L'audience reprit et l'atmosphère changea dans la pièce lorsqu'ils entendirent la juge Mills appelant Nicholas à la barre des témoins. A cet instant, tous comprirent que leur stratégie d'attaque avait changé et Zelena était la mieux placée pour savoir qu'il valait mieux être prudent lorsque la brune était aux commandes.

Emma glissa un post-it à Scarlett, pour lui donner la marche à suivre et cette-ci s'exécuta sans poser la moindre question. Après tout, qu'aurait-elle bien pu demander ? Elle se contenta d'aller piocher l'objet requis dans les pièces à conviction puis de le déposer devant l'adolescent qui détourna le regard.

« Nicholas Zimmer, savez-vous de quoi il s'agit ? » Lança Regina sans attendre.

« C'est un chargeur pour mon téléphone. »

« Exactement, c'est aussi l'arme dont vous vous êtes servi pour tuer la victime. Vous confirmez ? » Précisa-t-elle.

« Oui. »

« Pouvez-vous me dire, exactement, ce qu'il s'est passé ? »

Fermant les yeux quelques instants, il se repassait le film de cette après-midi en tête. Il se revoyait, entrant dans sa chambre après y avoir laissé Ava en compagnie du garçon. Il revoyait d'ailleurs son amie, à genoux, au sol, se rongeant nerveusement la peau du pouce alors que l'écolier ne bougeait plus. Il se rappelait avoir donné quelques coups de pied à l'enfant, sans grande force, juste pour lui demander d'arrêter sa comédie mais il n'avait pas ouvert les yeux.

« Comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai pas vu Ava tuer ce garçon parce que je me changeais dans l'autre pièce mais... euh... »

Il s'était agenouillé à son tour et avait légèrement secoué le corps à présent sans vie qui se trouvait sur le sol de sa chambre. A cet instant, la panique avait pris possession de son corps. Il avait empoigné le col de l'uniforme que portait son amie en lui demandant ce qu'elle avait fait. Il criait, il hurlait, son cerveau ne parvenait pas à analyser l'information, il ne voulait pas accepter la situation.

Regardant Devin qui gisait au sol, il s'était pris la tête entre les mains en se demandant ce qu'il devait faire. Appeler la police ? Appeler sa mère ? Appeler les pompiers ?

Ava avait parfaitement compris ce qui se tramait dans la tête de son compagnon de crime. L'indécision, la peur, la panique – heureusement pour eux, elle ne ressentait rien de tout cela. Elle l'avait alors pris dans ses bras, de manière à ce qu'il puisse se concentrer sur les battements de son cœur pour se calmer et, tout en lui caressant doucement les cheveux, elle lui avait rappelé qu'ils l'avaient fait ensemble et qu'ils allaient s'en sortir – ensemble – même si pour cela, ils allaient devoir faire quelques sacrifices.

« Ce que vous insinuez c'est que ce serait Ava qui aurait tout échafaudé ? » Questionna Regina en jetant un furtif coup d'œil vers l'adolescente.

« Oui et elle a dit qu'il y avait une solution. Elle a effacé ses empreintes du câble de téléphone pour les remplacer par les miennes et elle a dit qu'elle avait un plan et que je n'aurais qu'à l'écouter. »

Ava – depuis son banc – fusillait du regard l'adolescent qui se livrait bien trop facilement. Elle releva la tête et tomba nez à nez avec la juge Mills qui la fixait d'un air supérieur – elle avait réussi à renverser la partie à son avantage et elle le savait. Elle n'eut pas à attendre bien longtemps avant d'être appelée à la barre par son avocate qui voulait profiter de ce début d'aveux pour incriminer l'adolescent autant que possible.

« Et donc, qui a eu cette idée de mutiler le corps ? »

« Nicholas. C'est lui qui m'a dit de le faire. Quand j'ai tué le garçon, j'étais paniquée alors il m'a dit de le faire. Derrière la porte de la salle de bain, il m'a dit comment découper le corps en plusieurs morceaux. Il m'a dit de me débarrasser des organes dans une poubelle alimentaire et des morceaux de corps sur le toit, dans le réservoir d'eau. » Annonça-t-elle, la voix tremblante.

Les larmes se mirent à rouler sur son visage tandis qu'elle repensait au sang, à l'odeur, aux éclaboussures. Serrant discrètement le poing sous la table, elle avait l'impression d'encore avoir le manche de l'arme dans le creux de sa main.

« Il m'a menacé. » Ajouta-t-elle en retenant un sanglot.

« Elle ment ! C'était ton idée ! C'est toi qui voulais les jeter là-haut pour ne pas te faire chopper par les caméras ! Tu n'arrêtes pas de mentir ! C'est elle qui a tout fait ! » Aboya le brun en se précipitant vers elle, heureusement arrêté par la police.

« Je ne mens pas ! Tu étais derrière la porte ! Tu m'as dit comment tout faire ! »

« C'est toi qui as tout fait ! Moi je voulais qu'on se rende mais tu voulais tenter le coup ! » Cracha Nicholas, maintenu de force, le torse contre la table.

« Quand est-ce que j'ai dit ça ? » S'égosilla Ava.

« Quand est-ce que tu as dit ça ? Mais putain, tu n'arrêtes pas de mentir ! C'est toi qui as pris cette hache ! Après l'avoir tué, tu étais tellement excitée que tu dansais espèce de connasse ! »

« Quand est-ce que j'ai fait ça ? »

« Cette ordure a découpé le gamin à la hache en le regardant pisser le sang de tous les côtés ! Elle faisait ses trucs de cinglés ! Elle dansait, bordel, elle dansait alors qu'elle était couverte de sang ! »

« La ferme, fils de pute ! »

« Tu es qu'une putain de psychopathe ! »

Aucun des trois juges n'osaient intervenir, aucun des trois ne savaient quoi faire. Ils connaissaient bien les détails sordide de cette affaire et pourtant, rien n'aurait pu les préparer à ce qu'ils étaient en train d'écouter.

Regina, qui était à l'origine de cette dispute, fixait le sol d'un regard vide. Evidemment, elle avait prévu cette surenchère d'un côté comme de l'autre, elle s'était attendue à aller encore plus loin dans l'horreur et pourtant, à présent que leurs mots atteignaient ses oreilles, elle en avait le souffle coupé.

Sa vue se brouilla et sa respiration devint chaotique. Elle n'arrivait plus à respirer. Elle devait les arrêter, elle était l'initiatrice de tout cela donc il était de son devoir de les arrêter mais elle en était incapable, elle ne pouvait faire le moindre mouvement, provoquer le moindre son.

« Je vous en prie, arrêtez ! » Hurla soudainement la mère de Devin depuis l'assistance.

Sa voix eut l'effet d'un électrochoc dans le corps de tout ceux qui était présent dans la pièce. Le temps d'un instant, emporté par les horreurs qui leur était rapporté, ils avaient tous oublié sa présence, sa douleur, son fils.

« Je vous en supplie, arrêtez ça. Par pitié. » Implora-t-elle en se tenant la poitrine.

Elle ne pouvait plus rester dans la même pièce que les meurtrier de son bébé, elle ne pouvait plus respirer le même air qu'eux, elle ne pouvait plus. Sentant la nausée la prendre, elle plaqua la main sur sa bouche avant de fuir à toute jambe, elle traversa le couloir à toute vitesse et cracha, dans la première poubelle qu'elle trouva, tout ce qu'elle avait dans m'estomac – c'est-à-dire, pas grand-chose.

« Mon bébé, qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? » S'époumona-t-elle, la voix brisée par les larmes.

Elle s'effondra, à l'abri des regards, dans la cage des escaliers de secours. Assise à même le sol, sur l'une des marches, elle ne chercha pas à retenir sa peine plus longtemps. Elle pleurait sa perte et sa douleur, elle pleurait les horreurs qu'elle venait d'entendre, elle pleurait l'image de son fils qui avait du supplier de voir sa maman alors que la vie quittait son frêle petit corps d'enfant. Elle pleurait la vie de lui avoir pris son fils.

Son mari – qui lui avait emboité le pas – n'eut aucun mal à la retrouver, guidé par ses sanglots. Il descendit quelques marches, désireux de la consoler mais son cœur se serra dans sa poitrine. Il n'avait pas souvenir de s'être déjà laissé aller aux larmes depuis la disparition de leur enfant. Lui aussi avait perdu son fils, il avait participé aux battues pour le retrouver, il avait porté le cercueil vide – lui aussi devait faire le deuil de son seul enfant mais, emporté par le courant, il avait décidé d'être fort.

Il avait fait le choix d'être solide pour deux, d'être le roc qui maintiendrait les fondations de leur famille en place. Il avait perdu son fils mais il refusait de perdre sa femme, il ne pourrait y survivre alors il avait mis toute son énergie à l'aider, à la soutenir, à la consoler. Pourtant, aujourd'hui, dans cette cage d'escalier, loin du regard de tous, il était fatigué.

Il revint sur ses pas alors que les larmes coulaient à flot sur son visage. Il empoigna la rambarde et tira de toutes ses forces dessus – certain qu'elle pourrait encaisser la violence de sa douleur. Retenant ses propres cris, il martela la barre en métal pendant de longue minute avant de se sentir soudainement soulagé d'un poids, sa poitrine lui semblait plus légère.

Le cœur lourd, ils retournèrent dans la salle d'audience en se tenant la main. Aucun des deux ne voulaient être ici, ils avaient envie de fuir, loin de la vie, loin de tout, loin de cette réalité où leur fils n'existait plus. Devin avait vécu 9 merveilleuses années de vie où il avait rendu le monde un peu plus beau pour tout ceux qu'il côtoyait et, bien que sa fin ait été monstrueuse, il méritait qu'un point final soit apposé à son histoire et ce, avec le sceau de la justice.

« Nicholas Zimmer et Ava Tillman ont tous les deux fait des aveux de manière volontaire. Il me semble donc inutile de poursuivre ce procès. Concernant la victime, j'aurais aimé m'adresser à la mère du jeune Devin : afin de ne garder aucun regret, si jamais vous souhaitez dire quelque chose, vous pouvez vous avancer et venir le dire au micro. Si cela peut vous soulager. » Annonça Albert Spencer qui avait, lui aussi, du mal à se remettre de ses émotions.

La jeune femme jeta un coup d'œil vers son mari qui l'encouragea d'un sourire. Ils étaient là pour leur fils, ils devaient au moins faire ça pour lui. Le pas peu assuré, elle prit alors place, à son tour, derrière la barre des témoins.

« Vous parlez de paranoïa et de schizophrénie mais je me fiche de tout ça. Ce qui est important pour moi, ce qui est clair aujourd'hui, c'est que mon enfant a dû trembler de peur, loin de sa maman, dans la maison d'un étranger et qu'il a été assassiné. Je ne comprends toujours pas... Je ne comprends toujours pas pourquoi mon enfant, qui était innocent et l'enfant le plus gentil du monde, a dû être tué comme ça. Votre Honneur, s'il vous plait, donnez-leur une punition sévère et exemplaire pour que de telles horreurs ne se reproduisent jamais. »

L'émotion fut telle que la jeune femme se remit à pleurer, rapidement suivi par son mari qui ne supportait plus de voir les deux adolescents à quelques centimètres de lui. Albert Spencer – qui sentait ses propres larmes monter – leur octroya une dernière pause de quelques minutes et en profita pour attirer les deux juges associées dans le couloir.

« Quelle que soit la raison, le meurtre qui a été commis est abominable. Je pense que l'on doit condamner Ava à 20 ans pour crime sur mineur et que Nicholas doit être mis sous probation avec le niveau de contrainte le plus élevé. » Annonça alors Regina, brisant le silence qui pesait.

« Probation de niveau 10, 2 ans de détention dans un centre. » Soupira le juge en chef avant de reprendre : « Et qu'en pense la juge principal ? »

« Je penche aussi pour qu'Ava soit condamnée à 20 ans. Quant à Nicholas... » Fit Emma en laissant planer un silence.

Partageant un regard avec son homologue brune, elle savait ce qui lui restait à faire. Lorsque la sonnerie retentit, tout le monde reprit place dans la salle d'audience. Ava et Zelena étaient débout, tout comme Nicholas et son avocat – ils attendaient le verdict, le mot de fin qui rythmerait leur vie pour les prochaines années.

« La Cour a rendu son verdict. » S'exclama fortement la blonde. « Les accusés ont ciblés un innocent dans le but de l'assassiner à la suite de quoi, ils l'ont traité comme un objet. Ils l'ont assassinés d'une manière violente pour le plaisir de tuer. Il s'agit ici d'un crime inhumain qui a traumatisé les parents d'un enfant innocent, un enfant qui était élève de l'école primaire. Au regard de ces faits, la Cour condamne Ava Tillman à la peine maximale pour les mineurs de plus de 14 ans soit 20 ans de prison et place Nicholas Zimmer en probation de niveau 10. »

« Non ! Ce n'est pas vrai ! Ils ne peuvent pas me faire ça ? » Cria l'adolescente en jetant son étui à lunette.

« Ava, calme-toi, tu ne peux pas faire ça ! » S'exclama Zelena qui tentait de la retenir.

« Espèce de salope ! Laissez-moi ! 20 ans ? Lâchez-moi ! Comment tu oses me donner des ordres espèce de connasse ! Je vais tous vous buter ! » Hurla-t-elle en lui tirant les cheveux avant d'être appréhendée par les forces de l'ordre.

Elle fut conduite hors de la salle en laissant derrière-elle un nuage de juron. A l'inverse, Nicholas n'opposa pas la moindre résistance, il se laissa faire lorsque son agent de probation lui empoigna le bras pour le guider. Le regard honteux, fixé sur le sol, il se contenta d'hocher la tête lorsque sa mère lui jura de venir le voir – ce qui était peu probable même si ses mots lui firent plaisir.

Les parents de Devin eurent besoin de quelques minutes pour encaisser le choc de la nouvelle. Oui, leur fils était mort, dans d'atroce souffrance mais ses bourreaux n'étaient pas prêt de voir la lumière du soleil avant un long moment, ils ne pourraient plus faire de mal à qui que ce soit et cette annonce fut tout ce qu'ils attendaient, leur cœur meurtri pouvait enfin commencer à cicatriser.