Un Survivant pas comme on ne s'y attendrait
Samain était une fête ordinairement calme chez Severus Snape. Depuis qu'il était allé au-delà de l'éducation fournie par Poudlard, il s'était rendu compte que la nouvelle génération partait dans la vie active avec des handicaps très sérieux vis-à-vis de la Magie. Les sangs purs et les sangs mêlés dont le parent magique était sang pur, qui n'auraient pas oublié les origines de la Magie, s'en sortaient relativement bien – sauf quand leurs esprits avaient été empoisonnés par les chants de sirènes de différents «grands» personnages – mais le reste de la population restait dans l'ignorance la plus totale.
Mais bref, ce n'était son problème.
Avec Loki, ce jour-là, il avait rendu hommage à sa mère, morte quelques années plus tôt, ainsi qu'aux quelques amis proches morts durant la guerre. Les offrandes disparurent rapidement et Severus s'appuya lourdement sur son compagnon.
-Arrête de croire que c'est ta faute, souffla Loki. Si tu y crois, tu leur retires leur humanité, parce que tu penses qu'ils sont incapables de prendre leurs propres décisions. Peut-être qu'ils ont été trompés ou qu'ils ont mal interprété les faits, mais tu n'es pas coupable de ce qui leur est arrivé.
Severus soupira. C'est vrai qu'il ne devrait pas culpabiliser mais c'était plus fort que lui. Surtout avec le bruit qu'il entendait arriver.
-Oncle Sev! Oncle Loki! s'écria une petite voix
-Du calme, jeune homme, sourit Loki. Nous ne sommes pas sourds!
Pour toute réponse, le garçon de dix ans se cala entre ses deux parents pour un câlin improvisé.
La peine de Severus revenait régulièrement à Samain justement à cause de cet enfant. Huit ans auparavant, Voldemort s'était introduit dans l'une des propriétés du clan Potter, plus précisément celle où Lily et James s'étaient réfugiés avec leur fils Harry, et avait tué les deux adultes. Il avait tenté de s'en prendre à l'enfant mais son sort s'était retourné contre lui et il avait disparu. Le bébé était donc devenu orphelin beaucoup trop tôt. La magie familiale avait ensuite activé la dette de vie et Severus en était devenu le tuteur exclusif.
Tandis qu'Harry s'endormait entre eux, Loki l'entoura d'une bulle de silence, sentant que son compagnon avait besoin de parler.
-Il va falloir qu'on réfléchisse pour Poudlard, soupira Severus. Je n'aime pas l'idée de le laisser à la portée de ce manipulateur …
-Aie confiance en toi, sourit Loki. Harry est aussi bien éduqué que si son grand-père Richard était encore vivant et tu le sais aussi bien que moi.
-Oui, mais … protesta Severus.
-En plus, coupa Loki, nous savons tous les deux que les postes de professeur de potions, de défense et de soins aux créatures magiques sont à pourvoir. Si tu y tiens tant, nous pourrons être également à Poudlard pour veiller sur notre fils.
Severus eut un sourire niais. Loki et lui étaient en couple depuis son dix-huitième anniversaire et ne s'étaient jamais séparés. Ils vivaient heureux et il pouvait dire honnêtement que sans lui, il aurait fait de nombreuses erreurs. Ils avaient élevé ensemble Harry après la mort de ses parents et même si le garçon les appelait oncle, ils savaient qu'il les considérait comme ses parents et eux comme leur fils. Quand il le disait à voix haute, ça lui faisait toujours cet effet. Oui, il était fier d'Harry.
-Ensuite, poursuivit Loki, ta boutique peut parfaitement se tenir toute seule. S'il y a besoin, tu pourras toujours te déplacer mais pour cela, il va falloir modifier complètement ton contrat d'embauche. Je suis persuadé que Dumbledore ne reculera devant rien pour recruter le plus jeune maître de potions de ce siècle. Ça fait tellement longtemps que les Britanniques ne se sont pas distingués à l'international et je suis persuadé qu'il sait parfaitement que c'est sa faute.
Loki eut un sourire railleur. Ils avaient eu le temps de voyager cette dernière décennie et la réputation de la Grande Bretagne ne faisait que chuter depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale moldue. Le point commun? Albus Dumbledore qui s'était immiscé dans toutes les sphères de la société du pays, porté par sa victoire sur Gellert Grindelwald.
-Tu ne m'en voudras pas? s'inquiéta Severus
Loki embrassa son compagnon.
-Je veux te voir heureux, rappela Loki. Et si ça veut dire te voir enseigner dans cette école pendant dix mois, alors soit. Je trouverai un moyen de m'occuper ou pour te suivre, au choix.
Severus lui rendit son baiser.
-Je t'aime, souffla Severus.
-Je t'aime aussi, sourit Loki. Et le petit bout de chou entre nous aussi …
Severus éclata de rire.
§§§§§
-Potter, Harry.
Les murmures s'intensifièrent à l'entente du nom du Survivant. Le brun ne leur prêta pas attention en grimpant sur l'estrade et coiffa le Choixpeau.
-Bienvenue à Poudlard, Harry Potter, ou devrais-je dire Hadrian Potter-Prince, salua le Choixpeau.
-Merci, sourit Harry.
-Tu n'as pas l'air d'être étonné de m'entendre parler, constata le Choixpeau.
-Mon oncle m'avait prévenu, répondit simplement Harry.
-Tu as un oncle très puissant, félicita le Choixpeau. J'aimerai lui parler quand toute cette histoire sera terminée, il comprendra parfaitement de quoi je parle.
-D'accord, fit Harry, ne comprenant pas de quoi l'artefact parlait.
-Je vois beaucoup d'ambition et de désir de faire tes preuves, nota le Choixpeau. Mais tu as l'air conscient, et ta famille aussi, qu'appartenir à la maison Serpentard ne serait pas une bonne idée.
-Je ne préférerai pas, déclara Harry. Quelle maison me conseillerez-vous?
-Si tu avais le choix? sourit le Choixpeau
-S'il vous plait, pas Gryffondor! supplia Harry
-Effectivement, tu es bien plus réfléchi qu'eux, rit le Choixpeau. Il nous reste donc deux maisons et puisque c'est à moi de choisir, tu seras à …
-SERDAIGLE!
Un silence de mort suivit l'annonce. Les applaudissements mirent quelques instants à venir mais ils étaient particulièrement surpris. Pas perturbé pour deux sous, Harry se décoiffa, posa l'artefact sur le tabouret et observa discrètement les professeurs pendant qu'il gagnait la table de sa nouvelle maison. La plupart des professeurs étaient vraiment surpris qu'il soit envoyé à Serdaigle mais seul Dumbledore était furieux qu'il y aille. Il prit place et attendit la suite de la répartition. Minerva McGonagall, qui égrenait la liste, mit quelques instants à se reprendre avant de poursuivre.
A la table des professeurs, seul Severus Snape, le nouveau professeur de potions, gardait un semblant de sourire. Visiblement, pour les adultes présents, Harry Potter aurait dû aller à Gryffondor et nulle part ailleurs, la faute aux différentes interviews d'Albus Dumbledore qui, au cours des dernières années, avait déclaré être très proche du Survivant et assurer qu'il avait le caractère d'un Gryffondor.
Quel dommage que l'enfant ait déjoué tous les pronostics …
Quand Loki et lui avaient accepté que leur fils aille à Poudlard, ils se doutaient qu'il allait devoir infirmer une à une toutes les idées fausses que Dumbledore avait mises dans la tête du peuple sorcier. En tant que parent, Severus savait que cette ineptie d'appartenir à la maison des lions serait impossible. Harry était un enfant équilibré mais son plus grand trait de caractère n'était pas son courage mais son projet de vie. En effet, l'enfant voulait pouvoir aider les autres et devenir médicomage, peu importe ce qu'on attendrait de lui. Son ambition était la plus forte et même Loki, qui était pourtant particulièrement borné, s'y était cassé les dents. Connaissant sa passion dévorante, Serdaigle était tout indiqué pour lui apprendre ce qu'il voulait.
Du coin de l'œil, le professeur de potions observa son directeur qui ne semblait pas heureux de cette répartition. En tant que nouveau directeur de Serpentard, il avait eu l'occasion de discuter avec les directeurs de Serdaigle et de Poufsouffle à l'abri des oreilles indiscrètes et savait que Gryffondor, déjà intolérante pendant sa propre scolarité, avait gagné en arrogance au fil des années. Si le Survivant était arrivé dans cette maison, alors elle se serait crue supérieure à tout et à tous. Mais surtout, Albus Dumbledore aurait eu un accès aisé à cet enfant pour l'éduquer comme il le souhaitait.
Severus fronça brièvement des sourcils. Personne ne savait qu'il avait récupéré Harry car le directeur avait déclaré qu'il s'occuperait personnellement de mettre en sécurité le Survivant. Cela ne s'était pas fait comme il l'avait prévu mais d'après les suppositions de Loki qui s'était penché sur l'histoire, Harry aurait été plus que réceptif aux suggestions du directeur s'il n'avait pas vécu avec eux. Le danger était désormais écarté, mais pour un temps. Son fils était le nouvel héros de la Grande Bretagne sorcière et maintenant qu'il avait une vie publique, la réputation de Dumbledore perdait en prestige à son profit. C'était une situation à surveiller attentivement.
Il retourna son attention sur la fin de la répartition.
L'année scolaire commençait enfin.
§§§§§
-Bonjour Neville! salua Harry. Est-ce que je peux m'asseoir à côté de toi?
-Bien sûr, sourit timidement Neville.
Le brun s'assit aux côtés de son ami et ils commencèrent ensemble leurs devoirs.
Le Survivant n'était clairement pas ce que le peuple sorcier pensait. Tous s'attendaient à voir un Gryffondor typique mais c'était tout le contraire qui s'était passé. Il avait raflé sans problème la première classe du classement et quand il n'étudiait pas à la bibliothèque, il rejoignait ses amis dans toutes les maisons. Très vite, il s'était rapproché de Padma Patil à Serdaigle, de Susan Bones à Poufsouffle, de Neville Longbottom à Gryffondor mais également de Théo Nott à Serpentard. Les cinq amis étaient régulièrement ensemble et s'acceptaient malgré leurs maisons respectives. Bien entendu, sans pour autant s'intéresser aux autres, ce petit groupe s'était fait de nombreux ennemis, à commencer par Ronald Weasley, qui ne supportait pas que le Survivant n'ait pas voulu devenir son ami et surtout, qu'il fraye avec des Serpentards. Les plus vieux, qui avaient des parents mangemorts ou qui étaient morts peu de temps avant que Voldemort disparaisse, avaient voulu se venger mais l'enfant était doué pour esquiver ou pour répliquer sans paraître vulgaire ou violent.
Cependant, malgré les attaques, très peu de professeurs réagissaient. Ou plutôt, n'avaient pas le droit de réagir. En effet, après les premières réactions négatives à l'encontre d'Harry, Albus Dumbledore avait décrété qu'il ne s'agissait que de querelles d'étudiants, même quand le brun était arrivé à l'infirmerie avec plusieurs plaies sur le corps dues à des sorts de magies interdites dans l'enceinte de l'école. Heureusement, mis à part Minerva McGonagall, les directeurs de maison passaient outre les ordres du directeur et punissaient sévèrement les agresseurs.
-Harry?
Le brun se retourna et croisa un regard rempli de larmes.
-Viens t'asseoir, pria Harry.
Galant, Neville tendit un mouchoir à la fillette.
-Qu'est-ce que ce crétin de Weasley t'a encore dit, Hermione? grogna Harry
La brune essuya ses larmes.
-Il dit que je n'ai pas d'ami, renifla Hermione.
-Dit celui qui n'en a pas non plus, siffla Harry. Ne l'écoute pas, contrairement à lui, tu as des amis, en commençant par moi.
-Hein? hoqueta Hermione
-Je suis ton ami, assura Harry. Et s'il est d'accord, tu peux apprendre à connaître Neville pour devenir le sien, n'est-ce pas?
-Oui, sourit doucement Neville.
-Tu as des amis, répéta Harry. Contrairement à ce balourd de Weasley. Donc ne l'écoute surtout pas, c'est lui qui se retrouvera bête et seul.
Hermione renifla une dernière fois avant de sourire.
Le groupe venait encore de s'agrandir.
