Zelena fut assaillie par une horde de journaliste à sa sortie du tribunal. Elle n'avait aucune envie de leur faire face, pas après l'humiliation qu'elle venait de vivre, et – l'espace d'une seconde – elle jugea bon de faire demi-tour mais n'en eut pas l'occasion.

« Vous pensiez vraiment que plaider l'aliénation mentale serait suffisant ? »

« Est-ce qu'Ava Zimmer nie les charges retenues contre elle ?

« Que pensez-vous de ce verdict ? »

« Un commentaire ! »

« Monsieur Zimmer va faire appel, que va faire Mademoiselle Tillman ? »

« Elle n'accepte pas la décision du tribunal. Elle fera appel. » Déclara-t-elle simplement avant de se frayer, non sans mal, un chemin pour avancer.

De son côté, Regina porta son regard sur la photo du jeune Devin qui se trouvait sur son bureau et un fin sourire étira ses lèvres. Justice venait de lui être rendu, il pouvait dès à présent reposer en paix. Ce fut le cœur un peu plus léger qu'elle quitta la salle d'audience en compagnie de la blonde qui l'avait attendue. En silence, elles montèrent dans l'ascenseur et s'engouffrèrent à l'étage qui était réservée à leur chambre.

« Ava Tillman ne changera jamais, n'est-ce pas ? Vous croyez que la prison est un lieu qui convient à quelqu'un comme elle ? » Souffla finalement Emma.

« La Cour a fait son travail et, même si nous l'avons jugés, nous ne pouvons changer sa nature profonde. »

« Ce qui m'inquiète c'est qu'elle purgera sa peine, qu'elle deviendra adulte mais après ? »

« Ce sera le travail de ses parents. Il faudrait lui faire réaliser la gravité de son crime alors, peut-être qu'il n'y en aura pas d'autre dans le futur mais ça n'arrivera pas. Elle a commis un crime effroyable mais ses parents n'étaient même pas à son procès. Si les parents ne font aucun effort, leurs enfants ne changeront jamais. »

Il n'était pas dur de constater à quel point Ava souffrait de l'absence de ses parents, toute adolescente de son âge souffrirait à sa place. Elle traversait une étape fatidique de sa vie sans l'aide de qui que ce soit.

Les parents avaient un rôle cruciale à jouer lors de l'adolescence de leurs enfants. Ils devaient être ce phare dans les ténèbres, cette lumière guidant le bon chemin à prendre. Les parents d'Ava étaient aux abonnés absent, même durant son procès. Son navire arpentait la tempête de l'adolescence sans repère et, au milieu de cette noirceur abyssale, elle s'était égarée.

Sa vie aurait sans doute été toute autre si ses parents avaient assumé leurs responsabilités. Peut-être n'aurait-elle jamais quitté le lycée. Peut-être aurait-elle été une bonne élève. Peut-être n'aurait-elle jamais eu ses pensées meurtrière. Peut-être que, ce jour-là, dans le parc, elle n'aurait pas vécu la demande de Devin comme une attaque personnelle. Peut-être ne se serait-elle pas mise à rire lorsque le bus – qui devait la conduire en prison – avait démarré.

« Mademoiselle Swan ! Comment avez-vous pu me faire ça ? Vous aviez dit que vous réduiriez sa peine, vous m'aviez promis de lui réduire sa peine ! C'est ce que vous m'avez dit ! Vous m'avez donné le numéro de l'avocat, vous m'aviez dit que les juges pour enfant n'étaient pas nos ennemies ! Pourquoi ? Pourquoi vous n'avez pas fait libérer Nicholas ? Ce n'est pas mon fils qui a tué le petit ! » S'exclama soudainement Dory qui les avait suivi de près.

« Non, ce n'est pas exactement ce que je lui ai dit. » Fit Emma devant le regard réprobateur de son homologue.

« Relâchez immédiatement mon fils ! Libérez-le tout de suite, j'avais votre parole ! Pourquoi l'avoir enfermé ? » Ordonna la mère de famille.

« Parce que l'enfant a été tué chez vous. Parce que votre fils n'a pas appelé la police mais il a aidé la meurtrière. Parce que votre fils a semé la confusion dans l'enquête et qu'il nous a menti lors de ses aveux. Pour toutes ces raisons, Madame, il y a un prix à payer. » Gronda Regina en la fusillant du regard.

« S'il vous plait, Madame Mills... » Intervint la blonde qui n'avait aucune envie d'avoir un autre conflit à gérer pour le moment.

« Vous savez, il y a un vieil adage qui dit ceci : la douleur d'une mère qui a perdu son enfant est aussi douloureuse que celle d'un estomac que l'on couperait en deux. Qu'avez-vous fait pour Nicholas quand il avait neuf ans ? Parce que quand Devin avait neuf ans, sa mère l'a pleuré à cause de votre fils. » Ajouta-t-elle, les yeux rouges, avant de leur tourner le dos.

La juge associée s'excusa auprès de la jeune femme qui n'osait plus dire le moindre mot puis, à grandes enjambées, elle rattrapa la brune.

« Madame Mills ! Ce n'est pas vraiment ce que je lui ai dit, elle a quelques peu déformés mes propos. » Informa-t-elle, sans trop savoir pourquoi elle avait ce besoin de lui donner une explication.

« J'ai compris pourquoi vous lui aviez dit ça et vous n'aviez pas tout à fait tort. Seulement, si cette femme avait révélé ce que vous lui avez promis, votre carrière de juge en aurait pâtie. De plus, si elle a mal interprété vos paroles, la faute vous revient en tant que juge. »

« Je serais plus prudente à l'avenir. »

Regina soupira doucement en passant la main dans ses cheveux, elle était tellement fatiguée. Elle s'adossa contre le coin de la fenêtre et, tout en serrant son dossier en cuir contre sa poitrine, elle reprit :

« J'ai beau en traiter énormément, je n'arriverais jamais à m'habituer à ces affaires de mineur. Elles me mettent mal à l'aise. Les jeunes délinquants sont ceux qui sont punis mais, souvent, ce sont d'autres personnes qui portent leur croix. Avons-nous infligé une sanction appropriée aujourd'hui ? Est-ce que cette punition a rendu justice à la victime ? Le jeune coupable a-t-il des regrets ? Une affaire se termine mais rien n'est jamais fini, c'est ça notre travail. » Annonça-t-elle, la mâchoire serrée avant de reprendre, une douceur inconnue dans la voix : « Rentrez plus tôt aujourd'hui et reposez-vous, d'autres procès nous attendent. Vous avez fait du bon travail, Miss Swan. »

Dans un geste qui se voulu réconfortant, elle lui tapota doucement l'épaule avant de reprendre son chemin, la laissant seule dans le couloir.

Scarlett courrait à en perdre haleine dans les couloirs du tribunal. Petit sac en carton en main, elle veillait à ne pas en renverser le contenu alors qu'elle descendait les marches aussi vite que ses talons hauts le lui permettaient. Une fois dans le hall d'entrée, elle trouva enfin la personne qu'elle cherchait.

« Attendez ! Une seconde, attendez ! » Cria-t-elle.

Tout le monde s'arrêta en se demandant pourquoi elle se comportait de la sorte. La maman du jeune Devin, qui déambulait sans but en attendant son mari, se stoppa également et la regarda d'un œil inquiet.

« Ça, c'est pour vous. C'est de la part du juge. » Annonça-t-elle, essoufflée, en lui remettant le paquet.

Sans pouvoir dire un mot de plus, son téléphone se mit à vibrer et elle décrocha en s'excusant d'un poli signe de tête. Evidemment, après un tel procès, il y avait une montagne de dossier à traiter et son absence ne plaisait guère à ses collègues.

« Je suis désolée, j'ai du travail en retard, je dois vous laisser. Au revoir Madame, rentrez bien. Oh, j'allais oublier ! C'est Madame Mills qui m'a demandé de vous donner ça, elle s'excuse de ne pas vous l'avoir rendu en personne. Au revoir. » Fit la brune avant de repartir tout aussi précipitamment.

La jeune femme n'eut pas le temps de se poser la moindre question que son mari revint, un duplicata du verdict en main. Ensemble, ils retrouvèrent le vide de leur maison et, comme un robot parfaitement huilé, elle se dirigea automatiquement vers la chambre de Devin.

Habituellement, elle se serait allongée dans son petit lit d'enfant et aurait pleuré toutes les larmes de son corps en tenant la peluche de dinosaure – qui ne portait déjà plus la douce odeur de son bébé – aussi fort que possible contre sa poitrine mais pas aujourd'hui. Elle s'installa sur le bord du matelas et attrapa l'album photo de son fils qu'elle commença à feuilleter.

Comme toute mère, elle avait été complètement gaga de sa petite tête brune et, désireuse de garder un souvenir indélébile de tous ses moments, elle l'avait pris en photo aussi souvent que possible.

Il y avait les duplicata de ses échographies, à côtés, elle y avait annoté la date et à quel point elle était impatiente de rencontrer ce petit homme qui, elle le savait, la comblerait de bonheur.

Il y avait des photos de lui bébé, portant le pyjama que lui avait acheté son grand-père. Des photos de lui nourrisson alors qu'il s'amusait à empiler des blocs de couleur. Son premier anniversaire et cette corde, cette maudite ficelle de longévité qui s'était rompue quelques instants après le flash lumineux. Son premier noël et puis ses premiers pas, sa première visite au zoo et son premier jour d'école.

Plus elle faisait défiler les pages sous ses yeux et plus elle se revoyait, aux côtés de son petit garçon, profitant de ces moments de bonheur en toute insouciance. Jamais, jamais elle n'aurait pu imaginer que cette vie remplie d'amour puisse un jour lui être arrachée de cette manière.

« Tout va bien ? » Questionna son mari depuis le pas de la porte.

« J'aurais dû écrire plus souvent. J'aurais aimé écrire tous les jours. » Soupira-t-elle en caressant, du bout des doigts, une page blanche.

Son mari ne pouvait que comprendre sa peine et, pensant qu'elle avait besoin de quelques minutes de plus, il lui embrassa délicatement le front et retourna l'attendre dans le couloir.

Finalement, elle remit l'album à sa place et prit une décision radicale. Non sans un pincement au cœur, elle récupéra la plupart des jouets de son garçon et vint les entreposer dans plusieurs cartons avant de rejoindre son compagnon – les bras bien chargés. Le trajet en voiture se fit dans le silence, aucun des deux n'avaient besoin de prononcer le moindre mot pour comprendre qu'ils partageaient la même peine et pourtant, le poids sur leurs épaules se faisaient de moins en moins lourd au fur et à mesure que le carton se vidait.

Ils se garèrent devant la dernière maison et, après avoir attendu quelques instants pour se donner le courage d'en finir, ils toquèrent contre la porte en bois qui s'ouvrit presque immédiatement. La chaleur du foyer les gifla de plein fouet, leur maison aussi aurait été magnifiquement décorée si le malheur n'avait pas décidé de se faire une place à leur table.

« Salut mon pote. » S'exclama le père de Devin en venant cogner son poing contre celui de l'enfant qui apparut.

« Waouh, c'est pour moi tout ça ? » S'exclama-t-il, les yeux brillants, alors qu'il découvrait une montagne de jouet.

« Il te plait ? C'est un cadeau de Devin. Tu peux dire merci à sa maman. » Fit sa mère en le voyant prendre une figurine de dinosaure.

« Merci, c'est gentil ! Mais il est où Devin ? Je voudrais lui dire merci à lui aussi. »

« Qu'est-ce que tu veux dire à Devin ? Dis-le-moi et je le lui répèterais. » Souffla tendrement la femme endeuillée qui vint se mettre à sa hauteur.

« Merci beaucoup Devin, tu es un super copain. »

Sans pouvoir s'en empêcher, elle attira l'enfant dans ses bras et celui-ci lui rendit l'étreinte sans se poser de question.

« J'aimerais tellement pouvoir le serrer contre moi mais je ne pourrais plus le faire. » Marmonna-t-elle, la voix brisée, avant de reprendre, plus doucement : « Je te remercie, de tout mon cœur, de bien vouloir prendre soin de ses jouets. C'est très gentil à toi, ça me réconforte. »

Ne voulant pas s'imposer plus que nécessaire, ils saluèrent la petite famille en réitérant leur remerciement avant de s'en aller. Se séparer de tous ces jouets n'étaient pas une mince affaire mais au fond, ils savaient qu'ils avaient fait le bon choix.

Devin était un petit garçon si généreux. Chaque année, de sa propre initiative, il faisait un tri de ses jouets pour donner ceux avec lesquels il ne s'amusait plus. Il était content de les offrir à ses amis ou de, tout simplement, les laisser à la garderie pour permettre à d'autres enfants de jouer avec. Il n'aurait pas voulu que ses jouets favoris prennent la poussière dans sa chambre alors qu'ils pouvaient vivre encore milles aventures auprès d'autres enfants – des enfants qu'il côtoyait et qu'il appréciait.

De retour à la maison, la journée les avait tellement lessivé qu'ils ne rêvaient que de leur lit. En passant dans la cuisine pour se servir un verre d'eau, la jeune femme retrouva le sac en carton que lui avait fait porter la juge Mills. A l'intérieur se trouvait chaque récipient qui composait la lunch box de Devin et, en voulant les sortir pour les ranger, elle se rendit compte que ceux-ci étaient plein.

Intriguée, elle les ouvrit et en laissa s'échapper une douce fragrance qui n'eut aucun mal à remplir la cuisine. Son mari fut attiré par l'odeur de la nourriture. La juge avait pris le temps de lui retourner la faveur en cuisinant à son tour ce qui la toucha énormément.

Son estomac était toujours autant noué et pourtant, sous l'œil fier de son compagnon, elle prit une bouchée de cette part de lasagne qui lui faisait tant envie. Malheureusement, elle fut incapable de l'avaler. Elle se précipita vers les toilettes, son homme derrière elle, et recracha le tout pendant que ses larmes ruisselaient de nouveau sur son visage marqué.

Dory Zimmer n'en menait pas large non plus. Elle avait quitté le tribunal et avait erré dans la rue pendant de longues heures, les mots de la brune lui revenant sans cesse dans la tête. Elle avait retardé au maximum son retour à l'appartement mais, une fois la nuit tombée, elle ne put se permettre le luxe de fuir plus longtemps.

Son appartement était tellement vide depuis que son fils avait été emmené. Elle avait souvent grondé Nicholas pour le bazar qu'il avait tendance à laisser derrière lui et pourtant, aujourd'hui, elle serait prête à tous les sacrifices pour retrouver les affaires de son fils en pagaille. Tout était si propre, tout était si parfait qu'elle se demandait même s'il s'agissait bien de sa maison.

S'installant sur le canapé, elle posa les yeux sur l'une des photos qu'elle avait prise de Nicholas alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Son cœur se serra lorsque le silence de l'appartement lui rappela qu'elle allait encore passer une nuit loin de son fils. Le cliquetis de l'horloge lui donnait le tournis tant elle n'était plus habituée à l'entendre.

D'un pas lent, sans grande conviction, elle se dirigea vers l'embrasure de la porte où elle avait marqué, chaque année, la taille de son fils par un nouveau trait de couleur. Elle laissa ses doigts glisser sur le bois abimé avant que son regard ne soit attiré par une tache sur le sol, quelque chose de rougeâtre qui contrastait avec son parquet clair.

Les sourcils froncés, elle se baissa pour analyser la trace de plus près. Elle dut plaquer sa main sur sa bouche pour retenir un hurlement de terreur lorsqu'elle se rendit compte qu'il s'agissait – ni plus ni moins – d'une trace de sang.

Les mains tremblantes, elle se mit à frotter avec ses paumes pour la faire disparaitre – en vain. Elle se précipita vers la cuisine pour récupérer une bassine d'eau chaude ainsi qu'un chiffon puis elle revint pour frotter, encore et encore, faisant mousser le produit, jusqu'à faire disparaitre le vestige de l'horreur qui s'était produit dans cet appartement.

Les mots de la juge lui revinrent en mémoire tel un ouragan dévastateur. Qu'avait-elle fait pour Nicholas pour ses neuf ans ? En réalité, elle n'en avait pas la moindre idée. Elle lui avait sans doute acheté un gâteau d'anniversaire en rentrant du travail mais, comme à son habitude, elle avait dû le laisser se balader dans la rue sans surveillance et jouer à des jeux bien trop violent pour son âge. Était-ce à cause de son absence que son fils, son si petit bébé, en était venu à commettre un tel crime ?

« Je suis désolée, c'est moi... Je suis tellement désolée... Pardon... Tout ça, c'est de ma faute... Désolé... C'est de ma faute ce qui est arrivé... Pardon... » Souffla-t-elle finalement, recroquevillée sur elle-même, entre deux sanglots.

Du côté du tribunal, une lumière éclairait toujours le bureau des juges associées. Tout le monde avait déserté les lieux depuis un long moment sauf Regina, celle-ci s'était tout simplement réinstallée à sa chaise pour reprendre son travail sans prêter attention aux heures qui défilaient sans l'attendre.

Les cheveux légèrement maintenu en arrière par une pince, elle épluchait un nouveau dossier. La lumière de sa petite lampe de chevet lui brûlait les yeux, elle s'était résignée à sortir ses lunettes de son sac mais, alors qu'elle nettoyait rapidement les verres, une goutte de sang, puis deux, et trois, tombèrent sur le document.

Penchant la tête en arrière pour limiter les dégâts, elle attrapa un mouchoir et continua, l'air de rien. Son corps lui montrait tous les signaux d'alerte d'un épuisement non négligeable mais elle n'avait pas le temps de se reposer, il y avait encore tant d'enfant comme Devin qui attendait – à leur tour – que Justice soit faite.