Bonsoir !

Encore merci pour les nombreux passages ! Un peu déçu de ne pas avoir de review depuis plusieurs chapitres ! N'hésitez pas à donner vos avis, même négatif ! Tout est à prendre, mais au moins, je sais ce qui vous plait ou ne vous plait pas ...

Bonne lecture ! Et à bientôt ...

PaddyLondubat


Disclaimer :

L'univers et les personnages appartiennent à J.K. Rowling.


Chapitre 4

Autour d'un gâteau

Harry

Je laissai la cigarette se consumer entre mes doigts, le bout incandescent brillant dans l'obscurité de la nuit. La fumée se dissipait lentement, s'accrochant à l'air frais comme un dernier vestige d'une illusion de calme. La pièce était paisible, une sorte de confort tangible flottait dans l'atmosphère, contrastant avec l'agitation extérieure. Il y avait une tranquillité étrange ici, une sorte de parenthèse suspendue dans le temps.

Ici, tout semblait paisible.

Une accalmie trompeuse.

Ron et Neville s'affrontaient sur l'échiquier. Toujours aussi impulsif, Ron fronçait les sourcils, concentré. Ses mains bougeaient avec une assurance innée, un mélange de rapidité et de certitude qui frôlait l'arrogance. Il ne doutait pas, ne prenait pas le temps d'hésiter.

Neville, en revanche, jouait autrement. Plus posé, il observait, analysait, calculait. Ses doigts effleuraient ses pièces avec prudence avant de prendre une décision. Pourtant, il y avait dans son attitude une forme de résignation discrète, une acceptation implicite du fait qu'il finirait par perdre. Mais il jouait quand même. Par principe.

Un silence suspendu précéda l'ultime coup de Ron. Un claquement sec, suivi du bruit métallique d'une pièce qui tombait...

— Et voilà ! S'exclama Ron, fier comme un paon. Je t'avais dit que la partie finirait rapidement !

Neville poussa un long soupir, puis se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil. Ses épaules s'affaissèrent légèrement avant qu'un sourire ne vienne détendre ses traits. Pas un sourire de défaite, non. Plutôt un sourire sincère, léger. Comme s'il appréciait ce moment pour ce qu'il était : un fragment de normalité dans un quotidien qui n'en avait plus.

— D'accord, d'accord… Tu as encore gagné, Ron.

Et pendant un instant, rien d'autre n'exista. Juste une partie d'échecs dans une maison trop grande, et une illusion de paix à laquelle j'aurais aimé croire encore longtemps.

Trois légers coups résonnèrent contre la porte, et elle s'ouvrit presque immédiatement sur Ginny. Son regard pétillait, l'inquiétude qui y brillait cet après-midi semblait s'être totalement dissipée, remplacée par la joie de vivre qui la caractérisait si bien. Il y avait une certaine légèreté dans sa démarche, comme si elle portait en elle l'insouciance du moment.

— Le repas est prêt. Maman m'a envoyé vous chercher.

Elle se tenait là, à l'entrée, un sourire en coin, comme si elle savourait le fait de briser la tranquillité de la pièce. Ron, lui, ne semblait pas aussi ravi. Il leva les yeux au ciel, exaspéré.

— Gin' ! Je t'ai déjà dit d'attendre qu'on te dise d'entrer ! Protesta-t-il, sa voix trahissant une frustration mal dissimulée.

Ginny, parfaitement habituée à faire tourner son frère en bourrique, haussait un sourcil faussement innocent.

— Oh, détends-toi, Ronny ! Ce n'est pas comme si vous étiez en train de jouer avec vos baguettes… Enfin, pas celle qui fait de la magie, tu vois ce que je veux dire…

Ron se figea, ses joues prirent aussitôt une teinte rouge vif, jurant méchamment avec ses cheveux roux. Son regard se fixa sur elle un instant, puis il se posa sur le sol, comme s'il souhaitait y disparaître.

— MERLIN, GINNY ! S'étouffa-t-il finalement. Tu passes beaucoup trop de temps avec Fred et George !

Ginny éclata de rire, ses épaules secouées par l'amusement. Son rire résonna dans la pièce, léger, presque moqueur, et elle semblait savourer chaque instant de la gêne de Ron.

— Et toi, pas assez, vu comment tu es coincé. Répondit-elle avec un sourire narquois, son regard brillant de malice.

Ron roula des yeux, luttant pour retrouver un semblant de dignité.

— Je ne suis pas coincé. Répliqua-t-il, mais sa voix manquait de conviction. J'ai juste aucune envie de parler de ce genre de chose avec ma petite sœur dévergondée !

Ginny éclata de rire, un rire franc et sans retenue, tandis que Ron se débattait avec ce qu'il venait de dire. C'était comme s'il voulait engloutir ses paroles, mais elles étaient déjà là, suspendues dans l'air. Neville, qui observait la scène avec intérêt, ne put s'empêcher de rire à son tour.

— "Dévergondée" ? Sérieusement, Ron ? Demanda Ginny, en levant les yeux au ciel, son ton faussement outré ne faisant qu'ajouter à la comédie de la scène. Tu penses vraiment ça de moi ?

Neville se leva en s'étirant, puis me lança un regard complice, une petite étincelle dans ses yeux.

— Harry, tu ne crois pas qu'on devrait les laisser se débrouiller et descendre à la cuisine avant qu'il n'y ait plus rien à manger ? Me demanda-t-il en souriant.

Ron bondit presque de son fauteuil, semblant soulagé que Neville lui offre une occasion de fuir. Moi, je ne pouvais m'empêcher de rire doucement de la gêne de mon meilleur ami. Un rire léger, presque guérisseur, comme si ce moment était tout ce dont j'avais besoin pour oublier, ne serait-ce qu'un instant, tout le reste.

Je tirai une dernière bouffée de ma cigarette, et l'écrasai contre le rebord de la fenêtre. Je regardais le vent nocturne emporter les derniers vestiges de fumée, avant de me redresser pour suivre les autres, un sourire toujours suspendu à mes lèvres.

Les marches grinçaient sous nos pas alors que nous descendions. Ginny et Ron se chamaillaient, rires et piques fusaient comme si de rien n'était. Comme si la guerre n'avait pas déjà frappé à leur porte. Je me demandais comment ils faisaient. Comment ils arrivaient à plaisanter, à rire, alors qu'ils avaient perdu un frère à peine plus d'un mois auparavant ? Comment ils pouvaient encore se permettre cette insouciance, comme si tout était normal ? Leur capacité à se détacher de la réalité me serrait la poitrine. Et je leur enviai tellement ce pouvoir.

L'odeur du ragoût envahit mes narines avant même que nous n'atteignions la cuisine. Je n'avais pas vraiment faim. Pourtant, chaque senteur, chaque vapeur m'atteignait comme un coup de poignard, me frappant en plein cœur, m'arrachant à mes pensées. Cette odeur qui aurait dû être réconfortante, me donnait presque la nausée. Je n'avais pas faim, non. J'avais l'impression que ça faisait une éternité que je n'avais pas eu faim. Je ne savais plus ce que ça faisait d'avoir réellement faim, comme si une partie de moi s'était éteinte, noyée sous des mois de luttes, de pertes et de culpabilité. Je n'étais plus capable de savourer, d'apprécier quoi que ce soit.

En franchissant le seuil de la cuisine, je sentis une tension différente.

Un silence, lourd. Puis…

— Surprise !

Neville se figea. Ses yeux s'écarquillèrent, déconcertés, avant qu'un sourire émerveillé se dessina sur son visage. Pendant un instant, il parut changé… Si jeune. Si pur. Si loin de l'adolescent qui avait vu sa maison brûler.

Les visages qui l'entouraient étaient illuminés d'une chaleur indéniable. Chacun semblait porter une lueur de réconfort, comme un havre de paix dans cette tempête de douleur. Pourtant, pour moi, cette chaleur n'avait rien de réconfortant. Elle m'écrasait presque, me rappelant ceux que je n'avais pas pu sauver.

Arthur s'approcha de moi, un sourire sincère aux lèvres.

— Harry. Dit-il doucement, avec bienveillance.

Et sans le vouloir, il raviva la douleur qui me tenait. Parce que je savais que c'était à cause de moi que Percy n'était plus là. Si j'avais agi autrement, peut-être que ce sourire serait aujourd'hui adressé à son fils.

— Je suis content de te revoir. Dit Arthur, presque trop gentiment.

Je ne pouvais pas accepter cela. Comment pouvais-je mériter ce sourire, cette chaleur ? Moi qui avais causé la mort de Percy ?

Arthur attendait une réponse, mais je ne trouvais pas les mots. La culpabilité me paralysait, m'étouffait. Et dans mon silence, j'aurais voulu tout lui crier. Mais je restai figé, incapable de briser ce poids.

Heureusement, la voix de Molly, joyeuse et enjouée, me tira de ma torpeur. J'hochais la tête, la gorge nouée, tandis que la culpabilité m'écrasait encore plus.

— Allez, tout le monde à table avant que tout ne refroidisse !

Les conversations reprirent, les rires se mêlèrent aux discussions joyeuses, et un semblant de normalité s'installa autour de la grande tablée. Tout le monde se servit, et je me forçai à remplir mon assiette de quelques cuillères de ragoût. Il le fallait. Pourtant, chaque bouchée semblait plus lourde que la précédente, comme si la chaleur du plat ne pouvait pas dissiper le froid intérieur qui m'étreignait.

Autour de moi, les voix débordaient de légèreté et d'espoir, mais en moi, c'était l'hiver. Le froid sourd, celui d'un cœur trop lourd, saturé de culpabilité, de doutes et de souvenirs. Les rires me semblaient lointains, comme un écho d'une autre réalité. Une réalité que j'aurais voulu toucher, mais qui se dérobait à chaque instant.

Le contraste entre la chaleur de cette maison et le froid glacial qui me mordait l'âme était presque insupportable.

Je les observais en silence. Ils m'avaient accueilli, offert du réconfort, et pourtant, une partie de moi refusait d'y croire. Ils étaient là, ils me souriaient, mais au fond, je savais que tout cela n'était qu'une parenthèse.

Combien d'entre eux seraient encore là dans quelques mois ?

Combien survivraient à cette guerre qui dévorait tout sur son passage ?

Combien connaîtraient la même fin tragique que Tonks ou Percy ?

La guerre ne faisait pas de distinction. Elle frappait sans pitié, sans se soucier de la bonté de leur cœur ou de leur mérite. Et je savais que les prochaines pertes, celles qui me briseraient à coup sûr, étaient inévitables. La peur de voir disparaître chacun de ceux qui m'entouraient me rongeait de l'intérieur.

Et quand tout serait fini, qui resterait-il ?

Qui pourrait encore supporter le poids des souvenirs ?

Qui ne culpabiliserait pas d'avoir survécu alors que tant d'autres seraient tombés ?

Je savais que je ne serais pas capable de porter tout cela. Que la douleur me briserait à jamais. Et qu'alors, il ne resterait plus que l'ombre des souvenirs et la froideur de mon cœur.

Je détournai le regard, me concentrant sur mon assiette, évitant de les regarder trop longtemps. J'avais l'impression qu'un fil invisible me reliait à eux, et que chaque seconde que je passais ici, parmi eux, était un instant que je risquais de perdre.

Peut-être qu'un jour, je me forcerais à me souvenir de ces moments.

Mais pour l'instant, tout ce que je pouvais faire, c'était respirer. Survivre.

Et espérer qu'à la fin, il resterait quelque chose à quoi me raccrocher.

La soirée continua dans le salon, et bientôt, la radio grésilla et diffusa une mélodie. Luna tourna doucement sur elle-même, comme déconnectée du reste du monde. Fred et George furent les premiers à transformer le moment en chaos joyeux, dansant ensemble d'un pas exagérément dramatique, s'inclinant avec des rires bruyants. Hermione et Ginny, prises dans leur enthousiasme, se joignirent à eux, riant des pitreries des jumeaux.

Neville, un peu hésitant, finit par rejoindre Luna sur la piste improvisée. Elle lui tendit la main avec douceur, et il se laissa entraîner, son visage illuminé d'une tendresse sincère. Ils bougèrent ensemble, maladroits mais heureux, dans une bulle qui semblait exclure tout le reste.

Molly et Arthur, leurs regards remplis d'affection, échangèrent quelques pas de danse eux aussi, dans une harmonie presque naturelle. Plus loin, Sirius attrapa la main de Remus, un sourire en coin. Remus leva les yeux au ciel mais ne résista pas longtemps, acceptant finalement l'étreinte alors que Sirius l'entraînait dans un tourbillon léger.

Je les regardai tous, immobile, en retrait. Je n'avais pas la tête à danser. Pas à rire non plus. J'observai simplement. M'efforçant de graver ces instants dans ma mémoire, pour m'y raccrocher quand la guerre toucherait à sa fin.

Ron s'approcha discrètement et se posta à mes côtés, les bras croisés, son épaule frôlant la mienne dans un geste à la fois anodin et rassurant.

— Tu vas rester planté là toute la soirée ?

Je haussai les épaules, le regard toujours perdu sur la scène devant moi.

— Et toi ? Pourquoi tu ne les rejoins pas ?

Il poussa un léger soupir, amusé.

— Tu sais très bien que je suis un piètre danseur.

Sa voix était empreinte d'une autodérision qui m'arracha un sourire malgré moi, un sourire fugace, presque involontaire. L'image du bal du Tournoi des Trois Sorciers me revint en mémoire : Ron, raide comme un balai, traînant ses pieds avec maladresse aux côtés de Padma, un mélange d'ennui et de frustration peint sur son visage. C'était un souvenir lointain, une autre époque, un temps où nos préoccupations semblaient bien plus simples.

Il me scruta un instant, comme pour s'assurer que son trait d'humour avait touché juste, puis reporta son attention sur la pièce, sur la danse et les éclats de rire qui emplissaient la pièce.

— Ça fait du bien, tu ne trouves pas ? Juste… Oublier un peu.

J'aurais aimé être d'accord. J'aurais aimé me laisser porter par la musique, par l'instant, par cette illusion d'insouciance qui baignait la pièce. Mais mon regard dériva vers Neville et Luna, riant doucement l'un contre l'autre, et une ombre glissa sur mon cœur. Un poids, diffus mais tenace, se logea à nouveau dans ma poitrine.

Je me souvenais du jeune serveur. De la chaleur de son regard, de sa main frôlant la mienne. Peut-être que j'aurais pu avoir ça, moi aussi. Même si ce n'était que pour un court moment. Un instant suspendu dans le tumulte de nos vies.

Ron sembla deviner mes pensées, ou du moins une partie. Il ne chercha pas à les bousculer ni à m'arracher à mon silence.

— Ça viendra, tu sais. Toi aussi tu connaîtras ça.

Sa voix n'avait rien d'un vain espoir ou d'une promesse creuse. Juste une certitude tranquille, celle d'un ami qui voulait y croire, même à ma place.

Je détournai les yeux, l'ombre d'un sourire amer sur les lèvres.

— Si on survit jusque-là.

Il ne répondit pas. Il n'y avait rien à répondre à ça. Mais il resta là, à mes côtés, stable, indéfectible, comme une ancre dans cette mer d'incertitude.

Et alors que les autres se laissaient emporter par la musique, je restai là, à l'ombre de leur insouciance, les observant comme si ce monde léger m'échappait encore. Cette distance, cette séparation que j'avais moi-même créée, persistait, et je n'arrivais pas encore à la franchir. Pourtant, quelque chose en moi commençait à s'adoucir, à reconnaître cette chaleur familière des rires autour de moi. C'était peut-être le début d'une ouverture, de quelque chose que je croyais perdu. Mais pour l'instant, je n'étais pas encore prêt à m'y perdre à nouveau.