Des secrets qui ne devraient pas être là
-Un chien à trois têtes? répéta Severus
-C'est ça, confirma Harry. Ce sont des élèves en classes d'ASPIC qui me l'ont dit.
Severus soupira. En sachant qu'il leur serait difficile de se voir, il avait acheté à l'étranger un lot de miroirs à double sens pour qu'ils puissent communiquer en toute discrétion. Bien pratique quand la moitié de l'école collait aux basques du Survivant.
-Raison de plus pour que tu n'y ailles pas, décréta Severus. Je suis persuadé que Loki pourra t'en faire découvrir un sans qu'il ne soit caché derrière une porte.
-De toutes les façons, Loki m'a toujours dit que quand une créature magique était enfermée, il ne fallait pas s'attendre qu'elle soit docile, haussa des épaules Harry. En plus, je ne sais pas comment elle a été traitée donc je ne préfère pas risquer de me faire blesser.
-Bon garçon, fit Severus. Comment la présence de ce cerbère est venue dans la conversation?
-En fait, Padma se plaignait que Weasley n'arrête pas de me harceler pour aller dans le couloir interdit, répondit Harry. Comme les grands écoutaient, ils nous ont dit ce qu'il y avait là-bas.
Severus se retint de se frapper la tête contre les murs. Quand il avait appris la présence de la pierre philosophale au sein de l'école, il n'avait pas hésité à s'opposer, mettant en avant la sécurité des élèves. De plus, personne ne l'avait trouvé en plusieurs siècles, quel besoin y avait-il donc de la sortir de sa cachette? Albus Dumbledore leur avait même avoué à mots couverts que le cambriolage de Gringotts avait un lien direct avec la pierre qui transitait au même moment par la banque mais ça ne lui avait même pas effleuré l'esprit de la rendre à ses propriétaires quand il avait découvert à quelles extrémités pouvaient aller ceux qui convoitaient ce trésor. Et les épreuves censées empêcher un éventuel voleur de s'approcher … Tout né de sorciers savait comment passer un cerbère et un filet au diable avant même d'arriver à Poudlard! Les difficultés augmentaient avec l'enchantement de Filius et la métamorphose de Minerva mais quand il en avait discuté avec le directeur de Serdaigle et de Poufsouffle, ses soupçons s'étaient vus confirmés: ni Pomona ni Filius n'avaient eu le choix de son épreuve. Tout comme lui, ils avaient dû mettre en pratique l'idée du directeur et déplorer la faiblesse de la protection, quand ce n'était pas son orientation. En effet, quand Filius lui avait fait part de son épreuve où des talents sur un balai étaient requis, et plus exactement ceux d'un attrapeur, Severus avait fait le parallèle avec la nouvelle place d'attrapeur remplaçant d'Harry dans l'équipe de Serdaigle. Pour Pomona, la passion de Neville Longbottom pour sa matière était largement reconnue, pour Minerva, les talents – peu spectaculaires, d'après quelques élèves des différentes maisons qui avaient eu l'occasion de l'affronter – aux échecs de Ronald Weasley étaient connus car il s'en vantait sur tous les toits et enfin, tous les professeurs s'accordaient sur la logique surprenante d'Hermione Granger, ce qui était la base de son épreuve de potions.
Severus se secoua. Ce n'était pas le moment de s'arrêter sur le schéma qui se dessinait où Harry Potter combattrait le mal avec ses meilleurs amis.
-J'espère pour toi que tu n'as pas l'intention de vérifier par toi-même, ou même tes amis, gronda Severus.
-Non, répondit Harry. Et puis franchement, Loki m'a assez répété que les sorciers britanniques n'avaient aucun respect pour les autres peuples magiques donc qu'il ne fallait pas compter sur eux pour qu'ils n'attaquent pas à vue.
-Je te demande de rester loin de ce cerbère, ordonna Severus.
-Essaie d'abord de le faire comprendre à Weasley, grinça Harry. C'est son but en ce moment.
-Avec plaisir, sourit machiavéliquement Severus.
-Essaie de ne pas le traumatiser non plus, pouffa Harry.
-Je t'aime, fils, fit Severus. Fais-en sorte de ne pas te faire prendre si tu fais des bêtises.
-Je t'aime aussi, Sev, sourit Harry. Tant que je ne me mets pas en danger de mort, je gère.
Tous les deux coupèrent la communication sur ces mots. Severus souffla longuement avant d'arborer un rictus malfaisant.
Certains allaient regretter de s'en être pris à son fils.
§§§§§
Loki sortit sa boussole et regarda la direction dans laquelle elle pointait.
-Droit dans la forêt interdite, fit Loki. Comme c'est surprenant …
Loki n'avait jamais cru aux coïncidences, encore plus quand son fils devait se trouvait au même endroit.
-Mère, souffla Spleinir, les licornes sont inquiètes.
-Je le sais, mon chéri, soupira Loki. Notre priorité est d'éloigner les enfants de la menace. Mais rien ne t'empêche de les prévenir.
-Merci, maman, sourit Sleipnir.
Le jeune homme prit sa forme d'équidé à huit pattes et s'en alla silencieusement dans la nuit.
-Et nous? demanda Fenrir
-Jör, j'aimerai que tu ailles veiller sur Harry, décida Loki. Je n'ai aucune confiance en ce demi-géant pour faire ce qui est juste.
-Oui maman, répondit Jör qui se transforma immédiatement en serpent pour se faufiler dans les bois.
-Fen, mon chéri, traque cette créature dégoûtante, ordonna Loki.
-Avec plaisir, gronda Fenrir.
Le jeune homme laissa place à un immense loup qui s'élança dans la nuit, laissant finalement Loki seul.
Enfin, pas si seul que cela.
-Tu comptes t'en débarrasser aujourd'hui? babilla une silhouette évaporée
-Non, ma chérie, souffla Loki. Ma priorité est d'éloigner la menace de cette école. Honnêtement, on pourrait croire que ce Dumbledore est un incapable mais c'est un vicieux.
-Pourquoi? s'étonna le halo
-Parce qu'il sait tout ce qui se passe sur le domaine, y compris ce qui s'en prend aux licornes, assura Loki.
L'homme tendit l'oreille avant de se mettre en route.
Cela faisait une quinzaine d'années que Loki avait quitté Asgard avec ses enfants pour Midgard. Le couronnement raté de Thor ainsi que l'expédition punitive qu'il avait lancée sur Jötunheim – et où il avait admirablement perdu – avait fait prendre conscience à Frigga qu'il était temps d'arrêter d'excuser toutes les bêtises de Thor parce qu'il était un ase de naissance et de les mettre sur le dos de Loki parce qu'il était un jötun de naissance. Elle avait donc récupéré la régence à la force du poignet, renvoyé le trio paladin et la guerrière dans leurs familles respectives puis enfermé ses fils dans leurs appartements respectifs. Une fois Odin réveillé, elle avait organisé une grande réunion de famille où tout avait été mis à plat, à commencer par les origines de Loki, le harcèlement et la bêtise crasse de Thor et le dénigrement de son cadet par Odin. Pendant vingt-quatre heures, ils s'étaient parlé à cœur ouvert et des décisions avaient été prises. Parmi celles-ci, Thor serait envoyé dans les différents royaumes pour apprendre réellement à être roi sans ses petits amis qui n'avaient pas hésité à martyriser un prince d'Asgard – d'ailleurs, Frigga n'avait eu aucun scrupule à les envoyer à Vanheim pour leur apprendre quelques vertus et notions essentielles – Odin avait officiellement reconnu avoir barboté le troisième fils de Laufey, le roi de Jötunheim pendant la guerre, l'avait rendu à son peuple avec les intérêts en prime et Loki avait récupéré ses enfants.
Pour digérer toutes ses nouvelles, Loki avait donc fait ses bagages pour passer des «vacances» sur Midgard et pour enfin profiter de leur mère, Sleipnir, Fenrir et Jörmangund l'avaient suivi. Le choix de la famille s'était porté sur la Grande Bretagne à cause du chaos induit par la guerre contre Voldemort et ça avait été une complète surprise que Loki tombe sous le charme de Severus, un jeune homme aussi blessé par la vie que lui. Il avait attendu qu'il soit majeur pour commencer à le séduire puis ils s'étaient mis en couple le jour de ses dix-huit ans et ne s'étaient pas séparés depuis. Le jötun était conscient qu'il lui survivrait bien longtemps après sa mort mais il voulait prendre le temps de vivre sans craindre qu'Odin ne débarque pour détruire tout ce qu'il avait pu construire et c'était la première fois que ses enfants acceptaient sans restriction le compagnon de leur mère.
Le soutien puis l'amour de Loki avait permis à Severus de ne pas faire de choix catastrophiques pour son avenir. N'étant plus seul au monde, il ne s'était pas tourné vers les mangemorts après le décès de sa mère et le rejet de Lily et avait pu entamer des études de potions à l'étranger sans vendre son âme au diable, ici Voldemort. Plus jeune maître de potions du continent, il avait préféré ouvrir une boutique de potions, savant mélange entre une boutique d'apothicaire et une pharmacie magique, gardant ainsi sa neutralité pendant la guerre. Pendant ce temps, Loki s'occupait des affaires qu'il avait mises en branle lors de ses derniers passages à Midgard quelques siècles plus tôt et qui rapportaient très gros.
L'arrivée du jeune Harry Potter dans leur foyer n'avait en fait pas changé grand-chose à leur routine. Adorant pouponner, Loki avait pris en charge le nourrisson, permettant à Severus de se faire à son rythme qu'il allait devoir élever le fils de la femme qui lui avait tourné le dos pour une parole malheureuse et de l'homme qui l'avait harcelé durant son adolescence. Grâce à son compagnon et ses fils, il avait rapidement vu Harry au lieu du fils de Lily et de James pour finir par embrasser totalement son rôle de père. Assez intrigué par la manière dont l'enfant leur était parvenu – littéralement par magie – Loki avait mené des recherches sur ce petit bout de chou et avait découvert le pot aux roses: Albus Dumbledore, qui pourtant, n'avait aucun lien de sang ou de magie avec le couple Potter, s'était permis d'abandonner l'orphelin sur le pas de la porte de sa famille maternelle, ouvertement connue pour être réfractaire à la magie. Non magiques, ils n'auraient jamais permis à l'enfant d'appréhender sa véritable nature et en aurait fait un être avec une faible estime de lui voire haineux du monde non magique. Le couple s'était alors empressé de lui fournir les armes dont le vieux sorcier l'avait spolié pour bien commencer la vie.
Quand la légende du Survivant lui était parvenu aux oreilles, Loki avait décidé d'examiner soigneusement le bambin. Outre les derniers bleus offerts par sa famille qui terminaient de disparaître – depuis, il avait eu le temps de le venger en bonne et due forme – le jötun avait découvert un parasite magique dans sa tête. L'arrivée affolée d'Héla, reine d'Hellheim, qui avait reconnu une âme fractionnée auprès de sa mère, leur avait fait découvrir l'existence des horcruxes.
L'extraction du corps du nourrisson faite, Loki avait rapidement travaillé à trouver les autres pour pouvoir les réunifier et livrer l'âme morcelée à la Mort. N'étant pas fan de nécromancie, il avait dû se former longuement auprès des Vanes pour apprendre le rituel de réunification puis celui de purification pour que l'âme puisse passer à Hellheim. De retour sur Midgard, il avait fabriqué une sorte de détecteur d'horcruxes prenant pour référence celui retiré dans le corps du petit Harry puis avait sillonné le pays pour retrouver les autres.
Le plus facile avait été celui qui avait été caché dans l'ancienne demeure des Gaunt. Les protections étaient affaiblies à cause du temps et de la disparition de son créateur mais Loki pouvait reconnaître de la belle magie quand il en voyait, même quand elle servait à de sombres desseins. Pour s'amuser, il fit en sorte de ne bouger aucune protection, tout en récupérant l'artefact. Le bonus avait été quand il l'avait examiné de plus près et qu'Héla lui avait avoué que la pierre enchâssée sur l'anneau parasitée par l'horcruxe était une clé qu'elle avait donnée à un midgardien qui l'avait touchée quelques siècles plus tôt par sa détresse face à la mort subite de sa femme. Il sépara l'anneau de la pierre qu'il mit chacun en lieu sûr.
Récupérer la coupe fut l'objet d'âpres négociations avec les gobelins. Dirigeant la banque des sorciers, ils ne tenaient pas à perdre les rares privilèges qu'ils avaient pu garder après les guerres qu'ils avaient perdu contre les sorciers. Quand il avait entendu cela, Loki s'était promis d'y jeter un œil attentif car cela lui paraissait incohérent. Bref, à ce jour, il avait seulement réussi à pouvoir retirer l'artefact si et seulement s'il arrivait à mettre la main sur le nouveau chef du clan Lestrange ou, par défaut, celui du clan Black. Le jötun avait accepté le compromis, d'autant plus qu'il devait déjà chercher le deuxième pour pénétrer dans la demeure ancestrale de Londres où un horcruxe se trouvait.
Grâce à Severus qui avait gardé sur son conseil des relations cordiales avec ses condisciples de Serpentard, Loki avait pu avoir accès au manoir Malfoy et avait pu récupérer le journal de Voldemort. N'étant pas le dieu des mensonges pour rien, ce fut avec une facilité écœurante qu'il avait pu découvrir comment s'était construit Voldemort et surtout, la présence constante d'Albus Dumbledore dans sa vie, information qu'il mit dans un coin de sa tête.
Curieux, Loki avait accompagné Severus lors de ses premiers jours en tant que professeur de potions à Poudlard. L'école le fascinait, à la fois par les secrets dont elle regorgeait, les protections tissées mais également par leur faiblesse qui semblait être clairement volontaire. Pour en savoir plus, il avait recruté ses fils pour fouiller le domaine. Sleipnir et Fenrir s'étaient répartis dans la forêt interdite, Loki et Jörmungund avaient pris le château. Il avait été surpris que son détecteur s'anime puis furieux en se rendant compte que les protections du château avaient également signalé cette menace mais que le directeur en place n'avait rien fait. Il avait localisé un horcruxe dans le château – et admiré la prouesse magique qu'étaient la salle sur demande – avant de se décider à traquer l'autre horcruxe qui ne tenait pas en place. Horcruxe qui, comme l'avait découvert Sleipnir, se permettait d'attaquer les licornes pour boire leur sang pour survivre.
Quand Harry lui avait annoncé la teneur de sa retenue, Loki avait froncé des sourcils. Des enfants qui ne connaissaient à peine la magie, envoyés en pleine nuit dans un lieu normalement interdit aux élèves pour trouver quelque chose ou quelqu'un qui attaquait les licornes? C'était la catastrophe assurée, un traumatisme au minimum, la mort de plusieurs élèves si on voulait aller dans l'extrême, peu importe qu'un demi-géant, incapable d'utiliser la magie car renvoyé après trois ans d'apprentissage, soit là pour les protéger. C'était pour cette raison que Loki était là avec ses fils et qu'il avait bien l'intention de donner une bonne leçon à Dumbledore. Grâce à plusieurs enchantements, il cantonna les élèves à l'orée de la forêt sous la surveillance de Jör et laissa le demi-géant s'enfoncer sous le couvert des arbres, sans qu'il ne remarque que les enfants ne le suivaient pas.
-Mère? appela Fenrir
-Oui mon chéri? sourit Loki
-Je l'ai retrouvé, annonça Fenrir.
-Bien, fit Loki. Chasse-le, nous nous en occuperons un autre jour.
-Oui, maman, répondit Fenrir.
Très vite, les hurlements de rage retentirent dans les airs, terrorisant les élèves. Loki laissa un clone en soutien de Jör auprès des enfants avant de suivre silencieusement Rubeus Hagrid. Rejoint par Fenrir, il se transforma en loup et ils attaquèrent le demi-géant ensemble. Le but était simple: blesser suffisamment gravement le garde-chasse pour qu'il soit incapable de rejoindre les élèves dont il avait la garde. Ces derniers, même s'ils passeraient une nuit relativement sympathique à la belle étoile – Harry avait été initié très tôt au camping sauvage par Loki – ne se présenteront pas au petit-déjeuner le lendemain matin, faisant paniquer tout le monde.
Oh, et si Dumbledore niait avoir mis en danger les enfants, une beuglante de la tutrice du Survivant lui fera perdre pas mal de sa superbe …
§§§§§
-Pourquoi? demanda simplement Harry
La question figea Hermione qui tentait de convaincre son ami de l'aider.
-Que veux-tu dire? hésita Hermione
-Pourquoi ce serait à des enfants qui en savent à peine plus que des moldus sur la magie qui devraient sauver l'un des artefacts les plus puissants qui existe au monde? précisa Théodore
-Je suis d'accord avec eux, fit Susan. Ma tante m'a toujours dit que si j'apprends que quelque chose de mal va se passer, j'essaie de convaincre la personne de ne pas le faire ou je préviens les autorités compétentes. McGonagall n'a pas voulu t'écouter quand tu as dit que Quirell allait voler la pierre philosophale? C'est son problème, ce n'est plus le tien.
-En plus, ajouta Padma, tu parles d'arrêter un professeur, pire, le professeur de défense. Même si je trouve qu'il se débrouille très mal pour faire cours, on ne sait pas ce qu'il sait faire exactement et ça sera toujours plus que ce que nous savons faire, même si nous sommes nombreux.
-Mais Vous Savez Qui … protesta Hermione.
-Il a disparu chez les Potter, fronça des sourcils Neville. Si on doit croire qu'il est de retour, c'est aux adultes de chercher si c'est vrai ou pas. Tant que nous ne sommes pas majeurs, et encore, nous ne serons pas considérés comme crédibles. Dans tous les cas, ces sont aux adultes de le combattre, pas à nous.
-S'ils sont assez stupides pour cacher un objet aussi puissant que la pierre philosophale dans une école pleine d'enfants et de laisser approcher le grand méchant pour qu'il puisse le récupérer, ils seront assez grands pour assumer leurs erreurs, en conclut Harry.
Hermione eut les larmes aux yeux de voir que ses amis n'allaient pas l'aider.
-Ron est prêt à m'aider, assura Hermione.
-Ronald? ricana Théo. Celui qui n'a pas arrêté de t'insulter toute l'année? Tout le monde sait que ce qu'il veut, c'est être un héros et la célébrité qui va avec alors qu'il ne sait même pas tenir sa baguette du bon côté.
-Si tu veux te faire aider par quelqu'un qui ne te respecte même pas, vas-y, décréta Harry. Sache qu'un ami n'est pas là pour dire amen à tout ce que tu pourrais dire mais pour t'empêcher de faire des bêtises plus grosses que toi. Nous t'avons donné notre avis, tu veux quand même y aller, soit. Mais ne viens pas te plaindre ensuite.
