Éric ressentait une vague de joie de revoir l'école qui lui avait sauvé la vie. Elle n'avait pas beaucoup changé. Des images de lui, debout, dans cette cour intérieure, son sac à dos sur l'épaule, lui traversa l'esprit. Il se souvient des moments fous qu'il a passé ici, avec Raph et Will, mais aussi avec tous les autres coéquipiers. Il se remémore chaque visage de la Dreams team.
Will : ça fait bizarre de revenir, pas vrai ?
Eric : c'était notre maison, notre famille.
Will : je te propose qu'on se dirige directement vers le terrain. Les joueurs doivent s'entraînent à cette heure-ci.
Et Will avait raison, sauf que l'entraînement s'interrompu dès qu'un des jeunes reconnu Eric.
Jeune : et les mecs ! Regardez ! C'est le coach Taylor !
Les jeunes s'attroupèrent autour de lui. Il était gêné de cette attention soudaine. Comment ses jeunes pouvaient le connaître ? Soudain, une voix, qu'il n'avait pas entendue depuis des décennies se fit entendre.
Coach Timothy : laissez donc notre invité respirer un peu.
Les jeunes s'écartèrent aussitôt.
Eric baissa les yeux, intimidé lui aussi par son mentor : bonjour coach
Coach Timothy : salut Eric, je suis ravi de te revoir, après tout ce temps.
Eric toujours les yeux baissés : moi aussi coach.
Will : bon, je vous laisse. Je reviendrai te chercher quand tu seras prêt.
Éric : non, attends…
Will : je vous laisse en privé.
Coach Timothy : merci Will. Allez, viens Éric, allons dans mon bureau. Quartier libre pour tout le monde.
Éric suivit son coach, avec la même anxiété de ses 20 ans. Dès qu'il entra dans son bureau, son regard se porta sur le nombre d'articles de presse à son sujet accroché au mur de son mentor. Pas étonnant que ses jeunes l'avaient reconnu.
Éric : vous avez suivi ma carrière ?
Coach Timothy : Bien sûr. Toutes mes félicitations Coach Taylor !
Éric : je n'ai aucun mérite, j'ai juste mis en pratique tout ce que vous m'avez enseigné.
Coach : toujours aussi modeste à ce que je vois. Conduire une équipe que tout le monde croyait morte après l'accident tragique de Jason Street, jusqu'au championnat d'Etat et le gagner. Ce n'est pas donner à tout le monde, croit moi. Mais ce n'est rien, comparer à ce que tu as fait avec les Lions de Dillon Est. Tu as toute mon admiration et mon respect Eric.
Éric baissa les yeux : je ne mérite pas votre respect. Vous devriez plutôt me haïr de vous avoir tourné le dos. J'ai oublié d'où je venais, qui j'étais vraiment, au fond de moi. Pendant 20 ans, je me suis menti à moi-même, en éclipsant mon passif très chargé. J'étais le coach Taylor, le coach irréprochable, un modèle pour tant de jeunes joueurs, alors que….
Coach : je ne peux pas laisser te dire des idioties pareilles ! Premièrement, le suicide de Raph nous a tous bouleversés. Vous aviez besoin de couper les ponts avec tout cela pour avancer. Et moi aussi d'ailleurs. Je ne t'en ai jamais tenu rigueur. Et deuxièmement, contrairement à ce que tu penses, ton cœur n'a jamais oublié d'où tu venais. Tu as donné sa chance à Sarracen, un quarterback dont personne ne voulait, la patience que tu as eu avec Tim Riggins, et Brian William que tu as aidé a intégré une université alors que plus personne ne voulait de lui à cause de son comportement, Vince que tu as sorti de la rue, Jess que tu as accepté dans ton équipe de coaching alors que c'était une femme. Et tant d'autres encore. Tu as fait la différence pour tous ses jeunes.
Éric : oui, mais j'en ai laissé tant d'autres sur le carreau parce qu'ils n'étaient pas assez bons pour faire partie de l'équipe. J'ai ruiné l'avenir de tant d'autres aussi. Pourquoi ? Pour garder mon job et gagner des bagues de championnat pour la communauté. La belle affaire !
Coach : moi aussi, je dois faire des choix qui me crèvent le cœur, mais sache que tu ne leur rendrais pas service si tu leur donnais l'espoir d'un avenir qu'ils n'auront jamais. C'est la loi du sport, tu le sais aussi bien que moi et eux aussi le savent.
Eric : comme Raph. Son coach l'a fait jouer alors qu'il était encore sur la liste des blesser car il savait qu'il perdrait le match sans Raph sur le terrain.
Coach : la mort de Raph…un bien triste souvenir pour nous tous. Tu sais, il n'y a pas que toi qui as voulu tirer un trait sur cette époque. Je me suis reproché sa mort pendant tant d'années.
Eric : pourquoi ?
Coach : j'étais à ton chevet quand tu t'es blessé à l'université. Je t'ai aidé du mieux que j'ai pu. Mais Raph, j'ai tous raté avec lui. Je suis allé le voir à l'hôpital, mais il a refusé ma présence. Le lendemain, il était mort. Il m'a laissé une lettre ou il disait qu'il ne se voyait pas finir dans un centre médical pour le reste de ses jours et qu'il a refusé de me voir par peur qu'il change d'avis. J'aurai dû insister ce jour-là. Je l'aurai pris avec moi, ici. C'était un bon gamin, la seule chose qui lui manquait s'était une famille.
Eric : il a refusé de me voir également. Et Will aussi. Je…. Vous n'êtes pas responsable coach.
Coach : j'ai commis l'erreur de l'avoir laissé partir à Miami. Je savais que ce n'était pas une équipe pour lui, mais en même temps, c'était son rêve de rejoindre le Sud.
Eric : vous n'avez pas à vous en vouloir.
Coach : il y a autre chose pour laquelle je m'en veux. C'est de jamais avoir osé t'aborder quand j'ai découvert ce que tu étais devenu.
Eric choqué : comment ça ?
Coach : pendant 10 longues années, moi non, je n'ai jamais voulu savoir ce qu'étiez devenus mes protégés, et toi en particulier. J'avais peur de découvrir… enfin le suicide de Raph m'a traumatisé et j'avais peur de découvrir que d'autres étaient mort aussi, dans mon indifférence. Le destin fait bien les choses. Je me suis rendu à un de tes matchs parce qu'un de mes anciens pensionnaires jouait sous tes couleurs. Je t'ai vu sur le banc de touche, ai donné tes conseils au quarterback titulaire. Je n'ai pas osé t'aborder, mais quand je suis rentré, j'ai voulu tout savoir de toi et de ta carrière. Et je l'ai suivi scrupuleusement depuis. J'étais dans les tribunes pour voir ta première, puis ta deuxième, puis ta troisième, puis ta quatrième finale de championnat. Je voulais féliciter le coach Taylor en personne, mais je n'ai pas osé franchir le pas. Et j'ai fini par le regretter quand la nouvelle de ton accident a fait la une des journaux locaux. Tous les médias ne parlaient que de cela. Ton pronostic vital était sérieusement engagé. J'étais à l'afflux de la moindre information. Tu étais dans le coma et tes chances de réveil diminué au fils des heures. Je me suis rendu à ton chevet pour prier. J'ai prié si fort pour que la vie nous offre une chance de rattraper le temps perdu. Et nous voilà. Tu es vivant, et je le suis aussi pour encore quelques jours.
Éric ému : je ne veux pas que vous mouriez. Il y a tant de choses à rattraper. Je ne suis pas prêt à vous laisser partir pour toujours.
Coach : soyons reconnaissant du temps que Dieu nous accorde.
Éric : vous êtes malade depuis combien de temps ?
Coach : ma leucémie ? Je vis avec depuis 25 ans, avec des hauts et des bas. Mais depuis un an environ, je suis de plus en plus fatigué, de plus en plus faible. Ma leucémie a évolué dans le mauvais sens. J'ai su il y a quelques mois que mon cancer était en phase terminale. Il est hors de question que je reste à l'hôpital pour y vivre mes derniers instants. Mon souhait serait même de mourir ici. Et j'espère que tu respecteras mon choix Eric.
Éric : vous ne voulez pas vous faire soigner ?
Coach : pour espérer vivre 2 ou 3 jours de plus ? Non. Je préfère vivre pas longtemps à vos côtés. Je suis si heureux que tu sois là Eric.
Eric : je ne pouvais pas ne pas venir, coach. Vous êtes et vous êtes toujours resté dans mon cœur, même si je n'y pensais pas directement. Avoir la reconnaissance du monde du sport était gratifiant pour moi, mais aujourd'hui, j'ai reçu bien plus. La reconnaissance de mon mentor. Merci Coach.
Coach : j'ai tout de suite su que tu avais de l'avenir dans le milieu, mais je dois l'avouer, ta décision, de tous arrêter pour entraîner m'a déconcerté. Je tiens à rétablir la vérité, tu as bien fait de ne pas m'écouter. C'était ta vocation le coaching, plus que le jeu.
Eric : ma deuxième fille aussi veut devenir coach. Elle est très douée. J'aurai bien voulu, vous la présentez, mais elle a voulu rester à Chicago. Les deux dernières années ont été très mouvementées. Gracie a eu du mal avec le changement. Je ne voulais pas la bouleverser davantage. (Éric tendit une photo à son coach.)
Eric : tenez, voici Gracie. Elle va avoir 18 ans.
Coach : tout le portrait de son père. Elle entraîne avec toi ?
Eric : elle s'occupe des entraînements du soir. J'appréhendais la réaction des joueurs, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds.
Coach : la relève est assurée. Et ta première fille ? Que fait-elle ?
Eric : Julie déteste le football. Elle travaille dans le journaliste. Elle a hérité du côté intellectuel de sa mère. Notre relation était souvent conflictuelle, mais l'accident à changer notre relation. Bon maintenant que j'ai accepté de m'ouvrir sur mon passé, enfin mes parents n'ont pas su tenir leurs langues, la voilà la vérité. Julie est venue avec nous pour tous savoir sur son vieux père. D'ailleurs, je… j'ai besoin que vous m'aidiez à lui parler de…tous. Si cela ne vous dérange pas.
Coach : pas du tout. Je sais que ce genre de conversation n'est pas facile, je serai ravi de t'aider. Tu disais que tes parents n'avaient pas su tenir leurs langues, tu as renoué avec eux finalement ?
Eric : Tami les a prévenus pour mon accident, et ils sont venus garder Gracie pendant que Tami restait avec moi au centre de rééducation. Ce n'était pas simple comme retrouvailles, j'y étais opposé même, mais ils ont changé. On se parle bien, et je sais que je peux compter sur eux maintenant.
Coach : je suis heureux de l'entendre. Et je… ta paraplégie, comment tu gères au quotidien ? Ça va ?
Eric : je mentirais si je disais que je ne ressentais plus aucune amertume sur ma situation, mais cela arrive de moins en moins souvent. C'était un long processus d'acceptation, une nouvelle façon de vivre au quotidien. Je dirai que je m'en sors bien aujourd'hui. Quitter Dillon pour une grande ville loin du Texas était une obligation pour moi. Et j'ai ouvert ma propre école là-bas.
Coach : j'étais présent à l'inauguration.
Eric : vous êtes venu ? Vraiment ?
Coach : je ne voulais pas manquer cela. Merci pour ta délicate attention à mon égard dans ton discours.
Eric : vous auriez dû venir me voir.
Coach : c'était dans mon projet, mais avec le recul, ce n'était pas le bon moment non plus. Heureusement que Will est revenu au pays, il a joué les intermédiaires.
Eric : dire que j'étais angoissé à l'idée de venir ici. Finalement, je n'étais pas le seul.
Coach : tu n'es pas n'importe qui pour moi Eric. Je t'ai toujours considéré comme mon fils. Et je n'ai jamais osé débarquer dans ta vie privée par peur de chambouler ton équilibre familial.
Eric : vous aviez sans doute raison. Bon, il se fait tard. Ça ne vous dérange pas de me ramener chez Will. Je vous présenterais à Julie.
Coach : j'en serai ravi.
