Voici la suite pour ceux qui l'attendaient peut-être. Etant partie en vacance, je n'ai pas pu publier mais pour me faire pardonner je vous donne deux chapitre aujourd'hui.

Chapitre 5 :

L'hôpital était en effervescence. Des apprentis médicomages en blouse blanche traversaient l'entrée, certains discutant à voix basse, d'autres lisant des parchemins remplis d'annotations complexes

Isaac descendait les marches du grand bâtiment, entouré de quelques amis, riant.

À dix-sept ans, il avait hérité du port altier de son père, mais sans son austérité. Il dégageait une énergie solaire, un éclat chaleureux qui contrastait avec les traits sévères qu'il tenait de Severus Snape. Ses yeux noirs, d'une intensité perçante, pétillaient d'intelligence et de curiosité. Son sourire, large et sincère, illuminait son visage, rendant sa présence élégante. Ses longs cheveux gris presque blancs, hérités de sa mère, étaient négligemment attachés en une queue de cheval, quelques mèches rebelles échappant à son attache avec une grâce étudiée.

Il inspira profondément. Dans quelques jours, l'année serait officiellement terminée. Il ne lui restait plus qu'à clore ses derniers dossiers médicaux avant de pouvoir enfin souffler.

Le plus dur était derrière lui. Son projet de "Potion Adaptée", une première dans le domaine, lui avait valu toutes les subventions nécessaires pour lancer ses essais. Des mois de travail acharné venaient d'aboutir, et il peinait encore à réaliser l'ampleur de ce qu'il avait accompli.

- J'ai cru qu'on n'allait pas survivre à cette première année, soupira-t-il avec une pointe de théâtralité.

- Par Morgane, Isaac,tu as sauté quoi, une ou deux classes et tu es encore le meilleur de la promo ! De quoi tu t'inquiètes franchement ? lança l'un de ses amis en levant les yeux au ciel.

- Si tu avais ma mère, tu comprendrais… bougonna-t-il.

Pour être honnête, c'était son père le modèle d'exigence en matière de rigueur et de discipline. Mais sa mère lui mettait une pression différente, plus insidieuse.

Teddy Harvey était l'une des plus brillantes médico-mages du monde sorcier. Innovatrice, audacieuse, elle avait révolutionné bien des aspects de leur médecine, que ce soit par des sorts ingénieux ou en intégrant des méthodes Moldus dans ses soins. Son talent était tel que son buste trônait dans la salle de repos des élèves, un honneur qui aurait pu flatter n'importe qui… sauf Isaac, qui trouvait plutôt embarrassant de devoir passer tous les jours devant la statue de sa propre mère.

Mais il avait choisi la médecine comme elle. Pour faire le bien, pour sauver. Et, malgré sa notoriété, elle l'avait toujours soutenu, jamais écrasé.

- En parlant ta mère, c'est pas elle là-bas ?

Il plissa les yeux et porta sa main en visière pour mieux voir.

C'était bien elle.

Et elle avait l'air épuisée.

Madame Harvey - car elle ne portait pas le nom de son père - n'était pas du genre à passer inaperçu. Plus grande que la moyenne, élancée, elle imposait sa présence avec une élégance naturelle. Sa chevelure argentée, toujours soigneusement décoiffée, lui donnait une allure intemporelle. Pourtant, aujourd'hui, même son propre fils remarquait les signes de fatigue qui marquaient son visage. Ses traits étaient tirés, son sourire, bien que présent, n'atteignait pas ses yeux bleu perle.

Elle s'approcha lentement, saluant poliment ses amis, qui, impressionnés, s'écartèrent avec un mélange d'admiration et de respect.

- Isaac, puis-je t'enlever à tes amis ? demanda-t-elle doucement.

Il hocha la tête et s'éloigna avec elle, laissant derrière lui le tumulte de l'hôpital.

Ils longèrent une allée bordée d'arbres, où quelques médico-mages en pause profitaient du grand air.

- Quelque chose ne va pas maman ?

Il était soucieux de la voir ainsi. Ils savaient que c'était une année compliquée pour elle et son père. Il n'était pas aveugle. Ils ne s'étaient vu que pour les vacances de noël mais il avait bien senti cette tension sourde entre eux. Ils avaient fait des efforts pour lui et sa sœur, mais il n'avait pas cinq ans. Il en avait dix-sept.

Elle s'assit sur l'un des bancs.

- C'est ton père, finit-elle par dire.

Il se tendit aussitôt.

- Que lui est-il arrivé ?

Elle le regarda, hésitante. Il n'était plus un enfant, et il était largement capable de comprendre chaque terme médical et leur implication.

Inutile de lui mentir ou de minimiser son état.

- Il a été blessé. Gravement. Magie noire, maléfices de torture. Il a perdu beaucoup de sang. Et son cœur s'est arrêté pendant quelques minutes.

Il réfléchissait déjà. Teddy vit ses mâchoires se serrer, ses doigts se crisper sur la lanière de son sac.

- Son état ?

Sa voix était posée. Trop posée. Professionnelle. Comme s'il parlait d'un patient lambda et non de son père. Il occludait. La chaleur dans ses yeux avait disparu et son visage était vide de toute émotion.

Elle détesta le voir faire ça. Détesta voir son fils, si solaire, se refermer comme une forteresse imprenable.

Elle répondit néanmoins.

- Stable, mais encore critique. Il est inconscient. Dumbledore l'a plongé dans un coma magique pour limiter les dégâts.

Un silence. Isaac passa une main sur son visage.

- Qui lui a fait ça ?

Elle aurait voulu lui dire que c'était ça, la guerre. Que les conflits ne choisissaient pas leurs victimes. Que son père était une cible depuis toujours. Mais Isaac ne voulait pas de fatalité. Il voulait un nom. Un ennemi à haïr.

Elle soupira.

- Il y a une dizaine de jours, lors de la finale du Tournoi des Trois Sorcier, ton père a été appelé. Pour des raisons qui me sont encore inconnues, il a été démasqué. Il n'est rentré qu'hier.

Isaac ne broncha pas. Il savait déjà, ou du moins, il comprenait. Il n'y avait que peu de choses qu'il ignorait de la première guerre contre Voldemort. Même les vérités inconfortables, même les ombres que son père préférait taire.

Il ne posa pas plus de questions à ce sujet là.

- Il va s'en sortir ?

La question lui parut soudain ridicule. Dans ses cours, on leur répétait toujours que lorsqu'un proche posait ce type de question, il fallait rester évasif. Ne jamais promettre l'impossible. Laisser l'espoir filtrer. La réponse idéale était toujours la même : Nous faisons tout pour.

- Je fais tout pour. Éluda-t-elle.

Le monde pouvait être terriblement cynique.

Isaac hocha la tête, le regard fixé sur un point invisible au sol, les mâchoires serrées. Il inspira lentement, profondément, comme s'il tentait de contenir quelque chose de trop vaste, trop douloureux pour être exprimé.

Puis, il releva les yeux vers elle.

- Est-ce que je peux le voir ? Ou bien… t'aider d'une manière ou d'une autre ?

Sa voix était posée, maîtrisée, mais Teddy n'était pas dupe. Elle entendait la tension, cette infime brisure qu'il tentait d'étouffer.

Elle le détailla, son grand garçon. Il lui ressemblait tant… mais il avait aussi tant de Severus en lui. Cette façon de dissimuler ses émotions, de verrouiller ce qui le blessait derrière un masque impassible.

Elle tendit la main, repoussant une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

Ce simple geste, anodin en apparence, lui coupa le souffle.

Elle revit un instant une autre scène. La lumière tamisée d'une salle de classe, l'odeur des vieux grimoires, et une main - celle de Severus - qui lui repoussait une mèche exactement de la même manière.

Leur dernier échange, un simulacre de dispute encore. Avant qu'il ne disparaisse…

Une bouffée de chagrin la submergea si violemment qu'elle chancela légèrement.

Il savait que ça allait arriver…

Son corps réagit avant son esprit. Elle laissa sa main glisser, lentement, jusqu'à ce que la tête de son fils repose contre son épaule.

Et là, elle s'effondra.

Pas physiquement - son dos restait droit, ses bras solides - mais à l'intérieur, quelque chose céda.

Isaac ne dit rien. Il referma simplement ses bras autour d'elle, ses mains caressant doucement son dos, dans un geste infiniment tendre. Protecteur.

Comme si, d'instinct, il savait que cette fois, c'était elle qui avait besoin de lui.

Elle enfouit son visage dans ses cheveux, serra les paupières, lutta contre l'angoisse qui lui broyait la poitrine.

- Ça va aller, maman… murmura-t-il. Il s'en sort toujours.

Sa voix était douce, pleine d'une certitude qu'il voulait lui offrir. Mais elle sentait la fragilité sous les mots, le tremblement à peine perceptible dans son souffle.

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle resta là, à puiser en lui la seule force qui lui restait.

Elle serra un peu plus fort.

Puis, lentement, elle desserra son étreinte et recula légèrement, juste assez pour croiser son regard.

- Bien sûr, tu peux venir. Mais… tu n'es pas obligé de le voir comme ça.

Presque mort.

Isaac ne répondit pas immédiatement. Il hocha simplement la tête, le regard fuyant, comme s'il comprenait sans vouloir y penser.

Teddy inspira profondément avant de poursuivre, sa voix plus lasse qu'elle ne l'aurait voulu :

- Je dois récupérer ta sœur à la fin de la semaine. Il faudra que tu t'occupes d'elle, le temps que…

Elle s'interrompit.

- Maman.

Sa voix était douce, mais ferme. Il plongea ses yeux sombres dans les siens, y mettant toute la certitude qu'il pouvait rassembler.

- Je vais m'occuper d'Elly. Ne t'inquiète pas pour ça.

Il marqua une pause, avala sa salive, hésita. Puis, d'un ton plus bas, presque un murmure :

- Quand papa ira mieux… vous rentrerez à la maison. Et en attendant, je serais avec Elly.

Un battement de silence.

Teddy posa une main sur sa joue, ses doigts effleurant sa peau comme pour graver ce moment. Un sourire fatigué, infiniment tendre, passa sur ses lèvres.

Elle voulait y croire.