Arrivé à l'école, Eric et Will découvrirent avec surprise que les jeunes étaient déjà à l'entraînement sous les ordres de Gracie.
Eric : Gracie ? Qu'est-ce que tu fais ?
Gracie : eh papa ! Je pensais que tu aurais besoin de moi. Et puis je n'ai vu personne, dont je me suis occupé de tout.
Eric : c'est gentil ma puce, mais tu…
Gracie : ne t'inquiète pas, je m'occupe de tous. Tu devrais aller dormir. Maman m'a dit que tu étais resté dehors toute la nuit. Ça va ?
Eric : ça va ma puce… je…qu'est-ce que vous avez fait comme entraînement pour le moment ?
Gracie : échauffement et petits jeux pour se décrasser en douceur.
Eric : je te laisse continuer. Je dois aller au bureau pour étudier le playbook.
Gracie : ok papa.
Eric : tu m'accompagnes Will ? J'ai besoin de toi pour me faire un contre rendu sur chaque joueur. J'ai besoin d'avoir le plus d'informations possibles.
Will : je te suis.
Au bureau, quelques minutes plus tard.
Eric s'installa, non sans un sentiment de tristesse, à la place de son coach.
Will : le playbook est dans le tiroir de son bureau. Je fais te chercher tout de suite les fiches des joueurs. Elles sont dans son armoire, il me semble.
Will trouva le dossier en question, et quand il le prit dans ses mains, une lettre en tomba. Il se baissa pour la ramasser. Sur l'enveloppe, étaient inscrits son nom et celui d'Éric. Il l'ouvrit légèrement et reconnut toute de suite l'écriture du coach.
Will : Eric ? Une lettre du coach !
« Je vais mourir bientôt, et je suis heureux d'avoir pu vous réunir auprès de moi. Cela m'a fait chaud au cœur de vous revoir. Je n'ai jamais douté de votre destin et vous ne m'avez pas déçu. Sachez que je suis parfaitement au courant de votre situation à tous les deux. Vous ne vivez pas une situation des plus simples, mais n'oubliez pas que vous avez toujours été plus fort à deux. Votre amitié est la clé. Ne la gâchez plus à cause d'un deuil. Ma mort ne devra pas vous séparer une fois de plus, mais servez-vous en, pour avancer vers un nouvel avenir. Will, je te fais confiance pour reprendre les rênes de l'école, au côté d'Éric. Je t'ai vu reprendre tes marques, tu as fait des merveilles ses derniers mois à mes côtés. Tu as ta place dans ce milieu. Je te soutiens dans ce nouveau départ. Tu as toujours le football dans le sang, et la passion pour aider les autres. Ce n'est pas pour rien que je t'ai confié Eric à l'époque. J'ai toujours eu une confiance aveugle en toi, et cela n'a pas changé. Et quant à toi Eric, j'espère que tu trouveras la paix intérieure et que tu pourras enfin avancer sans avoir honte de ton passé. Je sais que ce n'est jamais facile pour personne de faire face à ses trucs moches que l'on enfoui au plus profond de soit même, mais tu n'as plus le choix aujourd'hui d'y faire face si tu veux te faire respecter dans ta nouvelle école. Tu es un très bon coach Eric, mais avec ce genre de jeunes, pour qu'ils te fassent confiance, tu dois leur en montrer plus de toi, et savoir en parler sans en avoir honte. Tu vas y arriver, je le sais. Vous vous souvenez ce que je disais toujours : « n'ayez pas honte de votre passé, car elle vous a forgé tels que vous êtes aujourd'hui » Merci pour tous ses moments de bonheur. Je n'aime pas les adieux, mais on se reverra le plus tard possible au côté du seigneur. Coach Timothy »
Personne ne trouva les mots, juste des larmes de chagrins et de tristesse immense d'avoir perdu leur guide.
Gracie débarqua au bureau.
Gracie : tu as… ? Papa…mais tu pleures ?
Gracie se précipita vers son père.
Will essuya ses larmes : je..je vais vous laisser.
Eric : Will attend.
Will : je vais rejoindre ma femme. J'ai besoin d'évacuer moi aussi. On se voit plus tard.
Au bout de quelques minutes de silence, Eric prit la parole.
Eric : je suis désolé ma puce.
Gracie : tu n'as pas à être désolé papa. Je me doute que cela ait compliqué pour toi en ce moment. Tu as du chagrin, c'est normal de pleurer. Je me souviens d'avoir pleuré des semaines entières dans mon hamster est mort.
Eric sourit nerveusement.
Gracie : ne te moque pas.
Eric : tu étais inconsolable, je m'en souviens.
Gracie : sauf quand j'étais dans tes bras. Je peux faire l'inverse aujourd'hui. Laisse-toi aller papa, je suis là. Parle-moi de lui. Pourquoi il était si important pour toi ?
Eric : j'ai trouvé en lui la figure paternelle dont j'avais besoin. Quand j'ai eu mes problèmes avec la justice, mon père voulait me faire interner de force dans un hôpital psychiatrique. Le Coach s'y est opposé. Je suis reparti avec lui, et je n'ai plus parlé à mon père durant trois ans. Je me souviens encore de notre conversation dans la voiture à ce sujet.
Eric : il a raison.
Coach : raison à propos de quoi ?
Eric : je deviens fou. Je suis dangereux pour tout le monde !
Coach : tu n'as rien de fou ni de dangereux chez-toi. Ce que tu as, s'est que tu as vécu dans la rue trop longtemps. Ce qui te faut, c'est un cadre à suivre, et une personne qui te gueule dessus dès que tu sors du cadre. Et cette personne ça sera moi. Crois-moi, je ne te lâcherai pas, Éric, tu me détesteras au début ou tout le temps de ton séjour chez moi, mais une chose sur lequel je suis sûr s'est que tu me remercieras un jour.
Il ne m'a pas lâché, je l'ai détesté et je l'ai remercié. J'avais vraiment besoin de quelqu'un comme lui pour sortir de cette sphère infernale dont je ne voyais plus l'issue. Il n'a jamais été tendre avec moi. C'est surprenant à dire, mais coachs était la seule personne qui arrivait à me tenir tête, sans que j'en devienne violent. Il n'avait pas peur de moi, et cela m'a aidé à ne plus avoir peur de moi-même. Et cela a tous changé. Je n'avais plus peur d'aller vers les autres, car j'arrivais enfin à ne plus être violent pour me faire écouter. Il a réussi à changer le regard que je portais sur moi-même, et cela, je ne savais pas que c'était encore possible.
Gracie : tu avais peur ?
Eric : je ne le montrai pas, mais oui, j'étais terrifié par ce que j'étais devenu. Je ne comprenais pas comment j'avais pu me laisser glisser aussi loin dans la violence.
Gracie : je suppose que vivre dans la rue t'a profondément changer. Je le vois bien avec nos pensionnaires. Tu es livré a toi-même, tu ne sais plus ce qui est bien ou ce qui est mal, tu penses juste à survivre.
Eric : tu sais, j'aimais beaucoup vivre dans la rue, enfin, c'était surtout la liberté que cela me procurait.
Gracie : combien de temps tu as vécu dans la rue ?
Eric : je ne sais plus trop, peut-être un an voir plus. J'ai dormi dans la rue pendant six mois, mais à côté de ça, je passais le plus clair de mon temps dehors, plutôt qu'à la maison. J'y passais juste pour dormir deux ou trois heures, et je repartais aussitôt.
Gracie : tu faisais quoi de tes journées ? Grand-père m'a dit que tu étais déscolarisé à 15 ans.
Eric : eh bien, je faisais de petits boulots plus ou moins légaux.
Gracie : c'est vrai aussi que tu as fait croire à la justice que tes parents étaient décédés pour obtenir ton émancipation ?
Eric : c'est vrai, mais on me la retirer quand je suis passée devant la justice.
Gracie : tu es incroyable papa ! Comment peux-tu avoir honte de tout cela ?
Eric : quoi ?
Gracie : si jeune et si mature à la fois. Enfin, je ne sais pas, 15 ans, ce n'est pas un âge où tu commences a travailler, ni a vivre en totale indépendance. Pourtant, tu l'as fait papa.
Eric : j'ai mûri très vite. Tes grands-parents ne faisaient que de se disputer. Je n'avais plus vraiment de foyer, ni quelqu'un pour s'occuper de moi. Il a fallu que je prenne ma vie en main rapidement.
Gracie : tu es passé d'enfant en adulte rapidement. Tu n'as pas eu d'adolescence. C'est triste.
Eric : j'ai eu ma période d'adolescence ici. Je me suis bien rattrapé avec Will et Raph. Ici, j'ai compris que je n'avais plus besoin d'être un adulte responsable, sauf pendant les matchs bien sûr. J'ai senti un énorme poids en moins sur mes épaules et je me suis laissé porter par la vie. C'était génial.
Gracie : tu regrettes d'être passé par toutes ses galères ?
Eric : bonne question. Je ne sais pas ce que serait devenue ma vie si tous cela n'avait jamais existé ? J'ai traversé beaucoup de choses terribles que j'effacerais volontiers de mon esprit, mais, si j'avais vécu ça, je n'aurais jamais atterri ici, je n'aurai pas connu coach ni mes meilleurs amis, je n'aurai pas fait une carrière de coach. Mes galères m'ont forgé ce que je suis aujourd'hui. Alors, non, peut-être que je ne regrette presque pas mes galères.
Gracie : tu voulais faire quoi dans la vie ?
Eric : artiste – dessinateur et voyager à travers le monde.
Gracie : je m'attendais a tous sauf a cela. Mon père un artiste ?! Tu dessinais bien, j'espère ?
Eric : si je te dis que j'étais reçu en prépa d'école d'art avec une bourse verser par l'Etat du Texas, l'année de mes 14 ans, tu me crois ?
Gracie : sérieusement ?
Eric : ton père avait un don pour le dessin aux crayons à papier.
Gracie : et pourquoi je ne t'ai jamais vu dessiner autre chose que des schémas tactiques sur un cahier ?
Eric : traumatisme. Je ne rentrerai pas dans les détails de cette histoire sombre, mais, des personnes malveillantes ont utilisé mon talent pour des choses par très légal. Je n'ai plus jamais réussi a dessiné quoi que ce soit après cette période.
Gracie : c'est triste. J'aurais bien voulu voir ton coup de crayon. Un portrait de moi fait par son père.
Eric : je pourrai peut-être réessayer un jour. Maintenant, que j'évacue tous ses mauvais souvenirs, mes traumatismes sauteront peut-être. Le portrait de ta mère a souffert du temps qui a passé. Si je pouvais lui en refaire un pour la surprise.
Gracie : tu as dessiné maman ? C'est trop cool. Je pourrai voir ?
Eric : ta mère était ma muse. Tu le seras également si j'arrive à passer outre le trauma. J'essayerais, promis.
Gracie : merci papa.
Eric : merci ma puce de m'avoir remonté le moral. Je pense qu'il est temps que rejoigne le groupe, ils doivent se demander où est passer leur coach.
Gracie : oups, j'avais complétement oublié l'entraînement.
Eric : tu n'as qu'à leur dire qu'ils sont en quartier libre jusqu'à 14 h, le temps qu'on étudie le playbook.
Gracie : on ?
Eric : tu es venu ici pour m'aider non ?
Gracie : oh oui papa ! Je cours leur dire.
Gracie embrassa son père toute existée et couru loin du bureau. Éric avait retrouvé le sourire. Décidément, Gracie était pleine de surprises. Toute la journée, ils sont restés dans leur bulle footballistique.
