Dorea fixait Astoria avec intensité. Son regard, glacial à souhait, mettait mal à l'aise la brune, qui ne cessait, depuis deux petites minutes, de réajuster son fauteuil.
Astoria toussota, puis détourna ses yeux vers le bureau, s'arrêtant sur le sac à main de la rousse.
- Oh, j'adore votre sac à main, Maître. Un Birkin, n'est-ce pas ? Même chez les moldus, ça fait sensation.
Mais Dorea demeura silencieuse et continua de la fixer.
- Vous… vouliez me voir, n'est-ce pas ?
L'avocate se redressa et prit son bloc-notes sur le côté de la table, adressant un hochement de tête à la greffière, qui s'empressa de taper frénétiquement.
- Mrs Malefoy, parlez-moi un peu de votre intégration dans votre belle famille ?
Astoria plissa le front, ne s'attendant absolument pas à une telle question.
- Je… croyais que vous souhaitiez que je vous parle de mon beau-père ?
- Répondez à la question, Mrs Malefoy, rétorqua froidement Dorea.
- Oh… eh bien… cela s'est fait de manière assez naturelle.
- C'est-à-dire ?
La brune lança un coup d'œil à la greffière, qui continuait de taper sur le clavier de sa machine.
- Drago et moi sommes tombés amoureux, et nous nous sommes mariés. Voilà tout.
- En êtes-vous réellement certaine ? Pourtant, dans les familles de votre genre, les mariages arrangés sont assez communs.
- Notre mariage était arrangé, certes, mais cela ne nous a pas empêchés, Drago et moi, de tomber amoureux l'un de l'autre.
- Il a été organisé par vos parents ?
- Et ceux de Drago.
- Quel âge aviez-vous lorsque le contrat a été établi ?
- Quinze ans.
- Si mes calculs sont corrects, c'est à cette époque que Monsieur Malefoy fils a été chargé de cette odieuse mission d'assassiner Albus Dumbledore par Lord Voldemort ?
Astoria sursauta à l'entente du nom de l'ancien mage noir.
- Euh… oui… je crois.
- Et vous avez malgré tout accepté de vous fiancer avec lui ?
- Je n'en savais rien. Nous avons commencé à nouer des liens l'été précédent, et il n'en a jamais rien divulgué. Je ne l'ai appris que lorsque la guerre s'est achevée.
- Et vous vous seriez engagée avec lui, si vous l'aviez su ?
Astoria ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Dorea plissa les yeux, scrutant chacun de ses gestes.
- Je… je ne sais pas. J'étais jeune et éperdument amoureuse. Son père était en prison à cette époque. Il se retrouvait seul et la situation était très difficile pour lui et sa mère. Je pense que même si j'avais su, j'aurais pris son parti.
- Vous dites que vous étiez très amoureuse, mais Monsieur Malefoy l'était-il également ?
- Bien sûr !
- Ah vraiment ? Vous a-t-il déclaré sa flamme à ce moment précis de votre relation ?
- Non mais…
- Donc, il ne vous aimait pas ?
- Attendez, je croyais que nous jugions Lucius, pas mon époux ! s'agaça Astoria.
- J'essaie de poser le contexte dans lequel vous évoluiez lorsque Lucius Malefoy a négocié votre mariage avec vos parents, répondit Dorea impassible. Alors ? Il ne vous aimait pas ?
- Il… il me connaissait à peine avant que nous ne passions ensemble l'été précédent ma cinquième année. Ensuite, nous avons appris à nous connaître et…
- Oui, mais vous a-t-il déclaré un jour qu'il vous aimait ? Qu'il éprouvait des sentiments pour vous, tout comme vous, apparemment, l'aimiez et l'aimez encore ?
- Euh… je…
Dorea vit la brune réfléchir un instant, puis ses yeux s'humidifièrent.
- Drago est un homme qui réserve peu de place aux sentiments. Il ne les exprime presque jamais. Mais je suis certaine qu'au fond de lui, il m'aime.
- Si vous en êtes persuadée, alors c'est bien pour vous. Mais nous y reviendrons plus tard. Maintenant, j'aimerais comprendre comment vous en êtes venue à vous marier alors que vous n'aviez pas fini votre cursus et que votre époux n'était même pas diplômé ?
- En réalité… pendant ma sixième année, Drago et moi, nous ne nous sommes pas beaucoup côtoyés.
- Pourquoi cela ? N'étiez-vous pas ensemble ?
- Non… nous avons préféré goûter un peu à notre jeunesse, si vous voyez ce que je veux dire. Explorer d'autres horizons. Et puis pour Drago, le Seigneur des Ténèbres se trouvait chez lui. Ce n'était vraiment pas simple. Par conséquent, il a choisi de prendre ses distances pour me protéger.
- Vous protéger ? répéta Dorea en haussant un sourcil.
- Oui, c'est cela, affirma la brune. Ensuite, lorsque la guerre fut terminée, nous nous sommes retrouvés avec Drago. C'était un soir au Chaudron Baveur. J'y étais, parce que chez moi, la situation n'était pas vraiment… enfin bref, ma sœur était en pleine rébellion, et j'ai voulu m'éloigner un peu. Puis il est arrivé et nous avons commencé à discuter. Il était triste et son père venait d'être emprisonné.
- Et ensuite ? dit Dorea en serrant les dents.
- Nous avons passé une belle nuit ensemble puis il a rejoint le Manoir Malefoy le lendemain. Nous ne nous sommes revus qu'un mois plus tard.
- Le Manoir Malefoy ? Il est donc retourné au Manoir par la suite ?
- Euh… oui… c'était chez lui. Où voulez-vous qu'il aille ?
La jeune femme fronça des sourcils sous le coup de la réflexion. Les souvenirs s'étaient-ils modifiés à la suite de ce qu'elle avait fait ? Peut-être bien.
- Vous dites que vous vous êtes revus un mois plus tard. Pourquoi cela ?
- J'ai découvert que j'étais enceinte. Je suis donc allée voir Narcissa Malefoy pour qu'elle m'aide. C'était la première au courant.
- Pourquoi ne pas aller voir directement son fils ?
- Je craignais vraiment sa réaction. Ainsi que celle de ma famille. Narcissa et moi avions toujours eu des atomes crochus. Je savais qu'elle pourrait m'aider.
- Pourquoi redouter la réaction de l'homme qui était amoureux de vous, et qui plus est mariage avait été contracté entre vos deux familles ?
- Je…
Le regard d'Astoria se perdit au loin.
- Je n'en sais rien… Nous étions jeunes, et ce n'était pas vraiment une bonne période pour Drago.
- J'ai un document attestant que vous avez subi une fausse couche deux mois après votre mariage, dit Dorea en saisissant la feuille dans le dossier que lui avait remis Andrew.
- Oui, c'est exact.
- Et ensuite ? Plus de grossesse ?
- J'ai fait plusieurs traitements de fertilité, tous, dont la procédure était plus ou moins lourde. Mais nous nous sommes rendu compte que finalement, le problème ne venait pas de moi.
- Oui, je vois que votre époux a été déclaré infertile. Étonnant, n'est-ce pas ?
- Que voulez-vous dire ?
- Eh bien, il ne lui a fallu qu'une nuit pour vous concevoir un enfant, mais finalement, il se révèle être infertile. Vous ne trouvez pas cela étrange ?
- La fertilité d'un homme ou d'une femme est un sujet délicat, Maître Harrington, répondit froidement Astoria. Surtout quand notre vœu le plus cher est de concevoir un enfant, mais qu'après douze années de mariage, il n'y ait rien.
- Je ne fais pas état de votre fertilité, ou de celle de votre époux, bien qu'elle reste encore à prouver. Mais je souhaite savoir si vous n'avez pas piégé l'homme que vous déclarez aimer, en lui faisant croire que vous étiez enceinte ?
- Comment osez-vous ?! s'écria Astoria en se levant de son fauteuil.
Mais Dorea demeura imperturbable.
- Les faits sont là, Mrs Malefoy, en posant le document sur la table. Mais asseyez-vous, nous n'avons pas encore fini.
Astoria se rassit d'un geste indolent, son visage ayant perdu toute trace de couleur.
- Maintenant, j'aimerais savoir quel rôle a joué votre beau-père dans votre mariage avec Monsieur Malefoy.
- Il était très heureux que cela se fasse, répondit la brune, haletante de colère.
- Ah oui ? Pourtant, il était en prison lorsque l'arrangement a eu lieu ?
- Narcissa a poussé un peu les choses.
- Et pourquoi ?
- Elle pensait à la réputation de sa famille.
- Mmmh… Pourtant, on peut dire qu'au niveau de la réputation, votre famille n'a pas vraiment fait bonne impression, à la fin de la guerre ? Donc, si nous suivons votre logique, Lucius Malefoy ne devait pas réellement être enchanté de savoir que son fils se faisait piéger dans un mariage qui, finalement, n'apporterait rien à sa famille.
Astoria ouvrit la bouche, l'air totalement outrée.
- Vous n'êtes pas croyable, je…
- Pourriez-vous me dire si Lucius est attaché à sa réputation et au pouvoir que cela peut lui rapporter ? poursuivit Dorea, prenant un ton naïf.
- Je… je pense que oui… Il était assez attaché au regard des autres. Du moins, il l'était.
- Et donc…
- Donc, non, notre mariage avec Drago n'était plus si intéressant que ça. Mais j'étais enceinte, Drago devait faire son devoir.
- Oui enfin, il y a tout de même quelques contradictions dans ce que vous me dites. J'ai l'impression que Monsieur Malefoy est infertile seulement quand cela vous arrange. N'est-ce pas ?
- Je pense que nous en avons fini là, Maître. Je ne supporterai pas d'être insultée une minute de plus.
- Vous savez où est la sortie, rétorqua sèchement Dorea.
Astoria se leva et s'approcha de la porte, l'ouvrant brusquement avant de la refermer avec fracas. La rousse afficha un rictus satisfait en constatant qu'elle avait atteint Astoria Malefoy.
0o0
Dorea croqua dans son hamburger que Karl lui avait rapporté du Chaudron Baveur quand son téléphone sonna. Elle se jeta presque dessus en réalisant qu'il s'agissait de Théia.
- Oh ma chérie ! fit-elle en décrochant, un grand sourire lumineux se dessinant sur son visage.
Elle pivota sur son fauteuil, tournant le dos à la porte d'entrée.
- Salut, M'an ! s'exclama sa fille à l'autre bout du fil.
- Comment vas-tu ? Et ton frère ?
- On va bien. On… on voulait te dire quelque chose avec Scorp', dit Théia d'un ton hésitant.
- Vas-y ! s'énerva Scorpius, qui devait certainement se trouver à côté de sa sœur.
Dorea entendit la voix de sa fille s'éloigner.
- Tu n'as qu'à le faire toi ! s'exclama-t-elle.
- Théia ? Scorp' ?
- Oui, bon… voilà… on… on voulait s'excuser pour notre attitude avant que tu ne partes.
- C'est déjà pardonné, tu sais. Bon, j'aurais souhaité que vous répondiez à mes appels, mais heureusement que Magda m'assure que vous êtes toujours en vie.
- Euh… je te passe Scorpius, il veut te dire quelque chose. Je t'aime plus que les étoiles dans l'univers.
- Je t'aime aussi ma chérie, plus que les étoiles dans l'univers.
La rousse entendit un bruissement à l'autre bout du fil, puis la voix de son fils.
- Maman ?
- Oui, mon chat ?
- Je suis désolé.
- Tu n'as pas à t'excuser, ta réaction était tout à fait justifiée. Je comprends, je suis rarement là quand je suis à Dubaï, alors…
- Ouais, mais tu es quand même une maman qui déchire.
Dorea fut submergée par l'émotion. Toutefois, elle connaissait trop bien ses enfants. C'étaient des Serpentards dans l'âme, héritage familial oblige.
- Bon, allez, demandez-moi ce que vous avez à me demander, et je verrai ce que je peux faire.
- On voudrait des places pour aller voir la finale de la Coupe du monde de Quidditch ? demanda Scorpius de but en blanc.
- Euh…
- Ils ont dit à la radio qu'ils avaient lancé la campagne, enchaîna son fils. Et comme tu es en Europe, on se disait que tu pourrais faire un détour à Paris pour acheter les billets.
- Je vais y réfléchir, d'accord ?
- Ce n'est pas un « oui », ça, grogna Scorpius.
- Ce n'est pas un « non », non plus, contra Dorea.
- Mais maman ! protesta son fils. La finale de la coupe du monde ! Tu te rends compte ?!
- Tu parles à une ancienne joueuse de Quidditch, donc oui Scorp', je me rends tout à fait compte. Mais je crois avoir reçu ton bulletin de notes à Noël, et à part pour les potions et l'arithmancie, tu vas devoir te mettre au travail, mon grand, si tu veux obtenir quelque chose de moi.
- Maman…, gémit Scorpius. Théia, elle, elle a de bonnes notes. Pourquoi devrait-elle être punie aussi ?
- Oh, je ne parle pas de Théia, mais bien de toi. Me suis-je bien fait comprendre, jeune homme ?
- Ouais, ronchonna Scorpius.
- Maman, tu rentres ce weekend ? demanda Théia.
- Oui, l'accès aux portoloins au ministère de la magie est de nouveau ouvert. Je rentre vendredi soir.
Puis elle pivota sur sa chaise et s'arrêta net en voyant Drago Malefoy se tenir devant elle. Et au vu de son expression furieuse, elle savait qu'elle allait passer un mauvais quart d'heure.
- Je vous laisse. On s'appelle demain ?
- À demain, M'an ! s'exclamèrent les enfants.
Puis elle raccrocha et fronça brusquement des sourcils.
- Je peux savoir ce que vous faites dans mon bureau ? C'était une conversation privée !
- Je vous rappelle qu'ici, vous êtes dans mes locaux, donc j'ai le droit de m'introduire où je veux, et quand je veux ! s'exclama Drago d'un ton tranchant.
Dorea serra les poings et plissa les yeux.
- Pourquoi êtes-vous ici, alors ?
- Vous demandez réellement pourquoi je me trouve ici ? J'ai récupéré ma femme en pleurs après votre interrogatoire ! s'énerve le blond.
- Oh, ça… dit Dorea en s'avachissant dans son fauteuil.
- Oui ça ! Je peux savoir ce qui vous a pris ? Vous avez une dent contre mon épouse ?
- Je ne la connais pas, donc je ne vois pas comment je pourrais avoir une dent contre elle, répondit calmement la rousse.
- Alors pourquoi avez-vous été si cruelle ?! s'écria Drago en haussant encore un peu plus le ton.
- Je n'ai pas été cruelle, mais je voulais savoir si elle avait les épaules pour subir un interrogatoire de ce genre ! rétorqua Dorea abruptement. Alden Thorne ne fait pas dans la dentelle à ce que je sais.
Drago eut un mouvement de recul et plissa le nez dans son éternelle grimace si caractéristique.
- Qu'est-ce qu'Alden Thorne vient faire dans cette affaire ?
- Non mais enfin ! Ne soyez pas naïf au point de croire que la partie adverse ne va pas essayer de démonter ma défense. Et votre femme est parfaitement susceptible d'être appelée à témoigner contre votre père ou, de manière plus générale, à l'encontre de votre famille. Comme je vais devoir déconstruire la défense de Thorne à travers ses propres témoins. C'est ainsi qu'un procès se déroule dans le pénal de nos jours.
- Vous n'aviez pas besoin d'être aussi…
- Aussi quoi, Monsieur Malefoy ? Elle est venue pleurer dans vos jupes parce que j'ai appuyé là où ça faisait mal ? C'est exactement ce que Maître Thorne cherchera à faire.
Dorea le vit passer une main dans ses cheveux avant de fermer les yeux, l'air exaspéré.
- Toutefois, je pensais que votre épouse tiendrait mieux la pression. Ce qui n'est pas le cas, en l'occurrence. Et pourtant, je n'ai pas remué la merde qui se trouvait au fond du pot.
Le jeune homme rouvrit les yeux et fronça les sourcils à son tour.
- Que voulez-vous dire ?
- Je ne lui ai pas montré la longue liste de femmes ayant eu le malheur de vous côtoyer.
- Mon infidélité ne vous concerne pas ! Et comment avez-vous obtenu cette liste ?
- Mon associé a effectué des recherches sur vous. Et si, cela me concerne ! Parce qu'il va vous falloir justifier votre infidélité notoire devant le Magenmagot, Thorne, moi, vos parents, votre famille, vos amis, tous ceux qui seront présents dans cette salle. Et ce ne sera pas une partie de plaisir, croyez-moi. Tout cela parce que Thorne voudra démontrer à la communauté sorcière la déplorable éducation que votre père vous a inculquée.
- Très bien alors, allez-y, posez-moi des questions ! dit le blond en prenant place sur le fauteuil face à elle.
- Pas comme ça, Monsieur Malefoy.
- Je suis là, je n'ai aucune réunion, donc je suis disponible pour un interrogatoire.
- J'ai envoyé des convocations, siffla Dorea. Votre tour viendra, mais pas maintenant.
Drago se mit alors à la contempler, et Dorea sentit ses mains trembler. Elle entrecroisa ses doigts, espérant que le blond n'ait rien remarqué.
L'expression de son visage changea subitement, la douceur éclairant ses traits.
- C'est étrange, vous me rappelez quelqu'un… mais je ne saurais dire qui exactement.
Dorea resta stoïque, bien qu'intérieurement, elle priait pour que Drago n'aille pas plus loin dans son observation.
- J'ai du travail, Monsieur Malefoy, fit-elle en détournant le regard.
Drago se leva bon gré mal gré et se dirigea vers la porte, lui jetant un coup d'œil pardessus son épaule.
- Laissez ma femme tranquille, c'est tout ce que je vous demande.
Puis il sortit de la pièce, laissant la rousse frustrée et blessée de voir comme le blond protégeait cette garce d'Astoria, contre vents et marées. C'était injuste, tout bonnement injuste.
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- Monsieur Zabini, salua Dorea, en serrant la main de Blaise. Comment allez-vous aujourd'hui ?
- Je vais bien, répondit Blaise en prenant place dans le fauteuil, face à la rousse. Un peu nerveux. On dit que ce n'est pas une partie de plaisir vos interrogatoires.
- Ah oui ! Vous avez entendu parler de ma confrontation avec Mrs Malefoy, hier.
- Tout à fait. Enfin, je pense que le terme « confrontation » est plutôt faible pour décrire ce qui s'est passé. Je dirais même une mise à mort.
- Je ne fais que vous préparer à ce qui vous attend quand Maître Thorne vous appellera à la barre.
- C'est ce que j'ai répété à mon beau-frère. Mais il se calmera un jour ou l'autre.
- Oui, certainement.
Un silence s'installa, puis Dorea adressa un signe de tête à sa greffière, qui commença à taper.
- Bien, Monsieur Zabini, veuillez d'abord décliner votre identité et préciser quel lien vous entretenez avec Monsieur Malefoy père.
- Euh… je me nomme Blaise Zabini, je suis né le dix février mille-neuf-cent-quatre-vingts à Bath. Et je connais Drago depuis quasiment sa naissance.
- Donc vous connaissez également son père ?
- Je dirais même la famille Malefoy dans son ensemble. Mon père faisait affaire avec le grand-père de Drago, Abraxas. De plus, j'ai côtoyé Lucius Malefoy durant toute mon enfance et mon adolescence.
- Était-il un bon père pour Drago ?
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- Il était très dur avec Drago, répondit Théodore. Ils avaient souvent une relation conflictuelle. Ce n'était pas facile entre eux, et cela a duré très longtemps.
- Je crois savoir que votre père était également un Mangemort reconnu, n'est-ce pas ?
- Oui. Mais il est mort lors d'une opération au ministère de la Magie pour le compte du Seigneur des Ténèbres.
- Comment est-il mort ? demanda Dorea, intriguée.
- Nous n'avons jamais réellement su. Toute cette histoire est très floue.
- Aviez-vous également une relation conflictuelle avec votre père ?
- Très. Et je vous avoue que cela a été un réel soulagement lorsqu'il est mort.
- Pourquoi cela ?
- Il me battait régulièrement. Et ma mère est morte à cause de lui.
- Donc vous êtes en train de me dire que vous souhaitiez la mort de votre père ?
- Je ne voulais pas suivre ses traces. Comme Drago avec son père.
- Pourtant, il a bien été contraint de le faire, non ?
- Oui, et c'est là que tout a changé.
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- Bien que ce n'était pas un père très facile à vivre, il faisait tout pour que sa famille soit à l'abri. Et surtout, il aimait sa femme et son fils.
- Était-il cordial chaque fois que vous le voyiez, Madame Greengrass ?
- Oui. Très gentil. Chaque fois que j'organisais un gala pour une œuvre de charité, Lucius Malefoy était toujours très généreux.
- Le voyiez-vous comme un homme raciste ?
- Pas vraiment. Je ne l'ai pas réellement vu à l'œuvre.
- Quelle relation entretenait-il avec votre époux lorsqu'il était vivant ?
- C'était principalement une relation professionnelle. Lui, mon mari, Cornelius Fudge et Lord Goderic Artwood s'entendaient comme larrons en foire. Ils étaient constamment fourrés ensemble.
- Lord Goderic Artwood ? répéta Dorea, sentant son cœur s'emballer.
- Il est mort en mille-neuf-cent-quatre-vingt-seize à Paris. Ses ex-beaux-parents, qui étaient également des amis de Lucius Malefoy, peuvent en témoigner.
Dorea tourna la tête vers Andrew, qui était également présent, et le vit noter rapidement sur son bloc-notes.
- Comment se nomment ces ex-beaux-parents ?
- Lord Richard et Émilie de Beaumont.
La rousse ferma les yeux de dépit, sachant pertinemment qu'elle n'aurait aucune raison de refuser d'interroger ses grands-parents, lorsqu'Andrew lui suggérerait. Il allait falloir qu'elle trouve un subterfuge.
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- C'était un père très aimant, assura Pansy Parkinson.
- Ah oui ? Dans quel sens ?
- Il offrait toujours de très beaux cadeaux à Drago : le dernier balai à la mode, des chevaux pur-sang, les meilleurs précepteurs, même une équipe de Quidditch. Rien ne l'arrêtait quand il s'agissait de Drago.
- Avez-vous déjà vu Lucius Malefoy lever la main sur Drago ?
- Oui, parfois. C'était un peu le revers de la médaille. Mais Drago n'était pas simple non plus. Il manquait souvent de respect à son père. Il a toujours été très rebelle.
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- Lucius Malefoy était le mari rêvé. Beau, charismatique, et avec un sacré pedigree.
- Que voulez-vous dire, Madame Zabini ?
- On disait que beaucoup de femmes dans la communauté se pâmaient devant lui, rien que pour avoir l'opportunité de lui adresser la parole. Pour Lucius, cependant, personne n'égalait Narcissa. Il a toujours été fidèle à sa femme. Et dès qu'ils entraient dans une pièce, tous les deux, le temps semblait s'arrêter.
- Était-il un bon ami ?
- Un très bon ami. Il savait recevoir. Bon nombre de mes meilleurs souvenirs de soirées se trouvent chez les Malefoy. Lucius était peut-être un homme exigeant, mais c'était pour nous impressionner un peu plus chaque fois.
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- Diriez-vous que Lucius Malefoy aimait le pouvoir, Madame Phelan ?
- Oui, il aimait le pouvoir. Mais je crois que c'était pour mieux protéger les siens.
- Et était-il raciste ?
- Oui. Il adhérait à l'idéologie du sang pur.
- Lorsque vous étiez directrice du Bureau des Aurors pendant la guerre, avez-vous eu directement affaire à lui ?
- Non, jamais. Il a été mis sur la touche juste après le fiasco du ministère en quatre-vingt-seize.
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Dorea lâcha un soupir, alors qu'elle rangeait ses affaires d'un geste las. C'était vendredi et elle n'avait qu'une hâte, retrouver ses enfants dans quelques heures.
La semaine avait été harassante de travail, et revoir toutes ces personnes qu'elle avait autrefois connues, mais qui ne se souvenaient plus d'elle, avait été plus éprouvant qu'elle ne l'aurait voulu.
Heureusement pour elle, elle n'avait pas vu Drago de toute la semaine, ce qui l'avait momentanément soulagée. Mais elle savait qu'elle ne pourrait pas l'éviter indéfiniment.
Elle sortit du bureau ; l'open-space était désormais vide depuis plus de deux heures. Elle avait ordonné à son équipe de rentrer chez eux, la soirée étant déjà bien avancée.
Elle se dirigea vers les ascenseurs, ses talons foulant la moquette grise. Alors qu'elle s'approchait des doubles portes en inox, celles-ci s'ouvrirent et elle eut un mouvement hésitant, en réalisant qui se trouvait à l'intérieur.
C'était bien sa chance. Quatre jours sans le voir, et il fallait qu'elle soit coincée avec lui dans deux mètres carrés.
N'ayant pas le choix, alors qu'il la fixait de ses orbes métalliques, elle entra dans l'ascenseur, tournant délibérément le dos à Drago, qui, lui-même, était adossé contre la paroi de l'appareil en train d'observer son téléphone portable.
- Maître Harrington, salua froidement le blond.
- Monsieur Malefoy, répondit Dorea sur le même ton.
Les portes se fermèrent et l'ascenseur amorça sa descente.
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Drago, qui était en train de consulter les messages qu'Astoria lui avait envoyés tout au long de la journée, détourna son attention et se mit à contempler la femme qui se tenait devant lui.
Ses cheveux étaient relevés, comme ce lundi-là, lorsqu'elle était arrivée.
Il en profita pour détailler, à loisir, sa nuque et son cou gracile, ainsi que l'angularité de sa mâchoire, où ses lèvres pleines, rehaussées d'une touche subtile de rouge à lèvres, les rendaient aussi appétissantes que des fraises à croquer.
Son regard descendit et, cette fois, ses yeux tombèrent littéralement sur ses fesses moulées dans une jupe portefeuille. Puis, glissant ses yeux sur ses longues jambes, il ne put que savourer à nouveau leur beauté. Oui, elle était indéniablement séduisante.
Théo avait raison en disant qu'elle était bien « gaulée ». Il réfléchit alors à l'homme qui avait eu la chance de briser cette façade froide et calculatrice qu'elle revêtait. Car oui, après leur dernier échange, il avait compris que ce n'était qu'une apparence.
Généralement, les personnes agissant ainsi étaient celles qui avaient le plus souffert dans leur vie. Blaise le lui avait confirmé ce jour-là : l'homme qu'elle avait aimé, le père de ses enfants, était mort dans un accident.
Il ne pouvait qu'éprouver du respect pour ce genre de femme. Belle, intelligente, forte et courageuse...
Il pensa alors à sa propre épouse, occupée durant toute la journée à faire les boutiques, lui envoyant des photos de ses nouvelles tenues.
Oui, Astoria avait beaucoup de chance de l'avoir. Mais lui, avait-il réellement de la chance d'avoir Astoria à ses côtés ?
- Je vous souhaite une bonne soirée, Monsieur Malefoy, dit la femme alors que les portes s'ouvraient.
- Maître, répondit simplement le blond.
Alors qu'il sortait de l'ascenseur, il l'observa se diriger vers la sortie du hall; ses talons claquant sur le marbre, il se sentit subitement chamboulé par le destin de cette femme.
