Hello à toutes et tous ! Désolé pour cette longue absence de publication. Mais me revoici avec un nouveau chapitre aujourd'hui. Et j'espère redevenir régulière dans les prochaines semaines sur mes publications.

Enjoy :)


Drago remuait sa fourchette dans son assiette avec peu de conviction, écoutant d'une oreille distraite sa femme et sa mère discuter de futilités. Il leva les yeux et aperçu Narcissa souriant à l'adresse d'Astoria.

Quelle satisfaction de voir sa mère ainsi rayonnante. Plus souriante, plus gaie, plus détendue... Comme s'il retrouvait la femme qu'il avait connue dans son enfance. Le retour de son père l'avait profondément métamorphosée, ou plutôt, on pouvait dire qu'elle avait redécouvert une part d'elle-même. Cela se lisait dans son regard. Il détourna son attention vers la source de ce bonheur inattendu : son père. Ce dernier avait également retrouvé une part de sa splendeur d'antan, bien que des marques de ses années d'emprisonnement demeuraient visibles sur son visage.

Le blond reporta son attention sur son assiette, tandis qu'Astoria sautillait sur sa chaise, plus qu'excitée. En effet, on aurait dit qu'elle avait absorbé une potion euphorisante depuis qu'ils avaient mis les choses à plat la semaine précédente.

- Alors Drago, es-tu satisfait de l'avocate que tu as engagée pour ma prétendue libération ? demanda son père, sans détour.

Astoria et Narcissa stoppèrent subitement leur conversation, et un silence pesant enveloppa la pièce.

- Elle fournit un travail satisfaisant, dans l'ensemble, répondit le blond en haussant les épaules.

- Du bon travail ? s'induit Astoria, outrée. Elle a été horrible lors de mon interrogatoire.

- Je t'ai déjà expliqué qu'elle agissait ainsi pour te préparer à l'interrogatoire de Maître Thorne, rétorqua le blond d'un ton las.

- Elle m'a manqué de respect, Drago ! Tu aurais dû la renvoyer sur le champ !

- Il n'est guère nécessaire d'être aussi... catégorique, intervint Lucius. Comme l'a souligné Drago, elle ne fait que son travail. La partie adverse s'efforcera de nous déstabiliser par tous les moyens.

- Qu'a-t-elle exactement fait ?

- Elle… elle m'a interrogé sur notre intimité, Drago et moi, murmura Astoria.

- C'est-à-dire ?

- Sur mon infertilité et notre mariage, fit Drago en scrutant tour à tour ses parents.

- Oui, enfin, ton infertilité reste à prouver. L'opinion d'un unique médicomage ne suffit pas à te déclarer eunuque, dit Lucius.

Narcissa jeta un regard d'avertissement à Lucius.

- C'est la raison pour laquelle je vais consulter prochainement et effectuer des analyses.

- Permets-moi de te recommander quelques spécialistes qui pourraient vous être utiles, proposa alors Narcissa.

Drago ouvrit la bouche, mais Astoria lui coupa la parole.

- Oh non. Ce ne sera pas nécessaire, Narcissa. J'ai déjà contacté un grand spécialiste à New York.

La mère plissa les sourcils, d'un geste si subtil que Drago crut rêver. Néanmoins, le silence qui s'ensuivit résonna dans l'atmosphère légèrement tendue ayant émané de leur discussion. Le blond remarqua également les regards furtifs de son père et savait pertinemment ce qu'il pensait de lui : inapte, comme à l'accoutumée, à satisfaire ses exigences.

0o0

Dorea arriva tout sourire ce lundi matin. Elle avait passé un weekend merveilleux avec ses enfants et était repartie la veille au soir le cœur léger. Elle salua même quelques employés en traversant l'open space. Mais c'était avant de remarquer la présence de Drago, déjà installé dans son bureau.

- Monsieur Malefoy, fit-elle en entrant dans la pièce.

- Bonjour Maître, salua-t-il alors qu'il était appuyé contre le coin de sa table de travail.

- Que puis-je faire pour vous ce matin ?

- Je voulais savoir si vous souhaitiez déjeuner avec moi, ce midi ?

- Avec vous ? demanda Dorea, haussant les sourcils, visiblement stupéfaite par cette proposition. Il y a une semaine, vous m'ordonniez de laisser tranquille votre femme et maintenant vous m'invitez à déjeuner ?

Elle contourna son bureau et prit place derrière.

- J'ai été un peu trop brusque, avoua Drago en la suivant du regard. Je m'en excuse.

Dorea esquissa un léger rictus amusé. Drago Malefoy, en train de s'excuser, c'était pour le moins étonnant.

- J'ai beaucoup de travail aujourd'hui, je ne vais pas pouvoir.

- Vous ne pouvez pas ? Ou vous ne le souhaitez pas ? rétorqua Drago d'un ton soudain plus bas.

Le timbre de sa voix… fit frémir la rousse.

- Et pourquoi devrions-nous déjeuner ensemble, Monsieur Malefoy ?

- Pour faire plus ample connaissance.

- Je ne sympathise jamais avec mes clients. Question d'éthique.

- Oui, mais selon vous, je ne suis pas votre client. C'est mon père qui l'est, glissa-t-il d'un ton goguenard.

Dorea était soufflée. Elle s'aperçut qu'il n'avait vraiment pas changé d'un iota. Et lorsqu'il adoptait cette attitude, elle ressentait une irrépressible envie de l'écharper.

- C'est entendu, poursuivit le blond sans lui laisser le choix. Je viendrai vous chercher à une heure.

Puis, muni de son rictus en coin que la rousse aspirait à lui arracher, il se retourna et quitta la pièce. Mais que s'était-il passé durant le weekend pour que Malefoy adopte un comportement aussi étrange ?

0o0

Le téléphone sonna alors que Dorea était en train de taper ses notes des différents interrogatoires qu'elle avait menés la semaine précédente. Elle saisit l'appareil, relisant son écran d'ordinateur, et décrocha sans prêter attention à l'identité de l'appelant.

- Kate Harrington, à l'appareil.

- Bonjour Maître Harrington, Maître Alden Thorne.

- Maître Thorne… comment avez-vous eu mon numéro ?

- Je ne serais pas un bon avocat si je ne m'étais procuré le numéro de téléphone de l'avocate de la partie adverse. J'imagine que vous avez fait de même ?

- On n'est jamais trop prudent…

- C'est bien ce que je me disais.

- Que puis-je faire pour vous, Maître Thorne ?

- Eh bien, je souhaitais vous inviter à déjeuner pour discuter d'une éventuelle médiation.

- Une éventuelle médiation ? répéta Dorea. Vous craignez de perdre, Maître Thorne ?

- Vous savez aussi bien que moi que c'est la procédure.

- Alors allons au tribunal, régler cela devant le Magenmagot.

- Je préférerais faire cela dans un lieu plus neutre, dans un cadre moins formel.

Dorea aperçut Drago Malefoy sortir de l'ascenseur à ce moment-là et réalisa qu'elle avait peut-être trouvé une échappatoire au bout du fil. Il était hors de question qu'elle se retrouve seule à seul avec lui. Elle ne le supporterait pas.

- Bien. Pouvez-vous me rejoindre dans dix minutes, en bas de la tour Waystar ?

- J'y serai, confirma Thorne au téléphone.

- Alors à tout à l'heure, dit Dorea alors que le blond pénétrait dans la pièce.

Elle raccrocha et leva les yeux vers lui, ne pouvant s'empêcher d'admirer son élégance dans ce costume bleu.

- Prête ?

- Désolée, changement de programme, répliqua-t-elle en se levant. Je dois déjeuner avec Maître Thorne.

- Comment ça, vous déjeunez avec Maître Thorne ? N'est-ce pas l'avocat de la partie adverse ?

- Oui, mais la procédure exige qu'il y ait une médiation entre les deux parties avant d'entamer un procès.

- Et cette médiation n'a-t-elle pas généralement lieu au tribunal ?

- Effectivement, mais cela ne fait pas de mal d'appréhender les points faibles de son adversaire tout en savourant un bon steak.

- Donc, vous me posez un lapin ? s'impatienta Drago, en enfonçant ses mains dans ses poches.

Dorea, qui avait déjà pris son sac et sa veste, suspendit son geste.

- Monsieur Malefoy, je ne pose des lapins qu'aux hommes avec qui j'entretiens une intimité particulière. Ce qui n'est pas votre cas.

Puis elle se dirigea vers la porte, se plaçant devant lui.

- Je vous souhaite un bon appétit, Monsieur Malefoy, murmura-t-elle avec un petit sourire en coin.

Elle s'éloigna, laissant Drago figé au milieu de la pièce, n'en croyant pas ses yeux. Pour la première fois, peut-être, il venait de se prendre un râteau.

0o0

Blaise et Théo éclatèrent de rire à nouveau alors qu'ils se dirigeaient vers « La Table des elfes », située juste en face de « Fleury et Bott ».

Ce lieu était l'ancien local d'Ollivander. Celui-ci étant décédé il y a plusieurs années, leur ancien camarade de maison, Colin Warrington, avait eu l'idée d'ouvrir un restaurant bien plus qualitatif que la nourriture servie au Chaudron Baveur. Il avait donc recruté des elfes pour assurer le service, et à la grande surprise de plusieurs anciens Serpentard restés en contact, il avait même offert un emploi à Goyle, juste après sa sortie de prison. Incontestablement, la cuisine de Goyle était excellente. Preuve que toutes ces années à s'empiffrer de nourriture lui avaient été bénéfiques.

En entrant dans le restaurant, Théo et Blaise ne pouvaient s'empêcher de continuer leurs blagues grivoises. Drago regrettait déjà d'avoir partagé avec eux ce qui s'était passé avec Maître Harrington à peine une demi-heure auparavant.

Dès qu'ils avaient franchi le seuil de « La Table des elfes », les convives étaient immédiatement plongés dans un univers féérique. La salle principale, spacieuse, était dotée de plafonds élevés ornés de chandeliers en cristal, paraissant suspendus par des fils d'argent, diffusant une lumière chaleureuse et scintillante.

Les murs, richement brodés de tapisseries représentant des paysages enchanteurs, des scènes de danses magiques et de légendes sorcières, ajoutaient une touche de charme à l'endroit. Des petites fenêtres en arc permettaient d'admirer l'animation colorée du Chemin de Traverse, tout en préservant l'intimité des convives.

Les tables, fabriquées en bois massif, chacune ornée de nappes de lin délicat, étaient disposées pour favoriser des conversations intimistes tout en laissant de l'espace pour circuler. Des chaises rembourrées de tissus aux motifs floraux offraient un confort esthétique.

L'un des aspects les plus caractéristiques de « La Table des elfes » était le service par des elfes de maison, vêtus de petites vestes élégantes aux couleurs vives. D'une efficacité et d'une courtoisie sans pareille, ces créatures glissaient entre les tables avec grâce, portant des plateaux de plats magnifiquement présentés.

Drago aperçut Colin, qui discutait à une autre table, se redresser et les saluer d'un signe de main avant de s'excuser auprès de son client pour se rapprocher d'eux, tout sourire.

- Salut les gars, comment ça va ? s'enquit-il, en tapant amicalement dans la main de Blaise et sur l'épaule de Drago.

- Notre table habituelle est-elle libre ?

- Toujours. Comme d'habitude ? demanda Colin, les guidant vers un coin de la pièce où ils pourraient profiter d'une vue parfaite sur le restaurant.

Le blond s'installa à une chaise mais se stoppa net en réalisant qu'à proximité, Kate Harrington était assise, en compagnie d'Alden Thorne. Colin suivit son regard et murmura :

- Ils sont arrivés il y a vingt minutes. Ils ne semblent pas vraiment discuter de leurs affaires, si vous voulez mon avis.

- Oh pauvre Drago, se moqua Blaise.

Le concerné grogna de mécontentement, lançant un regard noir à son meilleur ami.

- Pourquoi dis-tu ça ? s'intéressa Colin.

- Pour rien, rétorqua le blond.

- Il s'est pris un vent par Kate Harrington, expliqua Théo, ignorant délibérément le regard furieux du blond. Ils devaient déjeuner ensemble ce midi, et elle a préféré déjeuner avec Thorne, soi-disant pour une médiation.

- Eh bien, une médiation, peut-être, mais je doute qu'elle soit vraiment de nature juridique.

- Que veux-tu dire ? demanda alors Drago, en plissant les sourcils.

- Chaque fois que je passe près d'eux, il lui fait du rentre-dedans.

- Et elle…?

- Elle reste polie, mais elle n'est pas intéressée. Ça se voit.

Drago tourna son regard vers Thorne et Harrington, tous deux en train de discuter joyeusement, souriant comme si c'était un rendez-vous galant.

- En même temps, comment lui en vouloir ? Elle est extrêmement séduisante, ajouta Colin.

- Oui, elle l'est, murmura Drago, pensif, sans quitter des yeux des deux avocats au centre de la salle.

Blaise et Théo échangèrent un regard complice, connaissant par cœur leur ami. Il avait visiblement développé un coup de cœur pour Harrington, et contrairement à ses autres conquêtes, cela les inquiétait légèrement.

0o0

Le lendemain, Dorea était plus que fébrile à l'idée d'affronter Daphné Greengrass… maintenant Zabini.

Le déjeuner avec Alden Thorne n'ayant rien donné – elle avait compris dès qu'il l'avait emmenée dans ce restaurant qu'il souhaitait simplement flirter avec elle – elle devait poursuivre ses interrogatoires et mener sa stratégie comme elle l'avait initialement prévu.

Se remémorant la facilité avec laquelle son ancienne meilleure amie la perçait à jour, elle s'interrogea sur l'opportunité de l'avoir convoquée pour un face-à-face.

Daphné arriva en milieu de matinée, souriante et aimable, mais l'air épuisé par sa quatrième grossesse.

Elles se saluèrent cordialement, puis prirent place chacune dans son fauteuil.

- Souhaitez-vous que je fasse apporter de l'eau ou un jus ? s'enquit Dorea, peinée de voir son ancienne amie dans cet état.

- Non, ça ira, je vous remercie. Je n'en ai plus pour longtemps, mes jours sont comptés.

- Je vois cela. Votre époux m'a dit que vous en aviez déjà trois à la maison.

- C'est exact. Nous espérions une fille cette fois-ci, mais malheureusement, Merlin en a décidé autrement.

Dorea esquissa un sourire et acquiesça.

- Bien, commençons ?

- Quand vous le souhaitez.

- Tout d'abord, j'aimerais que vous me disiez ce que vous pensez de Lucius Malefoy ?

- De ce que je me rappelle de mon enfance, et même de mon adolescence lorsque je me rendais au Manoir, c'était un homme plutôt froid et assez strict.

- C'est-à-dire ?

- Eh bien, il faisait souvent des reproches à Drago, surtout quand nous étions à Poudlard. Il lui reprochait de ne pas savoir se faire apprécier des bonnes personnes, de toujours traîner avec Crabbe et Goyle, les deux… camarades de Drago. On ne peut vraiment pas dire qu'ils étaient amis. C'était plus des sous-fifres qu'autre chose.

- Vous indiquez que Monsieur Malefoy père reprochait à son fils de ne pas savoir s'attirer les bonnes grâces. Que vouliez-vous dire par là ?

- Drago a tenté de se rapprocher d'Harry Potter lors de notre tout premier jour à Poudlard. Bien sûr, Lucius était furieux en apprenant que Potter et lui étaient devenus rivaux.

- Pourquoi Lucius souhaitait-il que son fils se lie d'amitié avec Monsieur Potter ?

- Parce que cela aurait pu lui apporter une certaine influence. Lucius est un homme avide de pouvoir.

- Pourquoi ? Pour la gloire ? Pour l'argent ? Pour l'honneur ?

- Pour protéger sa famille. On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais tout ce qu'il fait, c'est pour sa famille.

- Servir Lord Voldemort, était-ce également pour sa famille ?

Daphné entrouvrit la bouche, surprise à l'évocation du nom du Mage Noir.

- Je pense qu'il voulait simplement se retrouver du bon côté. Si nous avions eu le malheur de tomber sous l'emprise du Seigneur des Ténèbres, on pouvait presque être certain de ne pas survivre jusqu'à la fin de l'année, sauf si l'on s'appelait Harry Potter…

Elle s'interrompit brusquement, blêmissant, avant de détourner le regard. Dorea réalisa alors, avec horreur, qu'une tâche humide s'était formée sur le fauteuil.

- Allez chercher son mari ! s'exclamat-elle à la greffière.

Tandis que la greffière s'élançait en courant, Dorea se précipita vers Daphné, se levant et contournant le bureau.

- Comment allez-vous ? s'enquit la rousse.

La blonde grimaça, puis inspira profondément.

- J'ai des contractions depuis ce matin, mais elles n'étaient pas très douloureuses.

- Et maintenant ?

- Depuis que je suis arrivée ici, elles sont un peu plus intenses.

- Nous allons attendre Monsieur Zabini, qui vous emmènera à Sainte-Mangouste, d'accord ?

- Oui… oui, c'est le mieux.

- Devons-nous prévenir quelqu'un pour vos enfants ?

- Ils sont avec ma mère. Blaise lui enverra un Patronus.

La greffière fit irruption, essoufflée.

- Je suis désolée, mais Monsieur Zabini n'est pas dans son bureau.

- Et Monsieur Malefoy ? Monsieur Nott ?

- Oh merde ! jura Daphné.

- Quoi ? C'est douloureux ? s'enquit Dorea en se tournant vers son ancienne meilleure amie.

- Non… enfin si… mais j'ai complètement oublié que Blaise se rendait avec Drago et Théo à Hong Kong aujourd'hui. Ils ne rentreront que ce soir très tard.

Dorea échangea un regard alarmé avec sa greffière, puis retourna derrière son bureau et attrapa son téléphone. S'il y avait bien une chose qu'elle appréciait dans la technologie moldue, c'était la rapidité avec laquelle elle pouvait contacter quelqu'un.

Tandis qu'elle collait l'appareil à son oreille, Daphné murmura :

- Ça ne sert à rien, il ne répondra pas. Ils sont en négociation toute la journée.

- Ce n'est pas lui que j'appelle, répliqua Dorea alors que la première sonnerie se faisait entendre.

Elle savait que si Malefoy voyait qu'elle l'appelait, il répondrait aussitôt. Elle suspectait qu'il avait été vexé qu'elle l'ait laissé tomber pour Alden Thorne la veille. Pour des raisons qu'elle ignorait, par ailleurs. Mais elle le connaissait assez pour ne pas laisser passer ce genre de chose.

Et, bien évidemment, il décrocha.

- J'espère que vous m'appelez pour vous excuser d'hier ?

Dorea esquissa un sourire en coin. « Tellement prévisible », pensa-t-elle.

- Monsieur Malefoy, pouvez-vous informer Monsieur Zabini que votre belle-sœur vient tout juste de perdre les eaux dans mon bureau ?

- Quoi ? Daphné va accoucher ? Maintenant ?! Mais elle ne peut pas attendre ? Nous sommes en pleine négociation !

Dorea perçut la panique dans la voix du blond et leva les yeux au ciel, agacée par sa dernière remarque.

- J'ai une question à vous poser, Monsieur Malefoy : quand vous ressentez l'envie d'aller déféquer, vous vous demandez si vous pouvez attendre ?

- Euh...

Daphné étouffa un rire entre deux grimaces de douleur.

- Non, bien sûr que non. Alors dites à Monsieur Zabini de prendre le prochain portoloin pour Londres au plus vite. Moi, je vais emmener son épouse à Sainte-Mangouste.

- D'accord, je vais lui dire.

Puis il raccrocha, et Dorea fit de même. Elle leva les yeux vers Daphné, qui souriait, l'air amusé.

- Vous savez que je n'entends pas beaucoup de personnes parler ainsi à Drago ?

- Eh bien, moi, je fais exception à la règle, soupira Dorea en revenant vers elle. Vous pouvez vous lever et marcher ?

- Oui... oui, je crois.

Dorea lui prit la main et l'aida à se redresser. Elles avancèrent d'un pas mesuré vers la porte.

- Voulez-vous que j'appelle votre sœur pour qu'elle vous tienne compagnie en attendant l'arrivée de votre époux ?

- Ma sœur ? s'écria Daphné. Elle et moi, nous ne nous supportons pas. Alors, cela m'étonnerait qu'elle accoure pour « me tenir compagnie », comme vous dites.

Elles pénétrèrent dans l'ascenseur, sous le regard ébahis des employés de la rousse.

- Oh… je croyais que vous et elle étiez plus proches que ça ? demanda Dorea, d'un ton naïf.

- Eh bien non. C'est à peine si elle rend visite à ses neveux. Et elle ne supporte pas les pleurs des bébés.

- Pourtant, elle et Monsieur Malefoy souhaitent ardemment avoir un enfant, non ?

- Oh ça ? Je pense que c'est surtout parce qu'elle se sent en compétition avec moi. Et aussi parce qu'elle se doit de donner un héritier à la famille Malefoy. Mais je crois qu'elle n'est pas très enchantée à l'idée d'être enceinte un jour ou l'autre.

- Ils… ils n'aiment pas les enfants ?

- Elle non. Elle fait tout pour m'éviter depuis ma première grossesse.

- Et Monsieur Malefoy ?

- Drago, c'est une tout autre histoire. Il se transforme en une personne différente dès qu'il est en présence de mes fils, sourit Daphné d'un air songeur. Il les aime réellement.

- Oh…

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, et Dorea et Daphné se dirigèrent vers la sortie du hall, attirant quelques regards intrigués sur leur passage. Elles débouchèrent directement sur le Chemin de Traverse, en route vers le Chaudron Baveur.

- Ma voiture est garée dans la rue de l'autre côté, précisa Dorea. C'est plus sûr que de transplaner, étant donné que le travail a commencé.

- Je vous remercie.

Puis Dorea réalisa quelque chose en voyant que le bas de la robe de Daphné était complètement mouillé.

- Attendez, fit-elle, en retirant son pull en cachemire.

Elle l'enroula autour de la taille de son ancienne amie, se retrouvant vêtue seulement d'un simple caraco en dentelle, alors qu'il ne faisait que deux degrés dehors.

- C'est gentil à vous, gratifia Daphné. Mais… vous allez avoir froid comme ça ?

Ne vous inquiétez pas pour moi, murmura la rousse en sortant sa baguette et en diffusant un sort de chaleur autour d'elles.

Elles continuèrent à marcher jusqu'à se retrouver dans la rue, après avoir franchi la porte du pub, côté moldu.

- Ma voiture est juste là, indiqua Dorea en montrant une Porsche jaune de modèle vintage.

- Jolie voiture, remarqua la blonde.

- Je vous remercie.

Elles montèrent dans l'habitacle, et Dorea démarra le moteur, attirant l'attention des passants autour d'elles. Elle s'engagea alors sur la route, roulant vers le quartier de Bloomsbury.

- Vous connaissez plutôt Londres, non ?

- Je vous demande pardon ? questionna Dorea, concentrée sur la route.

- Vous ne m'avez pas demandé une seule fois le chemin pour aller à Sainte-Mangouste.

Dorea cessa de respirer un instant, se maudissant intérieurement. Bien évidemment, elle n'était pas censée connaître par cœur le trajet du Chaudron Baveur à Sainte-Mangouste.

- Oh… je… oui, je connais Londres.

- Ah oui ? Vous êtes venue plusieurs fois ici ?

- Oui. Pour affaires.

- Oui, Londres est une étape incontournable pour tout sorcier de la communauté, affirma Daphné.

Un court silence s'ensuivit, tandis que Dorea s'engageait sur Covent Garden.

- Excusez-moi d'être indiscrète, mais je crois savoir que vous avez deux enfants également… Ouch !

Daphné serra les dents et grimaça une nouvelle fois. Dorea remarqua que cela durait un peu plus longtemps que lorsqu'elles avaient quitté la tour Waystar.

- Celle-là avait l'air d'être douloureuse, dit Dorea en jetant un coup d'œil à son ancienne amie.

- Oui… Je crains que Blaise ne soit pas là à temps pour la naissance du bébé.

- Ne vous inquiétez pas, je reste avec vous, assura la jeune femme.

La blonde la scruta du coin de l'œil puis déclara :

- Blaise m'a raconté ce que vous avez vécu durant votre grossesse.

Dorea préféra rester silencieuse.

- Je vous trouve très courageuse, ajouta Daphné dans un murmure.

- Je préfère ne pas en parler, si cela ne vous dérange pas, rétorqua Dorea avec un sourire poli.

L'avocate se gara à l'extrémité de la rue où se situait l'entrée publique de l'hôpital de Sainte-Mangouste. Après être sorties de la voiture, Dorea aida Daphné à faire de même, malgré les contractions de plus en plus rapprochées et douloureuses.

0o0

Drago courait dans les couloirs de la maternité de l'hôpital Sainte-Mangouste, son meilleur ami et son beau-frère le distançant, lui et Théo juste devant.

Ils avaient interrompu leur négociation, tous trois se précipitant pour attraper un portoloin et être présents à temps pour la naissance de son quatrième neveu.

Il était heureux d'accueillir un nouveau bébé. Il aimait les enfants, mais la vie ne lui avait pas offert cette chance.

Alors qu'ils tournaient le coin d'un nouveau couloir, ils aperçurent Kate Harrington assise sur un banc. Il fut aussitôt saisi par sa beauté et sa sensualité. Elle portait un simple caraco en dentelle, laissant deviner sa lingerie délicate. À cette pensée, un désir irrésistible grimpa en lui. Cependant, il n'eut guère le temps de l'observer plus avant, car elle tourna la tête vers eux.

- Comment va-t-elle ? s'exclama Blaise, essoufflé, s'avançant vers elle alors qu'elle se levait de son banc.

- Elle va bien. Nous sommes arrivés il y a deux heures, et ils la préparent pour l'accouchement. Vous êtes à temps.

- Dans quelle chambre est-elle ?

- Juste la porte en face, indiqua la rousse en pointant une porte blanche entrouverte.

- Je vous remercie.

- Allez-y, elle n'attend plus que vous.

Blaise hocha la tête et se précipita dans la chambre, refermant la porte derrière lui. Kate se tourna alors vers Théo et Drago.

- Vous avez fait vite, nota-t-elle d'un ton léger.

- On a réussi à graisser la patte d'un agent de liaison à Hong Kong pour obtenir un portoloin privé, haleta Théo.

La jeune femme afficha un sourire, puis frotta ses bras, un geste trahissant qu'elle avait froid. Instantanément, Drago se débarrassa de sa veste de costume et s'approcha d'elle pour la poser sur ses épaules.

Drago huma alors une odeur vanillée. La même qu'il avait perçue lorsqu'ils étaient sortis du tribunal l'autre jour.

Il baissa le regard et plongea dans les prunelles émeraude de la jeune femme. Tous deux se perdirent dans les orbites de l'autre, le temps semblant s'interrompre un instant.

Les deux sorciers se laissèrent emporter par la douceur du moment avant de reprendre leurs esprits. Ils quittèrent simultanément le couloir, les sabots des chevaux résonnant sur les dalles de pierre. Ils se promenèrent silencieusement, atteignant une modeste colline verdoyante. De là, ils pouvaient admirer le domaine dans son entièreté. Au milieu des champs et des jardins luxuriants, le château d'Highclere Castle se découpait de toute sa majesté avec sa tour centrale et son architecture baroque.

- Je vais aller chercher du café. En voulez-vous, Maître Harrington ? interrogea Théo.

L'avocate décrocha son regard de celui métallique de Drago. Ce dernier secoua la tête, se demandant brusquement ce qu'il venait de se passer et où il se trouvait.

- Euh... je vais rentrer. Madame Zabini est entre de bonnes mains à présent.

- Je vais vous raccompagner, dit aussitôt Drago.

- Ce n'est pas nécessaire...

- J'insiste, répliqua-t-il, en la regardant de ses yeux perçants.

La rousse ne formula aucune objection. Elle salua Théo, et tous deux repartirent vers le hall d'accueil qui se trouvait à quelques mètres.

0o0

L'odeur de Drago l'enveloppa, et Dorea ne s'en sentit que mieux. Comme si quelque chose en elle retrouvait enfin sa place.

Ils atteignirent le hall, et elle sentit la main du blond se poser dans le bas de son dos. Une sensation de chaleur s'intensifia alors en elle ; son estomac se noua à l'idée que l'homme qu'elle n'avait jamais pu réellement oublier faisait preuve de courtoisie à son égard.

Cependant, elle n'était pas dupe. Il l'avait oubliée, et jamais il ne ressentirait ce qu'il avait éprouvé pour elle autrefois. S'il avait réellement éprouvé quelque chose pour elle… Elle s'était posé cette question à maintes reprises tout au long des années qui avaient suivi la débâcle de leur rupture.

Après tout, ce n'était pas elle qu'il avait épousée. Ce n'était pas elle qu'il avait choisie. Mais c'était bien elle qu'il avait fait souffrir à maintes reprises.

Alors, en cet instant, il ne manifestait qu'une part de son éducation. Rien de plus, rien de moins. Et cette pensée suffit à la refroidir instantanément.

Ils débouchèrent sur la rue, où les Moldus se pressaient autour d'eux.

- C'est votre voiture ? demanda Drago alors qu'ils approchaient de la Porsche.

- Oui. répondit Dorea.

Elle sortit sa clé et ouvrit la portière.

- Une Porsche 911, modèle classique, observa Drago.

- Modèle vintage, corrigea Dorea.

La rousse enleva sa veste et la tendit à Drago.

- Je vous remercie, Monsieur Malefoy, dit-elle d'un ton glacial.

Puis elle entreprit de monter dans l'habitacle, mais son ex-amant l'interrompit.

- Vous ne m'aimez pas, n'est-ce pas ?

Dorea se redressa et se tint à la portière.

- En quoi cela vous importe-t-il ?

- Je le vois dans votre regard… dans votre manière de vous comporter avec moi.

Il s'approcha d'elle, et Dorea retint sa respiration, sentant le visage du blond l'effleurer, avant de se pencher vers son oreille pour lui murmurer de ses lèvres caressantes :

- J'ai l'impression de vous avoir contrariée, mais je ne sais pour quelle raison.

Puis il revint face à elle, plongeant son regard dans le sien, ses yeux se teintant d'appétence. La rousse eut un mouvement de recul, se braquant aussitôt.

- Vous me rappelez quelqu'un, Monsieur Malefoy, murmura Dorea.

Un léger sourire fleurit sur les lèvres de celui-ci.

- Ah oui ? Et de qui s'agit-il ?

- Un homme dont j'étais follement amoureuse, il y a quelques années.

- Quelle chance pour moi alors, dit-il, le sourire s'agrandissant. Je constate donc que je suis votre style d'homme.

- Si vous le prenez comme une chance, grand bien vous fasse.

- Et comment cela s'est-il terminé entre vous ?

- Il m'a laissée seule, enceinte de jumeaux, pour épouser une autre femme, répondit-elle brusquement.

Le sourire de Drago s'effaça subitement.

- Je croyais que… Blaise m'a dit qu'il était mort.

- Oui, c'est ce que je raconte généralement. Du moins, c'est ce que j'ai fait croire à mes enfants.

Le blond fronça les sourcils, visiblement intrigué.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne veux pas qu'ils souffrent à cause de ses manœuvres perverses, comme j'en ai souffert.

- Que vous a-t-il fait ?

- Il m'a trompée. Avec la femme qu'il a épousée. Il a trahi ma confiance de la pire manière qui soit. Il a abusé de l'amour que je lui portais.

- Et donc… je vous fais penser à cet homme ?

- Oui.

- Vous ne me connaissez pas. Jamais je ne ferais une chose pareille.

- Oh, si je vous connais, Monsieur Malefoy. Soyez assuré, vous êtes le genre d'homme à laisser femmes et enfants pour suivre vos désirs.

Elle lui tourna le dos et entra dans la voiture, avant de claquer la portière avec force. Elle démarra le moteur et tourna le volant pour s'engager sur la route.

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Drago observa la Porsche jaune s'éloigner, l'esprit en proie à des réflexions contradictoires. Une immense frustration l'envahit. Comment cette femme, qu'il connaissait à peine, pouvait-elle croire qu'il agirait de la même manière qu'un homme aussi détestable que celui qu'elle avait connu ?

Une chose était sûre, il allait lui prouver qu'il était formellement un autre genre d'homme.

Il était persuadé qu'il lui plaisait autant qu'elle lui plaisait. Il s'en était rendu compte à cet instant précis.

Cette femme l'attirait. Il avait vu la manière dont elle l'observait avec des yeux de biche, le frémissement qui la traversait lorsque sa main s'était posée contre son dos, ou quand elle avait discrètement humé l'odeur de sa veste. Surtout, il avait parfaitement compris ses attentes : elle le désirait autant qu'il la désirait. Oui, c'était cela, il la désirait.

Tout ce qu'il ressentait en sa présence était un désir brûlant. Un désir dont il avait rarement fait l'expérience, voire jamais.

Elle était belle, séduisante et intelligente. Et cerise sur le gâteau, elle le haïssait. Cela rendait le jeu d'autant plus captivant.

Drago Malefoy avait un principe : ce que Malefoy veut, Malefoy l'obtient. Et jamais il n'avait dérogé à cette règle.

La chasse était donc ouverte ; foi de Malefoy, à la fin du procès de son père, que cette issue soit favorable ou non, cette femme serait à ses pieds, se pâmant devant lui.

Souriant à lui-même et empli d'une nouvelle détermination, il prit la direction de Sainte-Mangouste avec assurance.