Bon, je veux réduire les chapitres, mais je n'y arrive décidément pas... 13000 mots, désolée pour cela, mais j'ai pris du plaisir à écrire. En espérant partager ce plaisir avec vous. Merci beaucoup de votre lecture et votre avis si vous le donnez, une bonne partie de la suite est dans ma tête, j'ai juste quelques doutes sur comment vmt terminer même si les grandes lignes sont tracées.
Encore merci !
Chapitre 13 – Révélations
L'hôpital se vidait progressivement jusqu'à ce que seul le bruit des roues des chariots de soins couine dans la pénombre des couloirs. Ino, le souffle un peu court, progressait selon les directives de Sakura jusqu'à cette fameuse chambre 244 du 2ème étage. Il ne pouvait pas y avoir de doute sur la localisation de Ebizo: deux gardes veillaient l'entrée de la chambre, visiblement en alerte. Alors qu'elle sentait Sasuke dans son dos lui marmonner d'avancer, deux infirmières apparurent dans le couloir. L'une d'elle, vingt ans à peine, les paupières battant exagérément, jeta un regard sans équivoque à Ino.
- Eh bien, doc, vous ne deviez pas rentrer chez vous?
- C'est… mal à l'aise … Je dois vérifier quelque chose pour le patient de la chambre 244.
- Etonnée … Quoi donc? Ça ne peut pas attendre demain?
- Non. J'ai encore des analyses à faire.
- … Laissez-moi faire ça pour vous… lâcha-t-elle, presque mielleuse.
- Merci c'est gentil, mais je dois m'y coller moi-même… Mon rapport doit être rédigé ce soir. Mais merci.
- … Une prochaine fois alors, doc…
Ino regarda les deux femmes pouffer silencieusement tout en s'éloignant, retenant un frisson. Elle savait être un homme, là, tout de suite, mais c'était … perturbant. Et ce cliché de l'infirmière et du médecin… Elle grimaça cette fois franchement. Insupportable.
Sasuke, mutique, suivait toujours Ino qui s'avança devant les gardes. Ils lui ouvrirent immédiatement, pensant avoir affaire au médecin attitré. Ils tiquèrent devant Sasuke.
- Une recrue d'un autre service… Elle me dépanne pour ce soir.
- … Bien.
Ino sentit un étau lui serrer la poitrine alors que Sasuke et elle pénétrait dans la chambre du vieillard, la porte claquant dans leur dos. Ebizo était là, en proie aux machines, aux tubes et autres fils envahissant son corps de toute part. Sa poitrine s'élevait et se rabaissait au rythme de ce lourd matériel médical. Les écrans bipaient régulièrement de ce bruit si caractéristique de réanimation dont Ino avait l'habitude. Un infirmier installait une nouvelle poche d'hydratation lorsque le médecin/Ino s'approcha de lui.
- Toujours profondément endormi? demanda-t-il/elle
- Toujours. A croire qu'il ne se réveillera jamais. Il faut peut-être le laisser partir… lâcha le soignant en suspend
- Peut-être. En attendant… J'ai un rapport à rédiger ce soir, et il y a quelque chose que je dois vérifier.
- Quoi donc?
- Hésitante … Le poison. Je dois vérifier qu'il n'y en ait vraiment plus trace dans son corps.
- Vous pensez qu'il peut encore y en avoir ? demanda-t-il, surpris
- Ce n'est pas impossible. Je n'ai pas les capacités de nos amis de Konoha pour l'extraire, mais je peux au moins essayer… S'il en restait, cela pourrait expliquer son coma. Et je pourrais l'analyser…
- D'accord…
- Vous pouvez rester mais cela peut être long, ajouta-t-il/elle
- Je ne peux pas vous être utile?
- Non je vous remercie. Votre collègue va m'aider, je dois la former à cela. Si je ressens quoi que ce soit d'inhabituel, je vous appelle.
- Très bien…
Il/elle s'approcha d'Ebizo, la gorge nouée par le stress. Grâce à ses progrès et aux entrainements avec son père, Ino était désormais capable d'utiliser sa Lecture de l'Esprit dans un corps emprunté par transposition. Mais c'était une prouesse qui lui demandait beaucoup de chakra et de concentration. Cela n'avait jamais pu durer plus de quelques minutes… Elle allait devoir se dépasser aujourd'hui.
Feignant d'être détendu, le jeune médecin posa sa main sur la tête du malade, au milieu des élastiques entourant son masque d'intubation. Ino sentait la présence de l'infirmier qui l'observait dans son dos, la rendant si nerveuse qu'elle n'arrivait pas à se concentrer. Elle prit le parti de faire semblant de sonder le malade en attendant que celui-ci daigne sortir. Quand il se lassa en effet d'observer le médecin penché sur le malade dans le silence, il sortit enfin de la pièce, refermant derrière lui.
Ino souffla de soulagement avant de se reconcentrer rapidement. Des gouttes de sueurs ruisselaient sur son front, et un rapide coup d'œil vers l'Uchiwa lui indiqua que le moment était venu. Celui-ci se rapprocha d'elle, toujours silencieux et attentif. La jeune femme reposa sa main sur Ebizo, désormais appliquée à l'extrême.
Après une minute qui lui parut interminable, elle sentit enfin filtrer le long de ses doigts puis dans chaque fibre de son corps le chakra du vieillard. Lorsque ce flux atteignit son cerveau, l'esprit d'Ebizo envahit son corps d'emprunt, et par là même son esprit à elle. Elle le sentait si affaibli que la connexion pouvait s'interrompre à tout moment.
- Maître Ebizo?
- … Qui êtes-vous? gémit le vieil homme
- Honorable Ebizo, veuillez m'excuser de m'immiscer ainsi dans votre esprit.
La représentation mentale d'Ino elle-même s'inclina de respect devant la silhouette du vieil homme, flottant dans un espace-temps virtuel blanchâtre. L'homme était vêtu d'habits plutôt cérémonieux, et son teint cireux trahissait sa fatigue extrême. Attendait-il ainsi le Grand Départ depuis des jours? C'était probable. Ino poursuivit, un peu pressée.
- Je m'appelle Ino Yamanaka, du village de Konoha. J'ai quelques questions à vous poser mais je risque de ne pas avoir beaucoup de temps.
- …
- Je tenais déjà à m'excuser, au nom de Konoha… Vous avez été empoisonné à cause de nos recherches.
- Des recherches? Quelles recherches?
- Des recherches autour des parchemins du Sandaime Hokage. De vieux parchemins d'il y a trente ans… Il y en aurait cinq, dont un à Suna. Avez-vous connaissance de cela?
Les hauts sourcils blancs de l'homme semblèrent se lever légèrement, et Ino pouvait penser ainsi qu'il marquait un temps de surprise. Ses yeux noirs cependant restaient étrangement inexpressifs.
- … Que voulez-vous savoir?
- Les yeux brillants, encouragée par cette réponse Eh bien, nous avons découvert l'existence de ces parchemins seulement récemment. Nous avons besoin de votre aide pour en comprendre le fonctionnement…
- …
- … Et savoir où se cache celui de Suna.
- Et pourquoi donc?
- Nous voulons les détruire.
Cette fois, elle en était sûre, il était sincèrement surpris. Il semblait attendre la suite, et elle ne tarda pas à arriver.
- Nous pensons avoir compris qu'ils devaient servir à l'époque à sceller l'esprit des dirigeants des grandes nations shinobis… Pour éviter de nouvelles guerres. Un Fuinjutsu d'aliénation mentale… pour de bonnes intentions.
- C'était l'idée d'Hiruzen Sarutobi, en effet, confirma le vieillard. Mais cela ne s'est pas passé comme prévu.
- … C'est-à-dire?
Le vieil homme soupira lourdement, silencieux quelques instants. Il semblait hésitant à en dire d'avantage, jusqu'à ce qu'il se rappelle probablement où il était. Ou plutôt où il en était. Il lâcha la suite comme on expie une faute.
- … Le parchemin destiné à Suna a été falsifié. Et lorsque nous avons scellé notre probable futur Kazekage… Il était trop tard.
- … Parlez-vous de Gaara?
C'était probablement un peu trop direct, mais le flux de chakra était mince. Ino espérait que cela ne braquerait pas le vieil homme. Par chance, il poursuivit, étranger aux inquiétudes d'Ino.
- L'émotion palpable dans la voix Nous avons mis des années à lui faire confiance. Sarutobi nous a lui-même exprimé avoir scellé d'un des leurs dans le parchemin, pour donner l'exemple. Et lorsque nous avons décidé de faire de même, au nom de la paix enfin retrouvée… Et bien… Nous avons été naïf.
Ino ne répondit pas, abasourdie.
- Gaara a été un monstre. Non seulement il était le troisième jinchûriki, mais en plus, il était maudit par ce sceau dont nous n'avions aucun moyen de le soustraire… Le sceau dont il a été victime à la naissance ne lui a pas été apposé par sa mère. Il lui a été apposé par le parchemin…
Le vieillard semblait replongé dans le passé, les yeux dans le vague, le dos voûté, comme si le poids du monde pesait sur ses épaules. Le poids de la culpabilité, probablement.
- Il a alors été maudit… les personnes qu'il aimait mourraient les unes après les autres. La solitude et la haine l'ont entouré, la mort était omniprésente… Avec Shikaku en lui par-dessus il a été la cible de toute la malveillance possible. Nous sommes totalement coupables.
- Mais comment avez-vous découvert la falsification?
- … Il y a eu une essence maléfique immédiate après l'apposition du sceau. Nous avons compris immédiatement notre erreur.
Le vieillard se brouilla un peu, et Ino dut user de toute sa concentration pour faire revenir l'image mentale du vieil homme devant elle. C'était terrible, mais elle devait accélérer les choses.
- … Mais comment Gaara a-t-il pu autant changer? Il est le Kazekage, maintenant. Est-il toujours maudit?
- … Non.
- Interloquée Comment? Comment s'est-il extrait de sa malédiction?
- Il est mort.
Ino resta figée, puis comprit, choquée.
- … Le parchemin s'est détruit lorsque Gaara est mort. Ma sœur l'a ressuscité, et alors… Alors il s'est éveillé enfin libéré de cette malédiction. Le parchemin scellé a été retrouvé détruit dans le coffre de protection de la Tour.
- Réfléchissant aussi vite que son état le permettait Mais… Mais les choses s'étaient déjà améliorées pour lui avant cela, non? Il avait su s'entourer, il était déjà devenu Kazekage… Il semblait déjà s'être éloigné de la haine et du ressentiment des autres non?
- En effet… Naruto Uzumaki y est pour beaucoup là-dessus. Pour ne pas dire que Gaara lui doit presque tout… La malédiction a ses limites. La volonté de Gaara de rejoindre la lumière avait en effet déjà pris le dessus. Mais il restait encore très controversé à Suna. Beaucoup de gens ont tenté de l'assassiner pendant de nombreuses années…
- Bouche bée … Mais alors… Pourquoi tant de mystère ici, à Suna, autour de tout cela? Gaara n'est pas au courant de cette histoire, pas vrai?
Le vieil homme s'inclina, confirmant les paroles d'Ino. Il souffla d'un ton las.
- … Il fut un temps où je n'aurais rien dit, même au seuil de la mort. Mais comme je le disais à ma sœur… levant ses sourcils broussailleux vers Ino … les temps ont changé. Ma sœur m'a ouvert les yeux.
- …
- Avant, on cherchait à sceller les esprits. A créer la paix artificiellement. Aujourd'hui… appuyant son regard sur la jeune femme … on fait confiance. On pardonne. On croit en l'autre.
- Savez-vous qui a falsifié le parchemin de Gaara?
- Nous n'en avons jamais été sûr. Certains ici ont pensé à Sarutobi lui-même, et d'autres à Danzo, dans le but justement de salir le Sandaime… Nous avons pensé à certains de nos propres sujets, mais ce sujet était plus tabou.
- … Plusieurs shinobis de Konoha ont failli être assassiné pour avoir cherché ce parchemin ici…
- Riant nerveusement Alors, cela veut dire que le vieux Kanata a du souci à se faire...
- Etonnée Comment savez-vous?...
- Haussant les épaules Il n'y a jamais eu de politique, ici, à Suna, contrairement à chez vous. La famille de Gaara a toujours régné en dictature. Kanata faisait partie des rares à oser s'opposer ouvertement au troisième Kazekage, et la rumeur dit que lui et les siens avaient découvert la falsification du parchemin - ou en étaient directement à l'origine. Gaara maudit, le Troisième était décrédibilisé et fragilisé. Cela lui laissait une chance d'enfin accéder au poste suprême... Mais bon, les choses ont été plus complexes que ce qu'il avait prévu.
- …
- De plus, il a comme principal soutien la famille Kaguerame, dont il est un descendant indirect... C'est d'ailleurs grâce à eux qu'il a su pour le sceau de Gaara. C'est une famille redoutable. Ce sont eux qui font presque la loi ici dans l'ombre, à Suna. Gaara sait que Kanata appartient à l'opposition. Mais il a accepté de le garder à ses côtés, sans connaître tous les sombres détails de son histoire.
- … Pourquoi accepte-t-il cela?
- Souriant, étirant les rides autour de ses lèvres … Ne te l'ai-je pas dit? Gaara appartient à cette génération qui croit en une deuxième chance. C'est une génération qui écoute l'opposition. Qui pardonne. Ta génération.
- … Pas sûr qu'il soit si clément lorsque nous lui diront toute la vérité…
A ces mots, le flux de chakra entre la jeune femme et Ebizo se perdit. Le cœur de la jeune femme se mit à battre brusquement, un léger vent de panique s'agitant en elle.
- Maitre Ebizo! Maitre Ebizo, êtes-vous encore là?
- D'un ton lointain … Oui, je le suis.
- Savez-vous ce qu'il est advenu des autres parchemins?
- … Nous n'avons jamais su. A part pour Konoha… C'est ce qui m'a fait penser que le pauvre Sarutobi lui-même s'était bien laissé berner par l'un des siens.
- Le souffle court … C'est-à-dire?
- … Comment ça c'est-à-dire?
- Qui est concerné chez nous?
Ino devinait malgré les traits floutés et les interférences notables l'étonnement sincère du vieil homme. Elle répéta, franchement nerveuse, sentant la liaison avec l'ancêtre en train de s'estomper.
- Qui est concerné chez nous, Ebizo jiisama?
Quelques instants plus tard, auberge de Suna
- Sakura! Sakura, réveille-toi!
La jeune femme se releva brusquement, en alerte maximale.
- Eh bien, c'est comme ça que tu me surveilles? Tu aurais pu être attaquée, Grand Front!
Sakura cligna des yeux plusieurs fois. Le paysage de la petite chambre la ramena à la réalité. Devant elle se tenait Ino – dans son propre corps, ce corps contre lequel elle avait dû malheureusement s'assoupir… – et Sasuke. Déjà? Que s'était-il passé?
- Ebizo est mort.
La gorge de Sakura se noua.
- … Quoi? Ebizo… Mort? Mais…
- Ne t'inquiète pas, enchaina Ino. Il m'a tout dit avant de partir… Mais je n'ai pas pu le retenir. Il est parti en paix, enfin, c'est ce qu'il m'a dit…
- Et comment avez-vous fait pour sortir de l'hôpital? paniqua presque Sakura Tout le monde a dû se précipiter dans la chambre? Nous n'avions pas prévu que...
- Sasuke a jeté un Genjutsu à l'ensemble de l'équipe. Les personnes dont nous avons emprunté les corps ne se souviendront de rien… Et les équipes ne réaliseront pas son décès avant demain midi. J'ai désactivé aussi les machines.
Sakura se sentait entre deux mondes. Elle ne savait pas trop si elle-même était dans la réalité. Elle demanda des explications, et Ino s'assit au bord du lit. La blonde rapporta le discours du vieil homme à ses co équipiers. Sasuke fronçait parfois les sourcils, mais restait globalement silencieux. Sakura, elle, s'offusquait à chaque révélation.
- Comment Gaara a-t-il survécu à tout cela… souffla-t-elle
- Il va falloir lui révéler la vérité, trancha Ino.
- Je lui dirai demain. C'est à moi de lui dire. Il se doute de beaucoup de choses, de toute façon.
- Non, nous irons le voir tous les deux avec Ino, coupa Sasuke d'un ton sec. Tu es beaucoup trop fatiguée, Sakura. Tu dois te reposer.
Sakura avait beaucoup de choses à répondre à cela, mais le Rinnegan et le Sharingan tournoyèrent ensemble de telle sorte qu'elle ne trouva pas la force de répondre quoi que ce soit.
- Tu es empoisonnée, et il faut te ramener à Tsunade rapidement, enchaina-t-il comme pour justifier sa froideur soudaine.
- Je suis une grande fille, et je suis capable de venir avec vous.
- Tu dois dormir. Le poison circule beaucoup plus violemment dans ton corps depuis hier.
- Comment sais-tu?...
- Depuis que tu me l'as dit, je l'ai repéré dans ton flux de chakra.
Il y avait une sorte d'inquiétude dans le timbre de voix de l'Uchiwa, et Sakura ne sut quoi répondre.
- Reposons-nous pour la nuit ici, proposa Ino en s'allongeant aux côtés de son amie. Demain, nous partirons vite après avoir vu Gaara.
Sakura n'écouta pas la brève conversation qui suivit entre ses deux co équipiers. Ino proposa de rester éveillée, pendant que Sasuke s'assoupit rapidement sur le fauteuil face aux deux jeunes femmes. Jamais Sakura ne l'avait vu s'endormir aussi rapidement, et une pointe de culpabilité l'envahit à l'idée de l'avoir autant laissé veiller ces dernières nuits.
- Gaara a été libéré de sa malédiction en mourant.
Sakura se retourna, son amie si proche d'elle dans le lit qu'elle pouvait sentir son souffle proche de son oreille. Elle était tellement fatiguée qu'elle n'avait même pas réalisé ce que cela voulait dire.
- … Tu veux dire… Il n'y a pas d'autre solution? Je veux dire… Ebizo ne t'a pas donné d'autres pistes?
- Si. Mais rien n'a fonctionné… Je me demande juste… Comment les choses se seraient passées s'il était toujours maudit.
Sakura se redressa brusquement du lit comme si un pieu venait de lui transpercer le dos.
- Et le nôtre? Et notre parchemin? Est-ce qu'il savait qui est concerné au village?
Le silence embarrassé de Ino finit de laisser les vagues d'angoisses de Sakura la submerger, son regard brusquement dirigé vers son compagnon endormi.
- C'est Sasuke, n'est-ce pas? lâcha-t-elle la voix cassée par l'angoisse
- Sakura, dort.
- Tu te fiches de moi? Comment veux-tu que je dorme? Et si tu ne me le dis pas, c'est que tu sais que…
- Ce n'est pas Sasuke.
Sakura se stoppa nette. L'angoisse redescendit d'un cran, et ses poumons retrouvèrent un peu d'oxygène. Elle se calma un peu, et essaya de rester silencieuse. Elle sentait son amie perturbée cependant, et elle cela ne fit qu'accentuer sa curiosité.
- On le connait?
- … Non.
- … Alors pourquoi fais-tu cette tête?
Ino ne répondit pas. Sakura savait qu'elle ne dormirait pas de la nuit – elle avait bien dû s'assoupir une heure, et le poison semblait plus que jamais attendre son sommeil pour reprendre possession de son corps. Elle proposa à Ino de s'endormir à sa place, et la blonde sembla s'enfoncer rapidement dans un sommeil agité. Dommage, elle ne parlait pas dans son sommeil, ELLE.
Le lendemain matin
Il était à peine 6h, mais le soleil rasait déjà l'horizon et ses rayons enveloppait l'air de sorte qu'une douce chaleur parvenait déjà dans la chambre de la petite auberge. Les trois amis étaient déjà éveillés – Sakura avait bien dû s'assoupir un peu, mais elle n'en était même pas sûre. Le regard de Sasuke n'était pas plus sévère que la veille, elle n'avait donc pas dû cauchemarder à nouveau devant lui. Il fallait se contenter de petites victoires en ce moment.
- Le Genjutsu devrait se dissiper en fin de matinée. Nous allons voir Gaara, pendant ce temps Sakura, tu nous attends ici, d'accord?
Sakura hocha la tête, plus pressée de voir ses deux acolytes disparaître devant ses yeux que d'accepter cette situation rabaissante. Cependant, elle sentait qu'elle suait à grosses goutes et la douleur commençait à s'installer doucement dans chaque muscle et dans chaque articulation. Sa tête commençait à bourdonner. Elle n'était pas en état de refuser. Alors qu'elle s'ébrécha le doigt au-dessus de son parchemin d'incantation, faisait apparaître Katsuyu, ses yeux s'écarquillèrent brusquement d'une lueur de lucidité. La petite limace n'eut besoin d'aucune explication et se glissa sous la tunique de Sakura pour trouver le chemin du sceau, aidant la rose à réguler son chakra, et à baisser le niveau du poison.
- Sakura-sama… lança la petite bête d'un ton un peu affolé. Le sceau est faible. Il faut l'aide de Tsunade-sama rapidement…
- Elle n'a pas d'antidote, expliqua Sakura d'une voix enrouée. Mais… Merci Katsuyu. En t'appelant, je pense avoir compris ce qu'il faut.
Sakura retrouva une détermination inattendue et se redressa brusquement, revigorée par les soins de son invocation.
- Il faut que j'envoie un message à Tsunade-sama… supplia la limace
- Attend quelques instants, souffla Sakura. Elle va s'inquiéter pour rien, et je pense savoir ce qui lui manque pour l'antidote. Tu m'as donné l'énergie pour le trouver. Fais-moi confiance.
- … Faites vites, alors…
Sakura se pencha à la fenêtre, tourna la tête à droite et à gauche, cherchant la présence d'un ennemi ou d'une menace. Elle se jeta dans la rue et courut presque en direction de l'hôpital. Lorsqu'elle arriva devant le bâtiment rond et ocre, tout semblait calme et habituel. Le Genjutsu devait encore faire effet, et il ne semblait y avoir aucune trace de panique nulle part. La rose en profita pour se glisser en arrière du bâtiment, et dès que la voie fut libre, elle se faufila dans les cuisines entre deux chariots de livraison. Son chakra était désordonné, et malgré son excellente maitrise, elle savait qu'elle n'était pas capable de grand-chose. Elle devait préserver au maximum ses capacités, et n'utiliser que le minimum syndical de chakra. Il n'était pas question d'un épuisement de chakra ici, et encore moins d'un épuisement de son sceau. Elle espérait trouver ce qu'elle cherchait rapidement, et retourner à l'auberge avant d'alerter les soupçons. Sasuke les ramènerait avec son Rinnegan, elle donnera le dernier ingrédient à Tsunade, et enfin, elle aurait cette vie routinière et tranquille dont elle rêve en ce moment plus que tout.
Pendant ce temps, à Konoha
- C'est bizarre quand même, pourquoi ne donnent-ils aucunes nouvelles, dattebayo?
- Ça ne va pas tarder, un peu de patience ajouta Shikamaru entre deux bouchées de dango.
- Ça fait trois jours. Ils ont dû arriver là-bas. Je suis sûr qu'ils ont trouvé Ebizo.
- Et donc nous aurons des nouvelles dans la journée, ne t'inquiète pas.
Les autres tablées riaient et les baguettes s'entrechoquaient autour de l'Hokage et de son conseiller. Le soleil dansait dans le ciel, et des familles se promenaient dans les rues, insouciantes, profitant des premières chaleurs du mois de mai. On saluait Naruto si souvent qu'il ne parvenait pas à terminer son repas. Shikamaru s'amusait de la situation.
- Quelle galère d'être Hokage… Je ne suis pas étonné que Kakashi-san ait fui.
- Grommelant Je ne m'attendais peut-être pas tout à fait à ça, c'est vrai…
- A quoi t'attendais-tu?
- Je ne sais pas, jeta Naruto en enfournant une quantité de ramen significative dans sa bouche, lui faisant gonfler ses joues. Je rouille, achis derrière un bureau à crouler chous ches paperasses… avalant sa bouchée Pff, j'ai besoin de me dégourdir les pattes…
- Riant presque Naruto, tu es le Hokage. Tu dois rester ici pour protéger la population. N'ose même pas un clone d'ombre pour aller vadrouiller je ne sais où.
- Hokage-sama.
Un ANBU atterrit aux côtés des deux amis qui se retournèrent avec intérêt vers la femme à la tête de singe.
- Des nouvelles de Suna? hasarda Naruto d'une voix chuchotée
- Non, répondit la femme, amenant une moue agacée au chef du village. L'architecte vous attend à la Tour. Pour les plans de l'agrandissement de l'hôpital.
- Je suis parti i peine dix minutes…
- … Il y a aussi les programmes d'entrainements des prochains Genin à valider. Anko-san vous attend.
- …
- Et il y a aussi le chef du clan Inuzuka, pour la protection animale, vous savez, elle est déjà passée hier…
- Ça va j'ai compris! J'arrive! s'agaça Naruto en jetant sa serviette, provoquant un rire sournois de Shikamaru
Naruto se leva mais s'immobilisa presque instantanément, remarquant son ombre intriquée avec celle du Nara.
- Quoi? jeta le blond d'un ton exaspéré
- Pas de clone, Naruto. Tu y vas vraiment.
Il y eut un juron, et Naruto disparut en une fraction de seconde, l'insulte résonnant encore dans les oreilles du conseiller. Ce n'est que lorsque la facture du restaurant arriva devant les yeux de Shikamaru que celui-ci jura à son tour.
Maudite soit l'équipe 7.
Retour à l'hôpital de Suna
Sakura parvenait à se faufiler de couloir en couloir, croisant des équipes médicales et paramédicales inconnues ne prêtant pas attention à sa présence. Lorsqu'elle parvint non loin du bureau médical du service de post urgences, elle se figea instantanément. Des voix retentirent.
- C'est le patient de la chambre 128?
- C'est ça. Ses constantes n'étaient pas bonnes cette nuit, il a eu beaucoup de fièvre. Il faut le revoir ce matin… L'antibiotique ne doit pas être adapté.
- Quand a-t-il été débuté?
- Avant-hier.
- … Il devrait aller mieux. Je vais le réévaluer.
Un homme d'une quarantaine d'année sortit du bureau presque instantanément, stéthoscope autour du cou. Sakura avait à peine eu le temps de changer d'apparence qu'il lui passa devant, suivi de près par un autre médecin que Sakura ne connaissait pas. Lorsqu'il passa devant elle, elle sentit l'air provoqué par son déplacement la frôler comme au ralenti, et comme si quelque chose l'interpellait, celui-ci tourna aussi la tête vers elle. Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde, jusqu'à ce que le médecin se détourne et poursuive son chemin dans le couloir jusqu'à la chambre en question. Sakura reprit son souffle, concentrée sur sa technique de métamorphose. Elle jurerait qu'avant d'entrer dans cette chambre 128, il avait jeté un dernier coup d'œil sur elle.
C'était lui, elle le reconnaissait. Lui dont elle avait besoin. Jirachi Kaguerame.
L'aura maléfique de son chakra l'avait presque paralysée, et dans son état de faiblesse, elle essaya de reprendre ses esprits comme elle le put. Elle n'arriverait pas à lui jeter un simple Genjutsu pour l'immobiliser, elle le savait, et pourtant, rien d'autre ne lui parvenait pour arriver à ses fins.
Bon sang, elle devait trouver une idée.
Arriverait-elle à manipuler son collègue médecin, avec lui à ses côtés? Peut-être. Elle jeta un coup d'œil sur le plafond et repéra les bouches d'aérations qu'elle avait déjà emprunté avec Kakashi. Après un rapide coup d'œil à droite comme à gauche, elle s'infiltra dedans, retrouvant son apparence avec soulagement. Elle se faufila pour atteindre après quelques tâtonnements le conduit au-dessus de la chambre en question. Les deux médecins étaient au-dessus de la plaie du patient, et alors que l'un tentait un Ninjutsu médical un peu maladroit, l'autre sortit de quoi nettoyer la plaie.
- Il faut retirer ces fils de suture. C'est inutile, la plaie ne cicatrise pas et cela entretient l'infection.
L'odeur de putréfaction remonta jusqu'au nez de Sakura qui retint une forte nausée. Elle lia ses mains, formant un jutsu et se concentrant à l'extrême sur le médecin inconnu. Celui-ci coupait calmement les fils de suture, puis brusquement, il parut nerveux. Victime du Genjutsu de Sakura, il se retourna effrayé pour planter profondément le scalpel dans le bras de Jirachi. Celui-ci poussa un cri de surprise et de douleur, ce qui sortit son acolyte de son mirage.
- Argh! Qu'est-ce que tu fous, Nirame?
- Pardon! cria le médecin, paniqué lui-même. Pardon, je ne voulais pas. C'est…
- Si je chope une infection tu le regretteras, tu entends? hurla Jirachi en arrachant le scalpel qu'il jeta d'un geste rageur sur les jambes du patient
- Attends, je vais te soigner…
- Tu as déjà fait assez de connerie comme ça! Occupe-toi tout seul de la plaie, je vais me soigner moi-même. Idiot.
Sur ces paroles, Jirachi quitta la pièce en trombe. Sakura souffla, presque réconfortée. Elle perçut le léger mouvement d'hésitation de Jirachi au moment de franchir le seuil de la porte de la chambre. Elle le vit avec horreur tourner lentement le regard vers elle à travers les fentes de la bouche d'aération.
Merde…
Avant même que celui-ci ne réagisse d'avantage, la jeune femme avait brisé la trappe du tuyau d'aération de son poing, et atterrissait sur le malade lui-même qui poussa un gémissement de douleur. Sakura attrapa le scalpel ensanglanté d'une main tremblante pour le jeter dans une poche de son gilet, et elle vit alors derrière le regard interloqué du premier médecin, les yeux révulsés de rage de Jirachi.
- La petite…
Le poing de Sakura brisa la vitre de la fenêtre du patient, et alors qu'elle pensait avoir réussi sa mission, projetée hors de la chambre, elle sentit sa cheville attrapée avec force. Attirée en arrière, elle fut projetée avec une force inouïe contre le mur qui se fissura et s'effrita au choc. Sakura hurla de douleur, le souffle court. La petite Katsuyu, toujours sur l'épaule de Sakura, poussa un cri suraigu.
- Sakura-sama ! Vous êtes trop faible, vous ne pouvez pas combattre! Il faut fuir!
L'homme l'attrapa à la gorge, serrant sa main sur ses carotides jusqu'à ce qu'elle ne voit plus qu'un tableau d'étoiles scintillantes devant ses yeux. Elle sentit son autre main atteindre la poche interne de son gilet.
- Qu'est-ce que tu cherches à faire avec ça, espèce de…
Un hurlement masculin fendit l'air. L'homme lâcha la jeune femme par réflexe, ses mains entre ses jambes. Sakura toussa en retombant au sol, complètement étourdie. Elle profita de la position de faiblesse de Jirachi pour se jeter par la fenêtre cette fois, sans prendre vraiment le temps de se retourner. Elle vit simplement en se laissant tomber le regard effaré de Nirame, toujours assis devant la plaie du patient, et celui assassin de Jirachi, les mains encore collées sur ses parties intimes.
- La garce…
- Faut-il… faut-il appeler la sécurité? demanda Nirame, encore hébété
- C'est bon… jura l'homme au sol en grimaçant. Elle va mourir bientôt, de toute façon.
- Mais qui est-ce? Et qu'est-ce qu'elle voulait?
Jirachi se releva avec difficulté, attrapant le scalpel ensanglanté tombé au sol et le brandissant devant son collègue.
- Elle voulait ça.
- … Hein?
- Mon sang.
Sakura avait désespérément sauté de mur en mur pour parvenir à se hisser jusqu'au toit de l'autre aile de l'hôpital, le souffle court et la tête encore lourde de vertiges. La petite Katsuyu siffla de désapprobation alors que la jeune femme aux cheveux roses était appuyée contre un tuyau de canalisation, affaiblie comme jamais.
- Sakura-sama, vous devez retourner à l'auberge et rentrer. Le poison va franchement refaire surface, et j'ai du mal à juguler le flux…
- … Je croyais que j'avais quinze jours…
- Vous ne le avez pas, Sakura-sama. S'il vous plait… Vous ne tiendrez plus longtemps ainsi.
La petite limace se dédoubla, puis tripla de volume, mettant toute son énergie dans le maintien du sceau. Malgré cela, Sakura se sentait faiblir chaque heure. Mais alors qu'elle glissait sa main dans la poche de son gilet, pleine d'espoir, elle crispa sa main dans le vide et retint un hurlement de désespoir.
- Non…
Elle agrippa la poche vide avec force, se laissant tomber contre le tuyau. Son dos glissa le long de celui-ci, des larmes de rage emplissant ses yeux épuisés. Elle ne chercha même pas à savoir si quelqu'un la poursuivait, là, sur ce toit. Mais c'était peu probable. Son ennemi savait que ce n'était pas la peine.
Elle allait mourir là, sur ce toit, seule.
Elle avait compris ce qu'il manquait à Tsunade, alors qu'elle avait fait jaillir son propre sang pour invoquer Katsuyu.
Le sang des Kaguerame.
Tel un vaccin: le poison lui-même était indispensable pour l'antidote. Lors de ces multiples jours de recherche, elle avait compris sous les microscopes que le poison n'était autre que le sang lui-même. Elle ne savait pas pourquoi ce sang devait être ingéré par voie orale pour devenir poison, et pourquoi il était mélangé à de multiples substances pour devenir mortel. Mais peu importe. Désormais, c'était trop tard.
Son cœur se serrait, sa tension semblait monter et son cœur tachycardait. Sa vision devenait floue, et malgré ses capacités de régénérescence, elle doutait tenir bien plus longtemps. La douleur commençait à l'envahir malgré les efforts de son invocation. Quelque chose coulait le long de ses joues, et elle ne savait pas si c'était des larmes de rage ou de peur.
Elle ne savait pas non plus combien de temps elle était restée là, à même le sol. Elle avait laissé le vent léger caresser ses mèches roses, et s'était surprise à sentir le soleil chauffer sa peau. Elle s'étonnait encore que personne ne vienne l'achever. Elle n'avait plus de force. Un penchant morbide s'empara de son esprit et sans s'en rendre compte, elle glissa vers des idées sombres.
Jusqu'à ce qu'elle entende des bruits de pas sur l'escalier de ferraille, accédant au toit, dans son dos.
Sa poitrine explosa. C'était la fin. On venait l'achever, et elle n'aurait pas la force de se défendre… Alors qu'elle reprenait brusquement contact avec la réalité, une personne s'imposa au fond de son esprit, chassant ses idées noires de son cerveau embrumé.
«Je ne veux pas te perdre»
Inconsciemment, sa main serra un shuriken qui lui écorcha les doigts. Les pas se rapprochèrent de Sakura, et alors qu'ils résonnaient là, juste à sa hauteur, elle puisa dans ses dernières forces. Elle trouva la force de se jeter sur l'inconnu, le menaçant de son arme au niveau du cou.
- … Sakura-san?
La rose laissa tomber son arme, éberluée. Un homme de son âge se tenait devant elle, et elle reconnut tout de suite ses yeux bleu azur perçants.
- … Nori-san! s'écria-t-elle, les jambes tremblantes
- Que… Que faites-vous ici, Sakura-san?
- Et vous? souffla la rose, un voile noir devant les yeux de s'être relevée brusquement
- Je prends souvent ma pause ici, sur le toit, au calme… Mais je me fais rarement attaquer ainsi!
- Excusez-moi, c'est juste que…
- soudainement inquiet, retenant Sakura par le bras Vous avez l'air exténuée… Vous êtes pâle, qu'est-ce qui se passe?
- J'ai été… Oh… Rien, rien, tout va bien, se ressaisit-elle brusquement Et… Et comment va Ebizo?
Dans son état d'épuisement, elle eut la présence d'esprit de vérifier où en était le Genjutsu de Sasuke.
- Toujours stable… Pourquoi?
- Pour… rien.
- La tirant vers lui, la voyant dangereusement vaciller Venez avec moi, Sakura-san. Je dois vous soigner.
Sakura aurait voulu le repousser, mais son corps ne lui permettait pas. Elle s'affaissa littéralement sur Nori, et celui-ci laissa son bras entourer sa nuque, la soulevant aussi doucement que possible. C'est alors qu'il aperçut les petites limaces activement occupées sur le sceau de l'épaule de la jeune femme aux cheveux roses. Il tiqua tout en la trainant vers la porte donnant sur l'escalier de service.
- Qu'est ce que c'est que ça?
- C'est… mon invocation. Katsuyu. Elle m'aide à me régénérer.
- Vous régénérer? … Mais pourquoi?
- Je… C'est trop long à vous expliquer. Mais tout va bien. Par contre… Je ne dois pas être vue dans cet hôpital. Je dois… Je dois…
La rose essaya de rassembler ses esprits. Tout n'était peut-être pas perdu.
- Soufflant calmement … Allons dans la réserve, Nori-san. Je vais vous expliquer. Mais il faut faire vite.
- La… La réserve? les joues rougies d'embarras
- Je suis désolée, je ne dois plus être vue ici.
- Mais pourquoi?
Elle avait envie de se confier, mais quelque chose l'en empêcha. Les réticences de Kakashi refirent surface, et elle garda le silence. Les deux individus se glissèrent dans le couloir du dernier étage sans croiser personne. Sakura n'avait même pas besoin d'annihiler son chakra tellement il était faible, et elle ne pensait pas que Jirachi la chercherait jusqu'ici, dans une autre aile de l'hôpital. Ils parvinrent à une petite réserve, et Nori la déposa au sol. Il s'accroupit en face d'elle après avoir refermé derrière lui, le regard sincèrement inquiet. Une proximité s'installa immédiatement de part l'espace étriqué, et Nori osa poser une main maladroite sur l'épaule dépourvue de sceau de Sakura.
- Dites-moi ce qui se passe…
- Nori-san… Pourriez-vous me rendre un service?
- … Lequel?
- J'ai besoin d'un échantillon de sang de Jirachi.
Le jeune homme écarquilla un instant les yeux, lâchant l'épaule de Sakura par surprise. C'était risqué, mais d'une part elle n'avait plus le choix, et d'autre part, elle allait pouvoir enfin trancher. Etait-il de son côté, oui ou non?
- J'ai réussi à le blesser tout à l'heure… Il m'a dérobé le scalpel souillé de son sang au dernier moment. Il savait.
- Muet de stupeur …
- Il doit être dans le conteneur à aiguilles du service de post urgence. Je suis sûre que même ce sang séché suffira à Tsunade-sama pour faire l'antidote… sondant le jeune homme du regard Je sais que ce que je vous demande n'est pas facile, mais s'il vous plait… Pourriez-vous me rapporter ce scalpel?
Le visage de Nori exprimait une palette d'émotions successives que la jeune femme ne sut interpréter. Après quelques secondes de silence interminable, il soupira, essayant de paraître léger.
- … Et en échange de quoi?
Ce fut au tour de la jeune femme d'ouvrir des yeux ronds.
- … Que voulez-vous dire…
- Encore silencieux …
- Vous ne me demandez pas plutôt pourquoi je vous demande ça? lâcha-t-elle d'un ton suspicieux
- Nerveux … Je ne sais pas. J'imagine que ce sang a un lien avec votre rétablissement? Vous en avez besoin pour aller mieux, n'est-ce pas?
Cette fois, Sakura sortit un kunai et le pointa vers Nori, la pointe effleurant sa gorge. Celui-ci haussa les mains immédiatement en signe d'apaisement.
- Ola! Du calme.
- Comment avez-vous deviné cela aussi facilement?
- Respirant calmement Je suis médecin, Sakura-san. Je fais des recherches sur les poisons depuis des mois. Je vois votre sceau, votre état… Il n'y a pas besoin d'être devin. Et Jirachi… grimaçant C'est un homme hautain et froid. Je ne l'ai jamais aimé. D'un ton sérieux Pensez-vous qu'il ait quelque chose à voir avec votre empoisonnement? Pourquoi ferait-il une telle chose?
- Connaissez-vous son nom de famille?
- … Oui, Jirachi Kasaname, pourquoi?
- Non.
Les yeux bleus azurs du jeune garçon brillèrent dans la pénombre de la petite pièce.
- Il s'appelle Jirachi Kaguerame.
Sakura devinait les légers tremblements de Nori à cette révélation, et les pupilles de celui-ci se rétrécirent. Il entre ouvrait la bouche, mais les mots ne venaient pas. Un élan de force et d'espoir traversa alors Sakura et elle abaissa son arme, attrapant à son tour la tunique du jeune homme avec fébrilité.
- C'est lui qui tue les gens indésirables, Nori-san. C'est lui et sa famille. Attrapant son bras C'est lui qui a tué Ebizo-sama, et qui m'a empoisonnée aussi!
- Ten… tenté de tuer… Il n'est pas encore mort…
- Il est mort. Vous êtes sous le Genjutsu de mon co équipier, Nori-san. Bientôt, l'hôpital va découvrir le cadavre d'Ebizo, bien mort.
- Votre co équipier… Kakashi-sama?
- Non. Un autre. Je ne suis pas revenue avec la même équipe.
Un autre…
- … Et vous repartirez avec eux chez vous aujourd'hui, n'est-ce pas?
- … Pas si vous ne me donnez pas le sang de Jirachi, répéta-t-elle. Si je repars sans, je ne survivrai pas plus longtemps.
- Je…. Je vois…
- Alors? Acceptez-vous de m'aider, Nori-san?
Les yeux émeraudes suppliants de Sakura se noyèrent dans ceux du jeune garçon. Les joues de ce dernier s'empourprèrent alors de manière inattendue. Leurs visages étaient si proches… Accroupis tous les deux entre les caisses de pansements et de médicaments, celle-ci pouvait distinguer chaque trait de son visage. Des gouttes de sueur perlaient de son front et il trouva le courage de lui répondre, le cœur de Sakura manquant un battement.
- Vous êtes en couple, n'est-ce pas, Sakura-san?
- Stupéfaite … Quoi? Pourquoi?
- Je… C'est stupide. Pardonnez-moi…
- Quoi? Qu'est-ce qui est stupide?
- … J'aurais aimé… Je ne sais pas. Que tout cela ne se passe pas ainsi…
- …
- Lorsque j'aurai trouvé ce scalpel et que je vous le rapporterai, je ne vous reverrai plus, n'est-ce pas?
- Prise de court … Si, bien sûr que si. Je reviendrai, enfin, je pense…
- Un sourire triste Vous êtes en couple avec Kakashi-sama?
- Le cœur au galop … Non, je ne le suis pas.
- Vous n'avez pas besoin de me mentir. Je l'ai deviné.
- Quoi? Pourquoi cela?
- Ricanant Les regards ne trompent pas…
Le jeune garçon sentit l'embarras de la jeune femme, et se radoucit un peu. Sa décision semblait prise.
- Je vais vous aider. Mais pardonnez-moi, d'abord…
Nori s'approcha encore d'avantage de Sakura, et attrapa de ses mains en coupe le visage de celle-ci. La jeune femme oublia de respirer, agrippant l'un de ses poignets sans oser le repousser davantage.
- Kakashi a beaucoup de chance de vous avoir Sakura-san… murmura le jeune homme
Elle sentit le regard désireux du jeune homme posé sur elle, et ses lèvres se posèrent délicatement sur son front, appuyant avec douceur sur son sceau en losange. Celle-ci frémit de surprise. Ses lèvres effleurèrent alors avec douceur sa tempe, sa pommette, sa joue, pour parvenir au coin de ses lèvres. Alors qu'elle allait se reculer, celui-ci s'éloigna d'elle à regret, son pouce caressant l'endroit que ses lèvres venaient de quitter.
- Je sais que je n'aurai pas ce restaurant avec vous, Sakura-san... Je voulais juste vous remercier d'avoir croisé ma route.
- … Nori-san, je…
- Je vais chercher le scalpel. Attendez-moi ici.
Il avait attrapé sa main, l'avait serrée dans la sienne avec une émotion inattendue et alors que la jeune femme réalisait ce qui venait de se passer, le brun l'avait lâché et avait déjà disparu, la porte de la réserve refermée derrière lui. Le silence la saisit, et toute l'intensité de l'instant qui venait de se passer l'éclaboussa brusquement.
Sa peau effleurée, embrassée brûlait et picotait encore, même plusieurs minutes plus tard. Son cœur était au galop, frappant sa poitrine avec frénésie. Puis brusquement, comme un contre-coup, une vague de mal-être l'envahit. Les douleurs reprirent leur droit, effaçant ces traces de tendresse que, de toute façon, elle n'avait pas demandé. Il avait dû comprendre, se disait-elle.
Elle se recroquevilla encore plus sur elle-même, sa tête lourde posée sur ses avant-bras, le souffle court et concentrée sur son rythme cardiaque. Elle se demandait comment allait faire Nori pour retrouver ce scalpel... A peine pensait-elle à cela que son visage désireux flashait dans sa mémoire, et elle fronça les sourcils pour oublier. Elle devait rester lucide. Il était à la fois son dernier espoir, et l'objet de ses appréhensions. Il avait dû comprendre, se répéta-t-elle… Elle ne pouvait pas s'inquiéter de cela désormais.
C'est perdue dans ses pensées contradictoires et angoissées, après un long moment de silence, qu'elle entendit un crissement désordonné retentir de la petite fenêtre ronde au-dessus de sa tête. Apeurée et affaiblie, elle se redressa en se tenant aux étagères avec peine. Quelque chose semblait tapoter inlassablement le carreau, et à bon rythme. Elle osa ouvrir, et son sang ne fit qu'un tour.
- … Pakkun?
Le chien aboya faiblement et sauta au sol, tournant plusieurs fois autour de Sakura en jappant jusqu'à la rendre étourdie. La jeune femme sentit son corps reprendre vie au fur et à mesure des cercles du canidé, sans aucune explication rationnelle. Elle s'agenouilla cependant devant lui sans avoir besoin de se forcer.
- Pakkun, que fais-tu ici? chuchota-t-elle avec nervosité
- C'est à vous de demander ça! Le patron vous cherche partout!
- Le patron?
Une chaleur douce et envoûtante s'installa en elle. Epuisée, elle laissa cette sensation réconfortante l'envahir sans lutter. Un sourire s'installa sur ses lèvres sans même qu'elle ne s'en rende compte.
- Kakashi-sama s'inquiète pour vous… s'ébouriffant il n'est pas tout à fait comme d'habitude, ces derniers temps.
Elle ne répondit pas, les lèvres tremblantes. Quelques minutes auparavant, elle pensait mourir d'épuisement. Désormais, elle avait été rassurée par Nori, et maintenant… Oui elle allait s'en sortir. D'ailleurs, que faisaient Ino et Sasuke? Etaient-ils revenu de leur entrevue avec Gaara? Pourquoi n'étaient-ils pas venus la chercher? Elle savait que Sasuke pouvait la retrouver où qu'elle soit…
- Il faut sortir d'ici, aboya Pakkun, s'apprêtant à ouvrir la réserve en sautant sur la poignée de la porte
- Attend, Pakkun, non! Je dois… Je dois rester ici. Quelqu'un m'attend, et…
- Je sens des chakras agressifs tout autour de nous pourtant, mademoiselle… couina-t-il en humant en l'air
- Je le sais, mais…
Sakura grimaça, faisant travailler les rouages de son cerveau avec peine. Elle était en danger ici, mais Nori… Elle ne pouvait pas partir et le laisser ainsi. Et plus que tout, elle avait besoin de ce qu'il devait lui rapporter… Elle devait attendre.
- … Je dois rester ici encore quelques instants. J'ai besoin de quelque chose…
- C'est-à-dire? Vous n'avez vraiment pas bonne mine, vous savez…
- Oui, justement… Mais… que fait Kakashi ici? Pourquoi n'est-il pas à Konoha?
- Il faut peut-être lui demander directement!
A ces mots, un chakra familier apparut dans le dos de Sakura. Elle se raidit instantanément.
- Sakura! Que fais-tu ici?
Elle sentit le corps de Kakashi atterrir au sol dans son dos, et elle ne se retourna pas. Une vague de chaleur envahit ses sens, et ses douleurs s'adoucirent aussitôt. Ses tremblements diminuèrent un peu, et lorsqu'elle sentit sa main se poser sur son épaule, elle ferma les yeux d'émotion. Les larmes montaient, et son cœur explosait.
- Ou sont Ino et Sasuke? Sakura?...
Elle avait fait volte-face sans même croiser son regard, écrasant son visage contre son torse. Serrant son buste de ses bras, agrippant sa veste de ses doigts tout en le pressant plus fort que jamais contre elle. Il s'était tut de surprise, et tout ce qu'elle entendait alors, c'était son cœur battre tellement plus lentement que le sien.
Il ne la repoussait pas. Au lieu de cela, elle entendit Pakkun disparaître dans son dos dans un pop caractéristique, et après une minute qui lui parut une éternité, elle poussa un soupir de satisfaction en sentant les doigts du Jonin glisser sur son crâne, caressant ses cheveux avec une douceur enivrante. Son odeur l'envoûta à nouveau, et elle avait oublié à quel point cette voix familière grave et apaisée avait pu lui manquer.
Elle l'avait vu apparaître devant elle des centaines de fois durant les dix dernières années.
Cette fois-là ne ressemblait à aucune autre.
- Sakura, tu as fait appel à Katsuyu?... l'entendit-elle dire au-dessus de sa tête, une pointe d'inquiétude dans la voix
- Kakashi-sama, cria l'une des deux petites limaces. Nous ne tiendrons plus longtemps. Le poison gagne en puissance d'heure en heure…
- Quoi? ses doigts se stoppèrent dans ses cheveux, et Sakura le serra un peu plus fort
- Sakura doit être ramenée à Tsunade. Vite.
Il aura suffi de ces mots pour que la jeune femme s'effondre telle une poupée de chiffon. Kakashi la rattrapa in extremis, l'allongeant au sol tout en écartant une mèche rose de son visage cadavérique. Passé le moment de stupeur muet, ses sourcils blancs se froncèrent, et la colère prit le dessus. La rage se devinait dans les yeux noirs mi-clos de son aîné.
- Malédiction… jura-t-il Elle devait avoir encore plusieurs jours, je ne comprends pas?...
- C'est vrai… couina la limace Nous ne savons pas.
Loin de son flegme légendaire, Kakashi repoussa ses épis blancs d'un geste inhabituellement nerveux. Il prit le pouls de la jeune femme, et cela ne sembla pas le rassurer.
- Sakura, il manque un ingrédient à l'antidote. Je te ramène tout de suite à Sasuke, et je reviendr…
- Je l'avais, s'étrangla Sakura d'une petite voix
Kakashi la dévisagea.
- Tu avais quoi?
- Le sang de Jirachi… Je l'avais.
- Ouvrant des yeux ronds … Comment as-tu pensé à…
- J'ai invoqué Katsuyu, j'ai vu mon sang, et là… Je ne sais pas. J'ai compris.
- … Et alors?
- Alors… une boule dans la gorge J'ai réussi à le blesser. Indirectement. Et puis… Et puis je n'ai pas réussi à récupérer son sang. Le scalpel que j'ai utilisé pour le blesser… Je l'ai perdu. Il a réussi à me le reprendre… se mordant la lèvre Merde, je suis une incapable…
- … Pas d'auto dévalorisation, Sakura, s'il te plait. Tu en as déjà trop fait.
- …
- Je te ramène à Sasuke, tu es à bout de force, répéta-t-il. Je prends le relais.
- Ce n'est pas la peine. Nori-san y est allé.
- Fronçant les sourcils … Nori?
- Je l'ai croisé après avoir attaqué Jirachi, et je lui ai demandé de me ramener le scalpel souillé de sang que j'ai perdu lorsque je l'ai attaqué…
Quelque chose dans le regard de Kakashi s'illumina brusquement, et il sembla comprendre quelque chose. Sakura s'interrompit, inquiète.
- Quoi?
- … Et il a accepté?
- Oui, souffla-t-elle.
Les yeux mi-clos de Kakashi s'obscurcirent instantanément.
- Il peut revenir à tout moment. Ça va aller, ne vous inquiétez pas. Il faut juste attendre. Kakashi… murmura-t-elle encore, ignorant le nez retroussé de Kakashi et son visage inquiet Gaara a été maudit. C'était bien lui, le destinataire du parchemin d'Hiruzen Sarutobi…
- Et qu'est-ce qu'il t'a demandé, en échange de ça?
Elle se stoppa, sa vue brouillée la faisant cligner des yeux plusieurs fois.
- … Absolument rien. Pourquoi?
Il l'observa avec intensité, attrapant après quelques secondes de malaise son menton de son pouce et de son index.
- Il t'a approchée. Il t'a touchée. Je le sens.
Elle vit son nez se retrousser à nouveau comme s'il humait quelque chose de particulièrement désagréable. Il dévia son visage sur le côté, approchant son visage masqué sur son front, le long de sa tempe à l'endroit même où se tenait Nori à peine dix minutes auparavant. Elle sentit le poing gauche de Kakashi serrer le pantalon de Sakura. Les joues de Sakura rougirent malgré sa pâleur, et son cœur dont le pouls filait s'emballa à nouveau.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait, Sakura? Réponds-moi.
C'était un ordre, et mon dieu, même au bord de la mort, il était capable de l'exciter terriblement.
- … Cela ne vous regarde pas…
- Réponds-moi, répéta-t-il, rigide
- Ses yeux vitreux émeraudes fixés dans son regard … Vous m'avez fait promettre… Ne faites pas comme si vous deviez être jaloux, Kakashi.
- Fronçant les sourcils …
- Je m'expliquerai avec Sasuke… Avec mon compagnon. Vous savez.
Elle aurait pu dire que le sang-froid du Jonin était mis à rude épreuve. Son chakra s'emballait comme jamais, et aussi incroyable que cela pouvait paraître à un moment pareil, Sakura aurait presque gémi d'excitation. Elle devinait le Jonin lutter, son masque ne cachant pas la tension qu'elle sentait dans ses doigts qui la touchait, dans sa main qui effleurait sa cuisse. Le regard de Kakashi s'attarda sur ses lèvres, et c'est dans cette situation si particulière que la porte s'ouvrit brusquement. Celui-ci se recula de Sakura brusquement, l'arme déjà au poing.
- Nori! s'écria Sakura d'une voix faible
A peine entré, le jeune homme se figea instantanément.
- … Rokudaime Hokage… souffla-t-il les yeux écarquillés Que faites-vous ici?
- … Probablement la même chose que vous.
- Plissant les yeux avec méfiance C'est-à-dire?
Le bruit métallique d'un chariot de soin s'approchant dans le couloir coupa la conversation. Nori ferma la porte complètement sans quitter des yeux l'autre homme de la pièce.
- Avez-vous l'objet, Nori? murmura Kakashi sans abaisser son kunai
- Fronçant les sourcils Je le pense…
- Comment ça, vous pensez?
Pour toute réponse, le jeune homme fouilla l'intérieur de sa tunique médicale blanche, provoquant le serrement des doigts de Kakashi sur son arme. Sakura poussa un gémissement tout en se pliant vers l'avant, ses bras croisés sur son abdomen.
- Est-ce ce scalpel, Sakura-san?
La jeune femme essaya d'oublier les nausées qui l'envahissait et les coups de poignards qui transperçaient son ventre. Elle observa de longues secondes l'instrument, scrutant le moindre détail, essayant de calmer sa respiration sporadique. Lorsqu'elle comprit la réalité de la situation, elle ferma les yeux de rage, déviant la tête pour se cacher de la vue des deux hommes.
Le scalpel ressemblait, c'était certain. Le manche était similaire, la couleur identique. Il était imbibé de sang – séché, mais même ainsi, elle savait Tsunade capable de miracle – mais un détail retint son attention.
Le sang ici visible sur la lame était presque vermeille: rouge, très rouge. En séchant, bien sûr, il s'était assombri un peu. Mais le sang de Jirachi n'avait jamais été aussi clair. A peine blessé, le sang souillant la lame était d'un rouge foncé, presque bordeaux.
Les larmes envahirent les yeux de la jeune femme. Elle ne pouvait pas lui en vouloir… Malgré cela, le désespoir cette fois l'envahit définitivement.
Tout était fini.
- Sakura… répéta le brun, la voyant pâlir
- Elle t'a répondu, coupa Kakashi d'une voix inhabituellement agressive tout en se relevant
Le jeune garçon fit un pas en arrière par réflexe, son dos heurtant la petite porte.
- Il y en avait tellement… gémit Nori. Je ne pouvais pas savoir. Je vais y retourner…
- Tu ne vas nulle part.
Et comme si la menace ne suffisait pas, quelque chose siffla brusquement dans la petite pièce, s'empalant avec fracas dans la porte. Nori sauta de côté, cachant son visage de ses avant-bras. Son mouvement fut stoppé par le kunai empalé à la fois dans sa blouse et dans la porte. Nori jura, et Sakura blémit.
- Kakashi ! Qu'est-ce qui vous…
- Je t'ai surpris tout à l'heure en arrivant, asséna Kakashi en se rapprochant de Nori, un deuxième kunai dans la main
- Brusquement pâle Et… Et bien?
- Avoue: es-tu un complice de Jirachi?
Sakura manqua de s'étouffer. Cependant, le visage du jeune médecin devenait presque blanc. Il y eu encore d'interminables secondes de battement, et contre toute attente, Nori gémit plus qu'il ne répondit.
- Je… Je peux tout expliquer…
Kakashi n'en rajouta pas d'avantage, s'approchant du jeune médecin sous les yeux médusés de Sakura. Ce dernier ouvrit la bouche, mais aucun son s'en sortit. Sakura cligna des yeux, et lorsqu'elle vit Nori éviter son regard de façon si honteuse, elle crut à une hallucination.
- Nori… Qu'est-ce que vous dites? gémit-elle
Le voyant se perdre dans le silence, Kakashi attrapa de sa main gauche le poignet du jeune homme, statique et le regard toujours fuyant.
- … Si tu me le permets…
Le jeune garçon poussa un cri de surprise et de douleur. Du sang s'écoula de la coupure de son poignet, et Kakashi pressa un peu plus pour aggraver le saignement. Sakura refoula le hurlement indigné au fond de sa gorge, percevant des bruits de pas dans le couloir s'approchant d'eux. Son cœur battait à tout rompre, et elle observait Kakashi récupérer ce sang dans un petit écouvillon qu'il avait dû sortir de nulle part. Elle avait l'impression de comprendre, sans comprendre. C'était surréaliste.
Ni Nori ni Kakashi ne pipèrent mot, et l'échange de regards entre eux raconta plus que n'importe quel discours. Des voix s'approchaient dangereusement en arrière de la porte. Ils avaient été bien trop bruyants.
Sakura était comme sonnée, et ce n'est que soulevée puis blottie contre le torse de l'argenté, observant Nori tenir son poignet ensanglanté qu'elle réalisa vraiment. Les larmes lui montèrent aux yeux, et elle eut tout juste le temps de lui adresser un dernier regard. Elle sentit une détresse réelle en lui, et son cœur se serra malgré elle.
- Je suis désolé, Sakura-san… J'aurais voulu…
Elle n'en entendit pas plus. Kakashi la serrait si fort contre lui qu'elle pensait suffoquer. Il sauta par la fenêtre juste au moment où la porte de la réserve s'ouvrait sur un soignant intrigué. Kakashi courut de toit en toit pendant quelques minutes, et lorsqu'il se sentit suffisamment loin du danger, il stoppa sa course, desserrant Sakura et l'observant avec inquiétude.
- Ou est Sasuke? Il faut te ramener à Konoha.
- Qu'a… Qu'avez-vous fait… gémit Sakura entre deux nausées
- … soupirant Cet homme devait te tuer, Sakura.
- Les larmes remontant dans ses orbites Vous mentez…
- Je l'ai vu avant de te retrouver. J'ai dévié de la piste de Pakkun. J'ai fait un détour dans le service d'Ebizo… Je ne comprenais pas pourquoi il m'amenait dans l'autre aile de l'hôpital.
- Et alors?...
- … Il était avec Jirachi.
- tremblante, un point oppressant sa poitrine C'est… impossible…
- Je n'ai pas entendu toute la conversation. Pakkun est venu me retrouver. Mais… Je l'ai juste entendu lui dire qu'il devait finir le travail. Sur le moment cela ne m'a pas interpellé… Mais lorsque tu m'as expliqué les choses…
Il n'en rajouta pas d'avantage, et Sakura eut du mal à sortir de son déni, envahie de nausées, de vertiges et de pertes de vision intempestives.
- Il a bien cherché le scalpel! Ce n'est pas possible!
- Il savait que ce n'était pas le bon, Sakura.
- Il s'est trompé, c'est tout!
- Sakura.
Elle pleurait, et à la vérité, elle ne savait pas vraiment pourquoi. Nori n'était qu'un inconnu il y a quinze jours, et elle n'avait passé que quelques jours à ses côtés. C'était probablement un traitre, et elle s'était fait avoir comme une débutante. Elle devrait avoir l'habitude. Être blasée de ce genre de chose.
Pourtant, sans comprendre pourquoi, elle vivait les choses de manière terriblement amplifiée cette fois-ci.
- Tu lui as plu… Il a essayé de faire autrement, mais il avait des ordres. Sakura, je suis sûre que c'est un Kaguerame, lui aussi.
- Ecarquillant les yeux C'est pour cela que vous avez…
Il hocha la tête. Sakura cligna des yeux tout en se mordant la lèvre.
- … Je suis… tellement naïve… C'est vous qui aviez raison depuis le début !
- Peu importe. Tu fais confiance avant tout, tu es comme ça.
- en colère malgré son épuisement Ne dites pas cela comme si c'était une qualité !
- S'en est une. Tu t'es trompée cette fois-ci, mais crois-moi... sombre Il vaut mieux se tromper en faisant confiance, plutôt que de ne plus s'ouvrir à personne.
- Je suis une kunoichi, martela-t-elle. Je ne dois pas faire confiance, avant d'être sûre que...
- Et tu es la meilleure.
Elle l'observa, abasourdie. Ses yeux noirs la fixaient de telle sorte qu'une vision en tunnel s'ouvrit, et que le reste du monde s'effaça momentanément de sa vie. Il essuya une larme de son pouce, et les paroles du Jonin autant que le contact de sa main sur sa joue finirent de réchauffer son corps comme son esprit.
- Je suis désolé... Je ne t'ai jamais entrainé comme j'aurais dû le faire. Et je ne t'ai jamais dit ce que tu méritais d'entendre, toutes ces années...
- la gorge serrée, pensant à un autre homme ... Je n'ai pas l'habitude qu'on me fasse des compliments...
- caressant sa lèvre avec sensualité, son regard une nouvelle fois posé sur ses lèvres Tu es une belle personne, Sakura. Ne m'oblige pas à dire des choses que je ne peux pas te dire. Tu m'as...
Il était si troublé qu'il se stoppa. Il reculant à contrecœur, le regard brusquement fuyant. La jeune femme sentit son cœur se serrer, et le froid l'envahit subitement comme s'il l'avait jeté dans un bloc de glace. Elle aurait pourtant voulu le remercier. Lui dire à quel point elle pouvait lui dire la même chose, et bien plus encore. Mais ses forces la quittèrent, et alors qu'elle luttait sans relâche depuis des heures, elle sentit que sa conscience partait. Son corps brusquement mou prit le Jonin de court qui se crispa, la gorge serrée à son tour.
- Sakura ? Sakura !
Kakashi jura, lorsque la voix aigue des deux petites Katsuyu parvinrent à ses oreilles, le ramenant brusquement à la réalité.
- Nous avons outrepassé les ordres de Sakura-sama, et avons averti Tsunade, gémit le gastéropode en se tortillant au-dessus du sceau. Elle est à l'hôpital, et elle attend votre échantillon. Tout est prêt. Vous devez faire vite, très vite!
- Le cœur dans la gorge Ou est Sasuke, bon sang?
- Il est avec Ino à la résidence du Kazekage. Ils sont allés voir Gaara pour tout lui raconter…
Quelque chose sembla voiler le regard du Jonin, et à peine la petite limace avait-elle terminé sa phrase que celui-ci avait sauté de toit en toit, la rose sur son épaule.
- Elle devait attendre Sasuke et Ino à l'auberge, alors que l'hôpital était sous le Genjutsu de Sasuke… Ils devaient retrouver Gaara pour…
- Je sais, coupa l'argenté, le souffle court
Le silence demeura jusqu'à ce que le Jonin, après d'interminables minutes ballotés de toit en toit, se jette sur les dernières fenêtres de la tour du Kazekage en furie. Ino plus que tout autre personne présente dans la salle s'exclama de surprise, stoppant toute conversation et provoquant l'expression presque choquée de Gaara, et l'attitude un brin étonnée de Sasuke.
- Sasuke, il faut rentrer immédiatement.
C'était presque calme, mais cela ne faisait aucun doute que la phrase ne supporterait pas de questionnement ni de réponse négative. L'Uchiwa cligna tout de même des yeux plusieurs fois, comme devant un mirage.
- … Que faites-vous ici?
- Ça n'a aucune importance. Sakura est inconsciente, le poison est en train de la tuer. Il faut rentrer, et vite.
Ino s'approcha du duo, horrifiée. Elle n'eut pas besoin de ninjutsu médical pour vérifier les dires de Kakashi, et elle se retourna alors vivement vers Gaara.
- Excuse-nous Gaara. Mais je crois que nous t'avions tout dit… Nous devons partir en urgence.
Le Kazekage hocha la tête, et d'un geste simple du menton, confirma aux trois gardes au fond de la salle d'embarquer le dénommé Kanata. Ce dernier, vociférant encore son innocence avant l'arrivée du duo, s'était tût, bien encadré par trois gardes du corps. Il lâcha un rire gras et sonore en voyant la rose mal en point.
- Voilà ce qu'on sème en voulant se mêler de ce qui ne nous regarde pas… Elle n'a que ce qu'elle mérite, petite garce!
Il fallut une vie d'expérience et de sagesse pour empêcher Kakashi de lui envoyer le kunai dépassant de sa poche entre les deux yeux. Il préféra se concentrer sur sa respiration bien trop saccadée, laissant Sasuke s'approcher, lui beaucoup plus indifférent aux paroles de Kanata que Kakashi lui-même. Alors que Sasuke concentrait son regard sur le groupe, son Rinnegan prêt pour Amenotejikara, Kakashi lança une dernière information au Kazekage.
- Gaara, sache juste que Jirachi à l'hôpital est un membre de la famille Kaguerame… Ainsi que Nori. Ils viennent d'essayer d'assassiner Sakura.
- Seigneur Gaara!
Toutes les têtes se retournèrent vers l'Anbu personnel du Kazekage, arrivant de la porte d'entrée officielle.
- Maître Ebizo est décédé…!
Le Kazekage sembla rassembler les pièces du puzzle dans son esprit, et tourna la tête vers Ino et Sasuke.
- Merci à vous, amis de Konoha, lâcha-t-il sous le regard médusé du dernier arrivant. Rien de vaut la vérité, quelle qu'elle soit…
- …
- Je vais réfléchir au sort de tout ce monde. Courage pour la suite de votre quête… Allez vous occuper de Sakura-san. Suna a une dette envers vous.
Il n'en dira pas d'avantage. Le Rinnegan de Sasuke tournoyait et aspirait les trois habitants de la feuille, avant de s'aspirer lui-même. Le calme revint brusquement dans la salle de réunion du Kazekage. Gaara retourna s'asseoir calmement, l'Anbu le fixant avec circonspection. Trois autres conseillers semblaient attendre la suite avec anxiété.
- Jirachi et Nori Kaguerame sont en état d'arrestation, pour meurtre, ainsi que tous les complices dont nous ont parlé Ino Yamanaka et Sasuke Uchiwa.
- … Vous avez confiance en eux?
- Le regard froid En qui d'autre puis-je avoir confiance?
Il n'y eut pas de réponse. L'Anbu s'échappa presque soulagé, et les trois conseillers se recroquevillèrent sur eux-mêmes.
Au même moment, à l'hôpital de Konoha
Il y eut un tourbillon venteux, et les lignes et les tracés se déformèrent dans le bureau de Tsunade-sama. Les quatre shinobis apparurent dans la petite pièce, et dès lors, tout s'activa comme dans une fourmilière. Tsunade-sama, attrapa Sakura elle-même du dos de Kakashi, aidée par deux shinobis médecins expérimentés.
- Allongez là sur ce brancard et emmenez-la moi en salle de déchocage! Posez-lui tout de suite deux voies veineuses et remplissez-là de soluté! J'arrive!
Les deux médecins assistés d'une infirmière s'exécutèrent sans un mot. Les yeux paniqués de Tsunade trouvèrent écho dans ceux de Kakashi, la main tendue vers le Jonin, paume vers le haut.
- Donnez-moi vite le dernier ingrédient !
Kakashi s'exécuta sans mot. Tsunade saisit l'écouvillon vivement, marmonnant des paroles incompréhensibles.
- Je n'ai pas réussi à en prendre d'avantage… articula Kakashi, sincèrement inquiet
- Bon sang, elle devait avoir au moins quinze jours, Kakashi, quinze ! Pas quatre!
Elle injecta quelques millilitres du sang prélevé dans une fiole à la couleur mal définie tout en continuant de fulminer, secouant nerveusement le petit récipient.
- Et je dois comprendre que j'y suis pour quelque chose ? hasarda le Jonin d'un ton un peu acerbe
- ... Vous êtes un idiot.
- ...
- Ne me dites pas que vous ne comprenez pas ce qui se passe.
- ... Mais de quoi parlez-vous? s'agaça le Jonin
Elle avait jeté un coup d'œil nerveux en arrière, et voyant Ino disparue dans le couloir, Sasuke occupé à la suivre du regard au loin, elle poursuivit à voix basse dans l'oreille du gris, plus en sifflant qu'en parlant.
- Lorsque j'ai dit quinze jours, je ne savais pas à quel point vous étiez attaché à votre ancienne élève, Kakashi Hatake.
- les yeux ronds ... Je ne vois pas le rapport avec...
- fulminant Ca a tout à voir ! Avez-vous oublié ce que vous m'avez confié l'autre jour ?
- ... Et ?
- les yeux sévères Et je n'avais prévu pas prévu cette éventualité.
- Vous voulez dire que...
Kakashi resta un instant interdit. Les souvenirs se bousculèrent dans son cerveau.
Retour deux jours auparavant, maison de Kakashi
- Eh... Mais qu'est-ce que...
Tsunade avait laissé passer un sifflement choqué à travers ses lèvres. Le Jonin venait de se débarrasser de sa tunique sombre, et sa peau exposée glabre et blanche contrasta avec l'obscurité du petit salon. Elle s'approcha, un peu titubante - elle ne tenait décidément plus le saké comme autrefois. Elle poussa un juron, ses yeux s'attardant sur quelque chose que le Jonin ignorait, délibérément ou non. Il ouvrait un pansement probablement "maison" de son flanc droit, essayant d'attirer le regard dans cette direction.
- Pourriez-vous soigner cette plaie ? Et celle de mon bras… Je serai alors en état de repartir. S'il vous plait.
Tsunade ignorait totalement la demande de Kakashi, son regard toujours happé par ce qu'elle voyait.
Ces lignes noires. Tortueuses. Multiples, enchevêtrées.
- Merde, mais c'est quoi ça ?
- ... Rien qui ne vaille la peine d'en parler... souffla le Jonin
Bouche bée, la Sanin continua pourtant de suivre du regard chaque courbe, chaque arabesque, chaque pointe obscure, et tourna autour du Jonin par automatisme sous le regard désabusé de l'argenté. Ces tatouages semblaient tous s'étirer gracieusement à partir d'un point de départ unique dessiné sur son omoplate droite, ressemblant à un buisson d'épines. Celui-ci était entouré de plusieurs cercles centrifuges, de plus en plus épais et noirs en s'éloignant du centre. C'était comme si ces cercles avaient été ajoutés peu à peu, et de ce point s'étiraient ces longues branches, envahissant son dos, sa poitrine, la racine de ses bras jusqu'à son cou. Son torse et son abdomen devait être recouverts aux deux tiers de ces longs filaments sinueux et lugubres. Tsunade tressaillit.
- Kakashi, chuchota-t-elle, répond immédiatement !
- Je vous avais demandé de ne pas me poser de questions.
- ... Et tu es un idiot de penser que je n'en poserai pas. C'est un sceau, n'est-ce pas ?
- massant sa nuque avec nervosité … C'est possible... Tout ça est ancien. S'il vous plait, n'en faites pas trop...
Tsunade n'était pas assez alcoolisée pour accéder à sa requête. Bien au contraire, elle s'approcha d'avantage, effleurant du doigt les lignes noires de son dos jusqu'à son flanc, se perdant à la ligne de démarcation de son pantalon. Kakashi frissonna à ce contact.
- Je n'ai jamais vu cela, Kakashi, c'est... on dirait que le sceau n'est pas stable. la colère montant en elle A quoi pensez-vous, en ne laissant personne prendre connaissance de cela ?
- Je m'en occupe moi-même. Je ne tiens pas à embêter qui que ce soit avec...
- Tu es ingérable, Hatake. Et tu crois que je vais te laisser partir juste en te guérissant, après avoir vu cela ?
- Je vais et je viens librement avec ça depuis plus de 30 ans. Je ne crois pas qu'on soit à deux jours près.
Tsunade tiqua, brusquement muette à nouveau. Elle reprit du recul sur l'homme dont elle venait de faire le tour trois fois dans la pénombre. Ses yeux se révulsèrent alors, et elle comprit. Sa bouche resta quelque instant entre ouverte de stupeur, jusqu'à ce qu'elle retrouve l'usage de la parole.
- Kakashi, est-ce qu'il s'agit de...
- Je pense savoir ce qui manque à votre antidote.
- troublée, ignorant sa réponse ... Bon sang, je n'ai jamais pensé à vous, comment est-ce possible que...
- J'ai besoin de retourner à Suna, rapidement. Sakura est trop faible pour s'en occuper, et Ino et Sasuke sont occupés à...
- Kakashi Hatake.
Alcoolisée ou non, la fureur de la Sanin faisait trembler autant les murs que les êtres vivants autour de sa personne. Kakashi se stoppa, soutenant son regard empli de quelque chose de difficilement identifiable. C'était le moment de vérité, et il le sentait, quelque chose changerait à jamais en poursuivant cette conversation.
- Etes-vous la personne concernée par le parchemin du Sandaime ?
L'air était irrespirable. Le Jonin hocha la tête à l'affirmative, stoppant ainsi l'interrogatoire douloureux. Il se passa presque une demi minute de silence tendu, jusqu'à ce que Tsunade frappe violemment son poing sur la table de la cuisine, qui se brisa en deux sous le choc. Kakashi souffla de surprise autant que de dépit.
- ... Mon mobilier, Tsunade-sama, s'il vous plait...
Elle ne répondit pas, indisponible à l'humour autant qu'à la raison. Elle jura plusieurs fois, et Kakashi l'ignora, l'observant faire des allers retour le regard perdu au sol, semblant connecter, comprendre, faire des liens. Lorsqu'elle stoppa ces aller-retour, le regard à nouveau connecté au Jonin, elle le fusilla littéralement du regard.
- Ton comportement est totalement irresponsable. Tu te mets en danger toi-même, et les autres dans le même temps. Quand Naruto apprendra cela...
- brusquement sévère Il ne l'apprendra pas.
- fronçant les sourcils Comment ?...
- Je vous demande juste de me soigner, s'il vous plait. Je vous le répète : le temps presse, et je dois récupérer quelque chose à Suna pour l'antidote. Et lorsqu'il sera prêt... Je vous expliquerai tout.
- plissant les yeux Pourquoi est-ce si pressé ? Vous n'êtes pas à une heure près pour cela, non ?
- embarrassé ... Sakura est en danger. Je ne peux pas tout vous expliquer maintenant... Ce serait trop long.
- Faites court.
Le Jonin souffla d'exaspération, son attitude transpirant l'hésitation. Sa main passa dans ses cheveux blancs et il dévia le regard dans l'obscurité. Quoi qu'il en soit, il poursuivit, probablement sans plan de secours.
- ... Ce sceau a été apposé par... Le Sandaime lui-même, mais vous le savez. J'avais 5 ans. Je m'en souviens encore... La douleur qui a suivi. J'ai perdu connaissance.
La Sanin retint son souffle. Kakashi poursuivit.
- ... Lorsque je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital. La suite est... compliquée, articula-t-il, volontairement vague. Tout ce que je peux vous dire, c'est que Kushina Uzumaki a modifié le sceau. Plusieurs fois.
- Kushina... Uzumaki ? La mère de Naruto ?
- Mmh, affirma-t-il en hochant la tête Elle m'a empêché de devenir le démon que j'étais censé devenir. Elle a appliqué le Sceau Endigue le Mal... A trois reprises.
- les yeux ronds ... A seulement 15 ans ?
- hochant brièvement la tête pour confirmer ... Après la première apposition, j'ai réussi à retrouver mon libre-arbitre. voyant Tsunade frissonner Que j'avais perdu durant quelques jours... Je n'avais plus envie d'assassiner quiconque m'approchait. C'était déjà une bonne chose.
- Tu te souviens de cela ?
- Oui. Mais brusquement, les gens m'ont évité. Puis m'ont menacé. J'ai failli être moi-même assassiné trois ou quatre fois. Elle a alors apposé un deuxième sceau. J'ai été tranquille quelque temps... Mais brusquement, j'ai perdu mon père. Puis Obito. Et Rin...
- les yeux écarquillés ... Ne me dit pas que...
- Kushina a trouvé cela troublant. Je ne voulais plus qu'elle touche à tout cela. Personne ne savait, et je ne voulais plus en parler à personne. Elle a voulu me faire comprendre que peut-être... Peut-être, le malheur ne se tournait plus vers moi, mais...
- ... Vers les gens que tu aimais ?
Kakashi hocha à nouveau la tête, le regard grave, l'attitude pourtant désinvolte.
- Elle a réussi à me convaincre de faire un troisième sceau. C'est le dernier... avant qu'elle ne meure. Elle et Minato sensei.
L'ambiance s'alourdit, et les paroles devinrent superflues. Tsunade cligna des yeux, troublée comme jamais. Elle semblait avoir décuvé sec.
- ... Mais ou est-ce que j'étais moi-même, pour ne pas être au courant de...
- Personne n'était au courant. A part le Sandaime, Kushina et Minato Sensei... Et mon père.
- ... Et comment as-tu réussi à stopper tout cela ? Il n'y a plus autant de malheur autour de toi depuis tout ce temps...
Kakashi hocha les épaules, brusquement désinvolte. La Sanin réalisa la réponse à sa question avant même qu'il ne réponde, un voile de tristesse passant devant ses yeux.
- J'ai décidé de ne plus me lier à personne. De rester... De mon côté. C'était la meilleure solution. Le troisième sceau a probablement aidé... Mais il ne fait que retarder l'échéance. Il valait mieux rester à l'écart du monde.
La Sanin ne sut quoi répondre. Elle semblait plus anéantie par ces révélations que le principal concerné, en en effet, il aurait pu rire derrière son masque, jusqu'à ce que la Sanin ne fasse des connexions beaucoup trop perspicaces avec la réalité.
- ... Est-ce pour cela que Sakura est en si mauvaise posture en ce moment ?
- à nouveau sombre ... Je n'ai jamais dit que...
- Répondez.
- ... C'est mon ancien élève. Forcément, il est difficile pour moi de...
- ... Soit. Mais Sasuke et Naruto aussi.
- Ils ont failli mourir un nombre incalculable de fois, vous savez...
- Oh, ne pensez pas que tout tourne autour de ce Fuinjutsu non plus. s'avançant vers lui, brusquement sûre d'elle Va me chercher cet ingrédient, Hatake. Tu as attisé mon angoisse, et je ne sais pas pourquoi, j'ai un mauvais pressentiment. Tu m'expliqueras le reste plus tard...
- Entendu, lâcha Kakashi avec soulagement. J'aurais juste besoin... que vous me soigniez.
- Ah oui. J'avais oublié. Viens là, et dépêche toi.
Retour à la réalité
Kakashi ne bougeait plus, et la Sanin pouvait lire dans son regard une détresse peu habituelle. Comprenant qu'il comprenait enfin, elle continua ses explications.
- Kakashi Hatake... Il aurait été plus simple de me dire ce qu'il se passait vraiment avec Sakura, tu ne crois pas ?
- sincère, ou presque Il ne se passe absolument rien.
- Ca, c'est trente ans d'auto persuasion.
Elle agita encore une fois le liquide trouble pour en purger deux seringues d'un geste vif et rapide, posant les précieuses piqûres sur une tablette de métal qu'elle tendit à l'infirmière, qui s'empressa elle-même de l'apporter dans le couloir en salle de déchocage. Les yeux noirs de Kakashi percutèrent ceux noisette de la blonde, et il était inutile de continuer de nier.
- S'il ne se passe rien dans la réalité, tu devrais sonder ton cœur. Il parle à ta place.
C'est long, mais les révélations sont nombreuses ! J'écris déjà la suite ! A bientôt !
