Akito se redressa sur son futon, quittant le sommeil qui l'avait enveloppée comme un manteau d'hiver. Elle s'était sentie en sécurité… dans les bras de Shiguré. Le souvenir de la nuit précédente lui revint doucement en mémoire et elle se tourna soudain pour découvrir que l'homme, qui l'avait étreinte, n'était plus là.

Elle soupira, le cœur serré, et regarda ses bras. Des marques bleutées couvraient sa peau, les empreintes des doigts de Shiguré. Elle se leva et se dirigea vers la salle de bain. Elle se sentait faible et abandonnée, rien d'inhabituel.

Cependant, elle aurait voulu que Shiguré reste avec elle, cette nuit. Il était sans doute inutile d'attendre une telle marque d'affection de la part d'un être si égoïste. Elle se figea soudain, se rappelant le regard de Shiguré quand il lui avait fait l'amour.

Frissonnante, elle s'arrêta devant le grand miroir de la salle de bain. Elle ouvrit son kimono et se mit à observer les marques de désir qu'avait laissé Shiguré sur sa peau, principalement sur son cou, ses épaules et sa poitrine. Quelques marques s'attardaient sur ses cuisses. Akito les traça du doigt, pensive.

Shiguré aimait son corps féminin, elle en était sûre. Laisserait-il autant de preuve de sa passion sur un corps qu'il déteste ? Elle se sentait tellement femmedans ses bras, complète et sereine. Mais il lui avait fait du mal. Elle referma son kimono, cachant ce corps honteux, et entoura sa taille de ses bras, en se rappelant les mots durs qu'il avait prononcés, les accusations cruelles qu'il lui avait lancées.

Elle frappa brutalement le miroir, se ressaisissant. Peu lui importait les reproches de Shiguré, c'était lui qui était en tort ! N'est-ce pas ? Elle fit couler de l'eau dans le bain et s'assit sur le carrelage froid tout en laissant sa main glisser dans l'eau.

Elle aurait voulu que la nuit dernière ne finisse jamais.


Maison de Shiguré

Il se versa un verre d'eau et avala les cachets contre la gueule de bois, qu'il fit passer avec de longues gorgées.

Il était rentré à l'aube, pour se glisser dans sa chambre, ne voulant pas que les adolescents qui logeaient dans sa maison ne le surprennent avant de partir en cours. Il n'avait aucune envie de se justifier pour sa sortie nocturne et il n'avait pas non plus envie de mentir.

Il était fatigué de jouer la comédie ou de faire semblant d'être heureux en leur présence. Il n'avait plus rien à cacher de toute façon, maintenant que les Douze au complet savaient qu'Akito était une femme. Si ce n'était qu'il l'aimait…
Cette situation était tout de même inquiétante pour lui. Il ne pensait pas que les maudits reviendraient auprès d'Akito comme par le passé. Mais leur compassion envers la jeune déesse risquait de la garder dans l'illusion d'un contrôle sur les membres du Juunishii.

Et cela, c'était hors de question !

Il n'avait pas l'intention de partager la femme qu'il aimait avec douze autres personnes. Il était sur le point de craquer de toute façon, ses réactions de la veille en étaient la preuve.

Les deux mains sur le rebord de l'évier, il se remémora la nuit dernière. Il avait été trop loin, il avait blessé Akito, physiquement. Et ce n'était pas ce qu'il voulait. Jamais il n'avait été violent avec elle, même si, parfois, il la haïssait autant qu'il l'aimait. Il n'aurait pas pu la regarder en face ce matin.
Il se reversa de l'eau et plaqua le verre froid contre son front brulant, essayant d'adoucir la douleur qui lui engourdissait le crâne, le temps que les médicaments fassent effet. L'alcool lui avait asséché la gorge et sa tête lui tournait. Il devait se rétablir avant ce soir.

Contrairement à Kureno, il ne pensait pas que cette soirée pourrait être bénéfique pour Akito. Elle allait se sentir trahie, elle allait se sentir faible…

Un sourire se dessina sur les lèvres de Shiguré. C'était tout simplement parfait.
En essayant de l'aider, ils allaient lui faire plus de mal qu'ils ne l'auraient jamais imaginé. Et il serait là pour ramasser sa jeune déesse à terre. Il versa le contenu de son verre sur son visage, se fichant de mouiller son kimono et se décida à écrire quelques lignes dans son bureau. Mit-chan serait contente.


Manoir des Somas, 20h

Après l'école, les Douze s'étaient réunis au Manoir sans qu'Akito ne le sache.

Ils étaient entrés par la fissure dans le mur, près de la porte principale, et s'étaient réfugiés dans la maison d'Hatori le temps de discuter de l'organisation de la soirée.

Yuki avait été surpris de l'idée de Kureno. Un banquet surprise ?Il pensait qu'ils se contenteraient de discuter à cœur ouvert avec Akito, mais l'oiseau avait décidé de préparer un banquet dans la journée, afin qu'Akito se retrouve dans un climat familier où elle se sentirait entourée.

Tout était déjà prêt. Kureno avait tout organisé : la table, le festin, les costumes de chaque membre des Douze…

Mais, maintenant qu'ils se tenaient tous autour de la grande table, attendant l'arrivée d'Akito, Yuki avait peur ; peur qu'Akito ne voit dans ce banquet qu'une mascarade destinée à se moquer de ses croyances, alors même qu'ils lui révéleraient qu'ils savaient la vérité.
Kureno était parti la chercher. Yuki jouait nerveusement avec sa serviette, perdu dans ses pensées.

« Nous avons tort », se dit-il, mais il était trop tard. Il leva les yeux et croisa ceux de Kyo qui le regardait depuis un moment, lui sembla-t-il. Depuis qu'ils avaient appris la vérité, il lui avait semblé que le chat avait changé de comportement envers lui, comme s'il lui faisait confiance pour prendre les bonnes décisions.

Le voyait-il comme un allié à présent ? Mais quand il le regarda, ses yeux pleins d'indécision et de doute, Kyo soupira et secoua la tête avant de détourner le regard.
« Toi aussi, tu penses que cette soirée finira mal »…
Personne ne parlait et le silence était pesant. Hatori, assis à la gauche du bout de table principale, gardait ses yeux fixés sur la porte. Sa posture, toujours droite et digne, semblait raide. Il avait les nerfs à vif, sans doute prêt à réagir au moindre problème.

Hatsuharu et Rin étaient assis à l'opposé de la table basse, le plus éloigné possible de la place d'honneur qu'allait occuper Akito… Mais Yuki fut surpris de voir que Shiguré s'était assis en bout de table, à l'opposé d'Akito . Se pensait-il être son égal ? Où voulait-il être loin d'elle ?
La porte s'ouvrit enfin et Yuki cessa de respirer. Akito entra dans la pièce suivie de Kureno.

Quand elle aperçut l'assemblée qui l'attendait à table, elle se figea.

Les yeux écarquillés, la respiration saccadée, elle posa tour à tour ses pupilles sombres sur les personnes présentes, s'attardant un peu plus sur le visage de Shiguré qui, lui, ne la regardait pas. Il était bien le seul. Voyant qu'il l'ignorait, Akito regarda Yuki, lui lançant un regard interrogateur. Mais le jeune garçon détourna les yeux, mal à l'aise. N'obtenant pas de réaction, elle se tourna enfin vers la personne qui l'avait amené.
« Kureno, que ce passe-t-il ? Que font-ils ici ? » demanda-t-elle. Sa voix, bien qu'autoritaire, trahissait le malaise et l'incompréhension qui l'assaillaient.

Kureno ne répondit pas et passa à côté de sa déesse tout en lui prenant la main et la conduisit à sa place.

« C'est un banquet en ton honneur, lui dit-il en l'aidant à s'asseoir. Un banquet qui n'a rien à voir avec la malédiction. Nous voulons te parler. »

La respiration d'Akito se fit plus rapide et son cœur se mit à battre plus fort, rendant sa poitrine douloureuse et provoquant un tamtam bruyant qui se répercutait dans ces tempes.

Quelque chose n'allait pas. Pourquoi étaient-ils venus ? Et ses regards qu'ils posaient sur elle… qu'était-ce ? De la condescendance ? De l'indifférence ? De la pitié ?

Hatori s'éclaircit la gorge, la sortant de ses pensées.

« Akito, lui dit-il avec douceur. Nous sommes venus pour te parler de la malédiction et du lien entre le Juunishii… et de toi. Tu l'as remarqué, les choses changent. C'est peut-être dû à l'arrivée de Tohru, ou à l'évolution naturelle de la vie, ou je ne sais quoi… mais quoi qu'il en soit… Le lien entre nous s'affaiblit. »

Akito inspira profondément, secouant inconsciemment la tête, et se recula soudain, mais Hatori lui prit la main, l'empêchant de partir. Ses mots lui faisaient mal. Elle ne voulait pas les entendre. Elle voulait qu'ils restent toujours ensemble.

« Tu mens, lui dit-elle, avec douceur cependant. Tu mens et tu es un idiot qui ne comprend pas. La malédiction qui nous lie ne peut pas s'affaiblir. Notre lien de sang est éternel. »

Mais déjà son cœur se serrait, le mensonge qu'elle prononçait avec toujours autant de ferveur lui paraissait creux lorsque les mots sortaient de ses lèvres.

« Et c'est vraiment ce que tu veux Akito ?» C'était Ayamé qui lui parlait, une pointe de tristesse dans ses beaux yeux gris. « Tu veux que nous restions toujours auprès de toi, prisonniers ?
- Imbécile. Ne comprends-tu pas ? Le lien signifie le bonheur, dit Akito, tremblante. Dieu et les animaux seront toujours heureux, ensemble, célébrant leur bonheur au cours de leur banquet. C'est cela que je veux. Je veux être heureux.

- Nous sommes tous réunis aujourd'hui, Akito, es-tu heureux pour autant ? demanda Yuki, qui haussait la voix, malgré son corps qui tremblait. Crois-tu que les personnes assises à cette table connaissent le bonheur ? Nous sommes prisonniers et toi aussi !

- C'est votre attitude qui a perverti notre rêve ! Nous étions heureux avant qu'elle arrive ! cria Akito en montrant Tohru du doigt, qui baissa la tête, honteuse et triste d'être la cause de la tristesse de la jeune femme.

- Cela n'a rien à voir avec Tohru, s'écria Yuki, n'essaye pas de te convaincre que tout est de sa faute. J'ai vécu avec toi, je t'ai vu pleurer ! N'essaie pas de mentir.

- Un mensonge ? C'est toi qui te mens à toi-même, mon pauvre, Yuki. Comment penses-tu être heureux dans le monde extérieur ? Quelle fille pourrait supporter de vivre sans sentir la chaleur de ton corps, sans que tu la prennes dans tes bras… Cette malédiction, ce conte, font de toi un être désiré et divin dans cette famille, mais à l'extérieur, tu es un monstre, un rat !

- Tohru accepte Kyo, intervint Haru, dont la colère transparaissait dans chacun de ses mots, et Kana aimait Hatori avant que tu ne leur fasses du mal.

- Ce n'était pas ma faute ! » Elle tremblait devant Hatsuharu. Depuis qu'il avait voulu la frapper, il lui faisait peur. Mais il lui appartenait aussi. Elle devait se montrer forte. « Cela n'aurait jamais pu marcher entre eux, c'était une illusion.

- L'illusion vient de toi ! Tu dis que leur amour ne pouvait exister, mais qu'en est-il de Rin et moi ? Ou de Hiro et Kisa ? Cela aussi, tu le rejettes, car tu es égoïste ! »

Akito ne sut quoi répondre, mais elle secouait la tête. C'était impossible, leur amour ne pouvait pas exister, Rin et Haru, Hiro et Kisa… elle et Shiguré… tout était voué à l'échec.

Elle leva les yeux vers Shiguré. Il ne la regardait toujours pas, les bras croisaient sur sa poitrine, les yeux dans le vague, comme si cette discussion ne le concernait pas.

Elle ne pouvait rien attendre de lui. De personne d'ailleurs.

« Akito, dit Kureno avec douceur, tu essayes d'empêcher quelque chose d'irréversible. » Il la fixait intensément, essayant par son regard de lui faire comprendre ce qu'il voulait dire «Quand j'ai été libéré, tu n'as rien pu faire. Tu en souffres, mais tu n'y peux rien », voulait-il lui dire.

- Et tu te fais du mal en le faisant, ajouta Hatori. Accepte le changement, accepte ta propre liberté et celle des Douze. Sinon, tu seras malheureux.

- La liberté… c'est cela que vous êtes venu chercher.

Akito se leva soudain de la table et se recula, faisant face à l'assemblée. Elle jeta des regards de tous côtés comme un animal pris au piège. Puis, soudain, à la surprise des Douze, elle se mit à rire, d'un rire sans joie, presque fou. Elle secoua la tête alors que ses yeux se remplissaient de larmes.

Elle tendit les bras, en un geste gracieux, désignant la grande table et le festin.

« Qu'est-ce que cela ? demanda-t-elle, d'un ton princier, bien que sa respiration saccadée brisait sa voix. Un banquet d'adieu ? C'est la fin ?

- Non, murmura Kureno. Non, ce n'est pas cela. »

Mais déjà elle ne l'écoutait plus. Elle s'agenouilla doucement sur le sol, les deux mains plaquaient sur ses tempes, elle murmurait : « Tous contre moi, tous me trahissent. Personne pour partager mon rêve ».

Yuki se leva et s'approcha d'Akito, la soulevant doucement pour la ramener près de la table.

« Nous ne voulons pas t'abandonner Akito, essaye de comprendre, si nous sommes venus c'est pour trouver une solution pour notre avenir à tous.

- Un avenir loin de moi, c'est cela ! s'écria Akito en le repoussant. Je préfère mourir que de vous laisser partir ! Demandez-moi de vous tuer, ce serait plus facile. Comment pouvez-vous me demander de vous libérer ? Vous êtes à moi !»

Elle attrapa la cruche de vin et la jeta sur les invités qui s'écartèrent rapidement de la table. Seul Shiguré ne bougea pas de sa place, un faible sourire amusé aux lèvres.
Akito jeta tout ce qui lui passer à portée de sa main : assiettes, couverts, soucoupes et tasses ; pour les lancer sur Hatori et Kureno qui essayaient de s'approcher d'elle pour la calmer.

Kisa pleurait, blottie dans les bras de Hiro. Hatsuharu attrapa alors la petite fille et fit signe à Hiro et Rin de le suivre, et ils sortirent de la pièce.
Évitant de justesse une fourchette que lui envoyait Akito, Kureno saisit le bras de la jeune fille et l'attira vers lui, l'emprisonnant dans ses bras.

Alors qu'elle se débattait dans son étreinte, Akito ne se rendit pas compte que son kimono, trop large pour ne dévoiler aucune de ses formes, avait glissé le long de ses épaules et dévoilait maintenant les bandelettes qui enserraient sa poitrine. Lorsqu'elle s'en rendit compte, sa colère s'éteignit, remplaçait par un sentiment de honte lorsqu'elle s'aperçut que le regard de Kyo et de Yuki convergeait vers son corps découvert.

Elle se calma, troublée. Alors que Kureno la maintenait toujours par la taille, elle tenta de couvrir son corps de ses bras, tandis que des larmes embrouillaient sa vue. Mais les jeunes garçons… ne semblaient pas surpris des bandages sur son corps.
Croisant le regard de Tohru, de beaux yeux bruns emplis de douceur et de compassion, elle comprit.

« Vous leur avez dit ? dit-elle doucement en regardant les aînés des Douze. Vous avez osé leur dire ? »

Kureno la lâcha doucement et elle s'écroula, au milieu des débris qui jonchaient le sol. Il recula, essoufflé, et retourna à sa place à table, épuisé. Chacun semblait soulagé du calme qui était revenu, même si l'atmosphère était lourde. Et Akito semblait si triste maintenant.

« Akito, lui dit Yuki, « Dieu ou Déesse », cela ne change rien pour nous.

- Un être écœurant et vil. Voilà ce que sont les femmes, murmura-t-elle.
- Ne laisse pas la haine que tu as pour ta mère parler pour toi, Akito, lui dit Hatori. Tu es une très belle jeune femme.

Akito sentit la nausée monter à ses lèvres. Ils savaient qu'elle était une femme, mais est-ce qu'ils savaient pour Kureno ? Est-ce que son amant l'avait trahi au point de révéler que la malédiction l'avait quitté ? Si c'était le cas, tout était perdu.

Sa tête lui tournait tandis qu'un sentiment effroyable lui envahissait le corps. Le désespoir… Ils allaient la quitter.

Ses yeux croisèrent un objet brillant qui se trouvait près de sa cuisse alors qu'elle fixait le sol… un couteau. Ses doigts se mirent à glisser imperceptiblement vers la lame et se refermèrent sur le manche. Jamais elle n'y avait pensé, pourtant c'était si simple de mettre fin à la solitude.

Un peu de courage et ce serait fini…

Alors qu'elle était sur le point de découper son poignet fragile et fin, une main puissante lui enserra le bras qui tenait l'arme tranchante. Elle leva les yeux. Shiguré la regardait, le visage crispé et rouge de colère.

« Que crois-tu être en train de faire ? lui dit-il, en lui tordant le bras pour l'obliger à lâcher le couteau. Elle cria de douleur, et laissa la lame quitter ses doigts.

Tout le monde était figé, personne ne l'avait vu saisir l'arme. Kureno avait mis sa tête dans ses mains, des larmes coulaient maintenant sur ses joues.

Shiguré était ivre de colère. Il saisit les épaules de la jeune femme, serra jusqu'à lui faire mal et la secoua avec force.
« Ne pense plus jamais à cela, Akito ! Tu m'entends ? Tu n'as pas le droit de faire cela !

- Qu'est-ce que cela peut te faire ? rétorqua-t-elle en le repoussant violemment. Si je meurs, tu auras toujours Ren pour baiser !

Une douleur soudaine apparut sur sa joue alors que sa tête était violemment tournée de côté.

Shiguré l'avait giflée !

Elle le regarda, et se paralysa quand elle aperçut dans ses yeux une lueur étrangère, mais qu'elle avait déjà vu la nuit précédente lorsqu'il l'avait aimée. Il la regardait avec passion et tristesse.

Elle ne bougea pas tandis qu'il posait doucement ses doigts sur la joue qu'il avait blessée, la caressant avec tendresse. Puis, il se recula, secouant la tête comme s'il essayait de rassembler ses pensées, et, à la grande surprise d'Akito, il attrapa le poignet de la jeune femme et se dirigea vers la porte, mais Kureno se plaça devant eux.

« Attends Shiguré, nous n'avons pas fini de…

- Je pense que tu en as assez fait pour ce soir. C'était une excellente idée d'ailleurs, tout va pour le mieux maintenant, dit Shiguré, un rictus ironique sur les lèvres. Mais sa voix devint rapidement sombre. On en reste là, laisse-moi passer ! »

Kureno se recula, avec réticence, et regarda, de ses yeux rouges et fatigués, Shiguré sortir tenant toujours par le bras, une jeune fille épuisée et triste.

« C'est quoi cette histoire entre Akito, la mère d'Akito et Shiguré ? chuchota Kyo à Yuki alors qu'ils ramassaient les bouts de vaisselle cassés.

- En fait, commença Yuki, si j'ai bien compris…

- Non, non, ne m'explique pas ! Dis-moi juste si c'est bien aussi tordu que je pense.
- Ouais, je crois que c'est cela…

Kyo eut un spasme de dégoût et murmura :

- Ils sont tous plus tordus que je ne le pensais.»
« Laisse-moi Shiguré », murmura Akito, tout en repoussant l'homme qui continuait de l'embrasser.

Ils étaient dans le couloir qui menait à la chambre d'Akito.

Après avoir quitté la pièce du banquet, Shiguré avait mené Akito dans ses quartiers de la maison principale, mais, avant d'arriver à sa chambre, il l'avait bloqué contre un mur et prit son visage dans ses mains, l'emprisonnant dans une étreinte parfaite; ses doigts plongés dans ses cheveux et ses pouces lui caressant les joues. Il la regardait avec une intensité qu'Akito avait cru perdue; un regard si passionné qu'elle avait détourné les yeux, avant de sentir les lèvres de Shiguré sur les siennes.

Elle s'était laissé embrasser, posant ses mains sur les poignets de Shiguré tandis qu'il lui enserrait toujours le visage, intensifiant le baiser en passant sa langue entre ses lèvres, caressant la sienne.

Mais la douleur qui serrait son cœur l'empêchait d'apprécier la douceur du corps de son amant.

Elle était malheureuse, elle se sentait trahie et elle voulait être seule pour réfléchir.

« Laisse-moi, je te dis !»
Cette fois, les mains, qu'elle plaça sur le torse de l'homme qui l'embrassait, le repoussèrent avec force.

Shiguré soupira bruyamment, énervé. Il aurait voulu la garder contre lui, pour toujours. Il avait eu si peur pour elle.

« J'ai besoin d'être seule, » dit Akito. Mais, quand elle vit le regard méfiant que lui lança Shiguré, elle ajouta rapidement. « Non, je ne vais pas recommencer. Je dois réfléchir, c'est tout… Bonne nuit.»

Elle le repoussa encore pour pouvoir s'échapper vers sa chambre. Elle arrivait devant sa porte quand elle entendit Shiguré.

« Tu peux être heureuse sans eux.

- Quoi ? demanda-t-elle en se tournant vers lui. De quoi parles-tu ?

Shiguré s'approcha d'elle.

- Tu pourrais être heureuse, avec moi.

Akito fut sur le point de parler, mais il plaqua un doigt tendre sur ses lèvres, lui intimant le silence.

- Penses-y, lui dit-il, en glissant sa main sur sa joue. Rien que toi et moi, ensemble. Car je ne pense qu'à toi.» Il lui prit la main et la posa sur sa poitrine où son cœur battait. Akito sentit les larmes emplir ses yeux, couler sur son visage de porcelaine. Elle tremblait sous les doigts de Shiguré, bercée par les mots tendres qu'il lui murmurait et ses gestes familiers.

Il se recula, les yeux brillants. «Je te laisse du temps pour me donner ta réponse. »

Il s'éloignait, lui tournant le dos. Mais avant de disparaitre dans le couloir sombre, il ajouta :

«Si tu acceptes, je promets de t'aimer pour toujours. »

Akito resta un moment devant la porte de sa chambre, ses jambes paralysées. Se ressaisissant un peu, elle essuya les larmes qui avaient glissé sur ses joues et pénétra dans sa chambre obscure.

Trop troublée par les paroles de Shiguré, elle ne se donna pas la peine d'allumer la lumière, se dirigea vers son futon et s'y assis. Elle resta immobile.

La soirée avait été épuisante. La douleur, la trahison, les mots de Shiguré… toutes les émotions écrasaient son cœur, rendant sa respiration difficile. Elle emprisonna sa tête dans ses mains, perdue.

Une ombre passa. Elle se redressa soudain, frissonnante. Elle avait cru voir quelqu'un dans sa chambre.

Elle scruta l'obscurité, essayant de distinguer une forme dans la pièce sombre.

« Il y a quelqu'un ? » demanda-t-elle, d'une voix hésitante. Aucune réponse ne lui parvint. Elle secoua doucement la tête, un sourire amer sur ses lèvres. Cette soirée l'avait épuisé, et sa tristesse lui faisait sans doute voir des choses qui n'étaient pas là.

« C'est la solitude qui va me tuer, se dit-elle, alors que des larmes coulaient à nouveau sur ses joues, je suis seule… Mais, peut-être que Shiguré et moi… ? »

Une main se plaqua soudain sur sa bouche et un tissu humide lui couvrit le visage. La terreur l'envahit et elle se débattit, mais une odeur alcoolisée emplit ses poumons.

Elle tenta encore de repousser son assaillant, mais déjà elle se sentit sombrer. Des mains puissantes l'emprisonnèrent, la soulevèrent et l'entrainèrent dans la nuit.


« Bonsoir, Déesse. »

Akito avait doucement ouvert les yeux, mais sa vision était brouillée. Derrière un voile léger, qui se dissipait peu à peu, elle aperçut un homme aux cheveux cendrés dans le rétroviseur, qui conduisait. Que faisait-elle dans une voiture ? Elle essaya de parler, mais aucun son ne sortit, elle ne réussit même pas à ouvrir la bouche. Mais elle se rendit compte que cela n'avait aucune importance. Ses nerfs engourdis paralysaient ses réflexes de peur et elle se laissait bercer par les ballotements légers de la voiture.

« Elle se réveille ? Elle est consciente ? » entendit-elle le conducteur demander, alors qu'elle apercevait ses yeux verts dans la réflexion du petit miroir du pare-brise.
À qui parle-t-il ?se demanda-t-elle alors qu'elle sentait une main lui caresser les cheveux.
« Non, à peine » Une douce voix au-dessus d'elle, proche de son oreille.
Qui est-ce ?
« Elle ne se réveillera pas complètement avant une à deux heures. »

« Non, je suis réveillée », pensa Akito.

Elle essaya de parler, mais à nouveau ce fut impossible, ses lèvres demeuraient immobiles. L'avait-on drogué ?
Elle sentit qu'on lui levait la tête, elle comprit qu'elle était assise sur les genoux d'un homme qui la serrait contre lui, ses deux bras encerclaient sa taille. C'était donc cela, cette chaleur rassurante. Mais elle regarda le jeune homme, dont le visage touchait presque le sien.

Un inconnu ! Un bel inconnu aux cheveux noirs. Et des yeux incroyablement bleus. Jamais elle n'avait vu un bleu si sombre. Mais elle n'aimait pas le bleu, elle n'aimait que le rouge rosé des camélias…

« Dors ma beauté, tu es à nous maintenant», lui murmura-t-il alors qu'elle sentait ses doigts lui caresser le visage, ses joues, puis la bouche.
Elle voulut lui demander qui il était, mais elle se sentait partir. Sa tête se mit à tourner et ses paupières se fermèrent.

Alors qu'elle sombrait dans le néant, elle sentit des lèvres douces et inconnues se refermer sur les siennes.

Fin du Chapitre 7


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