Capitaine de Starfleet

Chapitre 29:

Héritage

Ce fut après un peu de repos et la guérison complète du numéros deux du vaisseau que Harias rassembla son équipe de passerelle avec Tilly, Stamets et Severus pour faire un point.

- Je sais que certains d'entre vous ne sont pas entièrement d'accord avec ma manière de gérer cet épisode, commença Harias en venant leur faire face. Je sais que certains, dit-il avec un regard pour Burnam, pensent que les habitants de cette planète auraient le droit de savoir la vérité parce qu'ils sont humains originaires de la Terre. La directive première s'applique sans contestation possible et nous ne pouvons respecter nos lois que lorsque cela nous arrange.

- Nous avons mentis à Jacob. Nous pourrions l'aider à résoudre une énigme que sa famille tente de résoudre depuis deux cent ans, fit Burnam.

- Avoir le pouvoir, la possibilité de faire quelque chose ne signifie pas qu'il est sage de le faire à chaque occasion, répondit le capitaine. Ce doute et cette énigme qui torturent certains d'entre eux n'est pas forcément une mauvaise chose. Avec un peu de chance, cela les motivera pour continuer à chercher, à avancer et à évoluer quand une réponse directe de notre part aurait pu stopper toute recherche de savoir et de vérité pour eux, dit-il en obtenant des moues de compréhension de leur part. Et s'ils sont humains, il n'est pas impossible et même extrêmement probable que leur possible futur développement aille dans un sens bien différent de celui de la Terre. Un développement que nous altérerions en leur donnant notre réponse. Parce que nous sommes incapables de prévoir ce qu'une intervention de notre part pourrait provoquer, altérer, nous ne pouvons nous permettre d'intervenir de la sorte. Qui sait? Le chemin qu'ils prendront les mènera peut-être à bâtir quelque chose de nouveau qui, dans quelque temps, apportera sa pierre à l'édifice. Même sans cela, nous ne sommes pas tout puissants, nous ne sommes pas dieu, nous ne sommes pas en position de nous croire capable d'être des professeurs acceptables pour des peuples moins évolués que nous. La directive première existe pour nous rappeler cela. Elle est sage et nous devons la respecter, même lorsque cela est difficile et heurte nos sensibilités.

Il fit une pause, les balayant du regard avant de reprendre.

- Je sais aussi que vous avez été heurté lorsque j'ai dit que si nous n'étions pas dans ce contexte avec ces signaux, cette mission et ces évènements, je n'aurais pas permis que l'on intervienne dans une catastrophe naturelle même si cela avait dû décimer tout ces gens, dit-il en obtenant un silence lourd. Cela vous paraît certainement extrêmement froid et cruel, odieux et contre les principes qui vous sont chers. Mais là encore, la directive première s'appliquait. Comme je le disais, des milliards et des milliards de vies s'éteignent et se créent à chaque instant dans cet univers. La vie et la mort sont indissociables. C'est parce que la mort existe que la vie prospère, que l'évolution fait son œuvre. Il y a des scénarios où l'on peut intervenir et d'autres ont l'on ne peut pas. Et l'œuvre de la nature, aussi dévastatrice qu'elle peut être à vos yeux, ne dépend pas de nous. Les êtres comme nous ne gagnent pas face à la nature. On peut remporter une bataille ici et là mais ce qui doit arriver finit toujours par arriver. Si l'on pouvait faire la liste de tout les peuples qui meurs à cette seconde, elle serait longue comme le bras et plus encore. C'est ainsi.

- Mais ne devrions nous pas sauver ce que l'on peut sauver? demanda Burnam.

- Si vous êtes dans une optique de la vie à tout prix, sûrement, répondit-il. Mais la vie à tout prix n'est pas viable et n'est pas justifiée, n'est pas naturelle. La mort est aussi importante que la vie dans l'équilibre de l'univers. Lorsque nous tombons face à ce genre de catastrophe naturelle, le véritable dilemme n'est pas de savoir si nous devons sauver des vies ou non. Le véritable dilemme est de parvenir à regarder la mort faire son œuvre comme il est naturel qu'elle le fasse. Tout les êtres vivants ont peur de la mort et luttent contre elle sous toutes ses formes. C'est normal, ça s'appelle l'instinct de survie qui a permis à la vie de résister et d'exister. Mais la mort est nécessaire et nous devons accepter qu'elle doit avoir lieu pour préserver l'équilibre de la vie. Certains diront que la nature sait ce qu'elle fait ou que les évènements passés depuis le début de l'univers ne sont qu'une suite de causes à effets en cascade et sans logique particulière. Ce n'est pas le débat. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas prétendre savoir qui doit vivre et qui doit mourir, où, quand et comment. Que nous intervenions dans des évènements auxquels nous sommes déjà liés est une chose parce nous y avons déjà de l'influence, que nous en faisons partis, que nous faisons parti du destin sur lequel on influe. Intervenir en dehors de ce cadre parce que l'on pense savoir ce que l'on fait et que l'on pense le faire pour de bonnes raisons, avec de bonnes intentions, est d'une arrogance sans mesure. Nous n'avons aucune idée de ce que l'on peut déclencher. Beaucoup de choses mauvaises ont un jour eu lieu après être nées d'intentions honorables et sincères. Peut-être qu'en intervenant pour une forme de vie vous empêcherez l'épanouissement d'une autre. Peut-être que votre influence leur fera prendre une route désastreuse. Les résultats peuvent être bons ou mauvais. Parce que nous ne sommes pas capables de prédire l'avenir, les conséquences, nous n'avons pas le droit de prétendre décider, par notre intervention, d'altérer l'existence d'un monde et de ceux qu'il abrite de manière aussi partiale.

- Cela ne semblait pas vous déranger lorsqu'il s'agissait d'une personne à laquelle vous teniez, remarqua Burnam avec un coup d'œil pour Severus.

- Burnam, cingla sévèrement Saru.

- Cela ne m'a pas dérangé parce que ce n'était pas mon choix. Si vous vous remémorez correctement ce qu'il s'est passé, j'étais parti pour revivre la mort de Severus sans intervenir aussi douloureux que cela ait pu être pour moi. C'est Evialys qui est intervenue et c'est Fumseck qui a amené Severus. Et ce parce que l'un comme l'autre ont agis dans un scénario auquel ils appartenaient déjà. S'ils n'avaient pas agis, je ne me serais pas permis de le faire non plus. Parce que je sais qu'il ne nous appartient pas de faire ce genre de chose, parce qu'on ne peut pas tout contrôler et tout plier à notre idée en bafouant tout le reste. La directive première est sage parce qu'elle nous rappelle que nous ne sommes pas meilleurs que les autres et que nous ne savons pas tout, qu'il n'est pas en notre pouvoir de tordre l'univers, la vie, la mort, le temps ou tout ce qui est à notre volonté, à notre façon de voir la vie. Elle nous rappelle que nous devons plier face à la volonté de l'univers aussi abstrait que cette image puisse paraître. Alors oui c'est douloureux et difficile pour nous, pour nos principes mais c'est une chose qu'il faut accepter. Ce n'est pas parce que l'on a le pouvoir de faire une chose que c'est la chose à faire.

- Et vous? fit Burnam pour Severus. Si vous aviez su qu'il avait le pouvoir de vous sauver et qu'il ne l'avait pas fait, qu'auriez vous dit?

- Si vous vous souveniez de ce que j'ai dit, répondit Severus plat et illisible, vous auriez votre réponse. La première chose que j'ai faîte en croyant qu'il était intervenu pour me sauver a été de le sermonner. Parce qu'il a raison. Ce n'est pas ce genre de question que vous devez poser. La vraie question pertinente est: combien de vie avez vous perdu pour apprendre cette leçon? demanda-t-il au capitaine. Je vous connais. Autrefois vous auriez bondit pour protéger la moindre vie que vous auriez pu protéger. Alors combien? redemanda-t-il sous l'attention générale.

- Des millions, répondit-il en les choquant. J'ai dû voir mourir des millions de gens parce que j'avais décidé de sauver ce qui ne devait pas l'être. Cela a engendré une catastrophe sans nom. Je n'avais aucune mauvaise intention. Je ne voulais que sauver des vies. Ce n'était pas la même situation, ce n'était pas le même contexte et je ne dis pas que ce genre de chose tourne systématiquement mal. J'ai vu de nombreuses fois où cela a bien tourné. Mais il est impossible de savoir ce qu'il se passera et il ne nous appartient pas de prendre cette décision pour un monde ou un peuple qui ne sait même pas que l'on existe et qui n'a pas le loisir de donner son avis ou de choisir parce que nous avons décidé de le faire à sa place en pensant que nous savions mieux que les autres ce qui était bien. Vouloir défendre les autres, la vie, c'est un principe très beau et louable mais le faire à tout prix n'est pas une bonne chose. Comme en tout, il faut un équilibre. La mort est effrayante pour tout le monde mais il faut savoir y faire face sereinement et ne pas la combattre en permanence. Elle existe pour une bonne raison et nous sommes encore très loin d'avoir atteint le niveau nécessaire pour prétendre savoir comment le cycle de la vie fonctionne réellement.

Il se tut un instant, les regardant, personne ne répondant, beaucoup semblant réfléchir. Seuls Severus et Khan ne semblaient pas choqués par cette vision des choses.

- Je sais que c'est difficile et que cela heurte tout ce qui vous tient à cœur mais nous avons tous juré de respecter les règles de Starfleet, de la Fédération, la directive première en tête. Je ne vous demande pas d'accepter ou de comprendre, je vous demande de respecter les lois que nous avons décidé de suivre et que nous ne pouvons pas suivre que lorsque cela nous arrange. Puis-je compter sur vous pour cela?

- Oui capitaine, lui répondit-on presque immédiatement.

- Il n'y a vraiment que les saintes ni touches de la Fédération pour ne pas comprendre la nécessité impérieuse de la mort, s'amusa doucement Khan.

- Parce que vous préférez tuer vous n'est-ce pas? répondit Burnam agressive.

- Dit celle qui, par ce même accès d'orgueil à penser qu'elle savait mieux que personne quoi faire, à failli déclencher une guerre d'ampleur galactique, rétorqua-t-il avec un sourire moqueur.

- Burnam, ça suffit, intervint Harias alors qu'elle allait répondre. Khan, dit-il en captant son regard.

- Oui je sais, soupira-t-il. Ne pas heurter vos petits protégés idéalistes par la dure réalité de la vie et ses lois.

- Non, heurtez les autant que vous le voulez si c'est pour faire comprendre ce genre de chose. Mais n'insultez pas leur moralité, ne les insultez pas. J'ai demandé à tout le monde ici de vous respecter, alors ayez l'amabilité d'au moins leur rendre cette politesse.

- Oui capitaine, soupira-t-il.

- Merci. Pour clore ce chapitre, je vous demanderai simplement de respecter nos lois et de respecter mon interprétation de ces lois sur mon vaisseau. Les capitaines ont un pouvoir décisionnaire lorsqu'ils se retrouvent face à ce genre de chose. Et c'est aussi parce que c'est le capitaine qui prend la décision qu'il devra aussi en supporter les conséquences. Parfois, on ne peut pas et on ne doit pas changer ce qui est. On ne peut que l'accepter et accepter qu'on ne contrôle pas tout. Nous pourrions philosopher sur le sujet des siècles durant mais en attendant, nous respecterons les lois que nous avons promit de respecter. Avoir un grand pouvoir, ou dans le cas présent avoir une grande avance technologique, entraîne de lourdes responsabilités dans les bons comme dans les mauvais aspects de la chose. Cela sans compter que parfois, vous pourriez être très agréablement surpris en laissant les choses suivre leur cour. Si vous souhaitez en discuter davantage, la porte de mon bureau est toujours ouverte comme vous le savez. En attendant, cette affaire est close.

Tous approuvèrent et il sentit l'ambiance un peu plus légère maintenant qu'il avait crevé l'abcès et ce même si tous ne comprenaient pas ce point de vu.

- Bien, avons nous les images de la caméra du casque? demanda-t-il en rejoignant son siège.

On approuva et il ordonna qu'on les passe à l'écran principal. La bande son était exactement celle de la transmission émise qu'ils avaient déjà entendu. Mais il y avait les images avec cette fois. Une scène de bataille terrible se soldant par une puissante lumière rouge et l'image furtive d'un humanoïde ailé.

- Est-ce que vous avez vu sur l'astéroïde capitaine? demanda Saru lorsque ce fut terminé.

- Oui, c'est le même personnage dans sa combinaison, approuva-t-il. Nous avons donc deux signaux rouges qui nous ont conduis à deux mondes où cet individu est apparu. Si nous aurions encore pu évoquer la coïncidence avant, on ne peut plus maintenant. Ne reste plus qu'à découvrir la raison de l'existence de ces signaux et de leurs apparitions, si notre attention a été attirée la dessus sciemment ou non, pourquoi si c'est le cas et ce que tout cela implique. Nous devons découvrir si cet ange les déclenche ou les suit. Si l'on considère l'hypothèse que ces signaux sont là pour attirer notre attention, l'attention de ceux qui les verraient, il est probable que cela soit pour nous mener quelque part qu'il s'agisse d'un piège ou d'autre chose. Et si attirer notre attention et nous conduire quelque part, nous montrer ou nous apprendre quelque chose n'est pas le but, nous mettons peut-être le nez là où il ne faut pas. Cela ou le millier d'autres hypothèses que l'on pourrait formuler, remarqua-t-il légèrement. Autant dire que nous ne sommes pas très avancés pour le moment. Alors tout le monde au travail. Nous allons tenter de localiser les autres signaux et de comprendre pourquoi ils existent.

- Oui capitaine, lui répondit-on alors que tous se remettaient au travail.

Tous se remirent à la tâche aussi bien sur la mission des signaux rouges que sur tout les autres projets du Discovery. Quelques jours plus tard, Harias réunissait l'équipe faisant des recherches sur les signaux dans son bureau, installant tout le monde à la table de réunion. Saru était là avec Burnam, Linus, Detmer, Owosekun et Rhys. Khan était également présent. Harias était resté debout pour écouter le rapport, passant un moment à observer Saru qui semblait mal en point, malade.

- J'ai comparé ce que nous appelons l'ange rouge avec toutes les formes de vies ailées et aviaires connu dans la Fédération, expliqua Burnam. Pour l'instant je n'ai rien trouvé, ce qui validerait davantage votre analyse menant à un équipement technologique capitaine.

- Je n'ai aucun doute sur cette question, répondit-il. Comme vous le savez, je perçois les signatures d'énergies des êtres vivants. Je suis certain qu'il s'agit d'un humain dans une combinaison technologique avancée.

Linus voulut intervenir mais comme cela arrivait régulièrement, le traducteur du vaisseau lui fit faux bond, seul Harias comprenant parfaitement son langage. Il dût donc s'y reprendre à deux fois:

- Désolé, s'excusa-t-il. Le traducteur universel a parfois du mal à retranscrire mes clics et divers bruits linguistiques. Ma réponse était que cela ne ressemblait à rien dans l'univers connu.

- Ce qui pourrait attester du fait qu'il s'agit d'une chose unique, appuya Detmer.

- Trouver pourquoi et comment cet ange est relié aux signaux nous aidera à l'identifier, remarqua Rhys.

- Si seulement on savait ce qu'il veut, fit Owosekun.

- Vous pouvez me passer le sel, demanda Saru courbé sur sa tasse.

- Commander Saru vous pouvez nous éclairer? demanda Burnam un peu inquiète.

- Toutes mes excuses, répondit-il. Je me suis levé ce matin avec un sérieux rhinovirus.

- Donc vous avez un rhume, fit Owosekun.

- J'en ai eu un la semaine dernière et c'était horrible, fit Linus en s'attirant des regards perplexes. J'ai six canaux nasaux, expliqua-t-il en les faisant approuver.

- Ça arrive aux meilleurs d'entre nous Linus, remarqua Saru.

- Le problème reste donc le même, constata le capitaine. Nous allons une fois de plus tenter de les localiser en usant de la distorsion comme la dernière fois. Avant cette réunion j'ai fait mettre le cap sur la zone de présence présumée du signal ayant été vu le plus proche de nous. Retournez à vos postes et retentez la démarche en ressortant de distorsion. Si cela ne fonctionne pas, nous réessaierons et si cela ne fonctionne pas, il faudra trouver autre chose. Allez-y.

- Oui capitaine, répondit-on en se levant d'un bloc.

- Commander Saru, appela-t-il. Êtes-vous sûr que ça va? demanda-t-il. Est-ce réellement un simple rhume?

- Oui capitaine, affirma-t-il. Ce n'est pas grand-chose.

- Bon. Vous avez énormément travaillé ces derniers temps. Bien plus que votre temps de service ne le réclame. Allez prendre du repos aujourd'hui et remettez vous sur pieds.

- Bien capitaine, approuva-t-il en s'en allant.

Harias le regarda partir en sachant pertinemment qu'il avait menti. Mais si Saru ne voulait pas expliquer ce qu'il se passait, il n'allait pas le forcer. Il était cependant bien décidé à le tenir à l'œil. Allant s'asseoir à son bureau, Harias se mit à penser à autre chose, se demandant s'il serait pertinent et judicieux de parler du fait qu'il savait, qu'il avait senti que l'ange rouge faisait des sauts dans le temps. Il y avait beaucoup réfléchi. Il savait que Burnam était dans la combinaison qu'il avait vu sur l'astéroïde. Cela signifierait probablement qu'une version future de Burnam faisait ces sauts dans le passé. Mais dans quel but? Pour lui, il s'agissait probablement d'une suite d'évènements à suivre pour arriver à un point crucial. Il ne s'était pas trouvé en présence de l'ange très longtemps mais il avait eu bien assez de temps pour sentir qu'il, elle, n'était pas un danger et ne les menaçait pas. La signature d'énergie qu'il avait vu lui faisait dire que cette Burnam n'était pas beaucoup plus vieille que celle du présent. Il pouvait donc imaginer que quelque chose devant se produire prochainement la pousserait à faire ces sauts pour les conduire vers un but. Pourquoi? La question restait encore et toujours. Il décida de garder l'information pour lui encore un peu. La notion temporelle ne ferait qu'ajouter à la confusion et risquait de les détourner de ce qu'il y avait véritablement à voir. En le sachant, tous tenteraient de comprendre la raison de cela et ils se perdraient en conjectures. Pour le moment, cette information n'était pas judicieuse à donner. Il ne la dévoilerait pas tout de suite mais il en parlait dans son propre dossier de suivis de cette affaire.

Se levant, il se remit en route pour sa passerelle, décidé à prendre les choses en mains le temps que son second se remette. Saru était un numéros un incroyable à ses yeux et il ferait probablement un très bon capitaine également. Il travaillait toujours comme un forçat, il avait bien droit à une pause. Il était presque arrivé lorsqu'une violente secousse bouscula le Discovery, le faisant trébucher. Alerté, il se reprit bien vite pour rejoindre la passerelle, y entrant en ayant déjà l'esprit en mode résolution de problème. Autre chose l'interpella pourtant alors qu'il sentait la présence massive d'un être, d'un être comme il n'en n'avait jamais rencontré, un être dans un état très particulier.

- Detmer au rapport, ordonna-t-il en s'avançant vers la baie vitrée.

- Quelque chose nous fait sortir de distorsion, expliqua-t-elle. On passe sous la vitesse de la lumière. Le système de pilotage ne répond plus.

- Activez les boucliers, ordonna-t-il. Alerte rouge. Un rayon tracteur? supposa-t-il.

- C'est plus puissant que ça monsieur, répondit Owosekun. Je n'arrive pas à activer les boucliers.

- L'analyse préliminaire indique un champs de stase multiphasique, informa Burnam l'air surprise. Ça perturbe les harmoniques de nos boucliers.

- On est à l'arrêt monsieur, fit Detmer. Quoi que soit ce qui nous a attrapé nous sommes piégés ici.

- Sait-on ce qui nous a attrapé?

Immédiatement, on afficha l'image de ce qui était devant eux et qu'il était difficile de voir ainsi placé, la chose gigantesque occultant la baie vitrée. Harias ordonna à Detmer de reculer un peu avec les propulseurs, lentement alors qu'il avançait lui même près de la baie vitrée, stupéfait par ce qu'il sentait. Bientôt, tous purent voir ce qui était là. Une gigantesque sphère illuminée de l'intérieur par un noyau d'énergie rouge oranger, donnant l'illusion d'un astéroïde parfaitement rond doté d'une surface magmatique, percée de trous de diverses taille, sa surface et sa structure interne mouvants.

- Mais qu'est-ce que c'est que ça? se demanda Owosekun.

Harias l'entendit à peine, son esprit tournant à plein régime sous la masse d'informations que ses capacités et ses perceptions lui apportaient. Il ordonna qu'on analyse la chose, calme par rapport aux autres qui étaient très tendus. Lui ne percevait pourtant aucun danger.

- Capitaine? Vous savez ce que c'est? demanda Khan.

- Pas encore mais je vais le savoir. Analysez rapidement, commanda-t-il pour être aussitôt obéit. Repassez en alerte jaune et laissez tomber les boucliers pour le moment, dit-il en les surprenant. Nous ne sommes pas en danger pour l'instant. Analyse, vite, pria-t-il.

On se mit donc au travail alors que le capitaine restait près de la baie vitrée, observant cette chose d'un air grave et concentré, fermant parfois les yeux. Rapidement, les premiers rapports d'analyses tombaient:

- Starfleet n'a jamais rien rencontré de tel, remarqua Burnam. Cinq cent soixante cinq kilomètres de diamètre et une masse de six points trente neuf fois dix puissance vingt kilogrammes. C'est un mélange de matière organique et de manière non vivante.

- C'est aussi très ancien, ajouta Linus qui les avait rejoins pour l'occasion. D'après les balayages cela aurait près de cent mille ans.

- Organique? releva Khan. Une forme de vie?

- Nous ne le savons pas, répondit Burnam.

- Je n'ai aucune réponse à nos sollicitations capitaine, informa Bryce aux communications. Mais il y a ça, dit-il en diffusant un étrange son assez désagréable.

- La sphère émet des vibrations, expliqua Burnam. L'ordinateur a extrapolé sur ce que ça pouvait donner en se basant sur la radiation ambiante qui l'entoure.

Landry allait reprendre la parole pour demander si cette chose pouvait être dangereuse quand soudainement, le traducteur du vaisseau se mit à faire des siennes, faisant parler tout les présents dans tout un tas de langues différentes, les empêchant de se comprendre. Surpris, tous s'interrogèrent entre eux et on eut droit à un florilège de langue sur la passerelle entre klingon, vulcain, langue standard, anglais, espagnol, français… Ce fut la pagaille et Harias aurait presque put en rire s'il n'avait pas déjà saisi ce qu'il se passait. Souriant tout de même alors que lui comprenait tout le monde, il fit demi tour pour rejoindre un poste de contrôle.

- On se calme je me charge du problème, interpella-t-il.

Brusquement, tous tournèrent le regard vers lui, surpris de le comprendre dans ce melting-pot linguistique. Il s'attela donc à remédier au problème, même les consoles affichant tout un tas de langues différentes. Heureusement, ce n'était pas un problème pour lui. On le regarda donc faire et il se mit à reprogrammer le traducteur, passant à chaque poste pour faire le réglage adéquat. Quelques instants encore et tous pouvaient à nouveau se comprendre, le traducteur reprenant du service pour réinstaller la langue standard.

- Voilà pourquoi maîtriser des langues étrangères peut être très utile, s'amusa le capitaine. J'ai mis en fonction le traducteur de sauvegarde de la passerelle. Pour l'instant, ceux qui parlent la langue standard peuvent communiquer. Pour le reste de l'équipage et l'ordinateur c'est une autre histoire mais, heureusement pour nous, je suis capable de comprendre et d'user de tout les langages si cela s'avère nécessaire.

- Un virus émanent de la sphère en est responsable, expliqua Burnam. On peut réparer la passerelle pour un temps mais le virus va continuer à se propager dans nos systèmes. Je peux essayer de l'éliminer de l'interface du traducteur.

- Où on tire sur cette fichue chose qui nous attaque et nous tient prisonniers, proposa Khan.

- Non, on ne tire pas et on ne touche pas au virus, commanda-t-il. Faîte un diagnostique du vaisseau pour savoir quelles sections sont déjà concernées par ce… virus, dit-il l'air de ne pas être vraiment d'accord avec ce terme. Restez tranquilles et continuez les analyses, je vais aller relancer le traducteur pour que l'on sorte de cette tour de Babbel.

Ils approuvèrent et il s'en alla immédiatement pour remédier au problème, lui même continuant à analyser les choses de son savoir et de ses perceptions, réfléchissant à ce que cela impliquait. S'il lui fallut un moment, il parvint à remettre le traducteur en service, rejoint entre temps par Saru ayant dans l'idée de faire de même. Parlant près d'une centaine de langues différentes, il était assurément le seul en dehors du mezoriem à pouvoir remédier à la situation. Seulement, ce fut un numéros un dans un pire état qu'un peu plus tôt que le capitaine vit arriver. Saru semblait très mal, faible et il percevait sa douleur intense. Il terminait avec le traducteur lorsqu'une violente secousse agita le vaisseau. Se connectant au Discovery, Harias ne fut que peu surpris d'y trouver tout un tas de surtensions. Il fit à nouveau passer l'ordre de ne rien faire à l'équipage en même temps qu'il offrait son appuis à Saru pour l'aider à tenir debout.

- Vous c'est direction l'infirmerie, posa-t-il avec autorité. Je vous emmène.

- Capitaine, nous avons un plus gros problème que mon…, tenta-t-il d'intervenir en se laissant emmener.

- Que votre rhume? termina-t-il. Vous avez oublié qu'on ne me ment pas si facilement commander, rappela-t-il doucement.

Le kelpiens ne dit plus rien, saisissant qu'il avait compris, se laissant emmener vers l'infirmerie. En route, ils furent rejoins par Burnam venant expliquer les nombreuses défaillances du vaisseau au capitaine, les communications hors services. Il approuva et se connecta lui même aux systèmes pour utiliser les hauts-parleurs, priant tout le monde de rester calme et de ne rien faire même s'ils n'y comprenaient rien. Burnam vient immédiatement l'aider à supporter Saru, visiblement très inquiète pour lui et ils continuèrent leur chemin jusqu'à l'infirmerie. Ils y furent bientôt, les docteurs Culbert et Pollard venant les aider en les voyant arriver. Saru fut bien vite installé sur une biocouchette, le diagnostic immédiat:

- Fréquence cardiaque élevée, fit Culber, augmentation des surrénales, activité neuronale accrue. L'humanoïde moyen à ce niveau de douleur serait inconscient, remarqua-t-il alors que les ganglions d'alerte du danger du kelpien s'agitaient. Qu'est-ce qu'on fait avec ça?

- Rien, répondit Saru. C'est juste un effet de mon état actuel.

- Aucun trouble oculaire? demanda Hugh en continuant son examen.

- Non, répondit-il faiblement. Les kelpiens peuvent voir beaucoup plus loin dans le spectre lumineux que les humains. Je n'arrête pas de voir des flash de rayons ultraviolets. Ils vous sont invisibles mais hélas pas pour moi.

- Ces symptômes sont fréquents chez les kelpiens ou…

- C'est une perte de temps que nous n'avons pas, coupa le numéro un. Et le vaisseau est toujours immobilisé. Il n'y a aucune raison de croire que la Sphère est bienveillante. Maintenant, s'il vous plaît…, dit-il en voulant visiblement passer à autre chose.

- Commander, intervint fermement Harias, le docteur Culber essaye de vous aider.

- Oui, céda-t-il alors. C'est particulier à mon peuple et c'est fatal, dit-il en les choquant.

- Vous en êtes sûr? demanda Burnam ébranlée.

- De toute ma vie je n'ai jamais été aussi sûr de moi, répondit-il. Quand je me suis réveillé mal en point ce matin, j'espérais que ce n'était qu'un rhume passager. Mais maintenant je dois affronter la réalité. Je ne comprend pas pourquoi mais je commence à croire que la Sphère a déclenché le processus biologique kelpien nommé vahar'ai. C'est l'évènement qui signal quand les kelpiens sont prêt à être choisi pour être tués par les ba'ul, l'espèce prédatrice de Kaminar, ma planète d'origine.

- Mais il n'y a pas de ba'ul ici, remarqua Culber.

- Cela n'a pas d'importance, assura-t-il. Les ganglions kelpien ne s'enflamment de cette manière que lorsque nous approchons notre fin. Je suis esclave de ma biologie.

- On ne va pas vous laisser mourir. On doit pouvoir faire quelque chose? fit Burnam secouée. C'est pas possible.

- Il n'y a rien à faire, contra-t-il. Les kelpiens qui effectuent le vahar'ai meurs lors de l'abattage sélectif ou sont poussés à la folie par les effets du vahar'ai. Dans les deux cas la mort est inévitable.

- Je n'en serai pas aussi sûr que cela, intervint Harias calme et assuré.

- Capitaine, je…

- Je vous ai parfaitement écouté commander et je comprend. Seulement, avez vous déjà vu, de vos yeux, un kelpien aller jusqu'au bout de ce processus? Sans intervention extérieure?

- Moi non mais…

- Un autre kelpien pourrait-il attester de l'avoir vu?

- Je ne pense pas mais…

- Vous n'allez pas mourir commander, assura-t-il avec un doux sourire. Oui c'est la Sphère qui a déclenché ce processus chez vous. Elle dégage des énergies très particulières et s'est déjà connectée à tout ce qu'il y a ici vivant ou non. Elle a influé sur votre organisme et je ne sais pas encore si c'est volontaire ou non. En revanche je suis sûr que ce n'est pas dangereux. La Sphère mise à part, je peux moi aussi sentir certaines choses. Je sais toujours quand quelqu'un va mourir. La mort et son approche entraînent toujours un changement significatif immanquable dans l'énergie d'un être. C'est une chose que je peux percevoir très clairement et j'ai éprouvé cette capacité à d'innombrables reprises. Que ce soit par l'œuvre de la maladie, de l'âge, d'une blessure, d'un défaut corporel, d'un environnement et même d'une influence extérieure. La seule chose qui change c'est le délai entre ma détection et la mort suivant les situations. Mais ça ne manque jamais. Même si quelqu'un devait mourir à cause d'un tir de phaseur, je pourrais le sentir une ou deux secondes avant. Et cela n'a jamais été mis en échec. Je peux connaître l'état global d'une personne par son énergie. Je sens littéralement la mort lorsqu'elle vient, dit-il en les surprenant. Je ne la sens pas du tout venir pour vous même si je perçois votre état et ses implications. Je ne la perçois pas alors que dans un tel cas, un état physique inévitable, une maladie, une quelconque contrainte biologique, je pourrais la sentir arriver des jours voir des semaines avant. Je ne la sens pas du tout pour vous, très loin de là et bien au contraire.

- Que voulez-vous dire capitaine? demanda-t-il aussi perdu que les autres face à ses dires.

- La perturbation d'énergie que je sens en vous, je l'ai déjà perçu chez bien d'autres personnes, répondit-il, de plusieurs espèces différentes. Elle n'indique pas du tout la mort ou une altération néfaste du corps. Elle indique je que l'on pourrait qualifier de métamorphose. Pour moi, vous n'êtes pas en train de mourir, vous êtes en train de changer, d'évoluer. Cela m'apparaît comme une étape de croissance naturelle.

- Vous en êtes sûr capitaine? demanda Burnam.

- Absolument certain, approuva-t-il. Je parierai tout ce que j'ai sur cette affirmation. Tout le monde a tendance à l'oublier mais l'un de mes plus grands points forts pour Starfleet, en tant que mezoriem, est ma très grande connaissance de la vie, des formes de vie et de leur fonctionnement. J'ai été affecté au Discovery en grande partie pour ça: pour travailler avec le vivant qui constitue le Réseau et nos spores. Je comprend beaucoup mieux la vie et son fonctionnement que n'importe qui d'autre dans la Fédération. Je suis absolument certain de ce que je dis: vous êtes en train de changer commander, d'évoluer, pas de mourir. Les transformations de ce genre sont souvent très éprouvantes pour un organisme, d'où votre état. Mais encore une fois: vous n'allez pas mourir.

- Mais… c'est impossible, bredouilla-t-il l'air perdu.

- L'impossible n'existe pas, sourit-il en réponse. Vous serez vite fixé si j'en crois ce que je perçois. Alors en attendant que vous arriviez au bout et qu'on ait la preuve que je suis dans le vrai ou pas, vous allez rester à l'infirmerie, vous reposer et vous détendre. Docteur Culbert, surveillez le de près et faite ce que vous pouvez pour le soulager, pria-t-il en le faisant approuver. Vous ne bougez pas de là commander. Vous êtes un excellent numéros un et je n'ai aucune envie de vous remplacer, dit-il un peu plus légèrement. Reposez vous et détendez vous. C'est tout ce qui compte pour l'instant. Vous ne bougez pas d'ici c'est un ordre. Burnam, vous restez avec lui. Moi, je vais me charger de la Sphère. Tout ira bien.

Ils approuvèrent et Harias s'en alla, ne doutant pas un instant qu'il avait raison. Il ne connaissait que trop bien la mort et il la voyait venir, toujours. Elle ne venait pas pour Saru. En revanche, elle venait pour la Sphère. Il regagna la passerelle, demandant un rapport maintenant que le traducteur fonctionnait de nouveau. On déclarait des surcharges des systèmes un peu partout dans le vaisseau, causant quelques accidents sans victimes pour le moment.

- Cette chose va nous détruire si on ne fait rien capitaine, fit Khan. Elle affecte nos systèmes les uns après les autres. Le système de survie n'est déjà plus qu'à soixante pourcent.

Harias ne répondit pas, donnant un sourire à Severus lorsqu'il entra sur la passerelle, l'air un peu agité. Enfin, pour ceux qui pouvaient le lire. Sans aucun doute, il sentait des choses dans une moindre mesure que lui. Mais il pouvait sentir au moins l'immense masse magique de la Sphère. Il était encore impossible de dire si elle pouvait faire de la magie mais elle en était assurément dotée. Il continua à faire ce qu'il fallait et bientôt, tous perdaient le contrôle de leurs postes, surpris, se tournant vers lui lorsqu'il prit la parole:

- Ordinateur, passage du Discovery en activité minimale, levée de tout les pare-feux du système. Arrêt de tout les systèmes non essentiels. À tout l'équipage, dit-il en se connectant à nouveau aux haut-parleurs avec sa propre énergie, ici le capitaine Harias. Je viens de faire passer le Discovery en activité minimale. Je vous demande à tous de ne pas intervenir et de cesser tout travail usant d'un quelconque système du vaisseau, seul l'infirmerie et les systèmes de survies en sont dispensés hors cas de force majeure. Je sais que la situation avec ce virus paraît critique mais elle ne l'est pas. Je vous expliquerai ce qu'il en est en temps voulu. Pour dire ça simplement: ne touchez plus à rien pour le moment.

Il coupa ensuite l'intercom, se relevant de son siège pour s'avancer vers la baie vitrée, observant la Sphère avec un regard triste. Il y eut un instant de silence avant qu'il ne se tourne vers eux sur une question de Khan.

- Vous savez ce que c'est et ce que ça veut n'est-ce pas capitaine? demanda-t-il.

- Grossièrement, acquiesça-t-il. Cette Sphère est un être vivant extrêmement complexe, expliqua-t-il en les surprenant. Elle ne nous veut aucun mal. Elle nous a attrapé et s'est introduit dans nos systèmes pour une seule raison: elle est à l'agonie et elle cherche à transmettre son héritage, cent mille ans de savoir, dit-il en les ahurissant. Elle n'a plus beaucoup de temps et sa puissance est un peu difficile à supporter pour le Discovery. Nous allons lui laisser le champs libre, accepter son lègue et en prendre soin. C'est pour cela qu'elle nous a choisi.

- Est-ce que vous êtes sûr de vous? demanda Landry.

- Absolument certain. Il n'y a aucun danger pour nous. Laissez là nous transmettre son héritage avant sa mort. C'est la mission première du Discovery en tant que vaisseau scientifique. Commander Landry, vous allez prendre la passerelle et veiller à ce que personne n'interfère et ne fasse quoi que ce soit avant que je ne dise l'inverse. Le commander Saru est occupé ailleurs alors c'est à vous que reviens cette tâche.

- Et vous capitaine? questionna-t-elle.

- Je vais aller à son chevet et écouter ce qu'elle souhaite me transmettre. Vous ne pouvez pas vous en rendre compte mais elle communique déjà avec nous et elle m'appelle en ce moment même. Il n'y a absolument rien à craindre alors tant qu'un élément extérieur tel qu'un autre vaisseau n'intervient pas, on ne fait rien. Plus personne ne touche à rien. Laissez là faire. Je vais aller auprès d'elle. Elle va également me transmettre ce qu'elle sait et suivant la quantité d'informations, cela pourrait me mettre un peu KO alors j'aurais peut-être besoin qu'on me récupère, s'amusa-t-il légèrement.

- Vous êtes sûr que c'est une bonne idée capitaine? demanda Khan.

- Oui, assura-t-il. J'y vais, dit-il en s'avançant vers l'ascenseur. Encore une fois, ne faite rien même si ça disjoncte un peu ou que ce que dégage la Sphère change. Je mets mon communicateur neural et j'assure ma liaison avec vous par mon énergie. Appelez moi s'il y a quoi que ce soit.

- Oui capitaine, répondit Landry en reprenant son siège. Monsieur Snape? interrogea-t-elle alors qu'il n'avait rien dit.

- Je venais pour lui dire ce qu'il savait déjà, expliqua-t-il. Il a raison. Je ne le sens pas autant que lui ni avec sa précision mais moi non plus je ne perçois pas le moindre danger.

On fit donc ce que le capitaine avait ordonné même si on ne comprenait pas complètement. Rapidement, Harias fut à l'extérieur, sa lumière dorée leur permettant de le suivre du regard. Il rejoignit la Sphère, s'approchant tout près d'elle. Souriant tristement face à son agonie autant que sa joie de les avoir trouvé, il s'approcha, projetant sa magie vers elle pour la saluer, lui assurer son soutient et sa présence. Son état et son message, sa volonté, il l'avait lu dés qu'il l'avait vu. Elle le criait haut et fort pour qui savait l'entendre. Il s'approcha jusqu'à pouvoir poser son front contre elle, ouvrant en grand la connexion entre eux. Si ce ne fut guère avec des mots, il la salua et se présenta, lui assurant son amitié et son soutient, disant qu'il avait compris ce qu'elle voulait et qu'il acceptait de l'aider. S'il n'avait pas été là, il aurait été certain que ceux qui seraient tombés sur elle auraient eu énormément de mal à seulement comprendre ce qu'elle tentait de faire. Comme son équipage, ils auraient pensé à une attaque et tenté de la bloquer au risque de perdre un héritage de cent mille ans de connaissances. Lui avait entendu son message, son cri d'agonie, sa dernière volonté et tout ses sens lui disaient qu'il pouvait avoir confiance, ne percevant pas la plus petite malveillance.

Comme il l'avait compris, elle lui ouvrit en grand son esprit pour qu'il puisse tout voir tout savoir, lui demandant d'une pensée délicate si elle pouvait lui donner son cadeau. Il accepta et comme elle transmettait des informations au Discovery, elle lui transmit à lui aussi. Mais avec lui, il y avait beaucoup plus, il y avait ce qu'un ordinateur comme celui du vaisseau ne pouvait recevoir: des émotions, des pensées, des sentiments, des impressions, de l'expérience, des moments de vie, des réflexions… Le vaisseau ne pourrait recevoir et traiter de données techniques, lui pouvait tout recevoir. Il la laissa faire, s'efforçant de réfréner le réflexe instinctif de protection qu'il avait lorsqu'une présence entrait dans son esprit et d'autant plus lorsqu'elle y infiltrait autant d'informations, de souvenirs, de savoirs. Il grimaça à la puissance migraine qui fusa rapidement, faisant de son mieux pour aider l'être à l'agonie à réaliser sa dernière volonté. Il laissa faire, regardant plutôt l'interminable flot de souvenirs et de connaissances.

Cela passait si vite qu'il eut du mal à y discerner quoi que ce soit pourtant, une chose le frappa et resta au premier plan quand le reste continuait à défiler en arrière plan. C'était une image accompagnée du souvenir d'une très grande et précieuse amitié. C'était teinté de douceur, de bonheur, de joie, de bien-être et d'enthousiasme, de passion et de curiosité, d'avidité d'apprendre. Harias ne put empêcher le choc de le prendre lorsqu'il comprit ce qu'il y avait sur cette image. Un mezoriem, un mezoriem faisant face à la Sphère, lui souriant avec douceur. Celui-ci n'était pas issue d'une première existence humaine à en juger par son apparence et il ne put deviner de quel peuple il ou elle était. Comme tout les mezoriem, le personnage avait des ailes, des cornes, des motifs dorés en bande sur la peau, une longue queue, des canines visibles et des oreilles pointues. Celui là avait pourtant la peau blanche comme la craie, le blanc remplaçant ce que Harias avait de noir sur lui même. S'il était relativement humanoïde, il avait deux paires de bras assez longs, comme ses deux jambes. Il était mince et avec cette image, Harias ne fut pas sûr de distinguer si les fins voiles planant autour de lui tenaient de son corps ou de sa tenue. Il n'avait pas de cheveux et il semblait avoir des plaques osseuses décoratives qui remontaient sur son front pour courir sur l'arrière de son crâne formant un ovale imposant. Les angles de son visage allongé étaient fortement marqués, son nez crochu et ses yeux d'un bleu abyssal. Il avait un petit sourire doux aux lèvres et il émanait de cette image un tel bien-être qu'il sut qu'ils avaient été de grands amis. La Sphère avait rencontré un autre mezoriem des milliers d'années avant. C'était incroyable. La Sphère avait eu une immense confiance en lui et cette confiance ne l'avait que plus motivé à arrêter le Discovery en le percevant à bord. Elle avait su que lui l'entendrait et l'aiderait.

Il le fit donc, serrant les dents sous la douleur que provoquait une telle assimilation d'information pour lui. Il y avait tellement de données et il crut comprendre que la Sphère avait aussi appris des choses sur la magie. C'était incroyable. Il revint bien vite au moment présent, se concentrant sur sa liaison avec le Discovery pour s'assurer que tout allait bien. C'était le cas et il se reconcentra sur la Sphère qui arrivait au bout. Depuis combien de temps il était à son chevet? Il n'aurait su le dire mais il sentait sa fin très proche. Elle termina son téléchargement aussi bien au Discovery qu'à lui même. Tout cessa ensuite et Harias ordonna avec son lien neural de redémarrer le vaisseau et de lever les boucliers, de rester en place et de ne pas s'inquiéter, de ne pas bouger. On lui obéit même s'il pouvait sentir de loin la tension de la passerelle, surtout lorsque la Sphère menaça de leur exploser à la figure. Harias savait pourtant ce qu'elle allait faire, serein. Il concentra plutôt son énergie et sa magie avec puissance malgré son corps douloureux et sa fatigue bien présente avec l'assimilation de l'héritage de la Sphère. Il déploya sa magie, irradiant puissamment de lumière d'or, la propagea à la Sphère pour l'accompagner et la soutenir. Il la sentit heureuse et soulagée, reconnaissante à son égard, lui faisant comprendre qu'elle comptait sur lui pour protéger son lègue.

Si Harias entendit son équipage l'appeler pour le prévenir de l'explosion imminente, il assura qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Il recula néanmoins un peu de la Sphère dont le cœur rougeoyait de plus en plus fort. Puis il vit la mort tomber sur elle et elle explosa purement et simplement pendant une fraction de seconde avant que le champs de stase dans lequel elle les avait piégé, change de polarité comme elle l'avait programmé, ramenant l'explosion vers elle tel une implosion, empêchant les débris d'être éjectés, l'onde de choc de se propager. Harias et le Discovery furent presque doucement poussés en arrière, l'entité terminant sa vie dans un magnifique acte de protection pour eux. Cela amena les larmes au yeux du capitaine qui observa le champs de débris qui irradiait de multiples lumières avec une telle beauté. C'était magnifique et il usa de sa magie de maître de la mort pour recommander cette âme à la nature.

- Capitaine? Capitaine est-ce que vous nous recevez? demanda la voix inquiète de Landry dans son communicateur neural.

- Oui, je vous entend, assura-t-il en sentant leur soulagement. Je rentre par le sas médical.

Il se mit en route, épuisé, le corps perclus de douleur mais absolument certain qu'il avait fait ce qu'il fallait et ce que qu'il venait de se passer serait immensément important ensuite. Maintenant, il avait besoin d'un lit où s'effondrer. Lentement, l'or désormais absent de son corps, il rejoignit le sas, s'y posant lourdement avant de le refermer pour l'ouvrir de l'autre côté. Khan était là avec Severus. Il faillit s'effondrer avec la gravité revenant s'appliquer à sa personne et Khan vint le soutenir fermement. Severus vint aider de l'autre côté:

- Décidément, vous avez aussi toujours la fâcheuse habitude de terminer dans une infirmerie, remarqua froidement le sorcier.

Harias eut un petit rire avant de grimacer de douleur, se laissant emmener vers l'infirmerie par eux. Quelque part en chemin, il perdit conscience mais tout cela en avait valu la peine. L'immense cadeau que la Sphère leur avait fait, lui avait fait, était inestimable.