En fin de journée, chez Will.
Tami : vous en avez mis du temps.
Eric : c'était un peu compliqué d'obtenir l'autorisation pour que le coach soit enterré ou il le voulait, ensuite il y a eu la cérémonie à préparer avec le prêtre, et puis, nous sommes repassés par l'école. On a joué au football avec les jeunes. Nous n'avons pas vu le temps passer.
Tami : nous nous faisions un sang d'encre.
Jade : tu préviens toujours Will
Will : désolé Jade, j'avais la tête ailleurs.
Jade : bien sûr, désolé Will. Je,….on vous a laissé des restes dans le frigo.
Eric : c'est gentil Jade, mais je n'ai pas trop faim. La journée a été éprouvante, je préfère aller me coucher. Bonne nuit, tout le monde.
Julie, Gracie : bonne nuit papa.
Tami regardait Eric se diriger vers la chambre d'amis. Elle est torturée entre le laisser tranquille, ou lui parler de ce qu'il avait dit ce matin. Finalement, sa décision était prise.
Tami : bon, je vais rejoindre votre père. Je suis fatigué aussi. Vous devriez en faire autant les filles. Les prochains jours risquent d'être longs.
Julie comprit l'empressement de sa mère, et emmena Gracie avec elle dans la chambre. Will et Jade en firent autant.
Tami entra dans la chambre, Eric était allonger sur le lit, le regard pensif.
Tami : ça va mon chéri ?
Eric : mmh
Tami : tu vas être content, j'ai pu discuter avec ces jeunes. Trois d'entre eux sont d'accord pour venir à Chicago.
Eric : c'est bien.
Tami : oui, c'est certain. C'est juste dommage que l'école ferme.
Eric se tourna vers Tami, le front plissé d'interrogation : pourquoi l'école fermerait ? Il y a un problème ?
Tami : difficile de faire tourner un programme sportif sans le head coach.
Eric : ah ok, j'ai compris, tu fais allusion à ce que j'ai dit ce matin.
Tami : tu m'as mise au pied du mur !
Eric : je suis désolé.
Tami : c'est tout ce que tu trouves à dire ? Vraiment ?
Eric : je lui ai fait la promesse que cette école ne fermera pas, et que je m'occuperai de ses garçons. Et comme tu le sais, je suis un homme de parole.
Tami : oh, je vois et tu attendais quoi pour m'en parler, parce que bon, j'aimerais être au courant si je dois vendre notre maison à Chicago.
Eric : bordel Tami ! Mon coach est mort dans mes bras ce matin même ! Tu crois que j'ai le temps de penser à l'avenir ! Tu veux une réponse claire et nette ? Eh bien, je n'en ai aucune à te donner !
Eric sentait qu'il était au bord du craquage émotionnel. Il se mit en position pour sortir du lit.
Tami : qu'est-ce que tu fais ?
Eric : prendre l'air.
Tami : je viens avec toi.
Eric : non merci ! Je veux être seul !
Tami : hors de question ! Allez, viens, le plus grand air nous fera du bien à tous les deux.
Quelques instants, plus tard, notre couple se retrouva, déambulant sous un silence pesant, dans les vielles ruelles de brenham. Tami rompit le silence.
Tami : excuse-moi pour ce soir. Je n'aurai pas dû te parler comme je l'ai fait. J'étais tellement prise au dépourvu que j'en ai oublié que tu étais en deuil.
Eric : je….je crois que je suis complétement perdu, Tami.
Tami arrêta son mari, et s'agenouilla devant lui. Eric avait des larmes silencieuses qui glissaient sur ses joues. Plus Éric essayait de se contrôler, plus sa gorge se noua. Il perdait doucement le contrôle devant sa femme aimante.
Eric sanglotant : j'aurais tellement aimé avoir plus de temps avec lui.
Tami : je comprends ta frustration, mais ce qui compte, c'est que la vie vous a réuni, même si c'était pour un court instant.
Eric : il est venu me voir à l'hôpital pendant que j'étais dans le coma.
Tami : c'est vrai ? Comment l'a-t-il su ?
Eric : mon accident a fait la une des journaux.
Tami : pourquoi il ne sait pas fait connaître ?
Eric : il voulait attendre le bon moment, tu vois, mais je sais à quel point c'est compliqué. Et aujourd'hui nous, voilà regrettant les quelques opportunités manquer du passé. Tu te rends compte qu'il assistait à tous mes gros matchs ! Bordel, pourquoi je ne l'ai pas vu ? J'aurai dû le voir !
Tami : tu ne peux pas refaire le passé Eric.
Eric : et bien s'est bien dommage ! Si maintenant, on me donnait l'opportunité de changer une seule chose de mon passé et bien, j'empêcherais Raph de jouer ce foutu match ! Ce drame nous a éloignés !
Tami : personne ne pouvait empêcher Raph de jouer et tu le sais mieux que quiconque. Tu n'as pas à tant vouloir. Et même si Raph était encore vivant, rien ne prouve que vous seriez restée ami. Personne ne peut savoir ce que la vie nous réserve. Tout cela, c'est entre les mains de Dieu.
Eric tremblait : bordel ! Je ne sais pas ce qui m'arrive !
Tami : chut… calme toi… respire profondément….
Eric se balançait d'avant en arrière, les mains tenant son ventre, le regard fixant le sol. Tami n'avait jamais vu Eric dans cet état, enfin plutôt si, mais c'était, il y a si longtemps.
Tami : parle-moi Eric.
Eric : qu'est-ce qui m'arrive ? Je... je ne contrôle plus… rien…..ça me fait…peur.
Tami : tu es en état de choc. Il faut absolument que tu me parles de tout ce qui se passe dans ta tête en ce moment. C'est primordial, tu comprends ?
Eric prit la main de sa femme dans la sienne pour se donner du courage à parler.
Eric : tout refait surface et ça fait mal.
Tami : qu'est-ce qui refais surface exactement ?
Eric : quand je suis rentré de l'enterrement de Raph, j'ai bloqué tous les événements de ma vie avant ce triste jour. C'était comme si j'avais fait reset dans ma tête. J'étais un père de famille. Je ne pouvais pas me laisser bouffer par le deuil comme je l'ai fait pour mon ami Josh. Et maintenant, d'être de retour ici, tous ces souvenirs bloqués refont surface. Je cesse de les revivre, encore et encore. Tout ce mélange dans ma tête, tous ses drames sont décuplés par ma propre culpabilité de les avoir bloqués de ma vie.
Tami : chaque personne à sa propre façon de gérer le deuil. Tu n'as pas à tant vouloir chéri.
Eric : Josh, Raph, Will, le coach Timothy, des personnes si importantes pour moi. Aujourd'hui, trois de ces personnes sont morte à cause de moi.
Tami : mais qu'est-ce que tu racontes ? En quoi tu es responsable de leur mort ? Raph s'est suicidé à cause de sa blessure au cou, et le coach est mort de sa leucémie.
Eric : Raph n'aurait jamais joué ce match si le joueur qui m'a envoyé à l'hôpital la saison d'avant jouer dans l'équipe d'en face. Il m'a promis qu'il lui ferait mal tout le long du match. Il s'est blessé à cause de moi. Josh est mort, ruer de coup pour me protéger. Le coach Timothy est mort de sa leucémie qui lui a été diagnostiquée il y a 25 ans. Pile au moment où je me suis éloigné de tout cela. C'est moi la source de tous ces malheurs !
Tami : mais tu délires complétement.
Eric : je délire ? J'ai beau retourner tous dans ma tête, c'est la seule conclusion possible ! Tout prend sens dans ma tête. L'accident n'avait rien d'accidentel, c'est dieu qui m'a puni. J'ai trahi mes convictions pour une carrière et il m'a puni en mettant sur ma route le coach McGregor. La mort était trop clémente pour moi, alors il m'a puni en me paralysant, pour être sûr que je souffre. C'est ça la vérité Tami !
Eric était hors de lui, il pleurait de rage, tremblait, le regard rouge de colère, de honte.
Tami : Eric ? Eric ! Écoute-moi bien, tu te sens responsable, car tu n'as jamais fait vraiment le deuil du décès de Raph.
Eric : c'était il y a 25 ans.
Tami : et alors ? Tu l'as dit toi-même, tu as bloqué tes souvenirs justes après son enterrement. J'ai essayé, régulièrement d'en parler avec toi, mais tu as toujours refusé d'aborder le sujet. Le cerveau humain n'oublie jamais. Et maintenant, le traumatisme de la mort du coach, dans tes bras, ton subconscient débloque tout.
Eric : merci madame la psychologue.
Tami : ne le prends pas comme ça Eric.
Eric : je ne voulais pas être méchant, mais tes trucs de psychologie ce n'est vraiment pas le moment. J'ai besoin de… bordel je n'en sais même rien !
Tami : respire profondément. Voilà, c'est bien. Tu dois absolument reprendre ton calme sinon je serai dans l'obligation de t'emmener à l'hôpital.
Eric : hôpital ? Je ne suis pas malade.
Tami : non mais les états de choc peuvent devenir dangereux.
Eric : je ne suis pas en état de choc !
Tami : ton coach est mort dans tes bras, c'est extrêmement traumatisant. Chéri, parle-moi. Tu sais que tu peux tous me dire.
Eric prit la main de sa femme dans la sienne pour se donner du courage : quand nous sommes arrivés avec Gracie, j'ai tout de suite vu que coach n'était pas bien. Il s'est écroulé devant moi. Je me suis laissé tomber de mon fauteuil pour le rejoindre au sol. J'ai mis sa tête sur mes genoux. Son regard était si vitreux, mais pourtant, je voyais dans ses yeux qu'il me regardait. Il m'a appelé fils, puis m'a chuchoté ses dernières volontés avant de fermer les yeux.
Tami : et qu'est-ce que tu as ressenti au moment où il a fermé les yeux ?
Eric : de la tristesse, de la colère, de la honte aussi.
Tami : de la honte ? Pourquoi ?
Eric : quand il m'a appelé fils. Ce n'était pas la première fois pourtant, mais cette fois, je me suis senti honteux. Comment peut-il encore m'appeler fils après toutes ces années sans donner de nouvelle ?
Tami : vous avez eu le temps d'en discuter pourtant, alors pourquoi tu continues à t'en vouloir comme ça ?
Eric : parce que, juste après l'enterrement de Raph, j'étais si mal que je me suis disputé violemment avec lui. Je lui ai balancé tellement d'horreur à la gueule. Et puis je suis parti. Voilà l'histoire ! Et maintenant, je n'ai pas eu la chance de lui dire combien je regrettais d'être parti comme un voleur !
Tami : ça prend sens maintenant. Je ne comprenais pas vraiment cette rupture de dialogue avec le coach Timothy. Il t'a réclamé à son chevet, c'est la preuve qu'il ne t'en a jamais voulu.
Eric : je le sais tout ça Tami.
Tami : alors, quel est vraiment le problème Eric ?
Eric : le problème, c'est que je suis rongée par la culpabilité. Je me refais, sans cesse le film de toute mon adolescence et j'arrive à la même conclusion. J'ai fui, comme un lâche. Mon père avait raison, je n'ai jamais assumé mes responsabilités !
Tami : je ne peux pas te laisser dire une idiotie pareille.
Eric : tu veux savoir la vérité Tami ? Le lendemain de l'enterrement de Raph, pendant le trajet de retour Brenham/Dillon, j'ai fait une tentative de suicide. J'ai sauté du haut d'un pont pour atterrir la tête la première dans l'eau de la rivière. Mais comme d'habitude, la mort ne me voulait pas. Le courant m'a éjecté sur la rive gauche. C'était comme si une force invisible m'avait poussé hors du danger. Je suis resté assis sur cette rive pendant des heures, mouillé jusqu'aux os, tremblant de froid, mais incapable de faire quoi que ce soit. C'était comme si mon esprit s'était envolé en laissant mon corps en pause. Je me souviens juste du moment où j'ai réalisé ce que j'avais essayé de faire. J'ai vu Julie, et toi apparaître devant moi, comme dans un rêve. Je me suis levé et mon cerveau a fait reset de tous les événements antérieurs jusqu'à ces jours-ci. Alors, tu penses toujours que je ne suis pas un lâche ?
Tami était abasourdie. C'était un tel choc d'apprendre ça, de cette façon en plus.
Eric : il faut que tu saches que, si j'ai fait ça, c'est parce que j'avais tellement souffert de la mort de Josh, que j'étais terrifié de repasser par cela. Je sais, le contexte était différent, et puis je t'avais, et Julie aussi. Mais…Josh… s'était une telle souffrance pour moi. Et comme à chaque fois que je vis un deuil, mes autres fantômes refont surface. Je me remémore tout le contexte de leur mort, et j'arrive à me convaincre que j'aurais pu faire la différence si j'avais été quelqu'un d'autre. Voilà ce qui se passe dans ma tête ce soir. Comme tu le vois, ce n'est pas très joli.
Tami : et euh… tous cela, tu en as parlé avec ta psychologue l'année dernière ?
Eric secoua la tête négativement : j'avais d'autres problèmes à gérer à ce moment-là. Et puis, je n'avais pas conscience de tout ce que je viens de te dire. Tout ça, ça s'est déclenché depuis que je suis ici.
Tami : je revoir le jeune Eric Taylor à son retour de Dallas, et à son retour de San Antonio. Ce jeune Eric avec un mal-être si profond. L'Eric qui refusait de se confier pour je ne sait quelle raison, ah oui, c'est vrai, je vais bien. Alors oui, je peux comprendre maintenant qu'à l'époque tu ne me faisais pas suffisamment confiance pour me parler. Aujourd'hui, nous sommes mariées depuis 27 ans, nous avons traversé des périodes difficiles aussi, alors, j'estime que tu n'as plus aucune excuses pour enfin te libérer de tout ce poids mental. Tu l'as dit toi-même, Julie ne t'a pas jugé, moi non plus je ne te jugerai pas si c'est de cela dont tu as peur.
Eric : je le sais mieux que n'importe qui.
Tami : raconte-moi ce qui s'est passé après la mort de Josh pour que cela te traumatise autant. Car oui, la mort de Josh est le point de départ de tout cela.
Eric : tu te souviens de ce que j'ai dit à propos du boot camps à nos jeunes pensionnaires.
Tami : oui, vaguement. Tu as dit que vous receviez des coups et une période d'isolement lorsque vous arriviez au boot camp.
Eric : peut-être la vérité pour quelques-uns, mais un mensonge pour d'autres, enfin disons plutôt, j'ai adouci la vérité.
Tami : qu'est-ce que tu essayes de me dire ?
Eric : la mort de Josh est rattachée à mes cicatrices dans le dos.
Tami : explique-moi.
Eric : comme je te l'ai dit souvent, Josh m'a sauvé la vie. J'avais encore beaucoup de mal avec les activités sportifs intensifs à cause des séquelles de ma pneumonie bactérienne. Je ne sais pas si tu t'en souviens.
Tami acquiesça.
Eric : bref, je m'écroule, semi-conscient, au sol. Josh savait que … l'instructeur désolé, je ne prononcerai plus jamais son nom de ma vie, n'abandonnerait pas. Ce connard à demander à ses gardes de le battre à mort. Moi, je ne sais toujours pas par quel miracle je cours après lui. Il meurt dans mes bras. Je tente d'étrangler ce bâtard, je reprends mes esprits juste à temps. Bref, tout ça, tu connais.
Tami prit la main de son mari dans la sienne, pour l'encourager à poursuivre.
Eric : je me suis retrouvé au cachot. L'instructeur arrive, son fouet à la main. Il demande au gardien de me retirer ma veste, puis t'attacher mes bras au crochet sur le mur. J'étais face au mur, les bras en croix. Je ressentais l'angoisse montée du fond de ma gorge. Rapidement, j'ai senti le coup de fouet frapper mon dos, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois. Mon dos était en feu. Mon corps était crispé par la douleur. Je n'avais plus vraiment la force de me tenir debout. Alors, quand le gardien m'a détaché de mes fers, je me suis écroulé de tout mon poids sur le sol en béton. Je souffrais tellement que l'impact sur le sol dur, je ne l'ai même pas senti. J'ai vu, de façon très floue, l'instructeur s'abaisser à mon niveau et il m'a chuchoté à l'oreille : « Je te laisse un mois dans ce trou afin que tu puisses méditer tranquillement sur les conséquences de tes actes. »
Eric : puis j'ai entendu vaguement une discussion houleuse entre l'instructeur et un gardien. Il discutait de mon sort.
« Instructeur : bien, donner à notre pensionnaire ses vives pour un mois. Je ne veux personne dans cette cellule après ça.
Gardien : il aura besoin de soins médicaux monsieur.
Instructeur : je m'en contre fou ! S'il meurt, tant mieux ! Cela fera une vermine en moins sur notre beau sol américain.
Gardien : c'est inhumain ! Je refuse d'être complice de cela monsieur. Instructeur : tu es nouveau ici n'est-ce pas ? Je vais te rappeler un truc. Ici, notre boulot, c'est de détruire ces vermines pour les reconstruire en bon citoyen. Parfois, avec ce genre de personne, ici présent, la mission est impossible. Un accident peut arriver et que des pensionnaires meurent. Après, libre à toi de partir si tu ne cautionnes pas ce genre de traitement, par contre, attend toi à ce que ta vie devienne un cauchemar. Je te collerai un procès pour meurtre sur la personne d'Eric Taylor. Ça sera facile vu que tu as laissé tes empreintes sur lui. »
Tami ne pouvait pas retenir ses larmes. Elle avait tellement de questions, mais elle ne voulait pas couper son mari qui poursuivit son histoire.
Eric : je ne voulais pas me laisser mourir. Je ne voulais pas donner satisfaction à ce connard. Pourtant, j'étais conscient que la bataille allait être rude. Les jours qui ont suivi, j'étais semi-conscient. J'avais des hallucinations provoquées par la fièvre. Je ne pouvais pas bouger un muscle tellement j'avais mal dans tous le corps. Mais ce n'était pas la pire des douleurs. La douleur d'avoir perdu mon ami était beaucoup plus forte que la douleur physique. Nous étions ami seulement depuis quelques semaines, mais il y a des amitiés fortes qui ne s'expliquent pas. Nous étions deux paumés de la vie. Il était orphelin, mais il avait une petite sœur. Tous les deux passaient d'une famille d'accueil à une autre jusqu'au jour où sa petite sœur s'est fait battre par l'homme de foyer. Ce jour-là, il a décidé que la rue serait mieux que de vivre en foyer. Malheureusement, sa petite sœur a fait une grave crise d'asthme, elle est morte. C'est pour ça qu'il était ici. Pour se donner une nouvelle chance dans la vie. Et j'avais ruiné son projet. J'ai passé des jours à me reprocher sa mort, ajouter à cela ma souffrance physique. Je ne te cacherai pas que ma volonté de vivre à travers ce calvaire faiblissait de jour en jour. Je ne me nourrissais plus. J'étais si faible. Je me souviens d'avoir senti une présence à côté de moi. C'était Josh. C'était toi aussi. Vous me parliez. Je sentais vos touchers. Quand je suis devenu plus alerte, il s'avère que ces voix appartenaient au gardien.
Gardien : eh, doucement, tu vas aller mieux maintenant. Je m'occupe de toi.
Eric : je ne le mérite pas… parter avant que…ennui à cause…moi.
Gardien : tout le monde mérite une seconde chance dans la vie.
Eric : je porte malheur.
Gardien : ne dis pas de bêtise.
Eric : c'est la vérité…parter avant que…
Gardien : tu as entendu, n'est-ce pas ? Saches que je ne pourrai pas me regarder en face si je ne fais rien. Si j'ai pris ce travail, s'était pour aider, pas pour être témoin de meurtre. Ses menaces ne me font pas peur.
Eric : josh est mort à cause de moi
Gardien : tu n'es pas responsable.
Eric : si. Il m'a défendu et il est mort.
Gardien : c'est Muller qui l'a tué ! Pas toi !
Eric : c'est à cause de moi tout ça… laissez-moi crever ici….c'est tout ce que je mérite.
Gardien : et ton ami, Josh, c'est ça, serait mort pour rien ? Il t'a défendu parce qu'il croyait en ton avenir. Si tu lâches prise maintenant, son sacrifice n'aurait servi à rien. C'est ça que tu veux ? Tu ne préférerais pas vivre ta vie pour qu'il soit fier de toi ? Je suis une personne très croyante, et rien n'arrive pas à hasard dans la vie. Josh est mort, certes, mais il sera toujours là. C'est ton ange gardien dorénavant. Tu veux vraiment qu'il te voit mourir et que lui aussi meurt définitivement. Il était orphelin, personne ne se souviendra de lui quand tu seras parti. C'est vraiment ce que tu veux Eric ?
Eric : je ne peux pas expliquer l'impact de ses paroles sur moi. Si je me laissais mourir, je tuais Josh une deuxième fois. Je ne pouvais pas lui faire ça. Et puis, il y avait toi. Je savais que tu te reprocherais ma mort à cause de ton ex petit ami. Malgré le mal-être physique et moral dont je souffrais, je n'avais pas le droit de lâcher. Trop de personnes dépendaient de moi. Je ne te cache pas que ma volonté à flancher quelques fois pendant ce mois au cachot, mais ce monsieur a toujours trouvé les mots qu'il faut. Malheureusement, il est parti avant que je ne finisse mon séjour. Il m'a glissé une lettre comme quoi il était muté de force à l'autre bout du pays, que je devais faire attention à moi. Les 4 mois qu'il me restait à faire, je les ai passés la boule au ventre.
Tami : oh chéri… je… je n'ai tellement pas de mot. Aucun humain sur cette terre ne mérite d'être flagellé de la sorte, d'être laissé pour mort comme ça. Pourquoi un tel acharnement sur toi ?
Eric : tu sais, c'était un vieux militaire extrêmement patriotique. Pour lui, nous étions tous des déchets, une honte pour l'Amérique, alors il nous traitait en conséquence. Il prenait plaisir à nous frapper, à nous punir, à nous humilier juste pour satisfaire son idéologie extrémiste.
Tami : et personne n'a jamais rien fait contre ses agissements ?
Eric : tu penses, il terrorisait tout le monde. Et son parcours militaire l'a protégé de la prison militaire. Je l'ai lu dans la presse.
Tami : comment ça ?
Eric : le gardien qui m'a sauvé la vie m'a écrit un jour. Il me disait qu'il avait quitté l'armée pour se consacrer aux scandales liés aux boots camps. Il travaillait pour faire fermer le camp de San-Antonio. Il me demandait si je voulais apporter mon témoignage anonyme.
J'ai refusé de le faire. En même temps, j'étais curieux de voir si son combat portait ses fruits. J'ai suivi de loin l'affaire. Sans surprise, ce connard n'a rien eu, ah si, il n'avait plus le droit de diriger un établissement impliquant des mineurs. Tu parles, pff .
Tami : quand as-tu reçu cette lettre ? Et pourquoi tu as refusé de témoigner ?
Eric : Julie avait 5 ou 6 ans, elle faisait sa rentrée en elementary. Je commençais en tant que coach des quarterback dans une nouvelle école. Tu disais que j'étais stressé. C'était vrai, mais pas pour les raisons que tu t'imaginais.
Tami : je m'en souviens.
Eric : et pourquoi j'ai refusé ? J'étais heureux et épanoui avec toi et notre petite Julie. Je ne voulais pas gâcher ce bonheur et cette sérénité trouvée en replongeant là-dedans. Alors oui, peut être que je me suis montré égoïste par rapport à tous ceux qui ne sont pas revenus, comme Josh. La vérité, s'est surtout que j'ai honte d'avoir accepté ce traitement inhumain.
Tami : je n'ose pas imaginer la peur que tu ressentais à l'époque. Je comprends maintenant la terreur dans tes yeux quand je te réveillais de tes cauchemars nocturnes. Je comprends tes silences prolongés ensuite. Je comprends aussi à quel point c'est dure pour toi de m'en parler, et pourquoi tu n'as jamais voulu me le dire avant. Tu avais besoin de l'accepter toi-même, avant d'en parler ouvertement. C'est ça ?
Eric : je ne sais toujours pas si je l'accepter, encore aujourd'hui, puisque j'ai préféré rayer tout cela de mes pensées.
Tami : me le dire, c'est déjà un pas vers l'acceptation.
Eric : cela fait trop longtemps que je vis dans le déni. Le retour à la réalité est rude, tu peux me le croire, mais je crois que je suis obligé de passer par là. Tu sais, mon accident a ouvert une brèche qui ne cesse de s'agrandir depuis. Quand je vois nos jeunes, je me vois et…enfin je… s'est de plus en plus dur à gérer. Attention, je les adore, et j'aime ce que je fais, mais….je ne me rendais pas compte de l'impact que cela aller avoir sur moi. J'espérai que coach m'aiderait à y voir plus clair, mais il est mort avant que je ne puisse lui en parler.
Tami était incapable de trouver les mots pour réconforter son mari. Ça faisait si longtemps qu'elle ne l'avait pas vu dans cet état. Eric était vraiment mal.
Julie : Papa ! Maman ! Enfin, vous êtes là !
Will : ça fait 1 h qu'on vous cherche partout.
Tami : il y a un problème ?
Will : non, rassure-toi Tami. Julie n'arrivait pas à dormir. Elle a paniqué en ne vous voyant pas dans votre chambre. On vous cherche depuis.
Tami : tout va bien. Eric avait besoin de prendre l'air.
Julie : papa, ça va ?
Eric : je…ne t'inquiète pas ma puce, ça ira. Chérie rentre avec Julie. Will, tu veux bien rester avec moi ?
Julie : je veux rester avec toi papa.
Tami : pas maintenant Julie. Viens, rentrons rejoindre Gracie et les autres.
Eric : ma puce rentre à la maison, s'il te plaît.
Julie entrelaça : je t'aime papa.
Eric : je t'aime fort ma puce.
Sur le trajet de retour, Julie voyait également que sa mère n'était pas bien aussi.
Julie : maman, tu sais que je suis une grande fille. Papa va mal, et toi aussi. Parle-moi maman.
Tami : c'est loin d'être facile pour ton père en ce moment. Le deuil, mélanger à tous les souvenirs qui refont surface. Il est en plein craquage émotionnel. Et je ne sais pas quoi faire pour le réconforter. Ses traumatismes sont si…profond. Ajouter au deuil qu'il traverse.
Julie : le deuil n'est jamais facile pour personne surtout dans ses circonstances. Papa venait de retrouver son coach et trois jours après, il le quitte déjà. Il doit ressentir tellement de frustration. J'ai vu dans les yeux de papa à quel point il était heureux de le revoir. J'ai senti un lien presque père/fils entre eux.
Tami : tu as raison Julie, Eric était beaucoup plus proche du coach Timothy que son propre père.
Julie : pourquoi nous n'avons jamais entendu parler de lui, s'ils étaient si proches ?
Tami : la mort de Raph a eu un impact sur tout le groupe. Je suppose que c'était trop dur de se retrouver sans lui. Chacun a continué son chemin dans son coin.
Julie : maman, tu sais que papa m'a parlé, un peu, de son passé dans un gang de Dallas.
Tami : je sais, il me l'a dit.
Julie : vous vous connaissiez à l'époque ?
Tami : oui, nous étions ami. Enfin ami…c'était compliqué.
Julie : comment ça ?
Tami : je suis rentrée dans la vie de ton père au moment où c'était compliqué pour lui. Il venait de rentrer après une absence de plusieurs mois à cause de l'AVC de son père. Le climat familial était tendu chez lui. Je lui ai proposé plusieurs fois de venir à la maison. Il refusait systématiquement. Il ne m'aimait pas beaucoup au début. Il m'appelait la psychologue. Il me voyait comme une petite-bourgeoise donneuse de leçon.
Julie : je pensais que c'était un coup de foudre entre vous.
Tami : c'est compliqué.
Julie : vas-y maman, raconte-moi. C'est vrai quoi, je n'ai jamais su réellement comment vous vous êtes rencontré. Vous avez toujours dit que c'était sur les bancs de l'école.
Tami : et c'est vrai sauf que notre histoire a mis longtemps à se concrétiser. J'ai dû être persévérante avec ton père. Heureusement que j'étais sûr de mes sentiments, car je pense que j'aurai lâché l'affaire.
Julie : papa n'était pas amoureux de toi ?
Tami : ton père était mal dans sa peau. C'était très difficile de lire dans ses pensées. Un jour, je pouvais être sûr que je ne laissai pas indifférent, et le lendemain, il partait sans me donner de nouvelle pendant 6 longs mois. Il pouvait me repousser de la plus ignoble des manières, et à côté de ça, il se mettait dans des situations dangereuses pour moi. C'était compliqué de vivre, tu sais. Julie : pourquoi il agissait comme ça ?
Tami : comme je te l'ai dit, ton père était mal dans sa peau. Il s'infligeait une vie de saltimbanque mêlant fugues, la rue, violences. Il s'autodétruisait à petit feu parce qu'il vivait une vraie crise existentielle.
Julie : et c'est grâce au coach Timothy qu'il a arrêté ses conneries.
Tami : le coach Timothy lui a fait qu'il n'était pas trop tard pour pouvait qu'il reprenne sa vie en main. Mais je pense aussi qu'il a eu la plus grosse peur de sa vie après le braquage, quand son avocat lui a dit que, s'il n'arrivait pas à négocier un internement dans un bootcamps, alors il irait en prison pendant les 4 prochaines années. Je me souviens l'avoir vu terroriser en attendant la sentence.
Julie : je n'imagine pas une seule seconde, papa derrière les barreaux, ou même dans un tribunal sur les bancs des accusés.
Tami : et pourtant, c'est la vérité. Ton père n'était pas un mauvais garçon, il se l'infligeait. Avec le recul, je pense que ton père voulait faire culpabiliser ses parents. Les faire souffrir comme il souffrait.
Julie : papa m'a dit que grand-père voulait que grand-mère avorte. C'est dur à entendre quand même.
Tami : et ta grand-mère lui a reprocher son existence de mère au foyer. Elle voulait être artiste peintre. Alors quand ton père a hérité de son don, et qu'il voulait faire une école d'art, ta grand-mère ne l'a pas supporté.
Julie : papa était reçu en école d'art ? Il était si douer que cela ? Pourquoi je n'ai jamais vu cette facette de sa vie, surtout avec Matt à côté. Ils auraient pu échanger ensemble sur ce point commun.
Tami : je n'ai jamais connu ton père sans son carnet de croquis, jusqu'au événement de Dallas.
Julie : Dallas a fait basculer la vie de papa, on dirait ?
Tami : oui, c'est vrai.
Julie : pourquoi tu ne l'as pas rejoint ? Tu es originaire de Dallas aussi ?
Tami : parce que je n'avais aucune idée où il se trouvait. Il est parti du jour au lendemain, sans rien dire a personne ou il allait. Et il est revenu sans prévenir personne non plus. Pendant 6 mois, je me suis posé mille questions sur ce qu'il était devenues, et si je le reverrai un jour.
Julie : c'est ce que j'ai ressenti quand Matt est parti du jour au lendemain aussi.
Tami : chacun gère ses sentiments comme il le peut. Eric a toujours voulu garder les choses pour lui, mais aussi, il en n'a accumulé tellement que ça doit sortir. Je suis heureuse que Will soit resté avec ton père. C'est son meilleur ami, et je sais qu'Eric se confie plus facilement avec Will qu'avec moi.
Julie : et cela te chagrine pas qu'après autant de temps de mariage, papa ne te confie pas tous ses secrets ?
Tami : oui un peu, mais ce soir, quand il m'a avoué l'histoire de ses cicatrices, j'étais si mal que je ne trouvais pas les mots pour le réconforter. Je ne sais pas comment gérer ces choses-là, car je suis trop proche de lui, je crois. Je ne supporte pas de le voir si mal alors que je l'aime du plus profond de mon être. Will a vécu les mêmes choses, il sait trouver les mots.
Julie : comme quand papa a trouvé du réconfort dans les thérapies de groupe.
Tami : exactement. Je crois qu'il faut se rendre à l'évidence, nous ne pouvons pas toujours aider les personnes que l'on aime.
Après un moment de silence.
Julie : et tes parents, pourquoi nous ne les avons jamais vues ? J'ai lu dans la presse que tu étais issue de bonne famille. Ton père est un grand médecin.
Tami : je… je suis fâché avec mon père depuis mes 18 ans.
Julie : pourquoi maman ? C'est à cause de papa ?
Tami : Eric a juste été une excuse pour que je m'émancipe de mon père. Je ne me suis jamais senti à ma place de ma famille. À 18 ans, il m'a demandé de choisir entre la famille et Eric. Le choix était facile. Eric s'en est voulu, mais, dans mon fond intérieur, je savais qu'avec ou sans Éric, je serai parti quand même.
Julie : tu n'as jamais reparlé à ton père depuis ?
Tami : j'ai essayé quelques fois. La dernière fois remonte à la naissance de Gracie. Je n'ai jamais eu de retour de sa part.
Julie : il te manque ?
Tami : je ne peux pas dire qu'il me manque, car nous n'avons jamais eu de vraie relation père/fille, lui et moi. Je regrette juste qu'il ne veuille pas faire la connaissance de ses petites-filles et arrière-petit-fils. Je regrette qu'il n'ait jamais approuvé mon choix de vie.
Julie : si papa et ses parents ont pu renouer avec le temps, pourquoi pas toi ?
Tami : si tu veux lui écrire, je te donnerai l'adresse. Moi, j'ai déjà donné. Rentrons maintenant, une grande journée nous attend dans quelques heures.
Julie : tu sais maman, Houston n'est pas très loin.
Tami : C'est gentils Julie, mais ton père aura besoin de moi les prochains jours.
Tami clôtura le sujet. Julie et elle rentrèrent ce coucher, après avoir réconforté gracie et la femme de Will. Tami, pourtant fatiguée, n'arrivait pas à trouver le sommeil. Ce que lui avait avoué Eric l'avait affecté, puis la conversation avec Julie sur son propre passé. Bien sûr qu'elle voulait parler à son père, mais elle était mort de peur face à l'idée de se retrouver en face de lui.
