Chapitre 23 : Le Creeper
La voiture de Gabriel traversait les routes poussiéreuses et dégradées qui menaient au cœur de la campagne américaine. Le village qui se profilait à l'horizon paraissait figé dans le temps, bien que les lignes électriques et les quelques voitures garées ça et là rappelaient que l'époque moderne avait tout de même atteint ces terres reculées. Les nuages lourds et sombres au-dessus semblaient vouloir s'effondrer sur la terre, accentuant l'atmosphère déjà oppressante de cette région. Un froid pénétrant s'était installé, malgré la saison, comme si le village lui-même était habité par une peur ancienne.
Gabriel, sous son apparence humaine, portait des vêtements simples, des habits passe-partout qui le faisaient ressembler à n'importe quel citadin en quête de tranquillité. Mais ses yeux, aussi perçants qu'éternels, observaient chaque détail, chaque geste nerveux des rares villageois qu'il croisait. Il y avait quelque chose dans l'air, quelque chose de plus qu'une simple peur, quelque chose de profondément enraciné.
Le moteur de la voiture se tut alors qu'il se gara près du seul bar du village, un établissement miteux dont les néons clignotants indiquaient qu'il était encore ouvert. Gabriel descendit du véhicule, ses chaussures soulevant un nuage de poussière tandis qu'il observait les alentours. Les regards furtifs des habitants se posaient sur lui, curieux mais également empreints d'une méfiance palpable.
À l'intérieur du bar, l'ambiance n'était pas différente. Quelques hommes étaient accoudés au comptoir, silencieux, leur regard plongé dans leurs verres comme pour éviter toute interaction. L'air était lourd, saturé par la fumée de cigarette et par une tension indéfinissable.
Gabriel s'approcha du comptoir et s'adressa au barman, un homme d'âge moyen, au visage marqué par des années de labeur.
« Vous semblez bien silencieux ici », lança Gabriel d'une voix calme.
Le barman leva un regard fatigué mais prudent vers Gabriel. « Pas grand-chose à dire », répondit-il avant de reprendre son torchon pour essuyer distraitement un verre.
« Pourtant, j'ai entendu dire que des choses étranges se passaient par ici... des disparitions, des rumeurs. »
Le barman s'arrêta net, ses yeux s'assombrissant. Les hommes au comptoir cessèrent de parler, leurs oreilles tendues vers la conversation.
« On parle pas de ça ici, étranger », murmura l'un des hommes sans lever la tête de son verre.
Gabriel observa un instant, sentant la peur envahir la pièce. Une peur profondément ancrée. Il se tourna de nouveau vers le barman.
« Je ne suis pas un simple curieux. Je cherche quelque chose… quelque chose que vous connaissez tous. »
Le barman soupira lourdement, comme si le poids du monde venait de retomber sur ses épaules. Après un long silence, il se pencha légèrement vers Gabriel, sa voix à peine audible.
« Le Creeper. C'est de lui que vous parlez, pas vrai ? »
Gabriel hocha lentement la tête. Il attendait que les mots viennent.
« On ne parle pas de lui, parce qu'on espère que si on l'ignore, il nous laissera tranquilles… » continua le barman. « Il se réveille tous les 23 ans. Il chasse, il tue, et puis il disparaît, jusqu'à la prochaine fois. Ça fait presque 23 ans maintenant. »
L'un des hommes du comptoir cracha dans son verre, le regard fixé sur Gabriel. « Si t'es assez fou pour t'en mêler, étranger, c'est ta tombe que tu creuses. Cette chose n'est pas humaine. Elle se nourrit de nous. De notre chair. De nos organes. Et elle ne s'arrête pas tant qu'elle n'est pas repue. »
Gabriel croisa les bras, ses yeux se durcissant. Il avait vu tant de créatures et d'abominations au fil des siècles, mais ce qu'il entendait résonnait avec quelque chose de bien plus primal. Une créature qui se nourrissait des humains, tous les 23 ans, selon un cycle inévitable. Une créature née de la terreur et de la faim.
« D'où vient-il ? Comment a-t-il été créé ? » demanda-t-il.
« Personne ne sait vraiment, » répondit le barman, la voix tremblante. « Certains disent qu'il a été envoyé par le diable lui-même. D'autres parlent d'une malédiction ancienne, remontant à bien avant que nos ancêtres ne s'installent ici. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il est réel. Et qu'il reviendra. »
Gabriel resta silencieux un moment, pesant ses options. Il pouvait sentir dans l'air l'odeur du danger, l'empreinte du mal. Il savait qu'il devait agir. Le cycle de la terreur était sur le point de recommencer, et cette fois, il serait là pour y mettre fin.
« Je vais traquer cette créature », déclara-t-il finalement, ses mots laissant une empreinte indélébile dans l'esprit des hommes présents. « Et je vais l'arrêter. »
Le barman secoua la tête, incrédule. « Vous êtes fou. Aucun homme ne peut l'arrêter. »
Gabriel sourit doucement, un sourire sans joie. « Heureusement pour vous, je ne suis pas un simple homme. »
Sans ajouter un mot de plus, Gabriel tourna les talons et sortit du bar, laissant derrière lui un silence encore plus lourd. À l'extérieur, la nuit commençait à s'installer, et une brise glaciale soufflait entre les arbres. Mais Gabriel était prêt. Il savait que la créature approchait, et cette fois, ce ne serait pas elle qui se nourrirait.
Alors qu'il marchait lentement vers la forêt, ses sens en alerte, une seule pensée lui traversait l'esprit. Le Creeper pouvait avoir régné en maître ici pendant des siècles, mais cette nuit, il ferait face à quelqu'un d'autre. Il ferait face à Dracula.
La nuit était tombée rapidement, enveloppant la campagne d'une obscurité lourde et oppressante. Le vent s'était levé, soufflant à travers les champs et les arbres avec des murmures presque inquiétants. Gabriel avançait, ses pas silencieux sur les chemins de terre battue, ses sens aiguisés par des siècles de traque. L'air lui-même semblait imprégné d'une malveillance sourde, une promesse de violence qui n'avait pas encore éclaté.
En suivant les descriptions que les villageois lui avaient données, Gabriel atteignit le premier des sites de disparition. Une petite clairière entourée de grands arbres, leurs branches tordues formant une voûte naturelle qui obscurcissait davantage la lumière de la lune. Les traces de la terreur qui s'y était déroulée étaient encore fraîches. Des vêtements déchirés étaient éparpillés, des lambeaux de tissu accrochés aux branches basses comme des témoins silencieux de l'horreur.
En s'approchant de plus près, il remarqua les profondes marques de griffes gravées dans les troncs des arbres, des entailles si nettes et puissantes qu'elles laissaient entrevoir la chair vive du bois. Gabriel posa une main sur l'une des marques. Les griffes du Creeper, sans aucun doute. Une bête de ce calibre possédait une force monstrueuse. Le sol était marqué de profondes empreintes, comme si la créature avait bondi et atterri lourdement en cet endroit. L'air était saturé d'une odeur distincte, celle de la chair en décomposition et du soufre, une puanteur qui ne pouvait appartenir qu'à une créature venue des tréfonds de l'enfer.
Gabriel se redressa, sondant l'environnement avec une attention minutieuse. Le silence était total, comme si la forêt elle-même retenait son souffle. Un murmure surnaturel flottait dans l'air, mêlé à l'aura maléfique que le Creeper laissait derrière lui. Mais malgré son observation minutieuse, il n'y avait aucun signe immédiat de la créature. Le lieu de la disparition n'était que le premier indice, une étape dans une traque plus longue.
Il continua son chemin, suivant les traces à travers les bois. Le sang séché sur les feuilles et les rochers confirmait la violence des attaques. Plus il avançait, plus l'air se chargeait de cette odeur infecte de mort et de pourriture, et Gabriel sentait la présence de la créature se rapprocher, comme une ombre invisible prête à surgir à tout moment. La tension était palpable, mais il était prêt.
Les marques devenaient de plus en plus fréquentes. Le Creeper n'avait pas seulement traqué ses victimes, il avait laissé des signes de son passage, comme une bête marquant son territoire. Gabriel repéra des ossements brisés, partiellement enfouis dans la terre, et des éclats de chair séchée accrochés aux écorces des arbres. Ces signes, cette sauvagerie, étaient autant de messages : le Creeper ne chassait pas uniquement pour se nourrir, il tuait pour semer la terreur. Chaque fragment d'horreur laissé derrière lui contribuait à entretenir la légende, à nourrir la peur dont il se repaissait.
Gabriel se baissa, ramassant un morceau de tissu ensanglanté. Le sang était frais. Très frais. Le Creeper était proche. Il leva la tête, sondant l'obscurité qui s'étendait devant lui, ses yeux perçant la nuit avec une acuité surnaturelle. Mais il n'entendit ni ne vit rien qui puisse confirmer sa présence immédiate. Pourtant, l'odeur était plus forte ici, presque suffocante. La créature était peut-être cachée, observant, ou pire, attendant son prochain coup.
Alors que Gabriel s'apprêtait à poursuivre son chemin, un cri perça la nuit, déchirant le silence lourd qui l'entourait. Des hurlements désespérés, suivis de bruits de course précipités. Des humains, paniqués, fuyant quelque chose qu'ils ne pouvaient affronter. Le cœur de Gabriel se serra un instant, puis son expression se durcit. Le Creeper était en chasse.
Il se redressa d'un coup, ses sens en alerte. L'affrontement approchait. Il pouvait sentir la terreur croissante, l'énergie sombre qui l'accompagnait, et il savait qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps avant que la créature ne fasse de nouvelles victimes. Sans hésitation, Gabriel se précipita dans la direction des cris, prêt à en découdre.
Les cris s'intensifièrent à mesure que Gabriel approchait, et il pouvait maintenant distinguer des silhouettes qui couraient en panique à travers les arbres, leurs visages déformés par la terreur. Des voyageurs, sans doute des citadins égarés dans cette région maudite, fuyant pour leur vie sans savoir ce qui les poursuivait. Au milieu de leur course désespérée, quelque chose surgit du ciel, une ombre monstrueuse, rapide comme un éclair, s'abattant sur eux avec une férocité inouïe.
Gabriel s'arrêta, ses yeux perçants suivant le mouvement. C'était lui. The Creeper. La créature légendaire s'était matérialisée dans un éclair d'horreur. L'apparence de la bête était plus abominable encore que les descriptions qu'il avait entendues. Des ailes membraneuses, semblables à celles d'une chauve-souris géante, battaient l'air, créant un courant violent qui soulevait la poussière et faisait trembler les arbres alentours. Son visage, défiguré par des siècles de dépravation et de prédation, affichait un sourire sadique, des dents acérées brillantes sous la lumière de la lune. Ses yeux, perçants et luisants d'une intelligence malveillante, observaient ses proies avec une cruauté froide, presque méthodique.
Le Creeper plongea vers les voyageurs, attrapant l'un d'eux avec une force surnaturelle, ses griffes s'enfonçant profondément dans la chair du malheureux. Le cri de l'homme fut étouffé tandis que la créature l'emportait dans les airs, comme un rapace emportant sa proie. Mais avant que la créature ne puisse s'éloigner, Gabriel bondit, ses sens aiguisés et sa décision déjà prise. Il ne laisserait pas cette bête continuer son cycle de terreur.
D'un mouvement fluide, Gabriel laissa sa nature vampirique prendre le dessus. Sa forme humaine fondit dans l'ombre, ses traits se modifièrent et une puissance ancienne, surnaturelle, envahit son corps. En un instant, il n'était plus Gabriel Belmont, mais Dracula, le Seigneur des Ténèbres, un prédateur millénaire au service de la justice.
Ses yeux s'illuminèrent d'une lueur écarlate, et un grondement sourd émanait de lui alors qu'il se préparait à affronter l'abomination. Les voyageurs, pris dans leur terreur, ne remarquèrent même pas sa transformation, trop occupés à fuir. Mais The Creeper, lui, sentit immédiatement le changement dans l'air, et son regard se tourna vers Dracula, ses ailes se repliant légèrement dans une posture d'alerte.
Le vampire, immobile, se tenait face à lui, les bras croisés, l'évaluant de ses yeux perçants. La créature laissa tomber le corps de l'homme qu'elle tenait, le regard braqué sur son nouvel adversaire. Une tension palpable s'installa entre les deux êtres surnaturels, une lutte de pouvoir silencieuse avant l'inévitable affrontement.
Le Creeper émit un grondement guttural, une sorte de rire déformé par la haine, puis il déploya ses ailes en un geste brusque, les faisant claquer dans l'air avec une violence écrasante. Le sol lui-même sembla vibrer sous la force de la créature. Elle avança lentement, chaque mouvement lourd de menace, ses griffes crissant contre le sol rocailleux, ses yeux fixant Dracula avec une intensité meurtrière.
Dracula, impassible, analysait. Ses sens percevaient chaque mouvement, chaque tension dans les muscles de la créature. Il connaissait bien ce genre de prédateurs, des êtres qui vivaient pour chasser et se repaître de la peur de leurs proies. Mais là où The Creeper voyait en lui une autre victime, Gabriel n'était pas un simple homme. Il était bien plus.
Le vampire écarta légèrement les bras, invoquant les forces qui lui étaient propres. Autour de lui, l'air sembla se refroidir brusquement, et une aura noire, presque palpable, se forma. Des ombres naquirent du sol, s'enroulant autour de lui comme des serpents de ténèbres, répondant à son appel. Il fit apparaître son fouet d'ombre, le Shadow Whip, une arme qu'il avait forgée dans les tréfonds des abysses, et qui s'étira devant lui avec un sifflement menaçant. À sa ceinture pendait la Void Sword, prête à être dégainée pour un combat plus rapproché.
Le Creeper, loin de reculer, sembla au contraire exulter devant ce déploiement de pouvoir. Il se jeta alors sur Dracula avec une rapidité foudroyante, ses griffes déployées et ses ailes battant furieusement l'air autour de lui, créant un souffle si puissant qu'il faisait plier les arbres.
Mais Dracula était prêt. D'un mouvement fluide, il esquiva l'attaque en se transformant brièvement en brume, passant à travers l'assaut avec une facilité déconcertante. Réapparaissant derrière le Creeper, il fit claquer son fouet d'ombre, enroulant les membres de la créature et la projetant violemment au sol.
Un rugissement de rage s'échappa de la gorge du Creeper, et il se redressa en un instant, battant furieusement des ailes pour se libérer des entraves d'ombre. Son corps massif se mit à luire faiblement, des morceaux de chair déchiquetés par le fouet de Dracula commençant déjà à se régénérer.
« Tu es puissant, je te l'accorde », murmura Dracula, ses yeux flamboyants fixés sur son adversaire. « Mais tu ne survivras pas à cette nuit. »
Le Creeper grogna, son sourire sadique de retour. Le combat ne faisait que commencer.
Le rugissement du Creeper résonna dans la forêt sombre, vibrant à travers les arbres et faisant trembler les buissons alentour. Avec une rapidité foudroyante, il bondit vers Dracula, ses griffes acérées tendues, prêtes à déchiqueter son adversaire. Ses ailes massives battaient l'air avec violence, soulevant des rafales de vent qui déracinaient des branches et faisaient plier les arbres autour d'eux.
Dracula, imperturbable, observa les mouvements du Creeper avec une concentration intense. Il avait déjà affronté des créatures de ce genre, des prédateurs utilisant la force brute et la terreur pour soumettre leurs proies. Mais il savait que chaque être avait une faille, un point de rupture dans sa technique ou sa nature, et le Creeper n'échapperait pas à cette règle.
Les griffes de la créature se dirigèrent droit vers lui, mais Dracula esquiva en pivotant sur le côté avec une grâce surnaturelle. En un instant, son fouet d'ombre, le Shadow Whip, claqua dans l'air, s'enroulant autour du poignet du Creeper et tirant violemment la créature en arrière. Le monstre grogna de rage, battant des ailes pour tenter de se libérer de l'emprise du fouet, mais Dracula resserra sa prise, les ombres résonnant de l'énergie noire qui les maintenait.
« Tu ne m'échapperas pas », murmura Dracula, ses yeux flamboyant de détermination.
Avec un geste brusque, il tira le Creeper au sol, projetant la bête avec une force inouïe. La créature s'écrasa dans la terre, soulevant un nuage de poussière et brisant les branches autour de son point d'impact. Mais avant même que la poussière ne se dissipe, le Creeper se redressa avec un grognement furieux. Ses ailes battirent violemment, soulevant son corps lourd dans les airs, et il plongea de nouveau vers Dracula, cette fois avec une férocité encore plus grande.
Dracula se tenait prêt. Ses ailes démoniaques se déployèrent dans un claquement sourd, déchirant l'air autour de lui. Le vampire bondit dans les airs, esquivant l'attaque du Creeper à la dernière seconde. Les griffes de la créature frôlèrent le sol, creusant des sillons dans la terre tandis que Dracula s'élevait, ses ailes lui donnant une maîtrise totale de son environnement. Il flottait au-dessus du champ de bataille, ses yeux scrutant les moindres mouvements du Creeper, qui se préparait à une nouvelle charge.
L'affrontement bascula rapidement dans les airs, les deux créatures se déplaçant à une vitesse qui aurait semblé impossible pour des yeux humains. Le Creeper, avec ses ailes puissantes, cherchait à frapper Dracula de toutes parts, ses griffes acérées lacérant l'air dans des arcs meurtriers. Mais Dracula était tout aussi rapide, esquivant avec une précision surnaturelle, se transformant parfois en brume pour éviter les coups les plus vicieux.
Une fois de plus, le Creeper plongea vers lui, ses griffes prêtes à déchirer le vampire en lambeaux. Mais cette fois, Dracula dégaina la Void Sword, la lame brillant d'une lueur glaciale dans l'obscurité. Avec un coup précis, il frappa la créature en plein vol, tranchant profondément dans sa chair démoniaque. Le Creeper hurla de douleur, un cri perçant qui résonna à travers la forêt, mais la lame de Dracula ne lui laissa aucun répit. Chaque coup de la Void Sword drainait l'énergie vitale du Creeper, la lame s'imprégnant de son pouvoir pour régénérer Dracula.
Le Creeper recula, battant des ailes furieusement pour se dégager, mais Dracula ne relâchait pas sa garde. Il le poursuivit, son épée émettant des vagues d'énergie glaciale qui gelèrent partiellement les ailes de la créature, ralentissant ses mouvements. Le Creeper chancela dans les airs, ses griffes tentant désespérément de briser la glace qui enserrait ses ailes.
« Tu sens la froideur de la mort, Creeper », murmura Dracula, sa voix basse résonnant comme un écho dans la nuit. « C'est inévitable pour des monstres comme toi. »
Mais malgré les blessures infligées par Dracula, le Creeper n'était pas encore vaincu. La créature laissa échapper un rugissement guttural avant de se tordre violemment, ses ailes craquant sous la pression du froid, mais se libérant tout de même de la glace. Les morceaux de chair gelée tombèrent au sol, mais presque immédiatement, Dracula vit la peau du Creeper commencer à se régénérer. Les plaies béantes se refermaient à une vitesse effrayante, et déjà, la créature revenait à la charge, plus furieuse que jamais.
Dracula fronça les sourcils. La capacité de régénération du Creeper dépassait tout ce qu'il avait vu jusqu'à présent. Chaque coup porté ne faisait que retarder l'inévitable ; la créature se nourrissait de quelque chose d'autre, quelque chose de plus profond que le simple instinct de survie. Il fallait changer de tactique.
Le Creeper plongea une fois de plus, ses ailes battant furieusement tandis qu'il tentait d'éviscérer Dracula en plein vol. Cette fois, Dracula se laissa envelopper dans sa forme de brume, évitant de nouveau l'attaque en disparaissant dans l'air. Mais au lieu de réapparaître immédiatement, il resta sous cette forme, flottant autour du Creeper, l'entourant d'un nuage sombre et impénétrable. La créature grogna, cherchant à frapper dans toutes les directions, mais ses griffes ne rencontraient que de l'air.
Réapparaissant derrière lui, Dracula asséna un coup de fouet d'ombre qui vint enserrer l'une des ailes de la créature. Tirant de toutes ses forces, il fit perdre au Creeper l'équilibre, le forçant à tomber en spirale vers le sol. Les ailes du monstre battirent furieusement, mais Dracula s'accrochait à lui comme une ombre, insaisissable. D'un mouvement brutal, il tira le Creeper au sol avec une violence telle que la terre se fissura sous l'impact.
La créature roula sur plusieurs mètres, brisant des arbres et soulevant des rochers dans sa chute. Mais elle se redressa presque immédiatement, ses ailes repliées, son corps couvert de blessures ouvertes qui, une fois encore, se régénéraient à une vitesse terrifiante. Le sourire sadique du Creeper était toujours là, comme une promesse silencieuse qu'il ne serait pas si facile à abattre.
Dracula atterrit doucement non loin de lui, ses ailes démoniaques repliées derrière lui. Il observa la créature, ses yeux plissés, réfléchissant. Chaque mouvement du Creeper révélait quelque chose. Chaque attaque laissait une faiblesse derrière elle, une vulnérabilité qu'il pourrait exploiter. Il avait déjà infligé des dégâts considérables, mais la créature se régénérait presque immédiatement, grâce à une énergie qu'elle tirait de l'air même. Cette puissance ne venait pas seulement de sa nature physique. Dracula le comprit soudain : le Creeper puisait sa force dans la terreur qu'il inspirait, se nourrissant de la peur des humains.
Le vampire esquissa un sourire en coin, un sourire sans joie. « C'est ainsi que tu survis… »
Il se redressa, son fouet toujours en main, prêt à repartir à l'assaut. Mais cette fois, il avait un plan. Il devait priver le Creeper de ce qui lui permettait de guérir, de se nourrir. Si la peur était la source de sa force, il allait l'affaiblir en éliminant cette peur, en coupant la créature de son énergie. Il connaissait les secrets de la peur, l'avait utilisée pendant des siècles, mais maintenant, il allait la retourner contre cet être abominable.
« Très bien », murmura Dracula, se préparant pour la prochaine phase du combat. « Montre-moi ce que tu vaux sans ta terreur pour te soutenir. »
Dracula recula légèrement, ses yeux fixés sur le Creeper qui, malgré les blessures infligées, continuait de se régénérer à une vitesse effrayante. Il pouvait presque sentir l'énergie noire qui entourait la créature, comme une aura de terreur pure. Cette énergie, Dracula le comprenait maintenant, provenait de la peur des voyageurs, des survivants qui fuyaient encore à travers les bois, désespérés, traqués par l'ombre d'une créature qui se nourrissait de leur terreur.
Le Creeper se redressa, ses ailes déployées, son sourire sadique toujours inscrit sur son visage grotesque. Il grogna, un son profond et guttural, comme s'il savait que chaque seconde qui passait renforçait son pouvoir, tandis que la peur de ses victimes grandissait. Mais Dracula ne se laisserait pas prendre à ce piège. Il était un stratège, un prédateur millénaire, et il comprenait que pour vaincre cette créature, il devait couper la source de son pouvoir : la terreur.
« C'est ainsi que tu restes en vie », murmura-t-il, ses yeux flamboyant d'une lueur déterminée. « Mais cette nuit, je vais te priver de ton festin. »
D'un geste rapide, Dracula tourna les talons et s'élança vers les survivants, laissant le Creeper derrière lui. La créature rugit de rage, battant furieusement des ailes pour le poursuivre, mais Dracula était déjà trop loin, ses ailes démoniaques le propulsant avec une vitesse foudroyante à travers la forêt. Il pouvait entendre les cris des voyageurs, toujours en proie à une terreur viscérale, alimentant malgré eux le pouvoir du Creeper.
Atterrissant en douceur près d'eux, Dracula replia ses ailes et s'approcha des survivants. Ils étaient en train de courir, haletants, leurs visages marqués par la panique. Certains trébuchaient sur les racines et les pierres, d'autres cherchaient désespérément à échapper à l'ombre qui planait au-dessus d'eux. Mais Gabriel, en tant que Dracula, n'était pas là pour les juger. Il savait que les humains étaient faibles face à de telles horreurs. Son rôle, ce soir, n'était pas seulement de détruire une abomination, mais de protéger ces âmes effrayées.
« Assez », murmura-t-il d'une voix douce, mais puissante, qui résonna dans l'esprit des survivants.
Ils s'arrêtèrent brusquement, tournant des regards paniqués vers lui. Certains tentèrent de reculer, mais ils furent instantanément captivés par l'aura apaisante qui émanait de Dracula. Le vampire, maître dans l'art de manipuler les esprits, plongea son regard écarlate dans le leur, calmant immédiatement leurs craintes. Leur souffle s'apaisa, et la terreur qui les avait jusqu'ici paralysés commença à s'évaporer, remplacée par une étrange sensation de sécurité.
Dracula étendit doucement ses bras, canalisant une énergie subtile qui se répandit autour de lui, enveloppant les survivants d'une brume sombre et protectrice. Les ombres dansaient autour de lui, s'enroulant autour des voyageurs comme des tentacules invisibles, effaçant lentement leurs peurs, leurs cris, et même leurs souvenirs du monstre qui les poursuivait.
« Vous n'avez rien à craindre », leur murmura-t-il, sa voix douce comme le velours. « Vous ne vous souviendrez de rien. »
Un à un, leurs visages perdirent cette expression de terreur pure. Leurs muscles, tendus par l'angoisse, se détendirent sous l'influence hypnotique de Dracula. Il les enveloppa de sa domination mentale, les plongeant dans un état de calme absolu, leur ôtant toute peur, tout souvenir du Creeper. L'effet fut immédiat. L'énergie sombre qui flottait autour de la forêt sembla vaciller, se dissiper légèrement. Le Creeper, privé de la terreur dont il se nourrissait, était en train de perdre de sa puissance.
Dracula se redressa, satisfait. Le Creeper ne pourrait plus se régénérer à la même vitesse. Mais il ne s'arrêta pas là. Il devait neutraliser complètement la créature pour l'empêcher de se régénérer à nouveau. Il leva la main droite, les doigts tendus, et canalisa son pouvoir de télékinésie. Autour de lui, les ombres vibrèrent en réponse, prêtes à répondre à son appel.
D'un geste vif, Dracula envoya une vague de force télékinétique en direction du Creeper, qu'il sentait s'approcher à toute vitesse. La créature, privée de la source de sa régénération, était toujours en chasse, mais ses mouvements étaient plus lents, moins sûrs. La vague invisible frappa le Creeper de plein fouet, le projetant violemment contre un arbre massif. La créature grogna, tentant de se redresser, mais Dracula ne comptait pas lui en laisser l'occasion.
Avec un geste fluide, il invoqua les ténèbres autour de lui, manipulant l'obscurité avec une maîtrise absolue. Des ombres épaisses surgirent du sol, se tordant comme des serpents noirs, s'enroulant autour du Creeper. La créature se débattit furieusement, tentant de se libérer, mais les ombres, imprégnées de la volonté de Dracula, resserrèrent leur emprise, immobilisant ses ailes et ses membres.
Le Creeper rugit, ses yeux brillants de haine, ses griffes cherchant désespérément à se libérer de l'étreinte des ténèbres. Mais chaque mouvement qu'il tentait de faire ne faisait que renforcer la prise des ombres. Dracula s'avança lentement, ses yeux fixés sur la créature, ses ailes repliées derrière lui. La créature, autrefois invincible, était maintenant piégée, affaiblie, incapable de se régénérer sans la peur de ses victimes pour se nourrir.
« Ta force t'a trahi », dit-il d'une voix calme, presque pensive. « Tu pensais pouvoir me surpasser par la peur, mais je suis la peur incarnée pour des êtres comme toi. »
Le Creeper, toujours immobilisé, ne pouvait que grogner en réponse, ses yeux remplis de fureur impuissante. Dracula savait que la créature allait tenter de se régénérer à nouveau, mais il avait maintenant l'avantage. Avec son contrôle des ténèbres et de l'esprit des survivants, il avait réussi à priver le Creeper de sa principale source de pouvoir. Le combat n'était pas terminé, mais la balance avait basculé en faveur du vampire.
Les ombres maintenaient fermement le Creeper, chaque tentacule d'ombre resserrant son emprise. Dracula observait calmement, préparant la prochaine phase du combat. Il avait réduit la puissance de son adversaire, mais il devait encore trouver un moyen de le détruire définitivement. La créature avait survécu pendant des siècles grâce à ce cycle de peur et de régénération. Il était temps de mettre un terme à cette horreur.
Le Creeper, autrefois une force implacable de terreur et de destruction, était désormais à genoux, ses ailes enserrées par les ténèbres que Dracula contrôlait. Ses mouvements, autrefois fluides et rapides, étaient devenus lourds et maladroits. La créature respirait difficilement, comme si le poids de l'air autour de lui s'était transformé en une barrière invisible, l'écrasant sous la force écrasante des ombres qui l'immobilisaient.
Privé de la peur des survivants, coupé de son énergie vitale, le Creeper perdait peu à peu sa puissance. Dracula, debout devant lui, observait calmement. Il savait que la victoire était proche, mais il restait vigilant. Le Creeper, bien qu'affaibli, était toujours une menace.
« Regarde-toi », murmura Dracula en s'approchant lentement de la créature. « Toi qui te nourrissais de la peur, te voilà réduit à cette ombre pathétique de ce que tu étais. »
Le Creeper grogna, tentant de se relever, ses griffes raclant le sol avec une violence désespérée. Mais il ne parvenait plus à se régénérer comme auparavant. Les ombres qui l'enserraient s'étaient imprégnées de la volonté de Dracula, l'empêchant de puiser dans son pouvoir de régénération. La créature, autrefois invincible, semblait désormais piégée, vulnérable.
Dracula leva lentement la Void Sword, la lame scintillant d'une lueur glaciale. Il savait que la bataille n'était pas encore tout à fait terminée. Le Creeper, même affaibli, était toujours dangereux, capable de tenter une ultime attaque désespérée. Mais Dracula n'avait aucune intention de laisser cela arriver.
D'un mouvement rapide, il plongea la Void Sword dans le flanc du Creeper. La lame s'enfonça profondément dans la chair démoniaque, drainant l'énergie vitale de la créature dans une décharge de froid intense. Le Creeper hurla de douleur, un cri déchirant qui résonna dans la forêt, mais Dracula ne relâcha pas son emprise. Chaque coup qu'il portait était précis, calculé. La Void Sword scintillait alors qu'elle arrachait la force même de la créature, empêchant toute régénération.
Les griffes du Creeper se tendirent vers Dracula, cherchant désespérément à l'atteindre, à infliger une blessure fatale. Mais le vampire esquiva aisément les attaques, observant le moindre mouvement de la créature avec une froideur presque inhumaine. Chaque geste du Creeper devenait de plus en plus lent, chaque tentative de régénération était stoppée net par la puissance de la Void Sword. L'énergie glaciale qu'elle dégageait gelait les plaies du Creeper avant qu'elles ne puissent se refermer.
« Tu pensais pouvoir échapper à la mort éternelle », murmura Dracula en assénant un autre coup, cette fois à l'aile droite du Creeper, la déchirant dans un nuage de chair et d'os brisés. « Mais tu ne fais que retarder l'inévitable. »
Le Creeper, privé de sa capacité à voler, s'écroula lourdement au sol. Ses ailes, désormais inutilisables, pendaient misérablement de part et d'autre de son corps massif. Mais même ainsi, la créature ne cessait de se débattre, tentant de lancer une dernière attaque. Avec un ultime effort, le Creeper se jeta en avant, ses griffes visant directement le cœur de Dracula.
Dracula, impassible, avait déjà anticipé cette attaque. Juste avant que les griffes n'atteignent son torse, il se transforma brièvement en brume, laissant la créature passer à travers lui sans jamais le toucher. Réapparaissant immédiatement derrière le Creeper, Dracula leva la Void Sword une dernière fois.
« C'est ici que ton règne de terreur prend fin », déclara-t-il d'une voix calme et définitive.
D'un geste rapide, Dracula planta la Void Sword dans le dos du Creeper, atteignant le cœur de la créature. La lame, imprégnée de la magie ancienne, brilla d'une lueur intense, déversant une vague d'énergie glaciale à travers tout le corps du monstre. Le Creeper hurla une dernière fois, un cri de pure agonie, alors que son corps commençait à se désintégrer.
L'effet fut immédiat. Le corps du Creeper se décomposa lentement, morceau par morceau, tandis que la magie de la Void Sword empêchait toute tentative de régénération. Ses ailes, ses griffes, tout son être se dissolvait en cendres sous le regard implacable de Dracula. Les ténèbres qui l'entouraient se dissipaient peu à peu, libérant l'âme maudite de la créature de son cycle de terreur.
Dracula regarda silencieusement le Creeper se transformer en poussière, son visage impassible face à la fin de cette abomination. Quand enfin il ne resta plus rien de la créature, Dracula rangea la Void Sword, satisfait. L'air, chargé de malveillance quelques instants plus tôt, était redevenu calme, comme si la forêt elle-même avait été purifiée de la présence maléfique du Creeper.
Il se tourna vers les survivants, toujours enveloppés par son influence apaisante. Ils ne se souviendraient de rien de cette nuit, rien de la terreur qu'ils avaient vécue. Et cela était pour le mieux.
Dracula, en silence, s'éloigna de la scène du combat. La menace avait été éradiquée. Le Creeper ne reviendrait plus, et cette terre ne connaîtrait plus la terreur qu'il semait tous les 23 ans. Mais Dracula savait que d'autres menaces existaient dans l'ombre, et sa quête ne faisait que commencer.
Dracula resta immobile, contemplant les cendres du Creeper qui tourbillonnaient doucement dans la brise nocturne avant de se disperser dans l'air. La créature démoniaque, jadis invincible et semant la terreur, n'était plus qu'un souvenir, son règne d'horreur terminé. Le vampire savait que cette victoire n'était qu'une bataille parmi tant d'autres, mais elle marquait un pas de plus dans sa mission inlassable. Le monde regorgeait de créatures comme le Creeper, des abominations nourries par la peur, la souffrance et le chaos. Mais tant qu'il existerait, tant qu'il marcherait sur cette terre, il ne leur laisserait aucun répit.
Il baissa lentement les yeux vers les cendres éparpillées à ses pieds, ses pensées vagabondant un instant. Ce monstre avait terrorisé ces terres pendant des siècles, revenant sans cesse pour se nourrir de la terreur humaine. Pourtant, aujourd'hui, ce cycle s'était brisé. Dracula n'était pas un simple prédateur. Il était devenu plus que cela. Il avait transcendé sa propre malédiction, canalisant la puissance des ténèbres pour protéger les innocents. Il ne chassait plus pour son propre plaisir, mais pour débarrasser le monde des menaces qui y rôdaient.
Le silence régnait désormais dans la forêt. Plus aucun cri de terreur, plus aucun battement d'ailes inquiétant l'air nocturne. Les arbres, autrefois témoins de la sauvagerie de la créature, se dressaient maintenant comme des gardiens silencieux de la paix retrouvée. Dracula releva la tête, laissant son regard percer l'obscurité, son esprit déjà tourné vers la prochaine menace. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'une autre créature surgisse des ombres, et il serait là pour l'arrêter.
Les survivants, toujours enveloppés par l'aura apaisante de Dracula, commençaient à reprendre leurs esprits. Ils se redressèrent, confus mais soulagés, ne se souvenant que vaguement de la terreur qui les avait envahis quelques instants plus tôt. Leurs regards se tournèrent vers Dracula, debout au milieu des cendres, sa silhouette imposante baignée dans la lumière argentée de la lune. Ils ne comprenaient pas pleinement ce qu'ils avaient vu, mais ils savaient qu'ils lui devaient la vie. Il était à la fois terrifiant et protecteur, une force de la nuit qui les avait sauvés de l'indicible.
Certains chuchotaient entre eux, d'autres restaient silencieux, encore sous le choc. Ils ne savaient pas s'ils devaient avoir peur de lui ou le remercier. Mais Dracula ne cherchait ni reconnaissance ni gloire. Son rôle n'était pas d'être un héros, mais un gardien invisible, celui qui veillait dans l'ombre pour que d'autres ne soient pas victimes des ténèbres.
Sans un mot, Dracula se retourna, ses ailes démoniaques se déployant doucement. Il s'éloigna, disparaissant dans la nuit avec une grâce surnaturelle, laissant derrière lui des survivants reconnaissants, mais encore sous l'emprise de la crainte. Il n'y aurait pas de remerciements, pas de célébration. Son devoir était ailleurs, toujours à la poursuite des forces maléfiques.
La nuit lui appartenait, et tant qu'il serait là, aucune créature des ténèbres ne régnerait en maître sur cette terre.
