Chapitre 4 : une nouvelle dynamique
Après cette entrevue des plus particulières, Harry retrouva son calme au plus grand plaisir de ses amis, du corps professoral heureux de le voir enfin prendre les BUSE au sérieux tout en rendant ses devoirs sans plus aucun retard et de la maison gryffondor au complet. Il ne ressentait plus cette folle envie de suivre son professeur à chaque minute de son temps et il avait enfin pu se concentrer sur ses cours. Il avait même reçu une nouvelle lettre de Sirius qui lui rappelait combien il serait heureux de le voir lors des vacances de Noël et que sa présence lui manquait quotidiennement au Square Grimmaurd.
À son total opposé, le professeur de potion était plus exécrable encore que d'habitude. Il était si survolté que même des élèves de serpentard perdirent des points, probablement une première depuis qu'il était devenu directeur de la maison des vert et argent.
Harry observait toujours autant son professeur lorsqu'ils se retrouvaient dans la même pièce et il devait bien être le seul à s'inquiéter des raisons qui avaient mis le maître des potions dans tous ses états. Son expression agacée et hargneuse ne l'encourageait cependant pas à faire le premier pas pour continuer leur conversation de la dernière fois. Il avait peur du courroux de son professeur, mais aussi de ce qu'il risquait de découvrir.
Plus tôt dans la semaine, Harry avait accompagné Hermione à la bibliothèque et avait emprunté un livre sur les vampires. Ce qu'il y avait lu lui avait glacé le sang. Il avait même osé poser une question à Hermione sur les liens magiques et elle lui avait confirmé que ceux-ci étaient indéfectibles. Elle lui avait jeté un regard interrogateur, mais avait approuvé son implication dans les détails lorsqu'il prétexta travailler sur leur prochain devoir pour le cours de défense contre les forces du mal portant sur les créatures des ténèbres et leur organisation sociale.
Il se souvenait, comme on se rappelle d'un rêve, du sentiment puissant qui l'avait poussé vers son professeur lorsqu'il l'avait revu à Poudlard après les vacances d'été. Était-ce cela qu'un vampire ressentait lorsqu'il rencontrait son calice pour la première fois ? En échangeant leur sang, avait-il fait de Rogue son calice ?
Il avait longuement observé les illustrations plus qu'équivoques. Les corps enlacés et les visages empreints de volupté avaient envoyé des frissons le long de sa colonne vertébrale. Il aurait voulu se sentir désespéré et dégoûté, mais tout se chamboulait dans sa tête lorsqu'il se rappelait du feu que le sang avait éveillé en lui.
Il ne savait plus quoi penser, mais si une chose était sûre, c'était qu'il avait besoin de réponse. Pour cela, il devait parler à son professeur de potion et affronter son humeur massacrante.
Harry avait attendu stratégiquement leur dernier cours de potion de la semaine. Il avait dit à Ron et Hermione de partir avant lui, qu'il les rejoindrait dans la grande salle pour le repas. Alors que le dernier élève quittait la classe, il s'avança vers le bureau de son professeur. Il posa alors sur les copies qu'il corrigeait rageusement un court parchemin. Cela lui valut un regard noir accompagné d'un sourcil levé.
– C'est tout ce dont je me souviens. Du serpent et tout…
Severus Rogue reposa sa plume et déroula le parchemin, lisant avec attention les détails que lui livrait son élève. Il y avait moins de choses qu'il ne l'avait espéré. En soit, si ce n'était pour sa taille et la couleur de ses écailles inhabituelles pour la Grande-Bretagne, rien ne le distinguait d'un serpent traditionnel. Il avait posé la question à Dumbledore, mais tout ce qu'ils avaient retrouvé au cimetière était une carcasse calcinée.
– Je suis désolé. C'est à cause de moi que vous êtes en colère, n'est-ce pas ? précisa-t-il lorsque son professeur leva à nouveau son regard interrogateur sur lui.
Vu l'expression de déni que son professeur lui servit, Harry ne put s'empêcher de sourire. Puis son regard bifurqua sur le poignet recouvert par les longues manches de sa robe de sorcier.
– Est-ce que vous avez encore mal ? osa-t-il demander.
Le professeur de potion soupira en reposant le parchemin.
– Avez-vous soif, Potter ?
Harry recula d'un pas alors que son regard se posait à nouveau sur le poignet auquel il s'était abreuvé. Inconsciemment, il passa sa langue sur ses lèvres, geste que le professeur de potion ne rata pas.
– Oui ou non, décidez-vous ! s'exclama-t-il alors que la colère rejaillissait face à l'attitude indécise et contradictoire de son élève.
– Oui, j'en ai envie, mais il faut d'abord que je sache. Est-ce que c'est pour la vie ?
Severus Rogue ferma les yeux en serrant les lèvres. Le jeune Potter avait dû faire des recherches et qui savait ce que son cerveau atrophié avait retenu des bêtises que l'on pouvait trouver dans les grimoires de la bibliothèque.
– Vingt heures ce soir dans mon bureau, nous discuterons.
D'un geste sec, le professeur de potion lui indiqua la porte que Harry emprunta sans attendre son reste, trop heureux d'obtenir ce qu'il voulait sans avoir fait perdre de points supplémentaires à sa maison.
Il passa le reste de la journée de cours aussi tendu qu'un élastique, s'imaginant déjà comment se déroulerait sa soirée. Rogue accepterait-il qu'il le morde au cou ? Depuis qu'il avait vu les illustrations dans son livre sur les créatures de la nuit, cette image s'était mise à lui tourner dans la tête. L'an passé, l'idée même d'être seul dans la même pièce que son professeur honni l'aurait révulsé. À présent, il semblait n'attendre plus que cela.
Lui qui avait toujours eu du mal avec la ponctualité, il était arrivé en avance devant la porte du bureau du maître des potions et il trépignait en balançant d'un pied sur l'autre. Au loin, il entendit la grande horloge de l'entrée sonner l'heure pile et il frappa sans attendre.
Lorsque la porte s'ouvrit lentement et que le regard noir de son professeur se posa sur lui, Harry perdit un peu de son assurance. En entrant, il remarqua cette fois le mobilier et le feu crépitant dans la cheminée. Le solstice d'hiver approchant, la nuit tombait tôt et la grande fenêtre qui donnait sur les profondeur du lac était d'une couleur d'encre.
Au lieu de lui indiquer le fauteuil près du bureau, Severus Rogue lui indiqua le petit salon au plus proche de l'âtre. Dans les cachots du château généralement frais, la douce chaleur du feu crépitant était la bienvenue.
Harry s'assit à une extrémité du canapé. Juste devant lui, sur une petite table basse, plusieurs grimoires étaient recouverts de parchemins noircis de notes.
– Vous avez trouvé quelque chose ?
– Moins que je ne l'aurait voulu, grogna le maître des potions. Le serpent qui vous a mordu ne devait pas être un serpent normal, mais un animal magique ou encore un animal que le seigneur des ténèbres aurait ensorcelé avec de la magie noire.
Le professeur se pencha et prit l'une de ses pages de notes et continua sans attendre de commentaire.
– Le plus probable est que, en vous mordant, il vous ait transmis quelque chose : de la magie noire, une malédiction comme pour les vampires ou les loup-garous ou encore que son venin ait eu une réaction inattendue qui vous est spécifique. À la fin de votre deuxième année, vous avez été mordu par un basilic, un serpent hautement magique, ce qui vous a peut-être donné une sorte de résistance. De plus, vous parlez fourchelang, cela cache peut-être autre chose comme un gène magique. Vu votre chance, je doute qu'un facteur unique soit responsable, mais plus une combinaison de tous. Dites-le moi si vous pensez à quoi que ce soit d'autre.
– Et pour le sang ?
– Bien que vous en ayez moins envie ou besoin qu'un vampire, le principe semble être le même.
– Pour les calices aussi ?
Le maître des potions soupira profondément en reposant son parchemin sur la table avant de s'enfoncer dans les coussins du canapé. Ils y étaient, la conversation qu'il n'aurait jamais voulu avoir, surtout pas avec un gamin de quinze ans.
– Pas au sens classique des vampires. Il aurait dû y avoir une codépendance beaucoup plus rapide juste après le lien. Un vampire ne boit que le sang de son calice, mais il faudra voir si cela s'applique aussi à vous.
– Je ne mordrai personne d'autre. Jamais ! s'exclama Harry.
Le jeune sorcier ne savait pas comment il pouvait en être si certain, mais l'idée même de sentir la peau d'une autre personne contre ses lèvres lui donnait l'envie de vomir. Le maître des potions se pencha en avant et ajouta cette nouvelle information à une liste qu'il avait commencé à compiler pour établir des liens et faire des comparaisons.
– Si les autres traits que l'on associe généralement aux vampires et autres créatures des ténèbres ne se manifesteront peut-être pas, ceux du lien de sang sont bien présents. Tout comme moi, si vous vous concentrez et maîtrisez vos émotions, vous pourrez certainement ressentir les miennes et même l'endroit où je me trouve.
– C'est pour ça que vous êtes si gentil avec moi.
– Gentil ? répéta la terreur des cachots.
– Vous ne m'avez encore rien dit de désobligeant aujourd'hui, alors qu'il y avait un cours de potion. Pauvre Neville, c'est lui qui a tout pris.
– Si ce cornichon n'était pas un danger public…
Harry se mit à sourire et se laissa à son tour aller contre les coussins du canapé. Il appréciait plus qu'il ne l'aurait dû toute cette situation. Passer ainsi du temps à discuter auprès du feu avec Severus Rogue, voilà qui ne lui ressemblait pas du tout comme choix pour une soirée idéale. Pourtant il en était étrangement satisfait. Son professeur avait passé des heures à lire tous ces grimoires, et donc des heures à penser à lui. Il laissa son regard couler jusqu'à la terreur des cachots qui lui évoquait à présent des sentiments si éloignés de la colère et de l'injustice qu'il lui avait inspiré pendant des années.
Souplement, Harry glissa sur le canapé et prit le poignet droit de son professeur entre ses mains. D'un geste, il remonta la manche de sa robe de sorcier et découvrit sa peau pâle. Si toute trace de coupure avait disparu, les marques de ses crocs subsistaient, cicatrices rouges preuves de ce qu'il avait fait plus d'une semaine plus tôt.
– Je peux ? demanda-t-il en levant un regard implorant sur son professeur.
– Attendez.
Severus se leva et alla prendre un livre posé sur son bureau. Sous le regard inquisiteur de Harry, il s'expliqua en grognant :
– J'ai eu le temps long la dernière fois.
Compréhensible, acquiesça mentalement Harry. Et au moins, il serait assis lui aussi cette fois. Le jeune sorcier lut le titre du livre et se mit à sourire lorsqu'il vit que le sujet portait sur les potions.
Sans plus attendre, Harry porta le poignet à ses lèvres. Il inspira longuement, s'enivrant de l'odeur douce qui lui était à présent familière. Ouvrant la bouche, il sortit sa langue pour goûter la peau avant de la mordiller avec douceur. Retroussant ses lèvres pour découvrir ses dents pointues, il leva les yeux pour rencontrer les orbes noires du maître des potions et c'est en s'y perdant qu'il le mordit.
Aussi puissante que la première fois, la sensation fut immédiate. Un son de contentement remonta le long de sa gorge. C'était si bon, si chaud, si vivifiant. Harry aurait voulu que cela dure toujours. Il ferma les yeux, se laissant emporter dans son plaisir en oubliant tout à l'exception de ce poignet chaud entre ses mains.
Lorsqu'il revint à lui, pareillement à la première fois, tout son corps protesta, mais moins intensément. Harry prit le temps de reconnecter à la réalité sans se presser, laissant ses sens se calmer. Avec prévenance, il abaissa le bras malmené de son professeur. Le sang ne coulait plus, mais les marques de morsures étaient toujours bien visibles et Harry en ressentit une étrange fierté.
Lorsqu'il eut fini d'observer les marques, Harry s'inquiéta à nouveau de son professeur. Il ne lui avait encore rien dit. Ce fut un peu surpris et incertain quant à l'attitude qu'il devait adopter qu'il trouva son professeur endormi. Le livre était ouvert sur ses genoux et, tourné légèrement vers le plus jeune, son bras libre était replié sur le dossier où il avait posé la tête.
Ainsi sans défense, Harry fut empli d'un sentiment agréable en observant le visage détendu qui se présentait à lui sans les artifices de son usuelle expression irritée. Il trouvait une certaine justesse à l'ensemble créé par sa peau blanche encadrée par les longs cheveux noirs, le col de sa robe de sorcier remontant aussi haut que possible sur son cou. Son cou…
Avec douceur, Harry alla poser ses doigts à la jonction entre son col et sa peau palpitante. En appuyant un peu, il sentit le sang pulser à un rythme régulier. Il se sentait calme et rassasié, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que cela ferait s'il y enfonçait ses crocs. Il allait se pencher en avant quand la voix de son professeur rompit le silence.
– Si vous avez fini, retournez à votre salle commune.
Le maître des potions se tendit vers la petite table basse et lui donna un mot d'excuse pour qu'il puisse faire le chemin du retour sans encombre.
Harry serait bien resté plus longtemps, il ne savait pour faire quoi vu l'heure avancée, dormir probablement, mais le ton de son professeur était sans appel. Il prit le bout de parchemin avec une évidente frustration avant de se lever et de quitter la pièce sans se retourner.
Ce soir-là, en se glissant dans son lit froid, tout ce à quoi Harry put penser fut à son professeur et à ce que cela ferait de pouvoir rejoindre les bras de Morphée au creux de ses bras à lui.
Chapitre suivant : cœur brisé
