Bonjour à tous !
Merci pour le joli accueil que le chapitre précédent.
A la semaine prochaine et bonne lecture ! :)
Jour 2: Dimanche
Le lendemain matin arriva trop vite. Lexa ouvrit lentement les yeux, sentant une chaleur familière contre elle : Clarke. Elle était toujours là, profondément endormie, son visage relaxé par le sommeil. Le cœur de Lexa se serra légèrement, une sensation étrange lui traversant la poitrine.
Depuis des semaines, elle avait pris l'habitude de dormir avec Clarke, mais après la soirée d'avant-hier… Quelque chose avait changé.
Elle inspira profondément, essayant de remettre de l'ordre dans ses pensées. Mais à peine avait-elle bougé qu'elle sentit un regard pesant sur elle, un regard glacial. Elle tourna légèrement la tête, son estomac se nouant instantanément. Debout, près de la fenêtre, les bras croisés, les yeux sombres et une expression indéchiffrable sur le visage, se présentait Costia. Elle était toujours là et visiblement, elle n'avait pas apprécié la scène devant elle.
Lexa se redressa lentement, avec précaution, prenant garde à ne pas réveiller Clarke mais Costia ne bougea pas. Elle se contentait de la fixer, de la juger silencieusement et de l'accuser sans un mot.
La brune soupira en silence, passant une main sur son visage fatigué. Elle n'avait pas l'énergie pour ça, pas ce matin. Elle se leva alors, attrapant un pull à la volée, et se dirigea vers la porte de la chambre. Mais avant même qu'elle ne l'atteigne, le miroir accroché au mur vibra légèrement, un frémissement presque imperceptible, mais suffisant pour faire ralentir son pas.
Lexa tourna lentement la tête vers Costia, son regard se durcissant légèrement.
« Tu comptes vraiment faire ça ? » Murmura-t-elle.
Costia ne répondit pas, mais l'air autour d'elle semblait plus lourd, plus menaçant. Comme si sa simple présence suffisait à troubler l'espace lui-même.
« Je n'ai rien fait. » Lâcha finalement Costia d'une voix douce, mais tranchante.
Lexa serra les dents, avant de détourner brusquement le regard et sortir de la chambre.
Clarke descendit une vingtaine de minutes plus tard, les cheveux en bataille, l'air encore engourdie par le sommeil. Elle sourit légèrement en voyant Lexa installée dans la cuisine, une tasse de café à la main.
« T'as bien dormi ? » Demanda Clarke en attrapant un mug à son tour.
Lexa hocha simplement la tête. Elle n'avait pas envie de parler parce que Costia était toujours là, tapie dans un coin du salon, les bras croisés, le regard perçant. La brune l'ignorait volontairement, refusant d'entrer dans son jeu, mais Costia avait d'autres plans.
Elle observa Clarke se diriger pour s'asseoir en face de Lexa et, dans un mouvement presque imperceptible, Costia déplaça légèrement la chaise de Clarke, juste assez pour la déséquilibrer légèrement au moment où la blonde voulut s'asseoir. Pas de quoi la faire tomber, mais juste assez pour qu'elle fronce les sourcils en regardant autour d'elle.
Lexa serra sa tasse un peu plus fort.
« Tout va bien ? » Demanda-t-elle, la voix plus tendue qu'elle ne l'aurait voulu.
Clarke haussa un sourcil, perplexe.
« Ouais… je crois que ma chaise a bougé toute seule. »
Lexa se raidit. Elle jeta un regard assassin à Costia, qui souriait légèrement, un éclat mauvais dans les yeux. Elle le faisait exprès, elle voulait l'énerver, mais Lexa ne lui donnerait pas cette satisfaction. Elle se força à détourner les yeux, à faire comme si elle n'avait rien vu. Mais son ex-petite amie ne comptait pas s'arrêter là : elle fit frémir légèrement le café dans la tasse de Lexa, une vibration discrète, presque invisible.
Lexa serra les dents. C'était un avertissement, une provocation pure et simple et Clarke, elle, ne remarqua rien. Elle continua de parler, de lui raconter sa semaine à l'hôpital, son emploi du temps chargé, mais Lexa n'écoutait plus vraiment. Elle était trop consciente de la présence hostile dans la pièce et elle savait que ça ne s'arrêterait pas là.
Et c'est ainsi qu'elles passèrent l'après-midi ensemble, Clarke profitant de son dimanche pour traîner à l'appartement et Lexa feignant une normalité qu'elle ne ressentait pas. Costia, quant à elle, était toujours là, toujours à proximité, toujours à observer. La brune sentait sa rancune, son regard brûlant dans son dos sans comprendre d'où il venait. Et à plusieurs reprises, de petits événements étranges se produisirent.
Un livre tombé sans raison.
Un objet légèrement déplacé.
Une porte qui claqua doucement sans courant d'air.
Des détails, presque insignifiants, mais qui faisaient monter l'agacement de Lexa petit à petit. Et chaque fois qu'elle relevait les yeux, Costia était là, calme, imperturbable, les bras croisés, le regard accusateur. Lexa n'en pouvait plus, elle savait que Costia n'avait pas terminé son petit jeu, qu'elle n'allait pas s'arrêter là et qu'elle testait ses limites. Elle connaissait Costia par cœur. Mais pour l'instant… elle se taisait. Elle retenait cette colère grandissante, cette frustration qui la brûlait de l'intérieur parce qu'elle savait que si elle explosait devant Clarke, elle ne pourrait plus jamais cacher ce qui se passait réellement. Et ça, elle n'était pas prête à l'affronter.
Le début de soirée se pointa, et pour la première fois de la journée, Lexa ne sentait plus la présence pesante de Costia. Elle ne savait pas si la blonde était partie volontairement, si elle avait décidé de lui laisser un peu d'espace, ou si c'était juste temporaire, mais elle s'en fichait. Elle se sentait plus légère, plus calme, et surtout, elle pouvait enfin respirer. Alors, profitant du calme, elle s'installa dans le salon, s'étirant légèrement sur le canapé, tandis que Clarke préparait un thé dans la cuisine.
La blonde revint quelques minutes plus tard, deux mugs en main, et les posa sur la table basse avant de s'asseoir près d'elle.
« Merci. » Souffla Lexa en attrapant sa tasse, profitant de la chaleur du liquide contre ses doigts.
Clarke la regarda un instant, comme si elle analysait son état, puis elle sourit doucement.
« T'as l'air… mieux. »
Lexa hocha la tête, hésitant légèrement.
« Ouais… J'imagine que j'avais juste besoin de souffler un peu. »
Clarke ne répondit pas immédiatement, mais Lexa sentait qu'elle observait attentivement ses moindres réactions. Après tout ce qui s'était passé ces derniers mois, Clarke avait développé une sensibilité accrue à ses émotions. Elle voyait quand quelque chose n'allait pas. Mais aujourd'hui… elle semblait satisfaite du changement.
La blonde prit une gorgée de son thé, puis lança d'une voix plus légère :
« Bon… alors, on ne s'est même pas posées pour parler du plus gros truc de la soirée. »
Lexa haussa un sourcil, légèrement amusée.
« Ah oui ? Quel truc ? »
Clarke roula des yeux, faussement exaspérée.
« Le mariage d'Anya et Raven, Lexa ! »
La brune eut un léger sourire, hochant la tête en se rappelant la scène.
« C'est vrai que c'était un moment fort. J'avoue que je m'y attendais un peu… mais ça fait bizarre de se dire qu'elles vont vraiment se marier. »
Clarke acquiesça.
« Ouais… mais ça leur ressemble tellement. Raven ne fait jamais rien à moitié. »
« Et Anya non plus. » Ajouta Lexa, un sourire en coin.
Elles échangèrent un regard complice, profitant de cette parenthèse légère, loin des tensions. Mais rapidement, Lexa sentit qu'une autre question lui brûlait les lèvres. Un sujet qu'elle n'avait pas encore eu le temps d'aborder. Elle posa sa tasse sur la table, croisa les bras, et lança d'un ton qui se voulait détaché :
« Et toi… Ça s'est passé comment avec Luna ? »
Clarke se figea légèrement, son regard perdant un peu de son éclat. Lexa n'avait pas abordé le sujet depuis qu'elle lui avait annoncé leur rupture. Mais maintenant que la soirée était derrière elles… Elle voulait savoir, et c'était normal.
« Ça allait. » Finit-elle par dire.
Lexa fronça légèrement les sourcils.
« Juste… 'ça allait' ? »
Clarke soupira doucement, haussant les épaules dans un geste vague.
« On a parlé, un peu. On ne s'était pas vues depuis un moment, alors forcément… c'était pas simple. »
Lexa hocha lentement la tête, attendant la suite.
Clarke hésita. Elle pouvait tout lui dire, lui avouer que Luna avait vu clair en elle depuis longtemps, que leur rupture n'avait pas été un simple échec, mais le résultat d'une vérité qu'elle refusait d'affronter. Mais elle n'en était pas capable, pas maintenant. Alors, elle contourna habilement la vérité, trouvant un équilibre entre l'honnêteté et ce qu'elle ne voulait pas dire.
« On savait que ça n'allait plus, depuis un moment. »
Lexa plissa légèrement les yeux, visiblement intriguée.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Clarke haussa une épaule, cherchant ses mots.
« Avant même qu'on ne rompe, on avait tous les deux des doutes. On évitait juste d'y penser, mais c'était là."
Lexa sentit son estomac se nouer légèrement. Elle ne savait pas pourquoi cette conversation lui faisait cet effet, mais elle se sentait étrange. Comme un poids sur la poitrine, une sensation inconfortable qu'elle ne parvenait pas à identifier.
« Tu regrettes ? » Demanda-t-elle finalement, sans trop réfléchir.
Clarke releva les yeux vers elle, semblant surprise par la question. Elle ouvrit la bouche, puis la referma, réfléchissant un instant.
« Non… C'est juste… »
Elle hésita, se mordant l'intérieur de la joue.
« Je crois que j'aurais dû être honnête plus tôt. »
Lexa ne savait pas quoi répondre. Elle sentait une tension inexplicable monter en elle, une étrange sensation qu'elle ne savait pas nommer. Elle aurait dû être soulagée. Soulagée que Clarke n'ait pas de regrets, soulagée que Clarke soit honnête avec elle-même. Mais ce n'était pas ce qu'elle ressentait, c'était autre chose, quelque chose qu'elle ne comprenait pas encore.
« Ouais, je vois. » Murmura-t-elle simplement.
Clarke hocha lentement la tête, avant d'ajouter dans un souffle presque inaudible :
« Mais c'était la bonne chose à faire. »
Lexa sentit une tension familière dans sa poitrine. Elle ne comprenait pas pourquoi cette conversation la touchait autant. Pourquoi, entendre Clarke parler de Luna la mettait mal à l'aise. Pourquoi, elle avait cette sensation de malaise dans le creux du ventre.
Elle détourna les yeux, cherchant une distraction, et finit par lâcher :
« Donc… maintenant, tu es célibataire. »
Clarke cligna des yeux, surprise.
Elle ne s'attendait pas à ce que Lexa formule ça comme ça.
« Oui… on peut dire ça. »
Lexa hocha lentement la tête, son cœur battant un peu trop vite. Elle ne savait pas pourquoi elle avait posé cette question mais elle savait que la réponse ne la laissait pas indifférente. Quelque chose lui échappait, quelque chose qu'elle n'arrivait pas encore à voir. Mais c'était là et au fond d'elle, elle savait que ça ne disparaîtrait pas aussi facilement, et ça la perturbait profondément.
Alors qu'un silence confortable s'installait entre elles, Lexa sentit une présence derrière elle. Elle se tendit immédiatement, sentant son estomac se nouer de nouveau. Elle le savait, elle le sentait : Costia était revenue. Et cette fois-ci, son regard était encore plus noir, encore plus froid. Elle avait tout entendu et Lexa comprit en un instant que ce moment de répit était terminé.
La porte de la salle de bain se referma dans un léger claquement, laissant Lexa seule dans la chambre. Enfin… pas vraiment seule. Elle poussa un long soupir, passant une main sur son visage fatigué avant de s'allonger sur le lit. Ses muscles étaient tendus, son corps épuisé, mais son esprit en ébullition. Elle voulait juste fermer les yeux, souffler un peu, oublier cette journée de merde. Mais il y avait un problème : Costia était là. Toujours immobile, debout à quelques pas du lit, les bras croisés, le regarde froid et accusateur. Elle n'avait pas bougé, pas reculé, elle n'avait pas disparu comme Lexa l'espérait. Elle la fixait, son expression indéchiffrable, mais Lexa savait. Elle savait que Costia lui en voulait encore, même si la raison lui échappait.
Elle savait qu'il y avait une tempête dans son regard, une rage sourde, un mélange de rancœur et de douleur contenue, et elle n'arrivait toujours pas à savoir pourquoi. Lexa tourna la tête sur l'oreiller, les mâchoires serrées, refusant de la regarder plus longtemps. Mais le silence était trop pesant, trop insupportable et surtout gênant.
Finalement, elle souffla avec exaspération :
« Tu comptes rester plantée là combien de temps ? »
Costia ne répondit pas immédiatement. Puis, d'une voix calme, tranchante, elle lâcha :
« Autant que nécessaire. »
Lexa serra les dents, levant les yeux au plafond avant de se redresser sur les coudes, croisant enfin le regard perçant de Costia.
« Tu veux quoi, exactement ? » Demanda-t-elle, son ton fatigué, agacé.
Costia haussa à peine un sourcil.
« Bonne question. C'est toi qui m'as ramenée, non ? »
Lexa se figea, serrant les poings sur les draps. Elle ne savait pas si c'était vrai, si elle avait vraiment causé ce retour. Mais entendre Costia le dire de cette façon, avec cette lueur accusatrice, ça lui donnait envie de hurler.
« Mais j'ai jamais demandé à ce que tu partes comme une lâche. » Répliqua-t-elle sèchement.
Un éclair de colère traversa les yeux de Costia.
« Et moi, j'ai jamais demandé à ce que tu m'oublies si vite. »
Lexa sentit son souffle se bloquer.
Elle s'attendait à ce que Costia lui crache quelque chose au visage, mais pas ça. Elle serra encore plus fort les poings, son cœur battant trop vite, trop fort.
« C'est ça que tu crois ? » Lâcha-t-elle, un rire amer lui échappant.
« Que je t'ai oubliée ? »
Costia ne répondit pas, mais son silence parlait pour elle. Lexa jeta brutalement les couvertures, se redressant complètement pour lui faire face.
« Tu crois que c'était facile ? » Sa voix tremblait légèrement, entre rage et douleur.
« Tu crois que je voulais avancer sans toi ? »
Costia ne bougea pas, mais Lexa vit sa mâchoire se crisper légèrement. Elle était touchée mais elle refusait de l'admettre.
« Alors pourquoi c'est exactement ce que tu es en train de faire ? »
Lexa ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun son n'en sortit. Parce que Costia avait raison : elle allait mieux, elle avait recommencé à vivre. Elle avait retrouvé des couleurs, un rythme, une routine. Elle avait repris goût à certaines choses et Costia l'avait vue. Pourtant, c'est bien ce que Costia voulait, non ? Qu'elle vive sans elle ?
Lexa ferma les yeux un instant, essayant de calmer le tremblement dans sa voix. Puis, dans un dernier souffle, elle murmura :
« Pars. »
Costia resta figée, comme si elle avait mal entendu.
« Quoi ? »
Lexa riva ses yeux verts aux siens, son regard brutal, tranchant.
« Laisse-moi tranquille. »
Costia ne dit rien. Elle se contenta de rester immobile, son expression toujours dure, toujours fermée. Mais il y avait quelque chose d'autre, une ombre de douleur qu'elle ne pouvait pas cacher. Finalement, elle recula lentement, son regard brillant un instant d'une douleur sourde, puis, disparut comme un souffle, une ombre effacée. Lexa sentit son corps tout entier se relâcher, comme si elle venait de se battre contre un ouragan. Elle se laissa retomber en arrière sur le lit, le souffle tremblant, le cœur en vrac. C'était trop, elle ne savait plus où elle en était, mais elle n'avait plus la force d'y penser.
La porte de la salle de bain finit par s'ouvrir, et Clarke entra dans la chambre, les cheveux encore humides, les épaules détendues par la chaleur de l'eau. Elle jeta un coup d'œil rapide à Lexa, et immédiatement, son sourire s'effaça.
« Lexa ? »
La brune ne répondit pas tout de suite, se contentant de fermer les yeux, dépensée, vidée. Clarke fronça les sourcils, avançant lentement vers le lit.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Lexa rouvrit les yeux, et cette fois, Clarke voyait tout. Elle vit tout ce que Lexa essayait de cacher, tout ce qu'elle ne disait pas. Elle vit sa tension dans ses épaules, la fatigue qui marquait son visage, les émotions qui tournaient dans ses yeux. Et sans réfléchir, elle se laissa tomber à côté d'elle. Elle attrapa délicatement son poignet, son pouce travaillant des cercles légers sur sa peau.
« Hey… Respire, d'accord ? » Murmura-t-elle doucement.
Lexa sentit sa gorge se serrer parce que Clarke faisait toujours ça. Toujours ces petits gestes discrets, toujours ces attentions silencieuses, toujours cette présence réconfortante. Lexa n'avait même pas réalisé qu'elle retenait sa respiration, qu'elle était au bord de l'explosion, alors, elle lâcha prise. Elle se laissa aller contre Clarke, son front venant instinctivement se poser contre son épaule.
Clarke ne bougea pas, ne recula pas plus. Elle entoura délicatement Lexa de ses bras, sa main se posant dans son dos, lui offrant un ancrage, un repère. La brune ferma les yeux, laissant son souffle ralentir, ses muscles se détendre. Et Clarke serra un peu plus son étreinte, murmurant presque trop bas pour être entendue :
« Je suis là, Lexa. Je serai toujours là. »
Et pour la première fois depuis longtemps… Lexa crut ces mots.
Jour 3: Lundi
Le matin s'annonçait paisible, ou du moins, c'est ce que Lexa crut d'abord. Elle ouvrit lentement les yeux, sentant un poids en moins sur sa poitrine, une sensation de légèreté qu'elle n'avait pas connue depuis longtemps. Pendant une seconde, une infime seconde, elle crut que Costia était partie.
Elle se redressa dans le lit, remarquant que Clarke dormait encore profondément à côté d'elle. Lexa observa son visage détendu, la courbe paisible de ses traits, sa respiration régulière. Et une chaleur étrange se propagea dans sa poitrine : c'était agréable. Commencer la journée sans ressentir la douleur sourde de l'absence, sans ressentir le poids du deuil qui la clouait encore au lit il y a quelques semaines. Elle allait mieux et elle savait que Costia n'y était pour rien.
C'était une pensée difficile à accepter, mais elle ne se mentait plus. Si elle était là aujourd'hui, c'était grâce à Clarke. Elle était prête à l'admettre. Alors, avec un soupir léger, Lexa se leva doucement, prenant garde à ne pas réveiller Clarke, puis se dirigea vers la cuisine.
L'appartement était calme, presque silencieux, à part le bruit lointain des voitures dans la rue en contrebas. Lexa prépara du café, un rituel matinal qui lui semblait plus ancré que jamais dans son quotidien avec Clarke. Elle était bien, jusqu'à ce que le silence soit brisé.
Un bruit sourd résonna dans le salon, comme si quelque chose venait de tomber.
Lexa se figea immédiatement, les muscles tendus et son regard se porta instinctivement vers l'endroit d'où venait le bruit. Là, sur le sol… un cadre photo renversé. Sur cette photo on pouvait y voir les deux amies enlacées sur un canapé, Costia au-dessus d'elle montrant un verre de champagne.
La pièce était baignée d'une lumière tamisée, des guirlandes accrochées aux murs diffusaient une lueur chaleureuse, et une musique entraînante résonnait en fond sonore. C'était une de ces soirées qui restent gravées en mémoire. Une de celles où le temps semble suspendu, où les rires s'enchaînent, où chaque instant est rempli d'une insouciance précieuse.
Lexa, installée sur le canapé, tenait un verre à la main, un sourire léger, presque apaisé, sur le visage. Clarke était enlacée contre elle, sa tête posée sur son épaule, leurs corps parfaitement détendus l'un contre l'autre. Elles ne se posaient pas de questions, elles étaient simplement là, profitant de la soirée, de l'instant, du contact rassurant de l'autre.
Costia, elle, se trouvait juste derrière elles, accoudée au dossier du canapé, un verre de champagne à la main, affichant un sourire rire s'éleva soudainement, clair et sincère, alors qu'Anya venait de lancer une pique à Lincoln, qui, faussement vexé, levait les bras en signe de protestation.
« C'est moi ou il est vraiment trop facile à provoquer ? » Lança Octavia en secouant la tête, un sourire malicieux aux lèvres.
« Vous avez juste tous décidé de vous liguer contre moi ce soir, c'est ça ? » Rétorqua Lincoln en croisant les bras.
Raven, assise sur l'accoudoir du fauteuil en face, leva son verre vers lui.
« Ça se voit tant que ça ? »
Un éclat de rire collectif retentit, résonnant dans le salon. Lexa sentit Clarke se blottir un peu plus contre elle, comme si la chaleur de son corps lui procurait un réconfort silencieux. Et pourtant, ce n'était pas un geste inhabituel : Clarke avait toujours été tactile, du moins avec elle. Mais ce soir-là, Lexa se souvenait avoir ressenti quelque chose d'étrange. Une chaleur diffuse qui ne venait pas de l'alcool ni de l'ambiance festive mais juste de cette proximité, de ce contact naturel entre elles.
Luna, assise non loin, observait la scène d'un regard tendre, sans montrer aucune jalousie apparente. Clarke et Luna étaient encore ensemble à ce moment-là, leur relation était solide, et pourtant, ce souvenir semblait aujourd'hui chargé d'une tension qu'elle n'avait pas perçue à l'époque.
« Bon, quelqu'un peut me rappeler pourquoi on fête tout ça déjà ? » Lança Anya en levant son verre avec un sourire amusé.
Costia roula des yeux, prenant une gorgée de champagne avant de répondre ironiquement :
« Parce qu'on avait besoin d'une excuse pour se réunir et boire ? »
Octavia hocha la tête, faussement sérieuse.
« Excellente justification. »
Mais Lincoln éclata de rire, secouant la tête.
« Sérieusement, c'est parce que Lexa a gagné son dernier gros dossier et qu'elle est officiellement intouchable au tribunal. »
« C'est vrai ! » S'exclama Clarke en se redressant légèrement, levant son verre vers Lexa.
« À la meilleure avocate que je connaisse. »
Lexa sentit une légère chaleur monter à ses joues, mais elle leva son verre en retour, acceptant l'éloge avec un sourire discret.
« C'est surtout grâce à mes nuits blanches et ma consommation excessive de café. » Plaisanta-t-elle.
« Tu veux dire grâce à moi, qui t'ai forcée à manger au moins une fois par jour pendant cette période ? » Répliqua Clarke avec un regard insistant.
« D'accord, d'accord. Je dois aussi remercier mon infirmière personnelle. » Céda Lexa avec un petit sourire.
Clarke roula des yeux, amusée, avant de trinquer avec elle. Costia les regardait, attentive, mais sans rien dire : à l'époque, elle ne voyait rien de suspect dans tout ça. Elle n'avait jamais perçu cette connexion entre Clarke et Lexa comme autre chose qu'une amitié fusionnelle. Mais ce soir-là, quelque chose aurait dû l'interpeller. Quelque chose dans la façon dont Clarke regardait Lexa ou peut-être…quelque chose dans la façon dont Lexa détournait parfois les yeux, comme si elle se battait contre une émotion qu'elle ne voulait pas ressentir.
Mais Costia, à ce moment-là, ne voyait que l'amour et le bonheur. Elle se contentait de sourire, de profiter de cette soirée, entourée des personnes qu'elle aimait. Elle ne savait pas encore qu'elle ne reverrait plus ces instants. Qu'elle ne tiendrait plus jamais un verre de champagne dans la main. Que cette photo, ce simple cliché, deviendrait un souvenir figé dans le passé, un dernier instant heureux avant que la mort sonne à sa porte. Mais surtout, qu'il deviendrait un écho lointain d'une vie qu'elle n'aurait plus jamais.
Maintenant Costia regardait cette photo renversée au sol, depuis l'autre monde, avec un regard bien différent. Elle voyait chaque détail sous un nouveau prisme. Chaque expression, chaque geste, chaque regard et elle comprenait enfin ce qu'elle n'avait pas vu autrefois. Elle comprenait pourquoi ses mains tremblaient alors qu'elle observait cette scène d'un temps révolu. Elle comprenait pourquoi une rage sourde lui serrait la poitrine. Parce que ce souvenir, aussi heureux soit-il, ne racontait pas l'histoire qu'elle croyait avoir vécue.
Lexa, elle, ne bougea pas tout de suite, observant les détails, essayant de comprendre. Puis, un frisson parcourut son échine, elle savait. C'était trop net, trop précis : ce n'était pas un accident. Lexa sentit tout de suite une présence derrière elle, une pression invisible mais bien réelle. Elle serra la mâchoire, son cœur battant plus vite. Elle savait ce qu'elle allait voir avant même de tourner la tête et pourtant, elle le fit quand même.
Costia était là, debout, un regard froid brillant d'une intensité indéchiffrable. Lexa serra les poings instinctivement, son souffle saccadé par la frustration. Elle avait cru qu'elle était partie, qu'elle avait enfin lâché prise. Mais non, elle était toujours là et cette fois, Lexa comprenait pourquoi. Ce n'était pas une présence réconfortante, ce n'était pas un fantôme protecteur. Costia n'acceptait pas ce qu'elle voyait : elle était jalouse, et ce matin-là, Lexa en eut la confirmation. Mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit…
« Tu l'avais mal posé ? »
La voix de Clarke, encore endormie, résonna dans son dos. Lexa sursauta légèrement, reprenant contenance. Clarke se frotta les yeux, son regard passant du cadre tombé à Lexa.
« Sûrement… » Murmura Lexa, son ton plus dur qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle jeta un regard en coin à Costia, s'attendant à ce qu'elle disparaisse comme d'habitude. Mais non, Costia ne bougea pas. Elle se contenta de fixer Lexa, son regard profond, pesant, accusateur. Lexa sentit une rage sourde monter en elle. Pourquoi était-elle encore là ? Pourquoi continuait-elle de s'accrocher ? Pourquoi ne la laissait-elle pas avancer ? Elle voulait hurler, briser ce silence oppressant, mais elle se retint. Clarke était là et elle ne devait rien voir.
Alors, Lexa inspira profondément, puis recula d'un pas, évitant volontairement de croiser le regard de Costia.
« C'est rien, laisse tomber. » Souffla-t-elle, attrapant sa tasse de café.
Clarke sembla perplexe, mais elle n'insista pas davantage. Elle vint s'asseoir à côté de Lexa sur le canapé, ignorant que Costia restait debout dans un coin de la pièce, son regard toujours ancré sur elles. Et tandis que Clarke parlait de tout et de rien, Lexa sentait une tension invisible flotter dans l'air. Elle savait que Costia ne comptait pas s'arrêter là.
