Chapitre 455 : These endless days
Rollo rejoint Rook qui s'entraîne à l'arc. Sa flèche fait toujours mouche, plein centre. Il demeure même capable d'éventrer la première qui s'est plantée dans la cible par une seconde.
"Impressionnant." concède Rollo.
"Je n'ai aucun mérite." modeste. "Il s'agit d'un talent inné."
"Je n'envie pas que vos prouesses à l'arc..." sur une confession brûlante.
"J'ai pu le constater." sur un petit sourire.
"Le... regrettez-vous ?"
"Je ne suis pas coutumier de ce genre de regrets. Surtout après avoir initié l'action."
"Si je venais à vous la disputer ?..."
Petit rire de Rook. "Vous pourriez me la disputer si d'aventure elle se plaisait à m'appartenir. Or, il n'en est rien. On n'emprisonne point le vent, Président."
Roquevaire - Janvier.
Rook fait grimper la colline enneigée à sa brave jument, s'arrêtant en plein pan. Une présence ! Et pas des moindres...
"Sors de ta cachette, braconnière."
Julie, emmitouflée dans une cape en fort piteux état, se détache lentement du tronc derrière lequel elle était camouflée.
"Vos sens ne tiennent décidément pas de l'humain."
Le voilà, l'homme qui l'avait faite jouir la nuit dernière... l'homme qui... non ! Elle ne devait pas s'éprendre !... Sous aucun prétexte ! Elle aimait le fils Sambre !...
"Je peine à croire que tu te sois perdue." affirma Rook, rênes tenues d'une main, poing ramené sur le haut de sa cuisse.
"Pensiez-vous que je vous suivais ?..."
"Ce serait de bonne guerre. J'ai procédé ainsi durant plusieurs jours avant de parvenir à dénicher ton antre et connaître tes habitudes."
"Il... y a du mouvement du côté de la Bastide, Monsieur. De la famille arrivée d'Allemagne."
Rook plissa les yeux.
"Est-ce pour cette raison que je vous y trouve souvent embusqué, iris émeraudes braqués sur ce joyau venu d'Allemagne ?..."
"Nous ne nous sommes rien promis, braconnière."
"Vous plaisez pourtant à la mère Sambre." s'avançant, emprisonnant le nez de la jument de Rook entre ses mitaines, regard au cavalier en selle. "L'hiver arrive tôt..."
"Tu es vraiment... une bien étrange personne, braconnière."
"Et vous un être difficile à cerner, Monsieur." sur un petit sourire. "Vous chassez à l'arc... alors que d'autres avant vous ne juraient que par les armes à feu."
"Je suppose que tu n'es pas là pour discuter de mes choix en matière d'armes de chasse..."
"On reconnaît les bons amants au fait qu'il est impossible de pouvoir affirmer si vous avez la première ou non."
Petit sourire de Rook. "Braconnière, si j'étais fou ou naïf, je pourrai croire que tu me courtises. Pourtant, tu n'as d'yeux que pour le téméraire fils Sambre."
"Bernard m'est très cher." sur un sourire épris.
"Tu te méfieras du dénommé Guizot, braconnière. Il occupe un poste d'officier dans la police parisienne et me paraît dévoré d'ambition. Il serait dommage que tu tombes entre ses griffes acérées. Je doute fort qu'il t'accorde la liberté en échange de ton corps, lui."
La main de Julie passe sur l'encolure et échoue sur la cuisse du Chasseur.
"Descendez de cheval, mon prince..." langoureuse.
Rook hésite un moment - pas longtemps - l'appel est bien trop séduisant !...
Il passe la jambe par-dessus l'encolure tenue basse de la jument et se laisse couler à terre, corps proche de celui de Julie.
"Nous aimons et regardons d'autres que nous... cependant, nous apprécions nous tenir chaud, pas vrai, mon prince ?..."
"J'apprécie le trouble que tu jettes en mon corps, braconnière." attrapant son visage entre ses paumes ouvertes pour l'embrasser, rendant le baiser d'emblée plein et généreux.
L'affaire se conclut derrière un tronc, le Chasseur fermement engoncé dans l'antre moite de la braconnière, lui faisant l'amour d'un seul corps, lui livrant un plaisir sans le moindre égoïsme, tout en partage ; ce qu'elle était venue chercher.
"Allez-vous vous déclarer à la cousine de Bernard ?..."
Nus, sur le lit délabré de la cabane de chasse occupée par Julie, parcourant son torse de mouvements doux de l'index, cheminant d'un mamelon à l'autre.
Petit rire shooté aux endorphines de Rook. "As-tu noté son âge ?..."
"Jeune." se hissant habilement sur lui, prenant ces mêmes mamelons en bouche, tour à tour, lui offrant une décharge de bonheur jusqu'en son sexe, l'exprimant par un geignement vibrant, corps se cambrant mollement.
"Jeune, oui."
"Pourtant... vous la convoitez, habilement dissimulé derrière les fourrés qui bordent la demeure familiale des Sambre..."
"N'est-il pas autorisé à mes yeux de s'intéresser à la beauté d'un jeune bourgeon ?..."
"Vous attendrez qu'elle se fasse femme ?... Ne craignez-vous point le mariage arrangé ?"
"Je te retourne la question à propos du fils Sambre, braconnière." passant les doigts dans ses cheveux, regards accrochés.
"Rachel ! Descends immédiatement de cet étalon, pour l'amour du ciel ! Tu vas me rendre malade d'inquiétude !..."
Petit sourire de Bernard devant l'agitation de sa mère alors que je suis juchée sur le dos de Na'ir qui trotte de façon enlevée, queue haute, oreilles dressées, naseaux ouverts. Je le guide - si tant est - par les crins.
"Beauté..." souffle Rook, ébahi par le tableau, alors qu'il épie derrière les fourrés.
"Na'ir a besoin de se dégourdir les jambes, tatie !..."
"Rachel, écoute ce que je te dis !" autoritaire, omettant totalement de me reprendre sur la façon dont je viens de la désigner.
"Je n'en ai pas pour longtemps, tatie !..." autorisant Na'ir à filer au galop au moyen d'un cri de guerre aux accents orientaux.
Rook nous observe quitter le parc en sautant le portail. Et mon rire... mon rire... se fiche en pleine poitrine !...
Ce galop effréné jamais ne cédera à sa mémoire !... Main sur le cœur qui enfle chaque jour davantage pour moi, le Chasseur se promet qu'un jour...
Si ma présence n'a pas échappé aux sens affinés de Rook, d'autres garçons à Roquevaire me convoitent avec beaucoup moins d'indulgence et de retenue. C'est la cas de Samuel. Un garçon rude, une graine de vaurien dont on prédit qu'il finira sur l'échafaud ! - il brigue également Sarah pour, je cite, "se la taper un de ces quatre..."
Rook le tient à l'œil.
Samuel m'a suivie alors que je demeure arrêtée aux abords du ruisseau, m'abreuvant en même temps que Na'ir.
La main de Rook saisit les cheveux de l'arrière-tête foncée du voyou, tirant très fort, lame de chasse glissant contre sa gorge.
"J'ignore tes intentions mais elles me paraissent très peu louables, Samuel Pierlot dit Le Bagnard."
"LACHE-MOI, MINABLE !"
"Libère-toi de mon emprise si tu t'en sens la force. Je t'aurai égorgé avant."
Le Bagnard n'en revient pas ; comment un tel "gringalet" est-il capable de générer autant de poigne ?! C'est proprement inconcevable !
Il ignore cependant que la musculature de Rook a été formée par la chasse ; ses muscles, Rook les cache pour mieux surprendre.
"Qu'est-ce que... tu veux ?!"
"Cette fille, plus jamais tu ne la regardes ni ne l'approches. Est-ce clair pour toi, Le Bagnard ?"
"Gnng..." faisant crisser ses dents gâtées.
"Est-ce clair ?!" approchant la lame de la peau, lui provoquant le début d'une entaille.
"O... oui !"
"Si tu venais à manquer à ta parole, c'est d'une flèche dont je te transpercerai, Le Bagnard. Et, crois-moi, elles ne manquent jamais leur cible, avec une nette préférence pour le gros gibier."
"Connaissez-vous la dernière, ma chère ?" glousse la lavandière.
"Dites-moi." avalise ma tante, toujours aussi friande de gossips.
"Cette brave Rosalie... s'est retrouvée avec un polichinelle dans le tiroir !..."
"Grands dieux !... La pauvre enfant !... Voilà qui est très peu galant."
"Encore une affaire grasse pour la mère Marel !... Un petit ange en plus au paradis. Et, tenez-vous, ma chère... le père ne serait autre que..." susurrant le nom du coupable telle une vipère.
Blanche pose son sac en le faisant claquer sur la table.
"Seriez-vous contrariée, mère ?" questionne Sarah sans toutefois lever le nez du bouquin qu'elle est en train de lire. "L'épicerie aurait-elle manqué de provisions ?"
"Silence, ma fille !... Théodore, faites venir le chasseur immédiatement !..."
Sarah se lève et quitte la pièce, peu désireuse d'être témoin de ce qui va suivre.
"Vous m'avez fait mander, Madame ?..." faisant voltiger son chapeau à plumes dans une attitude théâtrale.
"En effet. J'ai entendu de bien vilaines choses sur votre compte au village, Hunt."
Petit rire de Rook. "Allons bon, les commères auraient-elle encore fait gorges chaudes d'événements badins ?"
"Il paraît que vous avez mis enceinte Rosalie Courvoisier !"
Rook la fixe, ébahi. "Madame... jamais je n'ai fréquenté cette... Rosalie."
"Monstre !"
"Madame, je vous assure..."
La gifle part.
Rook l'accepte. Blanche est sous le choc de son propre geste, main tremblante.
"Madame." regard revenant à la rencontre de celui de son interlocutrice, tête se replaçant dans l'axe après la violence de la claque, joue rosie. "Jamais je ne me conduirai de manière aussi inconséquente. Ou si j'avais eu une telle attitude, j'en assumerai les conséquences."
"Je... j'ignore... ce qui m'a pris... mon petit... Rook..." bredouillé.
"L'émotion, j'imagine." pragmatique.
"Je... suis vraiment... navrée..." l'attrapant par les bras, tête basse.
"Madame..." reniflé, avançant les mains pour caresser ses bras.
Elle sanglote presque, doigts tremblant sur ses bras.
"Madame, je ne vous en veux point. Mais par pitié, ne prêtez plus attention à de telles... affabulations."
"Princesse... oh Princesse..." plaçant sa main sur son cœur chaviré. "Chaque jour qui passe te fait plus belle encore que le précédent..." m'épiant toujours, planqué derrière le bosquet.
"Madame... vos lèvres..." jouant des pouces sur les coussins de chair qu'elle a fort beaux ; des lèvres en forme parfaite de cœur couleur cerise. Rook en est terriblement épris.
"Allez-vous... consentir à enfin m'embrasser... mon petit Rook ?..." corps montant en tension.
Rook s'assied sur le bord du lit et pose enfin ses lèvres sur les siennes. Le baiser dégénère bien vite, faisant monter des plaintes lascives.
"Ce que... vous embrassez bien... mon petit Rook..." régalée d'être ainsi choyée.
Pendant qu'ils prennent du bon temps, je passe dans le salon, notant un chapeau sur l'assise d'un des fauteuils.
"Que ?..." m'en emparant, interrogeant Bernard du regard.
"Le Chasseur. Mère l'a fait venir en début d'après-midi." laconique.
"Ils sont dans le jardin ?" questionnais-je innocemment.
Bernard roule des yeux sur un soupir.
"Non. Ils sont en train de forniquer dans la chambre rouge." grimace Sarah qui lit dans la même pièce.
"Sarah !..." s'offusque Bernard.
"La stricte vérité." dardant son frère d'un regard dur.
Je laisse tomber le couvre-chef, dégoûtée. "Je vais faire un tour avec Na'ir."
"Je viens avec toi !..." profite de l'occasion Bernard.
A notre retour, ma tante et le chasseur se trouvent sur le pas de la porte de service, discutant avant de se séparer.
"Oh !... Vous voilà, tous les deux ! La nuit tombe ! J'allais lancer Hunt à votre recherche !... Vous allez me provoquer un ulcère !..."
"Il ne fallait surtout pas vous interrompre pour si peu." passant mon chemin sans les regarder l'un et l'autre.
Rook siffle. "Pas très commode !..."
"Ne m'en parlez pas !... Alors que Richard est une véritable crème !..." secouant la tête.
Rook n'a évidemment pas l'intention de me faire la morale ni de me contraindre à bien me conduire à l'égard de ma tante. Il observe, embusqué. Et il trouve cela extrêmement plaisant et instructif !...
"Vous partez déjà, mon petit Hunt ?..." libérant son pied nu pour caresser son dos avant qu'il n'y fasse tomber sa chemise.
"J'ai quelques engagements à honorer, Madame." toujours aussi discret quant à ses activités.
"Des... engagements, uh ?... D'ordre amoureux ?..."
"Madame, voyons..." rieur et pourtant si secret.
"Puis-je connaître ces engagements si pressants qu'ils ont le pouvoir de vous pousser hors de mon lit ?..." savourant sa chute de reins sous sa voûte plantaire.
"Vous les jugeriez d'un ennui mortel, je puis vous l'assurer, Madame."
Blanche se retourne, lui présentant son dos, vexée. "Eh bien, bonne journée, mon ami."
Rook, de par sa fonction officielle, doit rendre des comptes à certains notables de la région.
De retour, il note que je suis arrêtée, par cette claire journée de printemps, non loin du ruisseau dans lequel Na'ir s'ébroue et se désaltère. L'étalon repère immédiatement Hunt et sa jument, incapable de résister, allant faire le beau devant elle.
"Na'ir, arrête !..." ayant bien du mal à le faire cesser.
Rook rit. "En voilà un qui ne se démonte pas !..."
"Au lieu de rire bêtement, prêtez-moi plutôt main forte !" irritée.
Le Chasseur pose le coude sur le pommeau de sa selle, main supportant son menton, dans un air parfaitement narquois.
"Et alors quoi, Princesse ? Tu comptes empêcher la nature de faire son œuvre ?..."
"Ce n'est pas drôle !" me démenant toujours.
Rook quitte sa monture d'un bond et offre une tape sur la cuisse de sa jument qui se sauve, suivie de près par Na'ir.
Je le fixe, ébahie. "Ah c'est... très malin !" croisant les bras, furieuse.
"Ils nous reviendront. Sitôt qu'ils auront terminé leur manège."
"Je n'ai... aucune envie de passer du temps avec vous !..." annonçant clairement la couleur.
Il lève les mains, air déçu. "Oh, pardon. Souhaites-tu que je te laisse tranquille ?"
"Humpf !"
Ni oui ni non. Rook sourit. "Quel caractère !..."
Je fulmine. Ce type m'insupporte ! Et voilà qu'il s'impose !...
"On vous dit chasseur... vous me semblez plutôt prompt à visiter régulièrement la chambre à coucher de ma tante !..." le confrontant.
"Des histoires d'adultes, Princesse. Tu ne devrai même pas t'y intéresser."
"Je ne suis plus une enfant !" furibonde. "Je suis... déjà formée, je vous signale !"
"Peut-être. Mais ton esprit possède encore la candeur de l'enfance."
"Beaucoup d'hommes voudraient de moi, vous savez !..."
"Oh, je n'en doute point." ton neutre.
Il m'exaspère !... Et ce qu'il est beau !... Il dégage quelque chose de phénoménal !... Un charme fou !...
Mes joues rosissent.
"Je veux récupérer Na'ir et rentrer." dis-je.
"Comme tu voudras, Princesse." sifflant sa jument qui arrive au petit trot, toujours courtisée par Na'ir.
"Vous avez rencontré ma nièce au bord du ruisseau, m'a-t-on dit, mon petit Hunt ?" grimpant l'escalier, à son bras.
"Oui, Madame."
"Je vous remercie de l'avoir ramenée. Cette enfant va me faire des rides avant l'âge et des cheveux blancs !... Elle entraîne Bernard dans ses bêtises !..."
Petit rire de Hunt. "A cet âge, on n'a pas conscience de l'inquiétude que l'on provoque, Madame. Soyez indulgente."
"Heureusement, vous êtes là pour me changer les idées mon petit Rook." l'entraînant, par le bras, jusqu'à la chambre.
Blanche émerge, roulant sur le flanc pour entrer en contact avec... un corps absent du lit.
Elle note alors que le Chasseur est déjà débout et stationne devant la fenêtre.
Nos rires, à Bernard et moi, montent jusqu'à la chambre. Assurément, le Chasseur me regarde, m'observe et je lui plais.
"Dites-moi, mon ami... vous plairait-elle malgré son jeune âge ?..." regard plissé.
"Mes yeux apprécient ce qu'ils voient, Madame, je ne le nie pas. Et une fois le bourgeon éclos, il me sera difficile d'y résister." s'en pinçant délicieusement la lèvre.
"Nous avons le temps de voir venir... d'ici là, j'espère, pour cette douce enfant, qu'elle aura fait un bon mariage." bâillant, attrapant un verre pour y boire de l'eau fraîche. "Qu'avez-vous prévu de faire aujourd'hui ? Hormis chasser, j'entends."
"Je me suis engagé à aider le père Vantre à décharger son bois. Sans quoi, ses quinze stères pourriront. Nous avons un printemps pluvieux, Madame."
"Comme c'est ennuyant, mon ami." sur un second bâillement. "Je m'ennuie atrocement. Au début de notre mariage, j'accompagnais souvent mon époux à Paris." se levant pour se vêtir de son jupon.
"Il semblerait que vous en ayez conservé un bon souvenir, Madame."
"J'étais jeune et terriblement naïve, mon petit Hunt."
