Bonjour !
Merci pour les nombreux passages !
Bonne lecture ! Et à bientôt ...
PaddyLondubat
Disclaimer :
L'univers et les personnages appartiennent à J.K. Rowling.
Chapitre 7
Un instant de calme
Harry
La lumière dans le jardin était encore douce. L'aube teintait le ciel de nuances pâles, et l'air, encore frais, portait l'odeur de l'herbe humide. C'était devenu mon moment préféré de la journée, un instant suspendu où l'agitation du monde semblait lointaine, presque irréelle. Là, sous cette lumière tamisée, je pouvais respirer sans difficulté, loin du poids des regards et des attentes.
J'avais pris l'habitude de me lever tôt, avant que la maison ne s'éveille. Sortant de ma chambre sur la pointe des pieds, mes baskets à la main, vêtu simplement d'un jogging et d'un t-shirt devenu un peu plus ajusté au fil des semaines. Je ne savais pas exactement quand le changement avait commencé, mais je le sentais dans la façon dont mes vêtements épousaient un peu mieux mes épaules, dans la légèreté de mes mouvements, dans la tension discrète mais présente sous ma peau.
Le silence m'aidait à me concentrer. Une fois dehors, je laissai l'air frais remplir mes poumons et fermai les yeux un instant. Puis, méthodiquement, je m'étirai sur la pelouse, sentant la souplesse nouvelle dans mes muscles. Les pompes étaient devenues un exercice presque habituel. Mes bras ne tremblaient plus sous l'effort comme avant ; au contraire, la répétition des mouvements m'apportait une sorte de contrôle, un équilibre. Je sentais la chaleur envahir mes muscles, réveiller mon corps encore engourdi par le sommeil. L'adrénaline montant progressivement, comme un feu qui s'allumait lentement, consumant les derniers vestiges de la fatigue.
Puis, je me mis à courir.
Au début, c'était une foulée rapide, presque une échappatoire. Chaque pas frappait le sol avec régularité, le bruit sourd de mes baskets se mêlant au chant discret des oiseaux. J'avalais la distance sans réfléchir, juste concentré sur le rythme de mon souffle, sur la façon dont mon corps répondait. Mon endurance s'était améliorée. Là où, quelques semaines plus tôt, j'aurais peiné après quelques minutes, je pouvais maintenant tenir plus longtemps, pousser plus loin.
Et puis, lorsque l'épuisement m'étreignit enfin, je ralentis doucement. Mon cœur battait à un rythme soutenu, mais maîtrisé. Le souffle court, je laissai l'air frais s'engouffrer dans mes poumons, un picotement agréable parcourant mes muscles fatigués. Mes mains vinrent effleurer l'ourlet de mon t-shirt collé à ma peau par la sueur, témoignage silencieux de l'effort accompli.
Je n'étais plus le même.
Physiquement, mentalement. Mon corps avait changé, s'était renforcé, et avec lui, quelque chose en moi s'était affirmé. Plus de contrôle. Plus d'équilibre. Moins de doutes.
L'aube était mon refuge, et l'effort mon exutoire.
Après quelques derniers étirements, je m'installai sur le banc en pierre, la fraîcheur de la surface traversant légèrement le tissu de mon jogging. L'air du matin, encore frais, caressa ma peau tandis que je prenais une profonde inspiration.
Cette fois, je n'avais pas oublié de prendre mon carnet, celui qu'Hermione et Ron m'avaient offert quelques semaines auparavant. Je le sortis doucement de ma poche, le poids du cuir contre ma paume me semblait déjà familier, rassurant. C'était un petit carnet, simple, sans fioritures, mais dont la texture lisse et légèrement usée sous mes doigts m'apaisait déjà. Son odeur discrète de papier neuf se mélangeait à celle de l'herbe humide du jardin, et pendant un instant, je restai là, immobile, à le tourner lentement entre mes mains.
Je l'ouvris lentement, laissant mes doigts effleurer les pages encore vierges. Elles semblaient m'attendre, patientes et silencieuses, prêtes à recueillir ce que je n'avais jamais osé dire à voix haute.
Puis, mes yeux tombèrent sur la première page, où une écriture fine et appliquée contrastait avec la blancheur du papier. Je reconnus immédiatement l'élégante calligraphie d'Hermione, cette écriture que j'avais tant de fois vue sur des parchemins annotés, dans ses lettres et ses devoirs méticuleusement rédigés. Sa voix résonna presque dans mon esprit, douce mais ferme, comme si elle me lisait ces mots elle-même :
Harry,
Je sais que tu gardes beaucoup trop de choses pour toi, et je ne vais pas te forcer à parler.
Je m'arrêtai un instant, avalant discrètement ma salive. Les mots simples, mais pleins de sincérité, me touchèrent plus que je ne l'aurais cru.
Tu as toujours porté plus de poids que n'importe qui ne le devrait, et tu ne t'en plains jamais. Mais j'espère que ce carnet pourra être un espace pour toi, un endroit où tu pourras déposer tes pensées, même celles que tu n'oses pas dire.
Écris, dessine, rature, défoule-toi. Fais-en ce que tu veux, mais ne garde pas tout pour toi. Et si un jour tu veux en parler, tu sais où me trouver.
Je sentis ma gorge se serrer légèrement. Hermione avait toujours eu ce don étrange de savoir ce dont j'avais besoin avant même que je le réalise moi-même.
Tu n'es pas seul, Harry. Et tu ne le seras jamais.
Hermione
Je passai ma main sur les lettres, comme pour mieux les ancrer en moi. Il y avait une douceur tranquille dans ces quelques lignes, une chaleur discrète mais constante. C'était un rappel silencieux de tout ce que nous avions traversé ensemble, de cette confiance inébranlable qu'elle avait toujours placée en moi. Parfois, j'avais l'impression de la connaître depuis toujours, comme si elle avait toujours été là, veillant sur moi avec cette patience inflexible.
Je pris une inspiration tremblante et laissai mon regard descendre sur le reste de la page. Juste en dessous, une autre écriture, plus grande, plus irrégulière, comme si les mots avaient été tracés à la hâte. Avant même de lire, je sus que c'était Ron.
Mon pote,
Honnêtement, je ne sais pas trop quoi écrire. Hermione est bien meilleure pour ce genre de choses, mais je vais essayer.
Tu peux écrire ici, si ça t'aide. Ou pas. Mais quoi qu'il arrive, si un jour t'as besoin de vider ton sac, je suis là.
Et puis, si t'as besoin de quelqu'un pour se foutre de la tête de Malfoy avec toi, ou pour faire une connerie qui nous vaudra une heure de retenue, je suis ton homme.
Après si jamais t'as besoin qu'on t'empêche de cogner quelqu'un… ou si tu veux qu'on cogne quelqu'un ensemble, compte sur moi.
Je veux juste que tu saches que tu peux toujours compter sur moi. Peu importe l'heure, peu importe la raison.
Ron
Un rire discret m'échappa alors que je passai mon pouce sur l'encre légèrement plus appuyée, témoin de la main lourde et peu habituée à écrire de Ron. C'était simple, direct, sans détour, mais j'y retrouvai toute la sincérité dont il était capable. Il ne s'embarrassait pas de phrases compliquées ou de longs discours, mais je savais que ces quelques mots portaient tout le poids de notre amitié.
Je relus leurs messages une dernière fois, laissant leur signification s'ancrer profondément en moi. Ce n'était pas grand-chose, et pourtant, cela me faisait un bien fou. Savoir qu'ils pensaient à moi, qu'ils avaient pris le temps d'écrire ces mots… Ce simple geste avait une importance pour moi, même si j'avais du mal à mettre des mots dessus.
Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je refermai doucement le carnet, mes doigts caressant distraitement la couverture. Instinctivement, je le serrai contre ma poitrine, comme s'il pouvait ancrer en moi cette chaleur qui m'avait envahi. Pendant un instant, je me sentis plus léger, comme si un poids invisible s'était temporairement dissipé.
Je regrettai presque de ne pas avoir ouvert ce carnet plus tôt.
— Tu réalises que c'est les vacances, pas un camp d'entraînement, hein ? Demanda-t-il en descendant les marches du perron.
Je sursautai légèrement en entendant la voix amusée de Sirius derrière moi. Il se tenait dans l'encadrement de la porte de la cuisine, les bras croisés, un sourire en coin.
— J'aime bien me lever tôt. Répondis-je en haussant les épaules.
— Ah, donc en plus de prendre du muscle, tu deviens un lève-tôt... Tu es sûr que tu es bien Harry Potter et pas un imposteur ?
Je levai les yeux au ciel, un sourire aux lèvres.
— Très drôle.
Il s'approcha de moi, les mains dans les poches, puis s'accroupit pour me détailler d'un regard curieux.
— Plus sérieusement... Ça te va bien.
Je haussai un sourcil, surpris.
— Quoi donc ?
— Ce changement. Tu es différent de l'année dernière, mais... Ce n'est pas une mauvaise chose. Enfin, sauf si tu te mets à citer Merlin à tout bout de champ, dans ce cas, on aura un problème.
Je lâchai un petit rire et Sirius se releva, tapotant son pantalon comme pour en enlever un peu de poussière.
— Prêt pour une nouvelle séance d'Occlumencie ?
Je hochai la tête, toujours aussi nerveux. Mais alors que j'avais redouté ces entraînements les premiers jours, j'étais désormais curieux de voir où cela me mènerait.
— Oui. Mais... Est-ce qu'on pourrait rester dans le jardin ? Je ne sais pas… Je me sens bien ici.
Sirius sembla hésiter un instant, puis acquiesça.
— D'accord, si tu penses que cela peut t'aider. On va s'asseoir dans l'herbe alors.
Il s'installa en tailleur à quelques pas de moi et j'en fis autant, face à lui. La sérénité qui régnait dans le jardin contrastait avec l'agitation habituelle de mon esprit. Et pour la première fois depuis longtemps, je me sentais presque en accord avec ce calme.
Sirius me fixa un instant, comme pour vérifier que j'étais vraiment prêt.
— Comme d'habitude, on va commencer par un peu de méditation. Respire profondément et laisse ton esprit se vider. Sens-le s'apaiser. Il faut que tu apprennes à faire le vide, pour pouvoir contrôler tes émotions avec plus de facilité.
Je fermai les yeux et inspirai profondément. Mon corps se détendit rapidement tandis que je me concentrais sur ma respiration. J'écoutais le bruissement des feuilles, le chant lointain d'un oiseau, le léger craquement du bois de la maison qui chauffait sous le soleil naissant. Peu à peu, les pensées parasites qui bouillonnaient d'ordinaire dans ma tête s'effacèrent, comme si je pouvais les laisser glisser sans lutter contre elles. Je sentis un poids s'ôter de mes épaules. Et bientôt, il ne resta que moi, l'herbe sous mes doigts et cette sensation de calme absolu.
— Bien, Harry. Je pense que tu as assez médité. Maintenant, je vais pénétrer ton esprit pour voir si tu es parvenu à faire le vide. Reste concentré.
Je sentis sa présence à côté de moi, sa voix calme mais légèrement tendue. Je pris une nouvelle inspiration profonde et me concentrai encore plus. Mon esprit était... vide. Mon corps ancré dans l'instant, comme en suspens.
Puis la pression qu'il exerçait sur mon esprit disparut, sans douleur cette fois. Je rouvris les yeux. Sirius me fixait avec fierté.
— Tu as réussi, Harry... Tu as fait le vide. C'est un véritable progrès. Comment tu te sens ?
Un sourire se dessina sur mon visage. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti une telle sérénité. Pour la première fois, mon esprit était vraiment... En paix.
— Bien. J'ai l'impression d'être… Sur un nuage.
Sirius se redressa et s'étira, me lançant un regard approbateur.
— Continue de méditer à chaque fois que tu en as l'occasion. On poursuivra nos entraînements jusqu'à la rentrée. Et si tu veux continuer après ça, tu pourras toujours demander à Ron de t'aider, il commence à avoir de sérieuses bases en Légimencie aussi. Tu as fait du bon travail, Harry. Je savais que tu y arriverais.
J'hochai la tête, heureux.
Je le regardai s'éloigner vers la maison, mais je restai là, assis dans l'herbe, savourant encore quelques instants ce sentiment de bien-être. Puis, sans réfléchir, je sortis mon carnet et la plume qu'Hermione avait ajoutée avec.
Et je me mis à écrire.
J'écrivis sur ma réussite. Sur la sérénité que j'en ressentais.
Sur la première fois, depuis des mois, où mon esprit m'appartenait enfin.
