Quelques heures plus tard, Tami accompagnée de Julie et du petit Henry, ainsi que la femme de Will arrivèrent, avec un panier repas pour leurs hommes.

Après le repas, Éric demanda à Julie de rester avec lui. Il l'emmena au bureau ou le coach Timothy attendait.

Éric : ma puce, voici le moment où on va parler, a cœur ouvert, de tout ce que tu veux.

Julie : vraiment tout ?

Éric : vraiment tout.

Julie : raconte-moi comment tu es passé d'étoile montante en sport et en art à délinquant et la rue.

Éric : l'AVC de mon père a provoqué des tensions entre mes deux parents. Ma mère ne supportait pas ma relation avec mon père. Elle était jalouse et se sentait exclue. Ils se disputaient sans cesse jusqu'à la dispute qui fera basculer ma vie. J'ai appris que ma naissance était le fruit d'une erreur de jeunesse, et que mon père a assumé son rôle de père 5 ans plus tard. Il donnait de l'argent à ma mère, et passait de temps en temps à la maison, mais s'est tout. Ma mère, m'a reproché d'être responsable de sa condition de mère au foyer, et qu'à cause de moi, elle n'avait pas pu faire carrière dans l'art. Et moi, j'idéalisais mon père, alors qu'il avait demandé à ma mère d'avorter.

Julie : tu avais quel âge à ce moment-là ?

Éric : 14 ans

Julie : cela a dû être vraiment dure à encaisser. Tes parents qui te trahissent de la pire des manières. Tu as fait quoi ensuite ?

Éric : j'ai développé une haine profonde pour eux. J'ai rompu tout contact et je vivais chez mon meilleur ami de l'époque. En parallèle, j'ai perdu ma place au sein du programme de football du lycée à cause de mon comportement. Je me sentais plus vraiment à ma place à Houston. Je voulais réaliser mon rêve, devenir artiste de rue, et voyager dans le monde entier. Avant de partir, je voulais faire comprendre à mon père à quel point je le haïssais, et j'ai vandalisé son bureau de recherche. Je sais, une décision stupide, mais la colère me contrôlait à l'époque. Après ça, j'ai fait face à mon père, mon sac de sport avec le peu d'affaire que j'avais, sur l'épaule. Je lui ai déversé toute ma haine. Il m'a dit, qu'à partir d'aujourd'hui, je n'existais plus pour lui. Et je suis parti.

Julie : c'est dur à entendre pour un fils !

Éric : j'ai eu des mots très durs à son égard aussi.

Julie : tu éprouves des regrets ?

Éric : oui bien sûr. J'ai laissé la colère m'autodétruire et j'ai failli en payer le prix ultime plusieurs fois. Le fait que je sois en vie est un miracle.

Julie : tu parles de la fois où tu t'es fait poignarder à Dallas ?

Éric : s'il n'y avait que cette fois-ci !

Julie : combien de fois alors ?

Éric : 3 fois sans compter les deux dernières années. Ni, le nombre de fois, ou j'ai eu une arme braquée sur moi, ni les fois où j'ai été ruer de coup.

Julie était au bord des larmes. Éric savait que sa fille, si émotive, était vraiment mal. Il ne pouvait que la prendre dans ses bras et la réconforté.

Éric : je sais que c'est dur à entendre ma puce. Tu ne t'attendais sans doute pas à cela. Il faut que tu comprennes que j'étais tellement perdu que je me suis plongé dans des situations dangereuses pour me faire volontairement du mal. Je me détestais tellement que je prenais un plaisir malsain à me faire frapper.

Julie en sanglot : mais… pourquoi papa ?

Éric : je…

Coach Timothy : parce qu'il ne se sentait pas légitime de vivre après avoir participé à une mise à mort. Et par toutes les autres horreurs que tu fais lorsque tu es enrôlé dans un gang.

Julie : quoi ?!

Éric : tu as bien entendu ma puce.

Julie : je ne comprends pas, papa. Qu'est-ce que tout cela signifie ?

Éric baissa les yeux : je suis parti à Dallas pour vivre mon rêve d'artiste et ça ne s'est pas passé comme je l'espérais. Je vivais dans la rue, je volais pour me nourrir jusqu'au jour où un homme est venu m'acheter mes dessins. Il m'a dit qu'il était antiquaire et qu'il cherchait quelqu'un comme moi, qui puisse redonner vie à ses toiles légèrement abîmées par le temps. Qu'il me payerait pour mon art. J'ai dit oui tout de suite. Sauf qu'il n'était pas antiquaire, mais trafiquant, mais pas que, il était le chef du Gang des serpents. Je venais d'être enrôlé dans le plus important gang du Texas lié au trafic d'art. Je l'ai compris lorsqu'il a tué son ancien imitateur, devant mes yeux. Il m'a dit, droit dans les yeux : « Si tu me déçois, tu finiras comme lui ». J'étais coincé, alors j'ai subi, sans rien dire pendant des mois jusqu'à l'exécution de trop. Ce monstre a tué, de sang-froid, une femme et son enfant, simplement parce qu'ils étaient des témoins innocents. Ce jour-là, je me suis dit que plus jamais je ne participerai à ça, quitte à y perdre la vie.

Julie essayant de comprendre : donc, ton agression au couteau dont tu as été victime n'était rien d'accidentel n'est-ce pas ?

Éric hocha timidement la tête : la lame du couteau à frôler mon foie d'un pouce et un passant est venu me porter secours. Sans ça, je serai mort sans que personne ne le sache, et j'aurai fini dans une tombe anonyme à des kilomètres de chez moi.

Julie : tu as tué un homme papa ?

Éric baissa une nouvelle fois les yeux. Julie comprit.

Julie : comment ?

Éric : s'il te plaît Julie, pas ça…tout mais pas ça

Julie : papa, dit le moi. Il faut que je le sache si…

Éric froid : que tu saches quoi Julie ? Si c'était volontaire ? Si j'y ai pris du plaisir ? C'est ça ! J'ai brisé la vie d'un homme parce que j'ai été lâche ! La voilà la vérité Julie !

Éric tourna le dos à sa fille, et roula en dehors du bureau.

Julie pleurait. Le coach intervenu.

Coach : ton père a vécu des choses horribles et le voir, 20 ans après, replonger dedans me fait mal au cœur.

Julie : et c'est de ma faute, je le sais.

Coach : je n'ai pas dit ça. Éric a toujours été du genre à garder ces choses pour lui, mais il arrive un moment dans la vie ou, si tu veux avancer, tu dois y faire face. Avec l'ouverture de la Chicago Taylor School, il doit faire face au même genre de profil qu'il était avant. La personne qu'il a mise dans un coin, très loin, dans sa tête. Et même si tu penses que tu as eu tort de le forcer à tout te dire, tu as tout faux. Au contraire.

Julie : vous savez tous sur mon père n'est-ce pas ?

Coach : j'ai mis du temps à obtenir sa confiance. Un jour, je l'ai mis au pied du mur. Soit il me racontait tous, soit il prenait ses affaires sans retour possibles. Je sais, ça parait violant, mais il ne m'a pas laissé le choix.

Julie : papa a toujours gardé les choses pour lui.

Coach : quand je l'ai récupéré, ton père souffrait de stress post-traumatique depuis plusieurs mois. Il avait des moments de vide et des accès de violence. Tami m'a confirmé qu'il faisait des cauchemars de façon régulière. Ton grand-père le savait et il l'a menacé de l'interner dans un centre psychiatrique. Je me suis porté garant pour lui, mais en échange, ton père devait tous me dire. Je crois qu'il ne se rendait pas compte à quel point c'était grave, ou plutôt si, il pensait qu'il devenait fou et il avait peur, peur de lui. Ta mère l'a beaucoup aidé, et Will aussi.

Julie : je haïssais déjà l'homme responsable de l'accident de papa, mais là je le haï encore plus. C'est de sa faute si papa replonge dans ses souvenirs si horribles pour un homme !

Coach : parle-moi de l'accident et de ce qui s'est passé ensuite.

Julie : papa venait d'obtenir une promotion à Chicago, là où j'habite avec mon mari. Je me souviens encore du coup de téléphone de maman, en larme, m'annonçant que papa était dans le coma, après un grave accident de la route. Le plus dur, c'est quand les médecins nous ont annoncé sa paraplégie. Je ne comprenais pas pourquoi Dieu punissait un homme bon comme papa. La première fois que je l'ai vu, dans son fauteuil a été extrêmement traumatisante. Je n'arrivais plus à le regarder tellement, j'étais mal à ce sujet. Le voir aussi démuni, alors que dans ma tête, il a toujours été l'homme fort et protecteur. Encore aujourd'hui, j'ai un pincement au cœur quand je le vois obliger de demander de l'aide rien que pour s'asseoir dans une voiture. Je pensais m'y habituer avec le temps, mais peut-on réellement ? Je sais que papa a encore du mal à l'accepter totalement.

Coach : l'acceptation est un long processus. Maintenant, je pense que je devrais rejoindre ton père. Attends-moi là.

Julie : vous savez où il est parti ?

Coach : je l'ai toujours retrouvé au même endroit pour y réfléchir. Je reviens.

Le coach constata avec soulagement, qu'Éric était effectivement où il le pensait.

Coach : 25 ans plus tard, je te retrouve encore ici.

Éric : ce paysage m'a toujours apaisé.

Coach : ta fille t'attend.

Éric secoua la tête.

Coach : Éric, tu dois aller jusqu'au bout maintenant.

Éric : ma fille me voit comme un meurtrier. Je savais que j'aurais dû garder tout cela pour moi, comme je l'ai toujours fait.

Coach : ta fille ne pense pas que tu es un meurtrier. Elle sait qui tu es vraiment, et rien ne changera à ça.

Julie : je t'aime papa et je suis extrêmement fière d'être ta fille.

Éric et le coach se retournèrent.

Julie : tu vois le gangster en toi, mais moi, je vois plutôt, un jeune garçon courageux qui a résisté. Tu aurais pu rester, et devenir un meurtrier de sang-froid. On voit bien, le dégoût que tu as pour toi-même, quand tu racontes ces exécutions. Oui, tu as fait partie d'un gang, mais non, tu n'as jamais été un gangster papa.

Éric : je ne vois pas très bien la nuance.

Julie : moi, je la vois.

Éric : tu ne comprends pas.

Julie : je ne comprends pas quoi ? Tu veux vraiment que je te déteste parce que tu as tué un homme sous la contrainte ?

Éric regarda son coach : vous lui avez dit ?

Julie : non, il ne m'a rien dit. Je te connais, et je sais que tu n'aurai jamais fait ça de ton plein gré.

Éric leva les yeux humides aux ciels. Julie le força à la regarder.

Éric : Lucas et ses hommes de main venaient de passer à tabac un pauvre antiquaire. Il était à l'agonie, au sol, du sang sortait de sa bouche. Lucas s'est approché de moi, et il m'a donné sa barre de fer, pour que je puisse finir le travail. Je ne voulais pas y prendre part. J'ai senti la pointe de son arme derrière mon crâne. J'ai toujours cru que la mort ne me ferait jamais peur, mais j'ai eu tort. J'étais pétrifié à l'idée que mon cadavre soit traité comme un vulgaire SDF. Puis, j'ai regardé le vieil homme au sol, il allait mourir, avec ou sans lui. À quoi bon ? Et puis ta mère est apparue dans mes souvenirs. Je l'aimais, et je regrettais d'être parti comme un voleur. Je voulais lui dire tellement de choses. Et puis, il y avait mes parents que je voulais impressionner en réussissant dans le dessin. Je ne pouvais pas abandonner tout ça. Alors, j'ai pris la barre en fer, et j'ai frappé, encore et encore, sans oser regarder ce que je faisais à ce pauvre homme sans défense. Lucas disait : « Tu t'endurciras mon ami ». Jamais je n'ai réussi à ne rien ressentir lors d'une exécution. Ou plutôt, si, du dégoût, voilà ce que je ressentais pour moi-même.

Julie, émue, prit simplement son père dans ses bras, qui pleurait à chaudes larmes.

Coach : beaucoup de larmes aujourd'hui.

Éric essayant de se reprendre : je n'ai jamais pleuré autant de ma vie que ses deux derniers jours.

Julie : et tu sais quoi ? J'apprécie enfin de voir le grand coach Taylor devenir humain.

Éric : humain ?

Julie : je t'ai toujours vu en contrôle, même à la maison. Bien sous tous rapport.

Éric : et tu en as souffert ?

Julie : non, pas vraiment parce que je ne te connaissais pas autrement. Aujourd'hui, je découvre un autre papa et je regrette de ne pas l'avoir connu plus tôt.

Éric : quand j'ai commencé, en tant que coach, j'ai dû mentir sur mon casier judiciaire. Je sais, c'est mal, enfin bref. J'avais l'impression que mon passé se lisait sur mon visage, que tout le monde me jugeait. Alors je me suis endurci, et je me suis créé cette façade du coach Taylor que tu as connu. Je suppose qu'avec le temps, c'est devenu tellement naturel que je m'en rendais plus compte.

Julie : c'est tout à fait compréhensible papa.

Eric : j'aimais être le coach Taylor, et je commence à aimer l'Eric que j'avais enfoui toute au fond de moi.

Julie : je crois que je l'aime aussi. Je t'aime papa.

Eric : merci Julie de ne pas m'avoir jugé. J'avais si peur de te perdre lorsque tu apprendrais la terrible vérité sur ton vieux père.

Julie : comment pourrai-je te juger papa ? Je te connais, et je sais que tu as un bon fond. Oui, tu as fait des trucs moches, mais quand tu regardes tout ce que tu as fait, pour tant de monde, ça rattrape largement tes mauvais choix.

Eric : j'ai tout fais pour cela.

Julie : et tu as bien réussi papa. Je t'aime.

Eric : je t'aime aussi ma puce.

Julie se tourna vers le coach : merci pour tout ce que vous avez pu faire pour mon père.

Coach : j'ai passé ma vie à aider les jeunes qui méritent qu'on les aide.

Julie : tout comme papa.

Coach : oui tout comme ton père.

Eric ému : bon, il se fait tard, ta mère doit sûrement s'inquiéter. Je vais appeler Will pour qu'il vienne nous chercher.

Coach : pas la peine. Je vais vous ramener.

Quelques minutes plus tard, chez Will. Eric vit sa petite dernière sortir en courant de la maison.

Gracie : papa !

Eric : Gracie ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

Julie : eh Gracie !

Gracie : vous me manquiez tous.

Eric : je suis très heureux de te voir ma puce.

Coach : tu dois être sans doute Gracie ?

Eric : oui coach, je vous présente ma deuxième fille, Gracie. Gracie, voici le coach Timothy.

Gracie : enchanté monsieur.

Coach : tu ressembles tellement à Éric.

Gracie : on me l'a souvent dit. Je suis, comme qui dirait, un garçon manqué.

Coach : ton père m'a dit que tu entraînes avec lui et que tu faisais des études de coaching.

Gracie : a force d'aller voir les matchs avec papa, je me suis pris d'avoir d'amour pour le football.

Coach : et pourquoi plus le coaching que de jouer en pro ?

Gracie : j'aime analyser et élaborer toute sorte de plan de jeu.

Coach : eh bien, qu'est-ce que tu dirais de venir avec ton père demain sur le terrain avec mes jeunes ?

Gracie : je… je peux papa ?

Eric : mais bien sûr.

Coach : dans ce cas, à demain tout le monde.

Eric : vous ne restez pas dîner ?

Coach : non, pas ce soir, mais merci quand même pour l'invitation. Bonne soirée, tout le monde.

Eric : bonne soirée coach.