Dans une Chambre inconnue.
C'est la lumière vive du soleil qui la réveilla. Les rayons brulants, qui filtraient par les grandes vitres de la chambre, avaient désagréablement chauffé son visage et elle s'était reculée pour leur échapper. C'est à ce moment qu'elle avait compris qu'elle n'était pas dans sa chambre. Le papier de riz de sa demeure créait toujours une lumière douce et diffuse.
Où était-elle ?Sa tête tournait encore.
Elle se redressa brusquement, tremblante, et parcourut la pièce du regard. Elle se trouvait dans une grande et luxueuse chambre au style européen.
L'ensemble de la pièce était gris beige, hormis les tables de chevets et table basse qui étaient noir ébène. Deux sièges beiges étaient disposés près de la grande porte-fenêtre dont les lourds rideaux étaient écartés.
Paniquée, Akito voulut se lever de l'immense lit sur lequel elle reposait et courir vers la porte-fenêtre, mais une douleur vive parcourut sa cheville. Elle regarda sa jambe et se figea : elle était attachée au lit par une longue chaine terminée par une menotte fermement scellée à sa cheville. Celle-ci était délicatement enveloppée d'une bandelette pour éviter que le fer n'abime sa peau.
Prisonnière… Une prisonnière qu'on choyait… Pourquoi un kidnappeur prendrait-il une telle précaution ?
Elle soupira, les yeux fixés sur cette entrave qui enserrait sa jambe et elle eut soudain envie de pleurer.
La jeune déesse s'était toujours sentie prisonnière, mais elle avait toujours recherché cet état carcéral, voulant rester enfermée, entourée par les Douze.
Et c'était la première fois qu'elle désirait être libre. Elle tendit la main et tira sur la longueur de la chaine pour jauger la taille.
La chaine lui permettait de se lever et elle avait besoin de se mettre debout sur ses deux jambes, de voir si elle en était capable malgré sa peur et l'engourdissement de ses membres.
C'est quand elle se tint debout qu'elle se rendit compte qu'elle portait un kimono féminin bleu nuit, orné de fleurs en fils d'or. On l'avait vêtue en femme pendant son sommeil. L'humiliation lui colora les joues. La peur également à l'idée d'inconnus qui l'auraient dévêtue et auraient retiré les bandes de tissus qu'elle enroulait quotidiennement autour de sa poitrine.
La porte s'ouvrit soudain et Akito en fut si surprise qu'elle se réfugia à nouveau sur le lit, tirant sur la chaine accrochée à sa cheville pour garder le plus de leste possible si elle devait se battre. À genoux sur le matelas, elle fixa l'homme qui pénétra dans sa chambre sans même se faire annoncer. Elle reconnut ses cheveux noirs et ses yeux incroyablement bleus qu'elle avait aperçus la nuit précédente, dans une voiture, dans un rêve sans doute.
En franchissant la porte, l'homme lui sourit, visiblement amusé de la posture défensive de la jeune femme, et inclina légèrement la tête en un signe de salut courtois.
« Je suis ravi de voir que vous êtes enfin réveillée, Akito, dit-il en traversant la pièce à grandes enjambées. Mais il ne s'approchait pas de la jeune femme, il se dirigeait vers la porte-fenêtre qu'il ouvrit en grand, laissant la fraicheur matinale envahir la chambre. « Il fait un temps magnifique.»
« Qui êtes-vous ? s'énerva-t-elle soudain, fixant l'inconnu, menaçante. Il lui parlait comme si elle n'avait pas été enlevée, droguée, et qu'elle n'était pas à présent enchainée à un lit dans une chambre inconnue.
L'homme se tourna vers elle, son sourire toujours aussi radieux. Akito lui donnait un peu moins de trente ans, il avait des cheveux plaqués en arrière et portait un costume trois-pièces aux coutures impeccables, sa posture était droite et sûre. Il s'approcha doucement de la jeune femme, et Akito ne put s'empêcher de reculer, rampant sur le lit.
Il s'assit sur le bord du matelas, laissant un espace respectueux entre la jeune femme et lui.
« Nous ne nous sommes jamais rencontrés, car, même si vous contrôlez toutes les transactions économiques et financières de la famille Sohma, vous ne rencontrez jamais vos partenaires ou concurrents en personne et envoyez vos conseillers pour le faire. » Il se pencha vers elle, la scrutant de ses yeux scintillants et ajouta d'une voix douce : « Mais moi, je vous connais bien, je vous observe depuis longtemps, Akito-san. »
Il attrapa la chaine qui trainait sur le lit et tira, faisant glisser sans effort sur les draps, jusqu'à lui, la jeune femme, qui ne put réprimer un cri de surprise.
Il prit ensuite sa main, la porta à ses lèvres, et y déposa un baiser avant de murmurer :
« Je me présente, Tadashi Asami, chef de la famille Asami. »
Tadashi Asami…
Akito retira violemment sa main de la sienne avant de le repousser. Oui elle connaissait cet homme. C'était le principal concurrent de la famille Sohma. Ou plutôt les Asami voyaient les Sohmas comme leurs rivaux alors que les Sohmas ne s'intéressaient en rien à leurs activités.
Seuls leurs bénéfices internes et l'organisation de la famille importaient, Akito se fichait bien de régner sur la ville, même si c'était une conséquence de leurs affaires fructueuses.
Cependant, les Asamis s'étaient toujours montrés belliqueux, même si leur agressivité était insignifiante.
Et maintenant, après les avoir ignorés avec superbe pendant des décennies, Akito se trouvait prisonnière de leur chef. La jeune femme n'avait aucun goût pour l'ironie et la situation lui déplaisait.
Pourtant, maintenant qu'elle savait qu'elle avait affaire à un homme du monde, le genre de personne qu'elle côtoyait dans son univers fermé, elle se sentit plus à l'aise. Se mettant debout, ignorant la chaine qui cliquetait à chacun de ses mouvements, elle se posta devant l'homme resté assis sur le lit.
Le dominant, elle lui lança un regard hautain et glacé.
« Ainsi, commença-t-elle doucement, pour de vieilles rancunes familiales, et des jeux de pouvoir stupides, vous avez kidnappé le chef de la famille Sohma. » Elle le fixait sans ciller, plongeant ses yeux sombres dans l'éclat bleu des iris de l'homme qui l'avait enlevé. « Ne connaissez-vous pas l'influence de mon clan ? Vous et votre famille n'avez-vous rien appris ? »
À sa grande surprise, Tadashi éclata de rire, apparemment amusé par les propos de la jeune femme. Akito parut déconcertée, et la colère l'envahit soudain. Pour qui se prenait-il pour se moquer d'elle de la sorte ?
« Kidnapper…, murmura-t-il doucement, sans détacher son regard de la jeune femme. « Disons plutôt que nous répondons à un contrat. »
Akito eut l'impression que son sang s'était glacé dans ses veines et les battements de son propre cœur lui parurent assourdissants.
« Un contrat ? » demanda-t-elle, mais sa voix avait perdu sa précédente mesure autoritaire.
Asami sourit encore, détournant le regard. Il semblait prendre goût à la situation et la surprise de la Sohma lui était délicieuse. Il reposa ses yeux sur la jeune déesse qui attendait impatiemment une explication, le visage figé.
« Disons simplement que tu as été vendue, par ta maman.»
Une expression d'horreur se peignit sur le visage de la jeune fille. Cette folle… sa propre mère l'avait donnée à leurs rivaux, elle s'était débarrassée d'elle. Elle l'avait… vendue…
« Contre quoi ? demanda soudain la jeune fille.
- Ah, voilà une question intéressante, » dit-il en posant une main ferme sur la hanche de la jeune femme.
Celle-ci cilla, et voulut se dégager, mais Tadashi avait gardé en main la chaine attachée à sa cheville et la contraignait à rester près de lui.
« Voyez-vous, nous avons conclu un contrat avec votre mère et celle-ci s'engage à nous céder 70% des parts de toutes les sociétés et hôtels de la famille Sohma. Elle m'a également affirmé que je deviendrais l'actionnaire majoritaire et détiendrai le pouvoir décisionnel des entreprises de votre famille.
- C'est ridicule ! cracha Akito tremblante de rage, elle n'a aucun droit sur le domaine et la fortune des Sohmas ! C'est un mensonge.
Tadashi acquiesça, faisant glisser ses doigts sur la cuisse de la jeune femme qui grimaça, écœurée par ce contact. Il continua :
- Vous avez raison, le contrat n'est pas en règle. C'est pour cela que vous allez le signer.
- Vous plaisantez, grinça Akito en repoussant la main indécente. Jamais je ne signerai un contrat qui me prive de ma liberté et vole ma famille !
- Je comprends votre fureur, soupira Tadashi, mais écoutez-moi bien ma jolie. »
Il tira violemment sur la chaine, ce qui fit trébucher Akito qui tomba sur le sol. L'empêchant de se relever, son assaillant continua, mais sa voix était plus sombre :
« Notre famille a toujours été puissante et nous vivions en harmonie avec le vôtre, mais au fur et à mesure, vous avez pris notre place, racheté nos entreprises, volé nos partenaires et assis votre domination sur les affaires et cela sans aucun scrupule. Mon Père devenait fou et ne pouvait penser qu'à vous, il en a fait une véritable obsession au point que ses amis l'ont abandonné pour rejoindre vos sociétés. Quand je suis arrivé à la tête de la famille, elle n'avait pas le quart de la puissance qu'elle détenait il y a un demi-siècle. J'ai dû tout reconstruire, j'ai dû innover, bâtir. La famille Asami est puissante aujourd'hui grâce à moi. »
Il ponctua ses mots en pointant son doigt vers sa propre poitrine.
- Alors, vous n'avez pas besoin de notre fortune, dit Akito.
- Je ne réclame que ce qui nous appartenait, ce qui appartenait à mon père avant que vous le ruiniez.
- C'est la loi du marché, dit la jeune femme en se relevant. Vous et votre famille étiez des mauvais et des faibles. Voilà pourquoi vous avez perdu face à nous. Les gens haïssent toujours ceux qui leur sont supérieurs.
Elle s'attendit à ce qu'Asami se mette en colère, mais à sa grande surprise, il lui sourit.
- Mais alors c'est vrai, dit-il avec tendresse, tu as une langue acérée pour une femme qui a un si beau visage. Tu ressembles à un ange, mais tu es un véritable démon.
Silence.
- J'ai soif, dit-elle, hautaine.
L'homme se leva et se dirigea vers un des meubles de la chambre et ouvrit une des portes, en sortit un verre et en ouvrit une seconde qui se révéla être un frigidaire. Il en sortit une bouteille d'eau. Il apporta le verre plein à la jeune femme qui s'était assise sur le lit.
Elle prit le verre et le porta à ses lèvres, fermant les yeux. Ce n'est que lorsque l'eau coula sur sa langue qu'elle se rendit compte à quel point elle était assoiffée. C'était sans doute l'effet des drogues, car jamais boire n'avait été un tel plaisir.
« Si vous restiez toujours aussi douce, je pourrais vous chérir comme ma déesse. »
Akito choqua sur son verre. Après une courte toux, elle fixa le jeune homme qui la regardait.
« N'employez pas ce mot si vous ne le comprenez pas » cracha-t-elle en posant le verre à terre, puisqu'aucun meuble de la pièce n'était à sa portée.
Sa déesse…Quel imbécile. Elle était une déesse en effet, mais elle ne serait jamais la sienne.
- Vous parlez sans doute de la légende des Douze? »
La jeune femme hoqueta de surprise.La légende ! Comment se pouvait-il… ?
« Vous avez l'air surprise ? » dit-il, amusé. « Vous pensiez que je ne savais rien de ce conte? »
Il s'approcha de la jeune femme, dont la respiration s'était arrêtée et s'assit près d'elle sur le lit.
« Quand je vous ai dit que mon père était devenu fou, c'était vrai. Il s'était mis à croire que, si votre famille parvenait à acquérir tant de pouvoir, c'était parce que Dieu veillait sur elle, le Dieu des Douze, comme dans le conte. Il avait rassemblé dans sa bibliothèque un nombre incalculable d'articles sur la légende et sur les liens qu'elle avait avec votre famille et il affirmait que les chefs de la famille Sohma étaient les Dieux de la Légende. »
Il la scrutait : « Et vous, tout comme votre père, vous êtes cette divinité, c'est bien cela. Êtes-vous Dieu, Akito ? »
Elle ne répondit pas. Elle regarda l'homme devant elle, en se demandant comme un tel secret avait pu franchir les murs de la famille. Elle se rendit compte qu'elle ne savait pas si Tadashi croyait réellement à la légende où s'il pensait qu'il s'agissait des fabulations de l'esprit dérangé de son père. Mais il semblait savoir que cette légende était importante pour sa famille et il se moquait d'elle.
« Dites-moi, est-ce que vos animaux de compagnie vont me causer des problèmes ?
- Ils viendront me chercher ! s'écria Akito, serrant les poings.
- Vraiment ? Ren-san m'a plutôt fait comprendre que votre disparition en réjouirait plus d'un. »
Akito ouvrit la bouche pour répliquer, mais les mots moururent dans sa gorge sans même atteindre ses lèvres.
Ils viendront la chercher, n'est-ce pas ? Des images se bousculèrent dans son esprit. Le regard plein de colère d'Hatsuharu, le visage apeuré de Rin et Kisa, l'absence de Kagura et Ritsu, la pitié dans les yeux Yuki et Ayamé, le dédain dans l'attitude de Hiro et Kyo, l'affection feinte de Momigi et Hatori, la trahison de Kureno, et … l'indifférence cruelle de Shiguré.
De toute façon, elle les avait perdus. La malédiction s'affaiblissait, c'était vrai. Ils n'avaient plus besoin d'elle, elle ne représentait plus rien. Sans elle, ils pouvaient avoir la liberté qu'ils désiraient tant. Ils ne viendraient jamais la chercher. Au moins elle ne serait pas là quand la malédiction les abandonnerait. Mais elle aurait voulu revoir Shiguré…
« Ai-je heurté un point douloureux de votre cœur, Akito ?»
Elle se rendit compte qu'elle avait laissé les larmes rouler le long de ses joues blanches. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle pleurait. Mais ces larmes pour une fois, elle les sentait légitimes, car elle avait perdu, elle était seule. Réellement seule.
« Les choses sont simples Akito. » Il leva la main et essuya délicatement ses joues. « Si tu signes ce contrat, je te garderais auprès de moi et je prendrais soin de toi. Tu ne seras jamais seule. Mais si tu refuses… je te vendrai à un bordel de Hong Kong. »
Akito tressaillit et se recula, mais Asami l'attrapa doucement et la ramena, la serrant presque contre lui.
« Ne sois pas triste, murmura-t-il, je t'offrirai ce que tu veux. Même mon cœur… Tu es magnifique, ma Déesse.»
Une lueur de folie passa dans ses pupilles et avant que la jeune fille ne puisse réagir, Tadashi posa ses lèvres sur les siennes, et l'embrassa avec passion.
Akito prit peur. Jamais elle n'avait laissé un homme la toucher sans qu'elle ait elle-même désiré être touchée. Seul Shiguré… il n'y avait que Shiguré pour être audacieux envers elle.
Elle ne supporterait ce comportement de personne d'autre. Elle n'avait plus rien, il ne lui restait que son orgueil et elle ne l'abandonnerait pas. Elle devait se battre pour elle-même maintenant.
Elle mordit violemment la lèvre de Tadashi qui brisa le baiser et poussa un cri de douleur.
Akito se rendit compte qu'un goût de ferraille avait envahi sa bouche, un goût de sang.
Une ligne vermeille s'écoulait sur le menton d'Asami. Il passa le dos de sa main sur sa peau, essuyant la trainée rouge, et regarda sa peau, surpris. Pourtant, il était amusé.
La porte s'ouvrit à nouveau. Un homme en costume et aux cheveux cendrés entra, une cigarette pincée entre ses lèvres.
« Alors ? » demanda-t-il à Tadashi, ne prétend aucun intérêt à la jeune fille enchainée au lit, ni à l'apparente blessure de son ami.
Tadashi lécha sa lèvre blessée, goûtant son propre sang. Ses yeux assombris ne quittaient pas Akito.
« Nous sommes en présence d'une petite peste qu'il faudra dresser. »
Au Manoir.
«Qu'est-ce que vous dites ? Elle n'a pas pu disparaître comme cela !»
- Ne t'énerve pas Shiguré, s'exclama Hatori en posant ses mains sur les épaules de son cousin pour tenter de le calmer. Quand les servantes sont allées dans sa chambre ce matin, elle n'y était pas et son lit n'était pas défait. Elle n'a pas dormi dans sa chambre.
- Jamais elle ne se serait enfuie, s'écria Shiguré, repoussant son ami. Elle a peur du monde, elle ne le comprend pas, elle pense qu'il ne l'acceptera jamais.
- Tu rejettes cette possibilité parce que tu veux croire qu'elle ne t'aurait jamais abandonné et que tu la contrôlais, s'écria Kureno. Il semblait abattu et fatigué.
- Oh, mais ferme-la Kureno, tu ne sais pas ce que je ressens pour Akito, tu ne l'as jamais compris.
- Oui, en effet ! Comment pourrais-je comprendre des sentiments aussi pervertis ? Même Akito en est arrivée à croire que tu la haïssais.
Alors que Shiguré s'apprêtait à répondre, le visage rouge de colère, Kyo rentra dans la pièce suivi de Yuki.
« Alors ? demanda Kureno.
- Personne ne l'a vu, expliqua le Chat.
- Elle s'est enfuie, murmura Hatori, qui perdait sa contenance habituelle.
- Non, Hatori, murmura Yuki, jamais elle ne serait partie. Elle aurait préféré mourir ici que de partir.
L'assistance se figea. Personne n'osait évoquer la pensée qui s'était formée dans leur esprit. Hier, avec le couteau, Akito avait voulu mettre fin à ses jours. Elle y avait pensé.
« Non, c'est impossible… souffla Shiguré, las, les épaules affaissées, prenant appui sur le mur pour ne pas défaillir.
- Elle n'a ni la volonté ni la force de vivre dans le monde extérieur, » dit froidement Kureno. Pourtant, ses lèvres tremblaient et il semblait sur le point de s'effondrer. « Puisqu'elle pense que nous ne voulons plus d'elle… Rien ne la rattache à la vie. Elle est peut-être morte. »
Shiguré se redressa soudain et, avant que quiconque ne puisse réagir, assena un violent coup de poing dans la mâchoire de Kureno, le projetant brutalement au sol. La lèvre avait éclaté contre ses dents et du sang coulait abondamment sur son menton.
Hatori se précipita vers le jeune homme à terre, et appuya un mouchoir sur la lèvre de son cousin. Shiguré fixa d'un œil noir l'homme qu'il l'avait blessé, puis sortit brusquement de la pièce sans regarder derrière lui.
« Shiguré ! cria le médecin, furieux.
- Laisse-le partir Hatori, murmura Kureno. Il est blessé et il a peur…»
Shiguré pénétra dans la chambre d'Akito. La chambre était sobre. En dehors du futon et de la table basse, rien de personnel ne trainait dans la chambre. Elle était vide, insoutenablement vide !
Shiguré ne s'était jamais senti aussi impuissant. Elle n'était pas morte. C'était impossible. Il avait toujours pensé qu'il maîtrisait la situation, même dans les moments chaotiques qu'il avait vécus au sein de cette famille. Pourtant, depuis qu'Akito avait saisi cette lame et l'avait approchée de sa peau, l'illusion avait disparu. Il avait sous-estimé la douleur de la jeune fille. Il pensait qu'il pourrait la briser et non la pousser à se tuer.
Toutes ses manipulations et manigances lui paraissaient vides et inutiles. Il aurait dû passer ce temps à l'aimer.
Doucement, il s'approcha du futon et s'agenouilla, posant délicatement les mains sur les draps qui avaient enveloppé la femme qu'il aimait. Lentement, il s'y allongea, appréciant la douceur et bénissant son flair canin qui lui permettait de sentir la faible odeur si familière et si aimée qui s'attardait encore sur le tissu.
Soudain, il se figea. Une odeur faible, et pourtant forte pour son flair exceptionnel s'était propagée puis diluée dans l'air, mais aucun humain n'aurait pu la discerner. La senteur était semblable à celle de l'éther, mais une touche très sucrée s'y mêlait. Un écrivain cultivé comme Shiguré ne pouvait s'y tromper.
C'était du chloroforme !
Shiguré se précipita hors de la chambre et courut retrouver les autres.
Il pénétra dans la pièce, où Hatori s'affairait à soigner la lèvre de Kureno, assisté de Yuki et Kyo qui tenaient des cotons ensanglantés.
« Elle a été enlevée ! »
Les quatre hommes se figèrent. Hatori se leva.
- Enlevée ? Que veux-tu dire ?
- Sa chambre empeste le chloroforme. Quelqu'un l'a enlevée !
- Il faut appeler la police ! s'écria Yuki en courant vers le couloir de la demeure où se trouvait le téléphone le plus proche.
Kureno avait cessé de tamponner sa lèvre et laissait un filet de sang envahir les sillons de sa bouche, ne prêtant pas attention au goût détestable sur sa langue.
« Enlevée… Mais qui aurait pu faire une chose pareille ?
- Quelqu'un qui pense qu'Akito est une gêne, dit Hatori, prenant sa tête dans ses mains, frottant sèchement ses paupières comme si cela lui permettait de réfléchir. Ou qui voudrait l'utiliser pour une rançon. Notre famille est très riche.
- Je n'arrive pas à y croire, di Kyo. Nous étions là et nous n'avons rien pu faire.
Yuki réapparut, essoufflé.
- La police arrive.
- Bien, acquiesça Hatori. Je vais les accueillir. Avertissez les autres membres de la famille de la disparition d'Akito, et demandez-leur s'ils n'ont rien remarqué de suspect hier soir.
Il s'approcha de Shiguré, qui n'avait pas bougé, le corps raide, les yeux fixant le vide. Hatori posa une main rassurante sur l'épaule de son cousin.
« La police va la retrouver.
- Non, répondit sèchement Shiguré, posant ses yeux sombres sur son ami. C'est moi qui vais la retrouver.
Fin du Chapitre 8
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