Le Muet Serpent:
Chapitre 1:
«L'Ultime Résistant». «Le Dernier Rempart.»
Putain de surnom à la con, Draco n'en n'avait jamais entendu d'aussi pathétique. Le Survivant, Celui qui avait Survécu avaient déjà été très haut dans sa liste. Mais ici, on parlait de Potter. Lui préférait l'affubler de Balafré ou de Gryffondor Crétin Congénital, autrement dit GCC. Pour ce qui était de lui, Draco n'avait jamais envisagé d'autres surnoms que «Sa beauté froide Maloyrienne». avec quelques exceptions pour «Son Altesse des Serpentards» ou «Sa Majesté Sournoise». Ceux-là pouvaient encore passer. Il aimait bien ceux-là, en plus d'être excessivement bienveillants, ils étaient drôles.
Skeeter s'était déchaîné sur lui. Les articles pleuvaient sans discontinuer dans la Gazette depuis des mois. Ça n'arrêtait pas de vanter sa beauté, son assurance, sa richesse (bien évidemment) et ses exploits contre l'ancien seigneur des ténèbres. Il n'avait rien démenti, par pur flemmardise. Pour faire taire les cafards, il vaut mieux les ignorer.
Maintenant qu'il était de retour à Poudlard pour une huitième année. Il arrange sa cravate verte et argent en croisant son regard dans le miroir enchanté. Il lui renvoie un reflet peu flatteur. Ces temps-ci, ses yeux grisaillent comme les nuages dehors.
Draco attrape sa baguette et ouvre la porte de sa salle de bain pour débarquer dans le pitoyable dortoir des huitièmes années. Mc Gonagall ne l'avait pas récompenser en lui offrant une chambre personnelle. Heureusement, Potter non plus ne possède pas de coin à lui. La potion glisse mieux au travers de sa gorge.
Pour autant, comble du malheur! On vous laisse deviner qui sont les colocataires de Draco? En mille, en plein dedans. Tellement évident que même cette idiote de Trewaley aurait pu le prédire. Avec les deux plus horribles lions sur lesquels il pourrait tomber, Weasley et Potter, le Sauveur.
Heureusement, son réconfort dans l'histoire c'est que Théo est l'autre serpent pour équilibrer un peu la balance de l'intelligence et de la classe! Weasley ronfle comme un vieux chien de chasse chaque soir, du moins, quand il ne se glisse pas dans la chambre de préfète de sa copine Granger.
GCC 1 et GCC 2 se démarquent par le bruit constant de leur routine. Draco se demande comment ils auraient pu se glisser discrètement à travers tout le château dans ces conditions. Ce n'était pas ses oignons, mais la question se posait tout de même.
Voilà Nott qui sort de sa salle de bain privé et lui demande:
—T'es déjà prêt?
«Évidemment.»
Théodore ne parle pas beaucoup et ça lui convient.
Le calme de Théo le change du dégoût qu'il ressent pour les bruyants. Il hait les regards de pitié qu'on lui donne. À chaque fois, l'envie d'hurler monte en lui comme une vague particulièrement menaçante, prête à tout dévaster. Y comprit envers ses meilleurs amis. Ils tentent de leur mieux de le rassurer, ou de l'encourager. Draco vit mal leur pitié.
Il se sert de sa baguette pour discuter, et Merlin merci, Snape lui a apprit la magie sans baguette durant les vacances. Si l'on pouvait appeler cette étrange période suite à la défaite de Voldemort ainsi.
Maintenant, on peut le considérer comme un sorcier «normal». Oh oui, si on évite de bavarder sur son petit problème de voix et d'écailles, mais ça, c'est plutôt privé. Draco déteste revenir là-dessus. Son parrain et lui travaillent ardemment à une solution, à un contresort probable. Ça prend du temps. Après tout, Voldemort n'aurait pas lancé un sort simple, non, il fallait qu'il cherche le plus farfelu et le plus étrange.
—Zabini doit nous attendre, je l'entends déjà se plaindre qu'il souffre de famine.
Draco ne retient pas son sourire narquois. Il évite le regard inquisiteur de Potter. Depuis qu'ils ont retrouvés Poudlard, le Balafré le regarde de cette façon. Ce n'est pas de la pitié. Pour autant, Draco n'arrive pas à comprendre cet air perdu et dévasté qui envahit le visage de son rival. Ne devrait-il pas se réjouir qu'enfin, Draco se taise? Les années précédentes, il en a fait mille fois le vœu après tout.
Ils ont fait leur rentrée depuis deux semaines. La directrice a été prise d'une étrange lubie. Pire que celle de Dumbledore de son vivant. Bien entendu, mélanger les dortoirs, quelle merveilleuse nouvelle! On fera ça pour toutes les années!
La guerre est finie, tout le monde doit faire la paix et elle s'insinue jusque dans les sphères privées. Qu'y-a-t-il de plus intime que partager son dortoir? Putain d'idée à la con. Il y avait fort à parier qu'ils finiraient par s'entre-tuer bien plutôt que devenir copains comme cochons.
Ils ont toutefois pu garder leurs magnifiques armoires multifonctions qu'ils avaient commandés dès la première année. Draco n'aurait pour rien au monde voulu les échanger, ou les perdre. Une armoire qui se change en dressing, en salle de bain privée, ou en bureau? Qui pouvait demander de mieux que ça? Weasley et Potter en avaient été verts de jalousie en regardant Théo et lui s'isoler dans cette petite pièce bénie!
Bien qu'un silence relatif règne dans le dortoir quand ils y étaient tous les quatre, et par là une trêve légère, Draco ne se sent pas tranquille. Il craint qu'un jour, on découvre que derrière ses rideaux clos, on se rende compte qu'il vivait en cauchemar ce fameux jour. Le maléfice coule dans ses veines et chaque levée de soleil le rapproche du moment où il perd son humanité.
Draco déteste y penser. Il préfère ne voir que l'instant présent et garder pour lui les conséquences de ce tel jour. Pour le commun des mortels: il est devenu muet après avoir trahi Voldemort et tué Nagini. Pour ses amis les plus proches: les conséquences sont terribles et arriveront un jour.
Seul Snape et sa famille ont été mise au courant de ce qui arriverait. Mc Gonagall aussi en fait partie, dans une certaine mesure. Dans un an? Quelques mois? Jours? Secondes? Jamais? Un jour, Draco se transformera en serpent. Lequel? Aucune idée, certainement presque albinos.
Draco préfère vivre sa dernière année à Poudlard tranquille et paisible. Il sait que ce sera certainement la toute dernière fois qu'il pourra se sentir être un sorcier normal. Après ça, il ignore ce qu'il va faire. Peut-être se consacrer à ses recherches en compagnie de Severus. Ça lui semble très bien. Il n'a pas encore dit à ses amis tout ça. Il emportera sûrement le secret dans sa tombe.
Maintenant, ils ont rejoint la salle commune de toutes couleurs. La bonne nouvelle dans l'histoire, c'est que Mc Gonagall a fait le choix de plus petits espaces, avec moins de monde. Bien que Parkinson ne soit pas dans cette salle, ni Crabbe, Goyle et Zabini, Draco est reconnaissant. Il arrive mieux à respirer malgré les autres élèves. L'ambiance est aussi plus chaleureuse et agréable.
—Tu as réussi ton devoir de potions? lui demande Théo.
Aucun d'eux n'est dupe, le temps de se rendre à la Grande Salle, Théo habille le silence de superficialités. D'habitude, c'est Pansy et Blaise qui s'en chargent. Milicent les rejoint et rétorque:
—Presque, mais Snape est quand même un sadique de première.
«C'est parce que tu es un peu bête, Milicent.»
—Je ne te permets pas, Draco!
«Les réponses sont à la page … 368.»
Il est entouré d'étincelles de magie qui forment ses mots dans l'air quand il agite sa baguette. Depuis qu'il se tient à ce mode de communication, il est envahi par la flemme de faire des grandes phrases et de beaucoup participer aux débats.
Il préfère se tenir en retrait et participer de temps à autre seulement. Chose qu'il lui est inhabituelle pour lui qui est le Prince des Serpentards. Autrefois, c'est autour de lui qu'on créait les conversations. Il a laissé tomber la couronne il y a longtemps. Il n'y a que ses amis pour la lui attribuer, encore et encore. C'en est presque risible. On dirait qu'ils ont lancés à sa tête un sort de glu perpétuelle pour qu'il ne puisse pas se séparer de sa couronne d'or blanc.
Draco est juste assez flatté pour laisser faire.
Chapitre 2:
