Chapitre 19

Andréa était perdue dans ses pensées et marchait en direction du mess. Cela faisait plusieurs jours qu'elle était revenue de sa mission avec Evan et elle passait le plus clair de son temps dans ses quartiers. Elle avait travaillé sur son ordinateur portable depuis son lit et elle avait appréciait cette solitude. C'était un luxe de pouvoir travailler depuis n'importe où et elle n'avait vu ça que sur Atlantis. Elle avait surtout apprécié le fait que personne n'était revenu à la charge pour la voir. Ses amis et proches collègues commençaient à la connaître et ils respectaient son choix de s'isoler. Cela ne durait jamais très longtemps alors ils ne s'inquiétaient pas.

Elle venait de passer les portes du mess et s'était dirigée vers le buffet après avoir attrapé un plateau. Elle n'avait pas tellement faim mais son dernier repas remontait à la veille au soir alors elle s'était forcée en prenant un plat et un dessert. Elle avait sursauté en sentant une main se poser sur le bas de son dos. «Est-ce que tu me fuis ?». Elle avait souri en entendant la voix d'Evan raisonner dans son oreille. «Je fuis tout le monde en ce moment.». Il avait passé sa tête au-dessus de son épaule en souriant. «Au moins tu te nourris.». Sa proximité avait coloré ses joues et fait bondir son cœur de plaisir.

Andréa avait instinctivement tendu son bras en arrière et posé sa main sur sa jambe pour sentir davantage sa présence. Evan l'avait embrassé sur la joue avant de s'emparer de son plateau qu'elle venait de remplir. Elle lui avait fait comprendre que tout aller bien alors qu'ils se dirigeaient vers une table vide. Elle savait qu'il avait déjà mangé et qu'il était là uniquement pour la voir. «Si c'est pour me demander de partir hors monde, c'est non. Et ce ne sera plus jamais la peine de me demander.». Ils s'étaient assis en souriant à son air moqueur. «Est-ce que tu m'en veux ?».

Evan s'en était voulu de l'avoir embarqué dans cette galère et il en venait à se demander si elle n'avait pas raison quand elle disait qu'il portait malheur. «Bien sûr que non !». Il n'était pas tellement convaincu par ses mots mais il avait accepté sa réponse. «Comment tu vas toi ?». Il relativisait sur le fait qu'il avait été tué par une piqûre de scorpion, même si cela l'avait perturbé. «Je crois avoir compris ce que tu as ressenti quand tu étais connecté à la ville.». C'était la première fois qu'il avait eu une sensation de puissance au bout des doigts lorsque les lumières du Temple s'étaient allumées et à sa grande surprise, cette expérience n'avait pas été si désagréable que ça. «Tu veux en parler ?».

«Peut-être plus tard.». Elle regardait dehors et réfléchissait à ces heures passées dans le Temple. Evan avait glissé sa main sur la sienne pour attirer son attention. «Désolée, tu me parlais ?». Cela faisait trois fois qu'il lui demandait à quoi elle pensait mais elle était subjuguée par les mouvements des vagues. «Oh… tu as dit à Elisabeth que le bracelet d'Hathor allait leur servir…». Il acquiesça en se souvenant de ce que l'Égyptien lui avait dit lorsqu'il était aux côtés d'Andréa. «Je me demande bien ce qu'ils préparent.».

Evan y avait réfléchi aussi mais n'en avait pas la moindre idée. «Rodney pense que les Anciens ont effacé tout ce qui concerne les Égyptiens.». Elle avait survolé plusieurs sections de la base de données mais ne s'était pas attardée plus que ça. Elle s'était dit qu'elle y regarderait de plus près dans l'après-midi si elle avait un moment de libre. Andréa regardait Evan et l'écoutait parler de son travail de bureau. Elle entendait vaguement le son de sa voix sans tellement prêter attention à ce qu'il racontait. Elle lui souriait de temps à autre en le fixant. Elle observait sa gestuelle et les traits de son visage en faisant abstraction de son environnement. Sa main était toujours ancrée dans la sienne et la physicienne faisait aller ses doigts au rythme d'une musique qu'elle avait en tête.

Il avait arrêté de parler en voyant qu'il avait perdu son attention. Reed et Liam avaient soudainement posés leur plateau à leur table, sans qu'il ne s'en aperçoive vraiment. Ils ne s'étaient pas détachés pour autant et les deux militaires s'étaient assis à leur côtés. «Il paraît qu'il y a un nouveau médecin en ville.». Andréa avait souri naturellement à Liam, toujours consciente de sa proximité avec Evan. «Oui, je n'ai pas eu l'occasion de la rencontrer, le docteur Keller va remplacer…». Elle n'arrivait pas à finir sa phrase et le simple fait de penser à Carson lui avait coupé l'appétit.

Le Sergent s'était excusé en réalisant qu'il avait jeté un froid. Evan avait senti le malaise et s'était redressé en lâchant la main d'Andréa. «Alors, est-ce que vous êtes prêts pour votre entrainement avec le Sergent Negley?». Reed s'était empressé de répondre que la séance avait été reportée parce que Ronon avait prévu d'apprendre à Rodney quelques techniques de combat et avait réquisitionné la salle principale. Ils avaient tous ricané en imaginant la scène. Ils avaient échangé un moment sur les missions à venir et Reed n'avait pas pu s'empêcher d'évoquer leur dernière sortie tous ensemble. «Que s'est-il passé pendant que nous étions dans la réalité virtuelle?».

«Comme je l'ai dit au docteur Weir, vous étiez inconscients pendant quelques heures.». Elle avait hoché la tête et lui avait demandé si l'homme qui était avec eux, leur avait parlé mais il n'avait apparemment rien dit. «Il était debout et par moment on aurait dit qu'il était déconnecté de la réalité. Comme s'il était en trans.». Liam avait confirmé qu'ils avaient trouvé le temps long et qu'ils s'étaient inquiétés.«C'était vraiment bizarre.».

«Est-ce que vous avez trouvé quelques choses qui pourrait confirmer que les Égyptiens sont les descendants des Anciens?». La physicienne avait secoué la tête en prenant un air dépité, mais elle n'avait pas dit son dernier mot et elle comptait bien explorer toutes les ressources que la cité possédait pour obtenir des réponses. Andréa s'était levée en indiquant aux trois hommes qu'elle avait du travail. Evan s'était levé à son tour en voyant son sourire en coin et l'avait accompagnée jusqu'à la sortie en s'approchant près d'elle. «Je pense à la même chose que toi…». Il n'avait pas dit un mot de plus et lui avait saisi la main en l'entraînant avec lui de couloirs en couloirs. Elle avait résisté les premières secondes en se demandant où il l'emmenait, puis elle s'était laissée guidée jusqu'à ses quartiers en voyant son sourire évocateur.

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Evan était à son bureau depuis un moment, avachi sur son fauteuil. En l'absence du Colonel Sheppard, Elisabeth lui avait demandé de lire et valider les courriels entrants et sortants de tous les membres de l'expédition. Ils avaient pourtant pour habitude de se relayer une semaine sur deux mais Sheppard n'aimait pas tellement les tâches administratives alors il multipliait les missions hors monde dès qu'il le pouvait.

Le militaire savait que cela lui prendrait des heures. Il n'aimait pas cette partie de son travail parce qu'il avait l'impression de s'immiscer dans l'intimité des membres du personnel, mais il était essentiel de contrôler ces échanges pour s'assurer qu'aucune information confidentielle ne fuite. Il parcourait la liste en s'attardant sur les courriels qui renfermaient des pièces jointes. Le Sergent Negley venait de recevoir une photo de sa sœur. Elle était visiblement assise sur un lit d'hôpital et tenait dans ses bras un nouveau-né. Evan avait souri en s'attardant sur la silhouette du nourrisson, paisiblement endormi dans les bras de sa mère. Il repensait à son ex-fiancée et il s'était dit qu'il aurait pu vivre cette situation si elle ne l'avait pas trompée.

Il ferma le courriel et autorisa la réception. Il lui en restait encore une bonne trentaine à lire et il commençait à désespérer. Plus il approuvait les envois, plus il avait de demandes. La liste s'allongeait et il avait l'impression d'en avoir plus que lorsqu'il avait commencé. Il s'était fixé un horaire précis auquel il s'arrêterait et continua pour en faire un maximum. Rodney ne recevait presque jamais de courriels personnels, si ce n'est de sa sœur Jeannie, une fois par an. Evan avait été surpris de voir qu'elle lui avait écrit. Il y avait une pièce jointe qu'il s'empressa d'ouvrir. Jeannie était en photo avec sa fille Madison, au bord de la plage. Il ne s'était pas attardé et avait validé la réception.

En parcourant la liste, il avait vu un nom plus que familier et il cliqua sans attendre. Les premiers mots l'avaient étonné, au point de les répéter à haute voix. «Salut Andie…». L'ancien Caporal Jones venait d'envoyer un long message à Andréa et il lui avait déjà donné un surnom. C'était le premier courriel qu'il interceptait mais ils s'écrivaient visiblement régulièrement. Sa curiosité l'avait poussé à fouiller dans l'historique du logiciel pour avoir la totalité de leurs échanges, mais sa raison le stoppa dans son action. Il ne pouvait pas lui faire ça. Il s'était demandé s'il ne valait pas mieux laisser Sheppard s'occuper de celui-ci. Il avait attendu de longues minutes devant son écran à peser le pour et le contre, jusqu'à ce qu'il n'ouvre le premier message.

Andréa lui parlait de ses entrainements physiques et de la nourriture au mess, rien qui ne pouvait mettre en péril la sécurité de la Cité. Si Sheppard avait autorisé ces envois, c'est qu'il n'y avait surement rien d'alarmant. Les premiers courriels étaient purement platoniques et tout ce qu'il y avait de plus de banal. Andréa prenait régulièrement des nouvelles de sa mère et l'ex-Caporal y répondait poliment. Il pouvait lire au fil des écrits que la mère de Jones allait mieux et le dernier message faisait état d'une rechute. Il avait regardé la date du dernier courriel reçu et Evan avait fait le rapprochement. Il s'était souvenu qu'elle avait fermé son ordinateur portable lorsqu'il lui avait rendu visite et il était persuadé que le timing correspondait à la réception du courriel.

En retournant sur le courriel entrant, il avait été attristé de savoir que l'état de sa mère s'était brusquement aggravé. Adrian lui demandait si elle comptait prendre un congé pour se rendre sur Terre en lui faisant comprendre qu'il aimerait bien la voir. Evan avait hésité à approuver le message. Sa jalousie le rendait paranoïaque au point de se demander s'il n'était pas une menace pour leur couple, même en étant à l'autre bout de la galaxie. Il avait soufflé en fermant énergiquement son ordinateur, avant de sortir de son bureau pour aller prendre l'air.

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Radek venait d'arriver au laboratoire et déposa un gobelet de café sous le nez d'Andréa. Elle l'avait remercié en lui demandant si Rodney était rentré. Ils étaient en salle de réunion depuis deux bonnes heures et elle s'était demandé si tout c'était bien passé, parce que ce n'était pas habituel que cela dure aussi longtemps. Ils avaient été surpris en entendant Rodney qui passait les portes du bureau d'un pas lourd. Il semblait pressé et son attitude traduisait sa colère. «Vous allez bien Rodney?». Il avait détourné les yeux de son écran pour faire face aux deux scientifiques. «Ah ! Vous tombez bien ! J'ai besoin d'aide pour trouver la dernière adresse qui a été composée sur le DHD de la planète d'où nous venons.».

Andréa s'était levée en avançant prudemment vers lui. «Vous êtes sûr que tout va bien?». Il n'avait pas l'air dans son assiette et elle commençait à sentir le malaise se diffuser dans toute la pièce. «Nous sommes tombés sur un laboratoire expérimental de Michael.». Andréa avait vaguement entendu parler de lui, sans vraiment savoir ce qui s'était passé à l'époque. Elle savait que Michael était un Wraith qui avait servi de cobaye à Carson. Lorsqu'il avait fallu expérimenter un rétrovirus permettant de transformer ces créatures en humain, tout avait dérapé.

Elisabeth avait approuvé le fait qu'il intègre l'expédition comme s'il en était un membre à part entière. Michael avait perdu la mémoire et ne se souvenait plus de son passé de Wraith, ce qui avait joué en leur faveur. Radek avait pris la suite de Rodney et confia à Andréa que tout avait dérapé, peu de temps après le succès de l'expérience. Michael avait des flashs successifs dû aux effets secondaires du rétrovirus et il avait fini par découvrir sa vraie nature. Il avait pris la fuite en emmenant Carson avec lui et avait rejoint une colonie de Wraith.

L'équipe de Sheppard avait retrouvé Michael à bord d'un vaisseau ruche qui l'avait accueilli malgré son apparence et son passé, en échange de quoi il avait révélé à la Reine que la cité d'Atlantis n'avait pas été détruite. Cette dernière n'avait pas hésité à trahir le pacte qu'elle avait passé avec Michael et les quelques Wraiths devenus humains, ce qui l'avait poussé à créer sa propre horde.

En comprenant que la Reine le voyait comme un ennemi, Michael avait été opportuniste et avait aidé Sheppard à fuir le vaisseau ruche sur lequel il se trouvait, lui et son équipe. Alors qu'ils avaient été téléportés sur le Dédale qui stationnait en orbite, deux vaisseaux ruches l'avait attaqué, lui et l'Orion. Avec l'aide de Rodney, le rétrovirus avait été transformé sous la forme de gaz et téléporté à bord du vaisseau ennemi afin de neutraliser tous ses occupants.

Une fois transformé en humain, les Wraiths avaient été conduits sur un site Alpha où le docteur Beckett et son équipe avaient pu continuer de leur administrer le rétrovirus en leur faisant croire qu'ils avaient survécu à une maladie. Mais tout comme Michael, certains avaient commencé à se rappeler de leur nature. L'équipe de Sheppard n'avait pas voulu prendre de risque et avait placé une bombe au Naqquadah sur la planète en pensant pouvoir les éradiquer. Ils avaient secouru Carson au préalable, que Michael avait fait prisonnier.

Le fait d'avoir été humain ne passait pas très bien auprès des siens alors Michael avait fait cavalier seul. Il multipliait les expériences pour se constituer une armée de mutants Wraith plus forts et plus résistants que les Wraith ordinaires. L'équipe de Sheppard venait de comprendre en visitant la nouvelle planète des Taraniens, qu'ils avaient survécu à l'explosion. Un petit groupe dirigé par Michael s'était enfuit in-extremis pour être recueilli par un vaisseau Ruche. Le peuple Taranien qu'ils avaient autrefois aidé lors d'une éruption volcanique destructrice, avait disparu. Ils étaient régulièrement en contact mais cela faisait des semaines que personne ne répondait aux communications. Ils avaient servi de cobaye à Michael dans sa quête de pouvoir. L'équipe de Sheppard venait d'affronter une horde de créatures dans un des complexes souterrains de la planète. Ils avaient été impressionnés de voir qu'il avait créé une armée conséquente en si peu de temps et ils étaient impuissants face à sa folie.

Il s'était enfuit par la porte des étoiles et il fallait maintenant savoir où. Le Sergent Negley avait été envoyé plus tôt pour assister l'équipe du Colonel, mais avait disparu une heure après leur arrivée. Andréa était abasourdie par toutes ces informations. Même si les Wraiths étaient des monstres, elle avait du mal à croire qu'Elisabth avait autorisé cette expérience. Liam et Reed lui avaient parlé du Sergent Negley et elle savait qu'ils étaient assez proches. Elle avait mis du temps à réaliser la violence que tout ça. Elle savait que les missions étaient parfois dangereuses, parce qu'elle en avait déjà fait les frais. Elle était consciente que tout pouvait basculer en un instant mais elle ne se doutait pas que la galaxie regorgeait d'autant d'ennemis.

Elle était restée un moment, figée en écoutant les récits de Rodney et Radek. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Même si elle comprenait les enjeux, Andréa avait de la compassion pour Michael. Il avait été utilisé et il cherchait à se venger de ce qu'Atlantis lui avait fait subir. Il avait été traité comme un membre à part entière de l'expédition et il avait parcouru la Cité comme n'importe lequel d'entre eux. Il connaissait les moindre recoins de la Cité et il connaissait sa localisation. Elle n'avait pas cherché plus longtemps et s'était mise au travail pour trouver la dernière adresse composée par Michael sur le DHD. Cela devenait urgent de le retrouver avant qu'il ne frappe de nouveau.

Ils étaient restés quelques heures en silence jusqu'à ce qu'Elisabeth ne fasse son entrée. «Comment ça avance ?». Rodney s'était arrêté en lui disant qu'il étudiait toujours les éléments qu'il avait téléchargé dans la base de données de Michael. Il cherchait inlassablement des informations sur les expériences de Michael. Il allait toucher au but mais le fait d'avoir crypté les données le ralentissait considérablement dans sa quête. Andréa et Radek avaient listés les coordonnées des planètes que le DHD avait gardé en mémoire et ils œuvraient à les classer de manière méthodique.

Ils avaient sélectionné les critères susceptibles d'être intéressants. Andréa avait éliminé les planètes trop peuplées ou trop avancées en technologie. Même s'ils ne savaient pas de combien d'hommes était constituée l'armée de Michael, ils ne devaient pas dépasser une centaine. McKay avait confirmé ce nombre approximatif et avait affirmé qu'il avait trois laboratoires similaires à celui qu'ils avaient visité, sur différentes planètes. Radek s'était étonné de la vitesse à laquelle il avait réussi à intégrer sa science à celle d'Atlantis.

Elisabeth avait l'air dépassé par les événements alors Andréa s'était dirigée vers elle en lui demandant si elle allait bien. «Michael a découvert la colonie des Taranan grâce aux informations volées par les Wraiths durant notre courte alliance avec eux, l'an dernier.». La jeune femme voyait parfaitement où elle voulait en venir et elle posa sa main sur son bras pour la rassurer sur le fait qu'elle n'était pas responsable. «C'est nous qui avons mené Michael à eux.».

La chef d'expédition avait timidement souri et s'était dirigée vers la sortie. «Tenez-moi au courant si vous trouvez quelque chose.». Les trois physiciens l'avaient regardé partir et ils s'étaient échangé un regard avant de se remettre au travail en silence.

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Evan était de nouveau derrière son bureau lorsque Sheppard passa la porte. Il avait entrepris de se lever pour le saluer mais le Colonel l'avait arrêté dans sa lancée. «Restez assis, Major.». Il s'était avachi dans son fauteuil en repensant à sa journée éreintante. «J'ai appris pour le Sergent Negley et son équipe.». Sheppard avait hoché la tête en se souvenant de leur derniers échanges radio. «J'ai approuvé un courriel de sa sœur pendant que vous étiez là-bas.». Le Colonel avait relevé la tête en attendant la suite. « Sa sœur vient d'accoucher d'une petite fille.».

Son ton était tout ce qu'il y a de plus monotone et le silence devenait pesant au point d'entendre les mouches voler. Sheppard l'avait informé que le Dédale avait scanné la planète peu après leur départ, mais qu'il n'y avait plus le moindre signe de vie. Les hommes du Colonel Caldwell avaient fouillé le site de fond en comble sans trouver la moindre trace de Michael ou de ses créatures hybrides. «Radek et Davis cherchent la dernière adresse composée sur le DHD, mais ça prendra du temps.».

Evan avait hoché la tête en comprenant les enjeux de cette course contre la montre. Après un moment, Sheppard l'avait remercié de l'avoir remplacé pour les tâches administratives, et lui avait confié qu'il allait prendre la suite pour se changer les idées. Alors qu'il faisait le point sur le nombre de courriels, il avait remarqué que tous ceux du jour avaient été traité, mais qu'un seul de la veille était resté en suspens. Sheppard avait froncé les sourcils en se demandant pourquoi le mél. de Jones n'avait pas été approuvé. Il avait rapidement parcouru la liste sans comprendre pourquoi il était resté en attente. «Qu'est-ce que je suis censé faire Major ?».

«Ce qui vous semble juste, Monsieur. Je ne veux pas être celui qui autorisera cet envoi.». Il n'avait rien dit de plus et s'était levé pour quitter la pièce. Le Colonel comprenait vaguement la situation mais il fallait être impartial en toute circonstances alors il approuva le message. «Oh, nous n'avons pas eu l'occasion d'en reparler, mais pensez-vous que nous aurons la visite d'Hathor dans un futur proche ? Parce qu'elle nous serait d'une grande aide dans cette bataille contre les Wraiths !».

«Je ne pense pas, Monsieur. Mais ce dont je suis certain, c'est que ce bracelet change clairement la donne.». Un bref signe de tête de Sheppard lui avait fait tourner les talons en direction de la sortie.

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Evan avait longuement réfléchi avant de prendre la décision de parler à Andréa. Il se tenait devant ses quartiers et il hésitait à s'annoncer. Il essayait de faire abstraction de ses échanges avec Jones, mais son esprit le torturait en lui infligeant des pensées négatives et irrationnelles. Il s'imaginait les voir s'étreindre et s'embrasser alors pour chasser cette vision désagréable, il s'annonça en passant sa main devant le détecteur. Elle avait ouvert presque immédiatement et lui avait souri franchement avant de l'attirer vers elle.

Andréa était sur le point de l'embrasser mais elle avait remarqué son visage fermé. «Qu'est-ce qui se passe ?». Il avait secoué la tête en lui prétextant que la journée avait été longue mais elle n'en croyait pas un mot. «Sheppard m'a dit pour le Sergent Negley et son équipe.». Elle l'avait serrée dans ses bras en voyant qu'il était touché. «Je suis désolée Evan. Tu le connaissais bien ?». Ils s'étaient entraînés quelques fois ensemble mais ils n'avaient jamais vraiment échangé. Il revoyait encore la photo de sa sœur et du nourrisson qu'elle portait dans ses bras.

Andréa sentait le malaise planer mais une sonnerie avait brisé ce moment. Son ordinateur venait de lui confirmer qu'elle venait de recevoir un mél. et elle se précipita en pensant que Radek avait trouvé quelque chose sur la destination de Michael. Elle s'était figée en voyant qu'Adrian lui avait écrit. Evan s'était raidi en comprenant que Sheppard avait approuvé le message. «Qu'est-ce que c'est ?».

Elle avait fermé son ordinateur portable et bafouillé en lui disant que Radek lui avait envoyé une liste de coordonnées à étudier. Evan savait parfaitement de quoi il s'agissait et il se maîtrisait pour ne pas exploser. Elle avait rapidement changé de sujet en lui demandant ce qui l'avait amené dans ses quartiers. «Je vais être pas mal occupé les prochains jours. Le Colonel Ellis doit arriver dans quelques heures et le Colonel Sheppard veut que je sois présent.». Il avait l'air contrarié et elle lui avait demandé s'il y avait quelque chose de grave mais il n'avait pas plus d'information qu'elle. «Est-ce que ça te dirait de regarder un film ce soir?». Il n'avait pas l'air réceptif et cela commençait à devenir suspect. «Qu'est-ce qui ne va pas, Evan?». Elle s'était approchée en prenant ses mains dans les siennes.«Je vois bien qu'il y a autre chose. Parle-moi! ».

«Ce n'est rien. Je n'ai pas envie de me disputer.». Andréa avait souri en lui disant qu'il n'y avait pas de raison, mais il avait vite disparu en voyant qu'il avait gardé son visage fermé. «Je sais pour tes échanges avec Jones.». Elle était restée figée sur ses mots et s'était éloignée d'un pas. «Ça t'obsède toujours autant?». Il s'était excusé en lui disant que c'était plus fort que lui mais elle commençait à en avoir marre de devoir se justifier. «C'est un ami! Et puis, en quoi ça te dérange?J'ai quand même le droit de discuter avec lui! ».

«Si tu le dis, Andie.». La jeune femme s'était crispée en entendant le surnom qu'Adrian était le seul à utiliser. «Comment tu m'as appelée ?». Il n'avait pas hésité à répéter plus fort, ce qui avait confirmé les doutes de la scientifique. «Tu lis mes courriels!? Je n'arrive pas à y croire… ». Elle se sentait trahi et elle n'arrivait pas à croire qu'il était encore jaloux. «Je pense que tu devrais partir avant que je ne dise des choses que je vais regretter !». Elle avait haussé le ton en voyant qu'il n'avait pas bougé.

Andréa ne s'était pas démontée et l'avait poussé jusqu'à la porte jusqu'à ce que son oreillette se mette à grésiller. «Qu'y a-t-il Rodney ?». Elle avait fermé les yeux pour se concentrer sur ce qu'il disait plutôt que sur Evan qui se tenait toujours face à elle. «J'arrive tout de suite.». La scientifique pouvait supporter beaucoup de chose mais ce changement de comportement commençait à la peser. Evan n'avait pas cherché à s'excuser et la jeune femme n'allait pas attendre qu'il se décide. Elle avait pris sa veste et s'était dirigée vers la sortie. Il avait essayé de lui saisir le bras lorsqu'elle était passée à côté de lui, mais elle avait simplement continué à marcher sans se retourner. Il était maintenant seul dans la pièce et il s'en voulait. Ce n'était pas comme ça qu'il avait souhaité abordé les choses alors, comme pour dissiper sa colère, sa main avait heurté le mur le plus proche.

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Andréa était à son bureau avec Radek lorsqu'un bruit les avait sortis de leur travail. Ils étaient en pleine discussion lorsqu'ils avaient vu Rodney traîner des pieds, sa tablette à la main. Il s'était posté à côté d'eux et pianotait sur sa tablette. Les deux physiciens se sentaient épiés et n'osaient pas reprendre leur conversation. «Un problème Rodney ?». Il n'avait rien dit et se contentait de les observer du coin de l'œil.

Radek avait répété sa question et l'astrophysicien s'était redressé fièrement. «Elisabeth m'a demandé d'évaluer les membres du personnel.». Andréa avait souri en voyant qu'il n'avait pas l'air de savoir comment s'y prendre. «Est-ce que vous voulez de l'aide?». Rodney allait répondre lorsque sa radio s'était mise à grésiller. «Rodney, j'ai besoin de vous en salle de contrôle.». Il avait longuement soufflé avant de sortir de la pièce d'un pas pressé.

Il avait mis quelques minutes à atteindre la salle d'embarquement et avait gravi les marches rapidement en voyant que Sheppard était déjà présent aux côtés d'Elisabeth. Rodney allait tendre sa tablette à Elisabeth, mais elle avait déjà celle de Sheppard dans ses mains. «Attendez John! Tout le monde a eu au-dessus de la moyenne.». Rodney s'était empressé de demander s'il pouvait mettre la même note à tout le monde mais la chef d'expédition avait refusé. «Ce n'est pas la meilleure partie de votre travail, mais vous êtes chefs de vos unités, et malheureusement ça va de pair avec les responsabilités administratives.».

Sheppard avait plaider le fait que ses hommes étaient exceptionnels, bien que cela n'avait pas l'air de convaincre Elisabeth. Alors que les deux hommes essayaient de négocier, Chuck avait averti la jeune femme que le vaisseau Apollon avait quitté l'hyperespace et que le Colonel Ellis serait bientôt présent sur la Cité. Ils s'étaient tous les trois dirigés vers la salle de contrôle lorsqu'un faisceau blanc avait laissé place au Colonel et à trois de ses hommes qui venaient de se téléporter. Après de rapides salutations, Ellis avait demandé à leur parler en privé.

Ils s'étaient rapidement installés en salle de réunion et l'attitude du Colonel montrait une certaine urgence. «Depuis l'histoire des réplicateurs, le Dédale a effectué de nombreux vols de reconnaissance au-dessus de leur planète.». L'écran noir s'était allumé pour laisser place à une vue aérienne qui ressemblait à une planète. «Ces deux photos ont été prises à deux mois d'intervalle. La dernière date d'il y a trois semaines.». Les photos se succédaient jusqu'à ce qu'elle représente une masse plus volumineuse.« Ils construisent une flotte de vaisseau.».

Rodney avait suggéré le fait de renforcer les boucliers de la Cité mais Ellis l'avait interrompu en lui disant que les Réplicateurs n'auraient pas le temps de s'attaquer à qui que ce soit. «Dans douze heures, je vous informe qu'avec votre aide, l'Apollon lancera une attaque massive qui détruira cette planète.». Le Colonel Sheppard s'était étonné de ne pas avoir été prévenu plus tôt de cette opération qui semblait déjà bien préparée. «Donc vous allez juste la détruire, comme ça? Et comment ?».

«Exactement docteur. Avec des missiles nucléaires tactiques.». Le scientifique avait secoué la tête en comprenant que cette opération était vouée à l'échec. «Pourquoi ne pas attendre que la zone 51 termine les armes anti-Réplicateur ? C'est comme réveiller un dragon endormi!». Ellis n'avait pas pour habitude que l'on discute les ordres mais il savait qu'Atlantis avait établi ses propres règles en matière de hiérarchie. Sur son vaisseau, les techniciens restaient à leur place, peu importe leur nombre de diplôme universitaire. «Nous ne pouvons pas attendre! Les réplicateurs connaissent la position de la Terre et avec ces vaisseaux, ils pourront y parvenir. C'est pour ça qu'il faut les détruire avant qu'ils ne les terminent!».

Il pouvait lire l'incompréhension sur les visages des membres de l'expédition mais il était là pour exécuter les ordres et son rôle était de tenir informer Elisabeth. «Pour l'instant nous allons détruire les vaisseaux. Nous détruirons la planète lorsque la zone 51 aura fini ces armes.». Rodney commençait déjà à réfléchir comment protéger au mieux la Cité en cas d'attaque, mais il avait sursauté lorsque le Colonel l'interpella. «Docteur, j'ai besoin que vous commenciez l'inspection dès que possible.». Il n'avait pas eu le temps de répondre que le Colonel Elis avait déjà porté une main à son oreillette indiquant à l'Apollon que McKay était prêt à être téléporté.

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Andréa trottinait depuis une bonne demi-heure, lorsqu'elle avait senti une présence derrière elle. «Salut ! ». Elle n'avait pas répondu alors qu'Evan suivait son rythme et courrait à ses côtés. «Je peux me joindre à toi ?». Elle avait hoché la tête sans prendre la peine de le regarder. «Écoute, je suis vraiment désolé pour tout à l'heure.». La jeune femme était toujours en colère et il ne fallait pas être devin pour le voir. «Evan, tu ne peux pas revenir la bouche en cœur comme si de rien était. Je ne sais pas sur quel pied danser avec toi. Oui je t'ai caché que j'écrivais à Adrian parce que je sais ce que tu penses de lui.».

Elle commençait à s'essouffler alors elle s'était arrêtée de courir en posant ses mains sur ses hanches. «Je ne sais même pas pourquoi j'ai fait ça ! Je ne suis pas du genre à faire des cachoteries mais bizarrement j'avais peur de ta réaction. Ton caractère de cochon va finir par te porter préjudice.». Il savait qu'il avait une fois de plus déconné, mais c'était plus fort que lui. Il s'était approché face à elle et avait lentement pris ses mains dans les siennes, conscient de l'avoir blessé. «Tu es ma première relation sérieuse depuis des années et la dernière m'a laissée quelques séquelles alors oui, je suis sur mes gardes, mais il ne faut pas m'en vouloir.».

«Une peine de cœur n'excuse pas tout, Evan.». Ces derniers jours lui avait fait réaliser qu'elle n'avait qu'une vie et elle ne voulait pas la passer en se torturant l'esprit. «Je sais que j'agis de manière excessive et je veux vraiment que ça fonctionne entre nous deux.». Andréa avait jusque-là évité son regard mais elle avait été tellement blessée, qu'elle n'avait pas hésité à hausser le ton. «Alors arrête d'agir comme un crétin!». Persuadée du bien fondé de ses propos, elle avait maintenu sa position en observant Evan qui avait baissé les yeux. «C'est juste que ta proximité avec Jones… Je me rends compte que c'est irrationnel…».

«Alors va voir Heightmeyer, le fait de parler à quelqu'un pourra peut-être t'aider à y voir plus clair.». Andréa n'attendait pas spécialement de réponse mais elle avait marqué un temps en pensant que cette idée le ferait réfléchir. «Ça me fait vraiment mal quand tu me traites comme ça. D'autant plus quand je n'ai rien fait de mal». Evan le savait parfaitement mais son passé avait fait naître en lui un instinct de méfiance qui relevait de l'extrême. «Et fait moi plaisir, arrête de faire pareil avec Reed. C'est un mec bien, il ne mérite pas un tel acharnement de ta part.».

«Ce n'est pas le monde des bisounours Andréa. Je veux quelqu'un sur qui je peux compter. C'est juste pour l'endurcir.». Andréa pouvait sentir la tension dans la chaleur des mains qu'elle tenait toujours. Les paumes d'Evan devenaient moites au fil de la conversation et elle pouvait lire son malaise dans ses yeux alors elle essaya d'adoucir son discours. «Je ne veux pas t'apprendre comment gérer une équipe ni comment faire ton boulot, mais pourquoi tu n'agis pas de la même manière qu'avec Liam ?». Il ne savait pas quoi répondre et la seule chose qu'il avait tenté, avait été une fois de plus stupide.

Andréa avait tout juste eu le temps de tourner la tête pour qu'il ne l'embrasse pas. «Evan qu'est-ce que tu fais ?». Il avait pensé que sa réticence venait du fait d'être exposés, mais il avait pris conscience qu'elle lui en voulait lorsqu'elle avait rompu le contact. «Tout ne se résout pas sur l'oreiller!». Elle avait fait un pas en arrière en affichant un air désolé, qui n'avait pas l'air d'apaiser Evan. «Écoute, je ne supporte plus ta jalousie, ça fait déjà deux fois que…».

«Je m'inquiète pour toi quand tu me dis que tu songes à retourner sur Terre. Est-ce que tu peux m'assurer que ça n'a rien à voir avec Jones ?». Un rire jaune lui avait échappé sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, face à son discours ubuesque. «Tu plaisantes j'espère ! Je n'ai pas signé pour être la cible des Wraiths ou le jouet d'un Genii, Evan ! Est-ce que J'ai pensé à démissionner? La réponse est oui ! Surtout à chaque fois que je suis embarquée dans des missions foireuses, mais ça n'a rien à voir avec Adrian !».

Evan s'était avancé en pensant que sa proximité l'apaiserait mais la scientifique avait croisé les bras pour le dissuader d'établir un contact. «Écoute, je tiens à toi Andréa, mais je pense qu'il a une mauvaise influence sur toi…». La scientifique n'arrivait pas à y croire qu'il lui faisait encore une scène de jalousie. «Attends, tu n'es pas en train de m'interdire de parler à un ami, rassure-moi!Et puis tu devrais savoir que tu n'as rien à craindre, puisqu'apparemment tu as lu tous nos échanges. ». Evan avait ouvert la bouche mais le grésillement de son oreillette l'avait stoppé.«Je dois y aller ! Nous en reparlerons plus tard.».

« Non! C'est trop facile de me balancer tout ça et de t'enfuir après !». Il savait qu'il aurait dû s'abstenir sur le fonds de sa pensée. Il voulait poursuivre cette conversation mais il y avait urgence, pourtant il s'était arrêté en l'observant. «Ce ne sera pas la peine Evan. Je pense que tu as tout dit. J'en ai marre de tout ça !». Andréa n'avait pas attendue et s'était remise à courir à l'opposé d'Evan. Il avait bogué un moment en se demandant si ces mots traduisaient une rupture, puis il s'était rappelé les mots de Reed dans son oreillette qui lui demandait de l'aide dans une bagarre, alors il n'avait pas cherché plus longtemps et avait couru en direction du mess.

TBC…