Chapitre 2 : les problèmes n'en finissent jamais, surtout quand on s'appelle Harry Potter
Tout était fini. Il fallut attendre le retour de Dumbledore, ainsi que les témoignages combinés des deux champions de Poudlard pour connaître l'entièreté de la vérité la plus importante depuis plus de treize ans : Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom était mort, pour de bon cette fois.
Dumbledore, accompagné des professeurs puis rejoint par des aurors du ministère, avait trouvé ce qu'il restait de Voldemort : un corps affaibli, décharné et finalement achevé par la magie du sang au contact des poings de Harry. Le seigneur des ténèbres n'était plus.
Toujours sous le sort de stupéfiction, Peter Pettigrow avait été arrêté, puis interrogé avant d'être envoyé à Azkaban. Barty Croupton Junior avoua toute son implication dans le tournoi des trois sorciers, du nom de Harry dans la coupe jusqu'à l'ensorcellement du trophée.
C'est ainsi que Harry Potter, le garçon-qui-a-vaincu, passa son premier été complet loin de Privet Drive. Sirius innocenté par les aveux de Peter Pettigrow et Voldemort à jamais mis hors d'état de nuire, le maraudeur avait pu demander la garde officielle et totale de son filleul.
Sa malle remplie de ses maigres possessions, Harry avait ressenti avec émotion ses premiers instants dans la maison familiale des Black : l'étreinte chaleureuse de son parrain, son nouveau gardien lui ouvrant la porte de la chambre où il allait dormir – sa chambre –, le premier petit déjeuner gargantuesque où il s'était fait resservir au moins cinq fois.
Pour la première fois de sa vie, il mangeait à sa faim, pouvait faire ses devoirs pour Poudlard sans se cacher et n'était pas obligé de faire des tâches ménagères. Il avait échangé plus de lettres cet été qu'il n'en avait échangé depuis son entrée à Poudlard.
Son bonheur rayonnait sur son visage et il se surprenait à rire sans raison. Il était si heureux, que même la folie dépressive et parfois persistante de son parrain n'arrivait pas à lui enlever le sourire. Oui, Sirius le comparait souvent à James et se perdait longuement dans une mélancolie douloureuse lorsqu'il reprenait conscience du temps perdu et de ses amis aujourd'hui disparus.
L'ambiance maussade et défraîchie du square Grimmaurd n'encourageait pas la joie et l'attitude des plus médisantes de Kreattur, l'elfe de maison de la famille de Black, allait de paire avec le tableau hurleur qui représentait la dernière matriarche de la famille. Tant et si bien que, armé de leur courage et de leur baguette magique, Harry et Sirius s'était lancé dans un grand nettoyage de la maison.
Remus était celui qui avait passé le plus de temps avec eux, plus encore que Ron et Hermione qui passèrent quelques fois pour leur rendre visite avant de tous aller sur le chemin de traverse ou leur donner un coup de main contre les nuisibles qui pullulaient dans la vieille bâtisse.
Le loup-garou avait été d'une aide plus que précieuse dans le nouveau foyer qu'ils essayaient de construire. Il apportait une stabilité inestimable à Sirius et offrait à Harry une fenêtre ouverte sur le passé. Bien souvent, son ancien professeur venait passer l'après-midi au square Grimmaurd et lui racontait les aventures qu'il avait vécues avec sa mère et son père, tout en faisant disparaître épouvantards et autres créatures des ténèbres. Il relut aussi quelques-uns de ses parchemins, le conseillant et l'encourageant dans son désir de devenir auror après avoir obtenu ses ASPIC.
Bien que Harry ait passé le plus bel été de sa vie, il ressentait une étrange sensation de vide qui venait contrarier son bonheur nouvellement obtenu. Il ne s'était jamais senti ainsi et ne savait pas comment y remédier. Il était enfin libéré de l'ombre menaçante de Voldemort et se sentait moins en colère, moins à cran. Pourtant, quelque chose manquait.
La réponse à sa question lui apparut comme une évidence juste avant le début du banquet qui accueillerait les premières années et où le choixpeau les répartirait dans l'une des quatre maisons.
Il allait s'asseoir en milieu de table avec Hermione et Ron ainsi que les autres élèves de cinquièmes années lorsqu'il le vit : Severus Rogue venait d'entrer dans la grande salle. Le professeur de potion n'avait pas changé avec ses longues robes noires virevoltantes, ses cheveux noirs et luisants, son nez crochu et le teint cireux de son visage. Son expression renfrognée était déjà exaspérée par les élèves surexcités alors que les cours n'avaient même pas encore commencé.
Pourtant, alors qu'il lui avait toujours inspiré de la colère, le maître des potions éveilla en lui une affliction nouvelle qui commença dans son estomac avant de se répandre dans sa tête, le long de ses bras jusqu'au bout de ses doigts, puis de descendre dans ses jambes jusqu'à ses pieds. Il fit un premier pas qui lui donna l'impression de marcher sur un épais coussin tellement il se sentait léger.
– C'est lui… murmura-t-il, alors qu'il commençait à remonter l'allée entre les longues tables.
Étant toujours aussi célèbre, les têtes se tournèrent sur son passage et les murmures finirent par attirer l'attention du professeur de potion qui s'arrêta pour l'observer, imaginant déjà comment lui retirer des points. Face à son immobilité, Harry s'arrêta également, dévisageant sans complexe son professeur.
L'intensité avec laquelle Harry Potter l'observait lui glaça le sang, comme s'il faisait face à un danger imminent. Que se passait-il encore avec Potter ? Son chien de parrain lui avait-il confié quelques secrets croustillants ?
Si une discussion devait éclater, Severus Rogue préférait que ce ne soit pas au milieu de la grande salle ni devant l'entièreté des habitants du château. Il fit donc un premier pas en direction de la sortie. Comme il s'y attendait, Harry se remit en mouvement, le suivant en remontant l'allée pour le rejoindre. Son amie première de classe essaya bien de l'arrêter, attrapant un pan de sa robe de sorcier lorsqu'il passa à sa hauteur, mais le jeune sorcier ne lui prêta aucune attention, comme s'il ne l'avait même pas entendue.
Arrivé dans le hall, le maître des potions accéléra le pas, fuyant l'agitation qui régnait parmi les élèves de première année qui attendaient de faire leur entrée. Il prit la direction des cachots et bientôt il n'entendit plus que le son de ses pas suivis par ceux plus rapides du gryffondor.
Une fois certain que personne ne serait témoin de la conversation qui allait suivre, il s'arrêta et fit volte-face.
– À nous deux, Potter. Que se passe-t-il enc…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il fut saisi par le col de sa robe de sorcier et poussé contre le mur le plus proche. Il allait répliquer, prêt à sortir sa baguette lorsqu'il fut figé par ce qu'il découvrait sur le visage de son élève.
Dans un sourire absent, le jeune homme s'était mordu la lèvre et le sang coulait le long de son menton. Il n'eut pas le temps de réagir qu'il fut tiré en avant et que la bouche souillée se pressa contre la sienne. Une douleur aiguë lui traversa la lèvre, le faisant réagir et repousser le garçon.
Toujours accroché à son col, Harry ne s'éloigna pas, dressé sur la pointe des pieds en tendant son visage vers lui tout en inspirant profondément.
– C'est vous, murmura le jeune sorcier, un sourire béat éclairant son visage.
Le professeur de potion resta interdit alors que deux canines anormalement longues dépassaient de ses lèvres maculées de sang – leurs deux sangs mélangés.
– Potter, qu'avez-vous fait ?! s'exclama sèchement le professeur qui repoussa à nouveau son élève, avec plus de force que la première fois.
Comme si un sort venait d'être rompu, le sourire du jeune homme s'évanouit, laissant place au choc puis à l'expression insolente qu'il lui réservait habituellement. Lorsqu'il passa sa langue sur sa lèvre meurtrie, il eut une moue dégoutée et il essuya frénétiquement ses lèvres et son menton avec la manche de sa robe de sorcier, plus pour en effacer tous souvenirs du contact partagé avec son professeur de potion que pour se rendre présentable. Sans rien ajouter, à l'exception d'un regard noir, le jeune Potter repartit d'un pas rapide et tendu en direction de la grande salle.
Le professeur de potion ne rejoignit la table des professeurs qu'après la répartition. Que venait-il de se passer ? Depuis quand Potter était-il un vampire ? Mais plus choquant encore : ils venaient d'échanger leur sang, passant ainsi un pacte magique. Ils étaient à présent liés par un lien indéfectible. Cette année s'annonçait encore plus pénible que ce qu'il avait envisagé.
Chapitre suivant : pas un vampire ?
