Le lendemain, le jour du grand voyage.

Le voyage en avion se passa dans le silence complet. Eric était dans sa bulle, perdu dans ses souvenirs. Tami était aussi inquiète et anxieuse des jours à venir. Les Taylor atterrirent à l'aéroport de Houston, en début d'après-midi.

Éric était plus que tendu et anxieux, au fur et à mesure qu'il roulait dans le hall de l'aéroport. Son cœur se figea net lorsqu'il aperçut un homme, tenant une pancarte en carton avec son nom inscrit dessus. Le regard de l'homme le fixa quelques secondes, puis un grand sourire se dessina immédiatement sur son visage. Par magie, toute son anxiété disparue aussitôt, laissant place à une immense joie.

Will : Éric ! Mon ami ! Je n'arrive pas à y croire !

Éric : Will, c'est si bon de te revoir ! Ça fait trop longtemps !

Les deux amis s'entrelacèrent un long moment. Une grande émotion se dégageait chez les deux hommes. Tami était émue de revoir Will, et Julie était déconcertée devant tant émotions venant de ses parents. C'était si inhabituel.

Éric : vient Will, il faut que je te présente Tami, que tu connais déjà et ma plus grande fille, Julie. Et dans la poussette, mon petit-fils, Henry.

Will : eh Tami !

Tami : Will, comment vas-tu ? Quel bonheur de te revoir après toutes ces années.

Will : c'est partager. Tu n'as pas changé d'un pouce Tami. Toujours aussi charmante.

Tami : quel flatteur !

Julie : bonjour monsieur, enchanté de faire votre connaissance.

Will : pas de monsieur entre nous. Tu sais que je t'ai vu tous bébé. Éric était tellement fier lors de ta naissance.

Julie : c'est vrai ? Je l'ignorai.

Eric : Will est ton parrain.

Julie : eh bien, je suis ravie de mettre enfin un visage sur le nom de parrain inconnu.

Will : bon, un si long voyage a dû être fatigant, surtout pour ce bébé. Jade doit nous attendre avec impatience. Elle à dû faire le ménage dans tous les recoins et faire une tonne de course pour que vous ne manquiez de rien.

Tami : je ne me moque pas, j'aurai fait pareil.

Eric : passe devant, nous te suivons Will.

Will guida ses invités jusqu'à sa voiture. Pendant qu'il installa les valises dans le coffre de sa voiture. Il regarda Tami aider son ami à s'installer sur le siège avant. Puis Tami s'approcha de lui avec le fauteuil roulant plié dans ses mains.

Tami : il reste une place pour le fauteuil ?

Will bouleversé : je…oui bien sûr.

Tami le remarqua. Elle posa sa main sur son bras : je sais, moi aussi, j'ai eu du mal au début.

Will : je me suis préparé pourtant.

Tami : tu peux en parler avec lui.

Will : je ne sais pas… enfin

Tami : la seule chose à ne pas faire avec lui, c'est de cacher ce que tu ressens. D'accord ?

Will hocha simplement la tête. Il ferma le coffre de la voiture et se dirigea au volant de sa voiture. Tami monta également sur le siège arrière. Éric sentit que quelque chose venait de se passer. Will semblait troubler.

Will : bon, tout le monde est prêt ?

Éric : il y a un problème ?

Will : j'ai encore du mal à réaliser que tu es ici, à côté de moi.

Eric : j'ai du mal à y croire aussi.

Éric n'était pas dupe. Will était bouleversé. Il devait lui en parler ce soir.

Jade les attendait devant la porte d'entrée de la maison.

Will : je vous l'avais dit qu'elle attendrait dehors.

Tami : eh Jade ! Comment vas-tu ?

Jade : super, et toi ? C'est tellement irréaliste ce qui se passe !

Tami : oui, c'est vrai ! Le destin fait bien les choses parfois.

Éric : Jade ! Je n'arrive pas à croire que tu es toujours marié avec cet individu ici présent !

Jade : que veux-tu, je n'ai jamais trouvé mieux.

Will : eh !

Jade : je t'aime aussi.

Éric : Jade, je te présente ma fille, Julie, qui tient dans ses bras mon premier petit-fils, Henry.

Jade : c'est incroyable la ressemblance ! J'ai l'impression de revoir ta mère, 25 ans en arrière.

Julie : merci madame.

Jade : pas de madame, appelle moi Jade tous simplement. Sinon, j'espère que vous avez fait bon voyage ?

Eric : très bien.

Jade : suivez-moi, je vais vous installer. J'ai une chambre d'ami à l'étage pour Julie et son petit garçon. Vous y serez au calme. Et pour vous deux, nous vous avons installé un lit en bas, dans le salon. Ça ira ?

Éric : ne t'inquiète pas Jade. C'est déjà gentil de nous accueillir dans votre maison.

Will : hors de question que tu dormes à l'hôtel. Chérie, ou sont les enfants ? Comment se fait-il qu'ils ne soient pas déjà dehors ?

Jade : les filles sont dans leurs chambres. Et Kev est encore sorti.

Will : je lui avais pourtant dit le contraire.

Jade : il est parti sans me prévenir.

Éric : je le verrai plus tard, ne te fais pas de soucis Will.

Will : c'est irrespectueux de sa part. Bon bref, rentrons à la maison déposer vos bagages.

Jade : les filles, nos invités sont là !

Will : les filles, je vous présente mon vieux ami, Éric, et sa famille, Tami, sa fille Julie et son petit-fils Henry. Éric, voici mes filles, Anna, 15 ans et Vic, 13 ans.

Anna et Vic : bonjour,

Éric : bonjour les filles. Anna, tu as le même âge que ma deuxième fille.

Jade : ah oui ? Elle n'est pas venue avec vous ?

Éric : non, elle voulait rester à Chicago pour ses études.

Jade : que fait-elle comme étude ?

Éric : coach sportif.

Will : elle suit les traces de son père, on dirait.

Éric sourit fièrement : et Julie est journaliste pour un magazine de psychologie à Chicago.

Jade : Anna aime aussi la psychologie. Et Vic veut travailler dans l'événementiel, comme son père.

Will : bon, maintenant que les présentations sont faites, et si vous ne voyez pas d'inconvénients, Éric et moi avons beaucoup de choses à nous raconter. Tu veux bien me suivre dehors Éric ?

Éric : oui, bien sûr.

Jade : je m'occupe de Tami, comme au bon vieux temps. Nous aussi, nous avons du temps à rattraper.

Will entraîne son ami d'enfance dans un lieu si particulier pour eux. Le terrain de football de leur adolescence, qui était maintenant à l'abandon.

Will : il faut que je t'avoue quelque chose Éric. Je… tous à l'heure, à l'aéroport, il s'est passé un truc. Je me suis senti…. bouleverser par..enfin …

Éric : ma paraplégie ? C'est ça ?

Will : je suis désolé. Je me suis vraiment préparé pour ça, mais voilà, quand j'ai vu tes difficultés à t'installer dans ma voiture. Et tenir ton fauteuil dans mes bras. Je ne sais pas, je crois que j'ai vraiment réalisé ta situation à ce moment précis.

Éric : ca fait deux ans et demi.

Will : tu ne ressens vraiment plus rien dans tes jambes, ou tu as quelques sensations, mais pas assez pour marcher ?

Éric : j'ai eu une lésion de la moelle épinière. J'ai perdu toute sensation dans le bas du corps. Et j'ai dû suivre une grosse rééducation pour retrouver l'usage du haut du corps. Suite à mon accident, je suis resté durant deux longs mois entièrement paralysés. Pendant ses longues journées a broyé du noir, j'ai pensé à Raph. J'ai compris son choix, car la même pensée m'a traversé l'esprit. Heureusement pour moi, ma famille ne m'a pas laissé tomber aussi bas.

Will : le suicide de Raph. Un si triste souvenir. Et maintenant toi. Je n'aurai pas supporté d'apprendre ta mort sans avoir eu la chance de renouer avec toi. Je suis en colère de ne pas avoir senti que tu vivais une période dramatique. Nous étions si proches. J'aurai dû être là.

Will avait les larmes aux yeux. Eric, ému également ne pouvait pas laisser son meilleur ami se sentir coupable.

Éric : tu te souviens, après l'enterrement de Raph ? Nous nous sommes dit adieu, comme un accord. Nous avions besoin de faire notre deuil, chacun de notre côté. Nous avions besoin d'avancer dans nos vies respectives. Et nous avons très bien réussi. Et aujourd'hui, la vie nous offre une chance de nous retrouver et de ne plus jamais nous quitter, je l'espère.

Will prit Eric dans ses bras.

Eric : je ne rends pas coupable Will. Une chose est sûre, personne n'aurait pu m'aider dans cette période de ma vie. J'étais si mal, que je ne laissais personne m'aider, même Tami. Un an à me morfondre sur moi-même avant que je n'accepte enfin de prendre ma vie en main.

Will : tu ne mérites pas ce qui t'arrive. C'est tellement injuste. Tout cela à cause d'un accident de la route !

Eric : je vais t'étonner, mais je ne me suis jamais senti serein. Comme disait le coach, l'important, c'est de ne jamais perdre de vue qui nous sommes. L'accident a eu le mérite de m'ouvrir les yeux sur ma carrière. Et puis, même au niveau familial. Je ne me suis jamais senti proche avec Julie que maintenant. Je me sens vraiment heureux maintenant malgré que j'ai dû apprendre à vivre sur des roues. Et j'ai retrouvé mon meilleur ami, mon frère de cœur.

Will : si tu es heureux, alors je suis heureux aussi. C'est si bon de te revoir mon frère.

Éric : sinon, comment va le coach ?

Will : le coach va mieux en ce moment. Il a même voulu rentrer chez lui, contre les indications de son médecin. Enfin, tu connais le coach.

Éric : être malade, c'est pour les faibles.

Will : eh oui !

Éric : et l'école ?

Will : l'école fonctionne toujours.

Éric : je pensais qu'il serait en retraite.

Will : tu plaisantes ? Même malade, il continue à entraîner. D'ailleurs, tu veux qu'on y aille ?

Éric : maintenant ?

Will : oui, maintenant.

Éric : je…. enfin...

Will : eh ! Ne t'inquiète pas, d'accord ? Il t'attend. Je lui ai dit que tu arrivais aujourd'hui.

Éric anxieux, frotta ses mains sur ses jambes.

Will s'abaissa vers son ami : tu n'as pas à avoir peur, d'accord ?

Éric : je ne sais pas si c'est de la peur, de la honte ou alors de l'appréhension.

Will : à cause du fauteuil ?

Éric : je crois que c'est un tout.

Will : je peux t'assurer qu'il t'attend avec joie.

Éric se ressaisit : allons-y.