Chapitre 3:

Mauvais jour que cet aujourd'hui d'automne. Les feuilles d'or s'envolaient dans le vent. Quelques arbres du parc possédaient encore une belle robe de feuilles. Dans peu de temps, ils seraient nus et ils affronteraient l'hiver.

Draco ne voulait certainement pas sortir de son lit ce matin. Une langueur et une lourdeur pesait sur lui. Le sommeil embuait encore ses sens. Il avait beaucoup de difficulté à penser à sa longue journée. Il ne souhaitait qu'une chose: rester sous sa couverture, profiter du silence et s'endormir de nouveau.

Un rêve qui ne se réaliserait pas car il avait un contrôle de potions. Qu'il ne pouvait pas foirer d'ailleurs. Bien qu'il soit le chouchou de Snape, ce dernier ne laisserait pas ça passer, même à son élève favori. Snape voulait le prendre comme apprenti après Poudlard. Le professeur le poussait sans cesse dans ses retranchements et n'hésitait pas à corser les sujets qu'il donnait à Draco. Même l'excitation d'un devoir plus difficiles n'arrivait pas à motiver le jeune Serpentard. Chose qu'habituellement la chauve-sauris des cachots arrivait à faire à la perfection.

Le voilà assis au bord de son lit, il frissonne. Il sait qu'il doit se lever, prendre une douche, s'habiller, prendre son sac et se rendre à la Grande Salle. Théodore fait son apparition près de lui:

—Tout va bien?

«Mal dormi ...» se contente de répondre Draco.

L'autre sorcier hoche la tête et appuie sur le bouton de son armoire avant de s'y engouffrer. Certains jours, la protection de ses amis l'énerve plus qu'elle ne la rassure.

Malfoy se lève, se glisse sous l'eau chaude qui calme un peu ses membres. Il se sent mieux réveillé après cette longue douche. Il s'habille ensuite de son uniforme. Il jette un dernier coup d'œil au contenu de son sac:

—Tu es prêt?

Théo vient de sortir de sa salle de bain. Il noue sa cravate puis attrape son sac. Ils sentent le regard de Weasley sur eux, ainsi que celui de Potter. Draco leur cracherait bien: «Vous voulez ma photo?» mais il n'est certainement pas d'humeur aujourd'hui. Encore moins pour l'humeur de Théo. Il lui écrit:

«Je vais aux cuisines. J'ai besoin d'être seul.»

Le miracle Draco le muet. Ça doit être la seule phrase très longue depuis de longues semaines qu'il a sorti. Théo ne parvient pas à réagir. Malfoy court presque dans les couloirs. Il déteste cette vénération des autres élèves qui croisent son chemin. Heureusement, personne ne tente de lui parler. En tant que Prince des glaces, peu sont ceux à essayer. Il adore sa réputation grâce à ça. Il n'imagine pas ce que ça serait sinon.

Il chatouille la poire et le tableau s'ouvre pour le laisser entrer. Le Serpentard apprécie l'énergie des elfes de maison. Ils sont agités, mais se contentent de lui indiquer une petite table dans un coin. Il n'est pas le seul élève qui préfère manger loin des regards. Quand ça arrive, ils ne se parlent pas. Draco adore l'ambiance des cuisines entre les chuchotements des elfes de maison et les bruits de couvert des quelques autres élèves, beaucoup plus tranquille que le boucan de la Grande Salle.

Il est à peine surprit lorsque Granger vient s'asseoir à sa table. Il lève à peine un sourcil étonné dans sa direction. Elle feuillette un livre, puis elle dit:

—Je te cherchais, pour te remercier.

«Pas de quoi.»

—Je peux t'aider, sur le sort que tu as subi. J'ai commencé à faire des recherches, tu aurais des indices? Tu te souviens de quelque chose?

«Ça s'appelle un secret pour une bonne raison, Granger.»

—Je pourrais t'aider.

«Si Severus Snape ne peut pas m'aider, je pense que tu ne peux pas non plus, Granger.»

L'information est difficile à avaler. Draco voit le visage d'Hermione Granger se couvrir d'embarras et de gêne. Draco pose sa fourchette. Il n'a plus faim. D'ailleurs, il est déjà l'heure de se rendre aux cachots pour leur cours.

—Je suis vraiment désolée, c'est à cause de nous que tu subis cette malédiction…

«Je n'ai pas souvenir d'avoir dit que je t'en tenais rigueur.»

—Il n'empêche que tu as prit soin de nous. C'est grâce à toi que je suis encore là. Je me sens redevable.

«C'est pas la peine Granger.»

Draco est déçu qu'elle ne ressente pas qu'il crache ces mots. Ils sont presque neutres à flotter ainsi dans l'air.

—Je ferais des recherches. Je te le promets.

«Whouah … je sens ta dette de vie qui diminue, Granger.»

—C'est que tu as encore ton sens de l'humour, fait-elle sarcastiquement.

Draco se lève et attrape son sac, les autres élèves ont déjà quitté la cuisine sans un regard en arrière:

«Nous allons être en retard.»

La lourdeur sur ses membres revient. Un vertige le prendrait presque quand il se rend compte qu'il s'est levé trop rapidement. Granger pose une main sur son bras:

—Tout va bien? demande-t-elle.

Le Serpentard lève la main, oui, tout va bien. Après un court instant, ils sont dans les couloirs. D'autres huitième années se rapprochent d'eux et discutent entre eux.

Bordel, le vertige est revenu. Draco ralentit, il ne remarque pas qu'il s'est arrêté au bon milieu du couloir. Les voix de ses amis sont complètement déformées. Sa respiration se saccade. Ses genoux tremblent. Il a le réflexe de sortir sa baguette, il l'agite:

«Sna … sna … pe …»

Il perd le contrôle de sa maîtrise légendaire de lui-même. Sa respiration accélère encore. Pourtant, il ne sent aucun air lui parvenir aux poumons. Il sent qu'il perd son corps. Aussi étrange cela puisse être.

Sa baguette lui échappe des mains, il chute. Il n'arrive plus à entendre, à voir. Ses yeux sont couverts d'un voile effrayant qui souille sa vision. Il ne ressent plus le bout de ses doigts, ni ses pieds. Sa magie lui échappe par vague.