Au même moment, en ville.
Will : le coach n'aimerait pas te voir comme ça.
Eric : tu as toujours été le plus fort d'entre nous.
Will : je suis ton tuteur ne l'oublie pas.
Eric : tu as toujours pris soin de moi. Mais moi, je n'ai jamais rien fait pour toi.
Will : tu rigoles ! Tu m'as apporté beaucoup plus que tu ne le crois. Tu es le frère que j'ai toujours voulu avoir. Je vais te dire un secret, j'étais à deux doigts de lâcher le coach, et son programme, jusqu'à ce que ton arrivée me fasse changer d'avis. Tu peux demander à Jade, elle te le confirmera. Je ne me sentais…enfin je ne sais pas comment l'expliquer…il me manquait un truc pour me donner envie de continuer. Tu m'as apporté ce manque Eric. Dès que je t'ai vu, j'ai tout de suite senti une connexion avec toi. Je savais qu'on serait les meilleurs amis du monde.
Eric : je me sens si mal de t'avoir rayé de ma vie.
Will : moi aussi, je t'ai rayé de ma vie. Moi aussi, j'ai fui, comme un lâche, après l'enterrement de Raph. Le plus important, c'est que rien n'a changé entre nous. C'est comme-ci nous avons pris exactement ou nous nous sommes arrêtés 25 ans plus tôt. La différence, c'est que je te retrouve dans un fauteuil roulant, et que j'aurais aimé être auprès de toi pendant cette épreuve.
Eric : je ne suis pas sûr que ta présence aurait changé grand-chose. Je ne voyais que la pitié à travers le regard des autres. Personne ne pouvait m'aider à part moi-même. Cesse d'y penser, le plus important s'est que tu sois là aujourd'hui.
Will : le coach a bien fait de nous réunir. Je voulais tellement reprendre contact avec toi, je crois que j'avais peur.
Eric : je suis content que tu l'ais fait. Pas seulement à cause du coach. Tu m'as manqué mon frère.
Will : de fois, je pensais à toi. Je me demandais ce que tu étais devenu. Vu ta réputation dans le milieu, j'aurai dû avoir des échos de ta carrière jusqu'à la Californie.
Eric : je ne suis qu'un petit coach qui a une notoriété uniquement dans le Texas.
Will : le dénicheur de talent est modeste.
Eric : ma carrière ne m'a pas protégé d'un licenciement. Et puis presque tout le milieu m'a tourné le dos quand j'ai eu mon accident.
Will : oui, mais tu as toujours su rebondir. Regarde-toi, tu es directeur d'école maintenant. D'après ce que j'ai lu aussi, tu as donné sa chance à beaucoup de jeunes dévaloriser.
Eric : ouais, mais combien sont rester sur le carreau ? Tu veux que je te dise, pendant que j'étais au plus bas, un homme, c'est pointer à Dillon. C'était un de mes anciens joueurs, à l'époque où je n'étais qu'un simple coach assistant. Il a voulu profiter de ma descente aux enfers pour me dire mes 4 vérités en face. C'était douloureux, mais il avait raison sur toute la ligne. J'ai fait partie d'un système qui envoie du rêve à des gamins. Personne ne leur dit qu'ils n'auront aucune chance d'aller en NFL. J'ai cautionné ce système pendant des années. Finalement, je ne vaux pas mieux qu'un autre.
Will : tu ne peux pas sauver tout le monde Eric. Si tu étais la personne que tu penses être, le coach ne t'aurait pas confié ses jeunes ?
Eric : parlons-en ! Je ne peux pas m'occuper d'eux, pas maintenant. J'ai trop de…enfin psychologiquement parlant, je ne peux pas.
Will : tu veux que je te dise, ce matin, je t'ai trouvé parfait avec eux. Eux aussi viennent de perdre leur guide. Ils ont besoin de nous deux. Je fais t'aider. Ensemble, on leur trouvera un nouveau pied à terre.
Eric : et l'école fermera ? Je ne peux pas faire ça.
Will : alors on cherchera un coach digne de confiance pour reprendre la relève. Tu seras le directeur et moi, je serai là pour superviser que le nouveau coach respect les lieux et les joueurs. Je serai tes yeux ici.
Eric : tu n'auras pas le temps avec ton travail.
Will : écoute, je te dois la vérité Eric. Si j'ai quitté la côte Ouest, ce n'est pas uniquement à cause de mon fils.
Eric : tu me fais peur, parles, qu'est-ce qui se passe ?
Will : j'ai eu un problème avec un très gros client. Intoxication alimentaire lors d'un buffet de séminaire d'une très grosse boîte de la silicon valley. J'ai tout perdu.
Eric : comment ça tout perdu ?
Will : mon boulot, ma réputation, ma maison, mon argent. Tout. Je suis revenu au pays pour prendre un nouveau départ. Heureusement que j'ai toujours gardé la maison de famille ici.
Eric : pourquoi tu ne m'as rien dit ?
Will : je voulais, mais voilà, te voir comme ça. J'ai ressenti de la honte pour moi-même. Honte de me plaindre alors que mon meilleur ami est paraplégique.
Eric : on ne va quand même pas faire un concours de souffrance. Pas de cela entre nous Will.
Will : je sais, c'est débile.
Eric : c'est quoi ta situation ?
Will : j'ai encore une dette de 20 000 $. Mon avocat a négocié un remboursement par petite mensualité sur 3 ans. Mon gros client a accepté le deal pour la simple raison que je lui ai déjà versé plus de 2 millions de dommages et intérêts. J'ai dû vendre tous mes biens. Mes enfants me détestent. Seul Jade m'a soutenu. Je fais des petits boulots en attendant.
Eric : merde Will ! Comment je peux t'aider mon frère ? Je n'ai pas beaucoup d'économie, mais tout ce que je possède, je te le donne.
Will : Ce n'est que de l'argent. Je reviens au point de départ, ça remet les pieds sur terre. J'ai vécu dans le luxe depuis trop longtemps. Tu as vu, tu n'es pas le seul à avoir oublié tous cette vie de merde. Mes enfants grandiront avec de vraies valeurs. La valeur du dur labeur, pas les valeurs qu'ils ont toujours eues. Que tous leurs est acquis.
Eric : et ton fils ?
Will : Kev. Le dialogue est maigre entre nous. Avec le travail, je n'étais pas beaucoup présent pour lui et il me le fait payer. Mon retour ici, c'est une deuxième chance pour nous deux, enfin si j'arrive a renouer le dialogue.
Eric : je suis là maintenant. Je lui parlerai. Je connais bien le sujet.
Will : tu as connu ça avec Julie ?
Eric : ouai un peu. C'est compliqué d'être le père parfait. Julie m'a avoué il n'y a pas si longtemps qu'elle ressentait une certaine jalousie envers mes joueurs. L'adolescence était compliquée pour Julie.
Will : vous avez l'air complice pourtant.
Eric : Julie a toujours été plus proche de sa mère que de moi. Gracie, c'est l'inverse. Avec Julie, mon accident nous a beaucoup rapprochés. Elle le dit elle-même, elle me pensait immortel. Tu vois l'accident m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Je ne peux plus marcher, mais je n'ai jamais été aussi heureux dans ma vie de famille. Je suis sûr que ça sera pareil pour toi avec tes enfants. Laisse-leur le temps de s'adapter.
Will : elles me reprochent d'avoir déménagé à la campagne. Tu vois le genre.
Eric : oh oui ! Je me souviens, quand j'ai déménagé à Dillon, Julie m'a détesté.
Will : ah ses enfants !
Eric : en même temps, on a les enfants qu'on mérite.
Will : tu m'étonnes, avec des pères tels que nous. Je trouve qu'on s'en sort bien quand même.
Eric : je suis de ton avis.
Will : le jour commence à se lève.
Eric : ah ouai. Vas-y, rentre si tu veux.
Will : tu ne rentres pas ? Tu devrais dormir un peu.
Eric : même si je suis fatigué, je sais que je ne pourrai pas dormir. Dès que je ferme les yeux, je vois le regard vide du coach dans mes bras. Cette image me hantera toute ma vie.
Will : il ne sera jamais mort tant qu'on le fera vivre dans nos cœurs. Tout ce qu'il a construit, c'est notre héritage. À nous maintenant de le faire perdurer dans le temps.
Eric : tu as pris ta décision.
Will : apprends-moi les ficelles du métier. Oh et pis, si on n'y réfléchit bien, j'ai quand même fait un bon travail avec toi. Tu es mon CV. Vous m'embauchez Mr Taylor ?
Eric : si tu t'engages à réapprendre tes combinaisons, je t'embauche.
Will : aie, je n'ai jamais su retenir mes combinaisons.
Eric : C'est la base d'un coach sportif. Tu n'y échapperas pas si tu veux être pris au sérieux. Demande à Gracie, je la faisais réviser tous les soirs.
Will : c'est drôle que ta fille s'intéresse à cela. Ce n'est pas courant dans le milieu.
Eric : Gracie, quand elle sait ce qu'elle veut, elle ne lâche pas l'affaire. Je les mise en garde sur la dureté du métier, et encore plus pour une fille. Elle m'a prouvé qu'elle pouvait le faire. Je lui fais entièrement confiance.
Will : et tu n'as pas peur du harcèlement ? Je veux dire, les joueurs sont souvent des adolescents remplis d'hormone et…
Eric : aucune crainte. Gracie sait les remettre en place. Je l'ai déjà vu faire. Elle m'a impressionné.
Will : tu es vraiment fière d'elle.
Eric : je suis fière de mes deux filles, mais c'est vrai que j'ai un lien plus spécial avec Gracie que Julie. Gracie, depuis toute petite va à mes matchs, elle a même voulu jouer. Je me souviens, elle avait 10 ans, elle regardait avec moi une vidéo d'un match adverse, et elle me dit : « Tu as vu leur quarterback, il est deux fois plus lent quand il lance à gauche. Tu devrais orienter ton carnet de jeu pour le forcer à lancer à gauche comme ça ta défense aura plus de temps pour percer le deuxième rideau et le sacker ». Le pire, elle avait entièrement raison et nous avons gagner le match en partie grâce à son analyse.
Will : ah ouais effectivement.
Eric : elle n'aura bientôt que 18 ans, mais son niveau m'impression de jour en jour. Je peux lui confier les yeux fermé les clés d'un gros match. Elle adore inventer des stratégies. Même moi, durant ma longue carrière, il y a des trucs que je n'y ai jamais pensés.
Will : elle sait de qui tenir. Tu étais aussi un très grand créatif.
Eric : le coach n'en pouvait plus.
Will : il n'y avait pas que lui. Franchement, tu étais dur à suivre.
Eric : je voulais vous offrir votre bague.
Will : d'ailleurs, à ce jour, nous sommes encore la seule équipe à avoir remporté le championnat.
Eric : non, c'est vrai ?
Will : eh oui mon pote. Un quarterback de ta trempe, ça ne se trouve pas tous les jours.
Eric : c'est un sport d'équipe. Nous avons tous gagné notre bague, grâce à tout le monde. Notre équipe avait l'alchimie parfaite. C'est un fait rare dans ce sport.
Will : tu as combien de bagues en tout ?
Eric : 2 en tant que joueurs, 1 en tant que coach assistant et 3 en tant que Head coach.
Will : sacré palmarès.
Eric : je suis chanceux. Tu veux que je te dise, la bague dont je suis la plus fière, c'est ma première bague que j'ai gagnée avec les Lions de Dillon. En seulement deux saisons, j'ai construit une équipe qui a atteint les étoiles. Pourtant, je suis parti de loin. Ce n'était pas facile, mais la meilleure expérience de ma vie.
Will : je sens une pointe de nostalgie dans ta voix.
Eric : il y a des équipes, des joueurs auxquels tu t'attaches. Tu vois ce fauteuil, c'est un cadeau que m'a fait toute la communauté de Dillon, ils ont aussi payé tous les frais médicaux liés à ma rééducation. Ce geste, jamais je ne l'oublierai. Tu vois être coach, ce n'est pas seulement gueuler du matin au soir sur des gamins, ni gagner des matchs, c'est avant tous créer un lien social avec toute la communauté. Ce n'est pas facile au début, tu peux me croire. Tu peux demander à Tami combien de fois, je suis rentrée déprimé, au point de ne plus sortir de chez moi les après-matchs perdus, car les insultes étaient violentes, parfois même des menaces de mort. Mais aujourd'hui, avec du recul, je pense toujours que c'est le plus beau métier du monde.
Will : le coach disait cela aussi.
Eric : le plus important, en tant que coach, c'est l'honnêteté. L'honnêteté avec tout le monde, y compris avec toi-même. Ça ne se sert à rien de continuer si tu ne te sens pas à ta place. Mais bon, je ne me fais aucun souci pour toi Will. Tu as ce qu'il faut en toi pour réussir ta reconversion.
Will : tu le penses vraiment ?
Eric : j'ai toujours été honnête avec toi. Je te le dis, ton idée de devenir coach, j'approuve entièrement. Et je serai là pour te transmettre tout ce que j'ai appris durant ma longue carrière. Et je suis sûr que le coach t'a dit pareil.
Will : à vrai dire, c'est la première fois que je parle de ce projet à quelqu'un d'autre que Jade.
Eric : tu n'as rien dit au coach ?
Will : je ne lui ai même pas dit que j'avais tout perdu, et en recherche d'emploi.
Eric : attends, tu lui donnes un coup de main depuis 1 an et tu ne lui as jamais rien dis de ta situation ?
Will : tu as tout compris.
Eric : mais pourquoi ?
Will : la honte, la peur d'encore le décevoir.
Eric : encore ?
Will : quand Raph est mort, toi partis en colère, je me suis enfui. Jade et coach m'ont cherché pendant 24 h. J'étais au plus mal. La dispute entre nous, je l'ai pris comme un échec. C'était mon rôle de veiller sur toi et Raph. Enfin bref, le coach a fini par me trouver, dans les bois, une arme à feu dans les mains. Il a essayé de me désarmer quand la balle est partie. Coach a été blessé à l'épaule. J'avais trop honte d'aller le voir a l'hôpital, j'étais au plus mal. C'est Jade qui m'a persuadé de partir d'ici couper les ponts avec tout ça. Quand je me suis décidé d'aller rendre visite au coach, trois semaines après l'incident, il m'a complétement ignoré. Si, il m'a juste dit de ne plus foutre plus les pieds ici.
Eric : si ça peut te rassurer, moi aussi, j'ai tenté de… enfin tu vois.
Will : c'est vrai ?
Eric hocha la tête.
Will : au moins, tu n'as pas tiré sur ton coach.
Eric : non mais je lui ai dit des choses horribles, c'est peut-être pire que l'arme à feu.
Will : on était vraiment con. Au lieu de rester uni dans le deuil, on s'est séparé et fait des conneries à deux doigts irréversibles.
Eric : comment s'est passé la reprise de contact avec le coach ?
Will : par mon grand étonnement, j'ai reçu une lettre du coach, chez moi à San-Francisco. Une lettre d'excuse. Il me demandait de venir lui rendre visite, ce que j'ai fait. Il m'a annoncé sa maladie. 15 jours après, je déménageais ici pour l'épauler. Voilà l'histoire.
Eric : tu veux savoir ce que j'en pense ? Le coach était au courant de ta situation et a voulu t'aider sans pour autant le dire réellement.
Will : mais non
Eric : réfléchi. Comment il aurait pu connaître ton adresse sans faire de recherche sur toi et ton entreprise. Tout comme avec moi, il voulait réparer le passé avant de…
Will réfléchis : bordel, pourquoi je ne m'en suis pas rendu compte ! Tu as entièrement raison !
Eric : tout comme coach savait pour mon accident, et où j'habitais, car il est venu me rendre visite pendant mon coma, pourtant, il ne t'a rien dit. Il t'a demandé de me chercher. Il savait qu'on vivait une période difficile l'un et l'autre. Lui aussi, ce savant condamné, il avait besoin de nous deux. Il voulait réparer le passé et partir sereinement.
Will : putain, mais ça fait sens ce que tu dis !
Eric : et il est parti sans qu'on ne puisse le remercier pour tout ça.
Comme un accord, les deux amis laissèrent libre cours à leur chagrin respectif.
Au bout de plusieurs minutes, Eric ce ressaisi : on devrait rentrer maintenant à l'école. Il est 8 h.
Will : je préviens Jade que nous ne rentrerons pas tout de suite. Tu veux qu'elle prévienne Tami aussi ?
Eric : ouai je veux bien. Je ne voudrais pas la réveiller maintenant.
Will : prêt ?
Eric : ouai, il le faut. Ses jeunes comptent sur nous.
