ Si tu savais comme je suis désolé que ce se soit passé ainsi, dit Misha.

_ Pas autant que moi… dit Alec, dont la colère le maintenait éveillé. Je te conseille de partir avant de te retrouver avec une armée au cul. Tu m'as peut-être eu, mais on a fait trop de bruit. Si tes voisins se sont plaints du ton d'hier, nous, aujourd'hui, plus notre combat…

Il rit sans prendre la peine de finir sa phrase.

_ Je reviendrai, dit Misha, en s'appuyant sur son lit pour se redresser.

_ Par pitié, oui, dit Alec. Je vais adorer pouvoir te tuer.

Une larme solitaire coula le long de la joue de Misha.

_ Au revoir… Alec.

Misha clopina pour rassembler quelques affaires et réussit à quitter l'appartement bien avant qu'Alec ne réussisse à seulement quitter la chambre. Ce produit injecté était plus violent que celui qu'il avait ingéré et Alec dut mobiliser toutes ses forces pour aller à la rencontre d'un transgénique dans la cour de Terminal City pour donner l'alerte.

~fin du flashback~


Seattle, appartement d'Original Cindy et Max, vendredi 9 septembre, 21h30


MAX

Il fallut presque une semaine complète à Alec pour se remettre de son altercation avec Misha. Max avait essayé d'aller le voir à l'infirmerie, pendant sa convalescence. La première fois, il était inconscient. Cependant, la jeune femme se vit refouler par Magenta au motif que la présence de Max serait délétère à la santé de son patient, s'il venait à se réveiller en présence de la X5, et que, dans ce cas, l'autorité médicale de Magenta supplantait l'autorité de Max. La seconde fois qu'elle avait essayé, elle n'avait pas cherché à s'imposer et avait demandé. Alec était réveillé cette fois-là et refusa tout bonnement de la voir.

S'il était évident que tout le monde à Terminal City était au courant de sa rupture avec Alec, Max ne s'était pas attendue à ce qu'il en soit de même à Jam Pony. Certes quelques X5 y travaillaient mais, d'ordinaire, ce qui se passait à Terminal City restait à Terminal City. Et, comme si cela n'était pas suffisant, chacun semblait savoir qu'elle était celle en cause dans cette rupture. En dehors d'Original Cindy, qui ne raconterait jamais que le vrai problème était le manque de considération de Max pour Alec, dans l'entreprise de coursiers, chacun y allait de sa propre théorie. De l'infidélité, qui n'était pas tout à fait la vérité, à des œufs pondus par des aliens dans son cerveau pour lui faire faire n'importe quoi, d'après Sketchy. En même temps, ni Alec, ni elle n'avait fait d'indiscrétion malgré les questions. Elle, par honte. Lui, parce que ça l'agaçait, en des termes bien moins polis.

D'ailleurs, Alec avait pris la mauvaise habitude d'insulter copieusement quiconque venait l'interroger. Y compris Normal. Personne n'était habitué à voir un tel comportement de la part d'Alec. Normal avait même choisi de sermonner Alec, qui était purement et simplement parti, laissant derrière lui toute l'entreprise dans un état de stupeur. Max, de son côté, s'était renfermée. Elle travaillait, sans un mot. Et sans que ça lui attire la sympathie. Elle n'était pas malmenée non plus. Normal avait simplement commenté en disant qu'il était évident que cela ne fonctionnerait pas en raison du caractère explosif des deux X5.

Original Cindy et Sketchy avaient parlé entre eux. Tels les enfants d'un couple en train de divorcés, ils avaient décidé de ne pas choisir ou perdre l'un de l'un amis. Ils avaient donc décidé de partager leur temps et leurs personnes. Chacun devenant le binôme pour la journée, de Max ou d'Alec, puis ils échangeaient. Les autres coursiers habituellement proches des deux X5 : Druid, Sky… avaient choisi d'être en retrait.

o0o0oOo0o0o

Max avait passé sa journée de travail avec Sketchy. Cela ne la dérangeait pas sur le principe : elle adorait Sketchy et elle savait qu'Original Cindy serait là pour elle le soir même. Max était définitivement retournée vivre au Secteur. En revanche, Sketchy manquait d'assurance. Il disait oui à tout. Et, comme situation le dérangeait et qu'il ne connaissait pas tous les faits, car il ignorait le sens du mot secret, il se sentait obligé de parler en permanence pour meubler la conversation et éviter les blancs. Les rares moments où il ne disait rien, c'était parce qu'il avait envie de dire quelque chose, sans savoir comment le dire, alors il se ravisait.

Max et Original Cindy avaient fait une brève apparition au Crash mais la X5, y ayant croisé le regard d'Alec, avait choisi de battre en retraite et de retourner se terrer à l'appartement du Secteur 5. Sa meilleure amie l'avait suivi, prétendant avoir mal à la tête.

_ Home sweet home, dit Cindy en arrivant à l'appartement. Tu pars te coucher maintenant ? demanda-t-elle en voyant la X5 allait vers sa chambre.

_ Si j'ai de la chance, je tomberai dans un sommeil si profond que ce sera comme un coma dont je ne me réveillerai jamais.

_ Ce n'est pas comme ça que ça ira mieux…

_ Et, qu'est-ce que je dois faire, Cindy ? Je le vois partout et tout le monde parle de lui. Rien que d'entendre son nom. Ça me brise le cœur. Ça me brise à cause de nous. À cause du mal que ça fait aux gens autour de nous. Et, j'ai mal pour lui. J'ai mal même pour toi.

_ Je ne souffre pas, avoua Cindy. Tu n'as pas besoin d'avoir de pensées négatives à cause de moi. Tu as déjà assez à faire.

_ Tu ne devrais même pas être ici, dit Max. À cause de moi, tu perds ton temps au lieu de profiter de la vie.

_ C'est avec toi que je profite de la vie. Et, si je n'étais pas là, qui s'occupe d'avoir mal pour toi ? demanda Original Cindy.

_ Ça ne me convient pas, dit Max. Je ne mérite pas la compassion.

_ Je ne te demande pas ton avis. Dis-moi plutôt, comment s'est passé ta journée avec Sketchy ?

_ Il continue de parler pour deux. Et toi ? Ça t'a fait quoi de passer la journée avec Alec ?

_ Lui, il est silencieux.

_ Il sait qu'on parle le soir ensemble.

_ Je pense qu'il est juste dans le même état que toi : ravagé. Comment te sens-tu, chou ?

_ Comme si mon petit-ami, ce n'était pas suffisant, mon ami me manque. Juste le fait de pouvoir parler avec lui ou, même le voir sans qu'il détourne le regard… Je m'en veux tellement.

_ Te répéter ça ne sert à rien.

_ Pourquoi ai-je embrassé Logan ? Je n'en avais même pas envie.

_ Il faut parfois embrasser plusieurs personnes pour savoir laquelle est la bonne.

_ Même pas. Je savais, Cindy. Je savais que je le préférais. Tout me manque chez lui. Et, j'en viens à me demander comment j'ai réussi à vivre si longtemps sans connaître la sensation des bras d'Alec… et je ne sais pas comment je fais pour rester en vie à présent, tellement il me manque.

_ Tu te fais du mal pour rien.

_ Pas pour rien. Moi, je mérite de souffrir. Et si je pouvais prendre toute la peine que j'ai faite à Alec, et la vivre, quitte à ce que soit multiplié ses effets, je le ferai quand même. Pour lui.

_ Je sais que tu voudrais le soulager… C'est tout à ton honneur.

_ Mais, tu sais le pire ?

_ Parle-moi du pire, dit Cindy.

_ Le pire, c'est son silence. Le regard d'indifférence qu'il pose sur moi. Comme si je n'existais plus à ses yeux. Je ne le supporte pas. J'aurais préféré qu'il me haïsse. Au moins, on pense à une personne qu'on haïssait.

_ Un jour, mais pas tout de suite, ça passera.

_ Et, ça passera comment ? Il va tellement bien m'oublier qu'elle va rencontrer une nouvelle fille ? Ou tu crois qu'un jour, ça ira mieux ? Lui et moi.

_ Original Cindy ne peut pas te répondre avec certitude. Tu l'aimes toujours ?

_ Comment pourrais-je arrêter de l'aimer ? Et si…

_ Si ?

_ Et si je faisais comme dans les films de Kendra ?

_ Premièrement, les films de Kendra sont… des films. Deuxièmement, leurs conseils ne s'applicable à pas la vraie vie. Mais…

_ Mais ?

_ Mais, peut-être qu'un jour, il se sera apaisé. Alors, tu pourras lui parler.

_ Et le reconquérir ?

_ Ça, ça dépendra uniquement de vous deux. Et, n'oublie pas : ton opinion ne s'applique pas forcément à lui. Commence par parler travail. Après tout, vous êtes censés travailler ensemble. Pour le travail, il ne pourra pas t'ignorer.


Seattle, Terminal City, samedi 10 septembre 2022, 8h30


MAX

Le lendemain, Max avait eu hâte de se réveiller pour aller à la réunion du Conseil de Direction. À sa grande surprise, Alec ne se trouvait pas en bout de table, près d'elle. Il avait fait le choix de s'asseoir entre Magenta et Gem.

Durant la réunion, il fut bien entendu question du départ de Misha et des dégâts qu'il avait causé. Max écouta d'une oreille assez distraite. Elle surveillait Alec. Comme si sa propre trahison n'avait pas été suffisante, la trahison de Misha avait porté le coup de grâce à Alec. On lisait sur son visage la douleur autant que la perte. Mais, il fit preuve de résilience.

Misha avait parlé à beaucoup de gens. Alec n'avait pas fini de rassurer les transgénique, mais le travail en amont, par Mole et les autres, de ses propres entretiens, avait permis de mettre en évidence quelques inclinaisons au départ. Il y avait bien des soldats à Terminal City qui auraient aimé être de nouveau dans le service actif de l'armée. Cependant, avant l'armée, ces soldats étaient tous loyaux à Alec. Les discussions du groupe devinrent houleuses lorsqu'il fut question d'envisager que les volontaires puissent s'enrôler s'ils le désiraient réellement, pour leur bien-être. Ce sujet fut reporté à une discussion ultérieure.

o0o0oOo0o0o

À la fin de la réunion, Alec disparut avec une telle habileté que Max ne put que l'apercevoir. Bien qu'ils aient tous fait bonne figure pendant la réunion, les membres du Conseil semblaient avoir un léger parti pris pour Alec, car personne ne lui adressa la parole et elle se retrouva bientôt seule.

Non pressée, elle sortie en dernier. Elle marcha dans la cour avant de s'arrêter. Elle avait entamé le chemin pour rentrer à son ancien appartement, auprès d'Alec, pour y passer du temps avec lui, par habitude. Alors qu'elle se demandait ce qu'elle allait bien pouvoir faire si elle ne pouvait pas être en compagnie du X5, une X6 vint lui demander de la suivre. Et elle s'exécuta immédiatement, trop préoccupée par sa situation.

Max suivit la jeune fille, qui refusa d'en dire plus alors qu'elles s'enfonçaient dans le dédale des ruelles de Terminal City. Lorsqu'elles arrivèrent dans une voie sans issue, la X6 lui fit face. Quand la X5 s'apprêta à lui demander pourquoi, elle se retrouva encerclée. Il y avait des X6 pour l'essentiel, quelques trans-humains, ainsi que deux X5 qu'elle ne connaissait que de vue. C'était des filles et des femmes en majorité, mais le groupe comptait quelques garçons.

_ Un problème ? demanda-t-elle, en regardant le groupe, d'une bonne quinzaine de tête, l'encercler.

_ Oui, dit une fille, pour qui tu te prends au juste ?

_ Euh…

_ Tu as osé t'en prendre à Alec !

_ Hola ! fit Max. Je n'ai rien à voir avec ses blessures.

_ De toute façon, tu l'as blessé quand même !

Une première insulte fusa. En temps normal, Max aurait riposté verbalement. Transgénique ou non, on ne lui parlait pas ainsi. Mais, elle fut surprise. En plus, elle était aussi responsable de ces personnes, comme l'était Alec. Elle voulut être diplomate. Sans succès car la seconde insulte ne tarda pas. Presque aussitôt suivi d'une troisième. Une suite d'injures s'enchaîna très vite. Pour faire face à la dernière insulte, elle recula et, se faisant, bouscula l'une des X5. Il y eut alors un silence de mort. La femme lui lança un regard noir et la gifla. Max fut si surprise que sa seule réaction fut d'apposer la main contre sa joue avec stupeur. Une autre personne lui posa la main sur l'épaule pour la faire tourner et elle reçut un nouveau coup plus violent. Les coups pleuvèrent bien plus facilement que les insultes.

Ce passage à tabac laissa Max, seule, recroquevillée sur le sol de la ruelle et choquée que les "siens" puissent s'en prendre à elle.


à suivre