Chapitre 3 : pas un vampire ?
Contrairement aux attentes premières de Severus Rogue, le jeune Potter ne vint pas quémander du sang frais auprès de lui. En toute honnêteté, le gryffondor l'évitait comme la peste. Tant et si bien, qu'il n'avait pu lui retirer des points qu'à l'occasion des cours de potions qu'il quittait toujours aussi rapidement qu'il le pouvait, de peur de se faire interpeller.
Un lien nouvellement formé entre un vampire et son calice impliquait une proximité immédiate ainsi qu'un échange de sang presque quotidien. À moins que le jeune Potter ne soit soudainement devenu maître de ses émotions, ce dont il doutait fortement, il remettait en question son hypothèse première portant sur une transformation en vampire.
Il avait pourtant bien vu ses canines démesurées et ils avaient passé un pacte de sang. Cela au moins, il en était certain. La sensation bien que subtile ne laissait pas de place au doute : il ressentait certaines des émotions de son élève, la plus forte étant un mélange d'incompréhension et de colère. Il n'y avait là rien de surprenant vu les élans impulsifs et plus que primaires du jeune Potter.
Il n'y avait pas pléthore de créatures magiques qui impliquaient des dents démesurées, mais sans détails supplémentaires, il serait vain d'entamer plus de recherches.
Le maître des potions, au fil des premières semaines de cours, se sentait de plus en plus angoissé, attendant le point de rupture que son élève honni finirait par franchir. C'était là une sensation des plus inhabituelles pour lui qui était toujours en contrôle et maître de ce qui l'entourait. Plus les jours passaient et plus le jeune Potter se comportait de manière étrange, enfin plus étrange encore.
Tout commença lors d'un des repas dans la grande salle où il surprit le jeune sorcier, qui avait tout fait pour éviter son contact depuis leur retour à Poudlard, à le regarder. Aussitôt lui avait-il rendu son regard, un sourcil inquisiteur levé, que le jeune Potter avait détourné la tête en faisant mine de prendre part à la conversation animée de ses camarades de classe.
Puis, de plus en plus fréquemment, le maître des potions sentit son regard pénétrant se poser sur lui, lors des repas ou durant les cours de potions. Le petit effronté baissait chaque fois les yeux, comme tout élève qui se respecte face à la terreur des cachots.
Harry, lui, ne savait plus sur quel pied danser : éviter ou confronter son professeur. Poussé par il ne savait quelle malédiction, il avait agressé – pire, embrassé – son professeur et le simple fait d'y penser lui donnait l'envie de disparaître dans un trou et de ne jamais en ressortir.
Tiraillé entre son instinct de survie, son professeur le haïssant certainement encore plus qu'avant, et son besoin de calmer le vide qui grondait en lui, le jeune sorcier ne savait plus où il en était, ni ce qu'il était juste de faire.
La première fois que Harry maintînt le contact visuel avec son professeur, arrachant à celui-ci une expression outragée, une sensation des plus plaisantes avait envahi son estomac. Ne pouvant s'empêcher de sourire, après avoir lutté contre cette tension qui lui tordait les entrailles et lui donnait des sueurs froides au milieu de la nuit, Harry décida de se lancer dans un nouveau jeu du chat et de la souris, dans lequel il serait le chat. S'il n'était pas en cours ou aux entraînements de quidditch, Harry se trouvait là où son professeur de potion était, en salle d'étude, dans la grande salle et même parfois dans les cachots juste pour croiser son regard alors que le maître des potions ouvrait et fermait la porte de sa salle de classe entre deux cours.
Cependant, au lieu d'assouvir son mal-être, au fil des jours, son besoin ne fit que croître, transformant ses nerfs en pelote. Il était survolté, toujours à chercher son professeur des yeux, son estomac se tordant de la plus désagréable des façons lorsqu'il quittait son champ de vision, faisant des erreurs d'inattention, incapable de se concentrer sur ses cours.
Les points retirés aux gryffondors furent exponentiels à cause de lui, mais Harry ne pouvait s'en empêcher. Même quand Hermione vint lui faire la morale en tant que préfète, que Ron l'interrogeait sur ses absences de la salle commune des rouge et or, que même les professeurs semblaient avoir abandonné de lui réclamer sa concentration et préférant mettre leurs efforts à la réussite des BUSE par un maximum d'élèves.
Après avoir fait exploser son chaudron trois fois lors du même cours, le maître des potions décida qu'il en avait assez et demanda à Harry de rester à la fin de la classe. Pris en faute, le jeune sorcier resta à sa place, les yeux cette fois baissés sur un détail dans le bois de son pupitre.
– Je m'attendais à ce que vous veniez me voir plus tôt, vu votre grave tendance à foncer dans le tas telle la digne tête brûlée que vous êtes, mais il a fallu que vous attiriez l'attention de toute l'école avant de le faire, débita le maître des potions de sa voix la plus sardonique. Que se passe-t-il, Potter ?
– Je ne sais pas, marmonna-t-il.
Harry essaya de lever la tête, mais il ne put même pas aller jusqu'à croiser le regard du maître des potions. À présent seuls, tous ses sens étaient submergés par la présence de son professeur. Son sang battait à ses oreilles et son cœur tambourinait douloureusement dans sa poitrine, si fort qu'il agrippa sa robe de sorcier et la serra nerveusement entre ses mains moites.
– Je ne sais pas ! cria-t-il cette fois en laissant exploser sa frustration.
Severus Rogue resta de marbre face à la perte de contrôle de son élève. Il soupira profondément. Les autres professeurs commençaient à s'inquiéter et à poser des questions, et il doutait que les réponses qu'ils trouveraient leur ferait plaisir. Plus longtemps le lien qui l'unissait au jeune Potter restait secret et au mieux il se porterait.
– Venez, ordonna-t-il, en quittant la salle de classe pour rejoindre son bureau et ses appartements privés, un peu plus loin dans les cachots.
Harry, décontenancé et surpris de ne pas recevoir de nouvelle remarque désobligeante, le suivit sans argumenter. Il se sentait si tourmenté qu'il ne montra aucun intérêt pour le décors, le feu grondant dans la cheminée, la vue sous-marine sur le lac Noir ou encore le fauteuil de cuir que lui indiqua son professeur.
Prenant place à son bureau, Severus Rogue déroula un parchemin, ouvrit son encrier et prépara sa plume. La détresse de son élève, qu'il ressentait aussi durement que si elle était la sienne, le mettait mal à l'aise et cela ne lui plaisait pas du tout. Il n'avait même pas eu envie de le rabaisser à l'aide de quelques mots bien sentis, il fallait agir.
– Bien, décrivez-moi le serpent qui vous a mordu lorsque vous avez combattu le seigneur des ténèbres.
Harry écarquilla les yeux de surprise, cherchant le lien entre ce qu'il se passait et ce moment des plus atroces dans le cimetière. Puis l'évidence le frappa si brutalement qu'il ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, comme un poisson hors de l'eau.
– Fermez la bouche, Potter, vous avez l'air encore plus stupide que vous ne l'êtes.
Harry referma la bouche d'un coup qui fit claquer ses dents d'un bruit sec.
– Il était très long et lourd, commença Harry qui essayait de se rejouer la scène dans sa tête.
Cependant, au lieu d'arriver à donner de quelconques détails, des flashs douloureux se mirent à l'assaillir. Il ne voyait plus que la gueule immense se jeter sur lui, les crocs déchirant son épaule. Et la douleur, si forte, si intense.
La paume chaude qui se posa sur ses mains torturées le fit revenir à la réalité. Il était essoufflé et il se sentait nauséeux, de la sueur coulant sur son front et dans son dos.
– Voilà, inspirez. C'est… C'est bien, tenta maladroitement le professeur des potions qui avait plus l'habitude d'être la cause des tourments de ses élèves plutôt que d'être celui qui les réconfortait. Votre réaction classique lors d'une morsure par un animal de cette trempe confirme mes hypothèses. À moins que vous n'ayez été mordu par un vampire ou toute autre créature magique cet été ?
Harry dénia de la tête, incapable de prononcer un simple mot. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux de ses mains où le furtif contact avec son professeur avait éveillé un feu brûlant. Son professeur, qu'il n'avait pas vu se lever, se tenait si proche de lui qu'il sentit contre ses cheveux le profond soupir qu'il poussa.
– Tenez, lui dit le maître des potions en lui présentant son poignet droit sous son nez.
Harry cette fois osa le regarder, ne comprenant pas ce qui était attendu de lui. L'expression déjà contrariée de son professeur honni se crispa un peu plus alors qu'il levait les yeux vers le plafond face au manque cruel de lucidité de son élève.
– Mordez-moi et buvez, précisa-t-il en rapprochant son poignet.
Incertain, quant à la marche à suivre, Harry prit le poignet entre ses doigts, remontant la manche sur l'avant-bras de son professeur. Il pouvait voir ses veines bleutées ramper sous sa peau et il avala bruyamment, soudainement conscient de la soif qui le rongeait. Puis, comme dans les films et sur les dessins dans ses livres sur les forces du mal, Harry posa ses lèvres sur la peau offerte.
La première chose qui l'atteint fut une odeur douce et familière, puis la sensation du sang pulsant à un rythme régulier. Son cœur se mit à battre plus vite et, poussé par son instinct, retroussa les lèvres pour que ses dents entrent en contact avec la peau. Il sentit son professeur frissonner, mais celui-ci n'essaya pas de se reculer alors que Harry mordait la chaire chaude. La peau plus épaisse que ce à quoi il s'attendait lui résista, il essaya alors de mordre plus fort, mais au premier grognement de douleur, Harry repoussa le poignet au plus loin de lui. Il ne portait pas son professeur dans son cœur, mais l'idée de lui faire mal le révulsait. C'était si inhumain.
– Je ne peux pas, se résigna-t-il malgré son instinct qui lui criait que c'était exactement ce qu'il voulait.
Le maître des potions soupira avant de prendre sa baguette et, sous les yeux écarquillés du jeune sorcier, s'ouvrit une entaille d'à peine quelques centimètres, mais assez profonde pour que le sang se mette à couler. Harry recula sur son siège, paniqué face à la gravité de la blessure que son professeur venait de s'infliger.
– Allons, ne faites pas l'enfant, grommela le professeur en lui mettant son poignet dégoulinant contre les lèvres.
Au contact du liquide chaud, toute pensée logique ou réfractaire abandonna Harry. Si la vue du sang si abondant l'avait un instant déstabilisé, il savait, au plus profond de son être, qu'il attendait ce moment depuis des mois et qu'il n'avait aucun désir d'y résister. Ouvrant la bouche pour couvrir l'entièreté de l'entaille, il laissa le sang couler sur sa langue et avala une première gorgée du liquide chaud et épais. La sensation de chaleur qui s'ensuivit fut dévastatrice, le ravageant en moins d'une milliseconde. Toutes les cellules de son corps s'étaient embrasées, comme ravivées d'une vie qu'Harry n'avait pas eu conscience de perdre.
Soudain, l'esprit plus clair qu'il ne l'avait été depuis la fin du tournoi, il immobilisa d'une poigne de fer le poignet contre sa bouche, y enfonçant ses crocs sans plus aucun remord. Alors qu'il se laissait aller contre le dossier du fauteuil où il était assis, il avala à nouveau une pleine gorgée en fermant les yeux, complètement submergé par les sensations qui emportaient tout sur leur passage.
Harry ne sut jamais combien de temps il resta ainsi, abandonné à l'appel du sang, mais lorsqu'il sentit une main presser doucement son épaule et qu'il ouvrit les yeux, la nuit était tombée, rendant le lac Noir aussi sombre que son nom. La pénombre régnait à présent dans le bureau.
– Il va falloir lâcher prise maintenant, souffla le professeur d'une voix fatiguée lorsqu'il vit les yeux ouverts de son élève.
Harry essaya de desserrer les mâchoires et la douleur se répandit immédiatement dans ses muscles. Même sa langue, jusqu'au plus profond de sa gorge, lui manifesta sa fatigue. Ses mains blanchies par la force avec laquelle il avait enserré le poignet de son professeur étaient si ankylosées qu'il ne put retenir un râle de douleur en le relâchant.
Le maître des potions, qui était venu prendre appui contre l'accoudoir et le dossier du fauteuil, s'éloigna de son élève et prit sa baguette posée sur son bureau. D'un geste expert, il cicatrisa la plaie sur son poignet. En rejoignant son siège, il raviva le feu dans la cheminée et alluma quelques lumières pour briser la pénombre de la pièce.
Harry, toujours sous le choc de ce qui venait de se passer, l'avait suivi du regard en conservant le silence. Il venait de boire du sang. Il avait mordu son professeur comme si sa vie en dépendait. Dans la faible luminosité, le teint cireux de son professeur était encore pire qu'à l'accoutumée.
– Est-ce que vous allez mourir ? demanda Harry d'une petite voix.
Un rictus anima les lèvres pincées du professeur avant qu'il ne secoue la tête.
– Non, mais nous ferons cela dans de meilleures conditions la prochaine fois, déclara-t-il en conjurant une serviette humide pour que Harry essuie les traces de sang qui avaient coulé de son menton jusqu'au col de sa chemise.
– Ça arrivera encore ? s'inquiéta le jeune sorcier.
– Je le crains fort, ricana le maître des potions. Si cela pouvait rester entre nous, je vous en serai gré, indiqua-t-il en pointant de sa baguette le col souillé de la chemise de son élève pour faire disparaître les tâches de sang. Je ne tiens pas à ce que des rumeurs se répandent et il vaut mieux que votre condition reste secrète tant que les faits ne seront pas établis.
– Ma condition ? Comme un vampire, n'est-ce pas…
– Oui. Nous devons en discuter plus en détail, mais pas ce soir.
Severus Rogue passa une main fatiguée sur ses yeux. Il prendrait une potion de régénération sanguine dès qu'il aurait congédié son élève. D'une écriture mal assurée, il rédigea un mot d'excuse, le couvre-feu étant passé depuis longtemps.
– Pas de détour et pas un mot, lui ordonna-t-il en lui tendant le bout de parchemin.
Devant la fatigue plus que évidente de son professeur et malgré sa curiosité, Harry n'insista pas. Il se leva en grimaçant et prit le papier. Il avait l'impression de s'être fait piétiner par un hippogriffe, mais il avait l'esprit clair.
Après avoir quitté le bureau du maître des potions, Harry repassa par la salle de classe pour récupérer son sac de cours puis alla rejoindre la salle commune des gryffondors. Dans l'un des canapés près du feu, Ron et Hermione l'attendaient. Hermione lisait un grimoire épais sur les runes et Ron somnolait sur un devoir inachevé.
Dès qu'il entra dans la pièce, son amie referma son livre d'un geste sec qui eut pour effet de réveiller le rouquin.
– Harry ! Est-ce que ça va ? On s'est inquiété quand on ne t'a pas vu revenir.
– La punition a dû être horrible vu ta tête.
– Ça va, mentit Harry, mais je suis crevé. Merci de m'avoir attendu, les amis.
Hermione et Ron lui offrirent un sourire de soutien. Personne n'aimait les punitions de la terreur des cachots, surtout qu'il avait Harry dans le collimateur depuis le premier jour. Ils montèrent dans la tour pour rejoindre leur dortoir respectif. Bien qu'il soit déjà tard, Harry, couché dans son lit, n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il s'était douché et avait brossé ses dents, mais le goût et l'odeur du sang lui collait à la peau.
Il aurait voulu parler de ce qui venait de se passer à ses meilleurs amis, mais le maître des potions ne le lui aurait jamais pardonné. Tout cela était trop personnel, trop grave pour les impliquer. Pour l'instant en tout cas.
Merci pour votre lecture ! J'espère que ce chapitre vous a plu autant qu'il a été pour moi un plaisir à écrire. La suite jeudi prochain : une nouvelle dynamique.
