La dernière visite d'Anne c'était il y a une heure donc si Otus se dépêchait de déboulonner le grillage d'aération avant son retour, il sera dehors en moins de deux. Le garçon chouette s'envola vers la grille d'aération et commença à déboulonner en fredonnant avec le petit sourire. Après qu'il ait retiré le couvercle, un soldat au cheveux blancs se présentait à lui, en position à couvert, arme en main en lui disant :

- N'y pense même pas !

Otus faisait les gros yeux, il avait oublié de vérifier les manas ! Et surtout... comment ce soldat faisait-il pour bien être dans ce conduit ? Il fallait être petit pour ça!

- Maintenant, tu vas remettre gentiment ce grillage en place et rester tranquille dans ce dortoir !

Otus obéissait, dépité. Il remettait le grillage, reboulonnait puis il s'assit sur le lit en regardant les auras autour de lui, il y avait beaucoup de soldats postés autour du dortoir ! Même dans le plafond ! Il espérait que Solus vienne le sauver... en espérant qu'il ne se fasse pas repérer.

Le plan du chef des armées était simple : S'ils ne peuvent pas attraper Solus alors c'est Solus qui viendra à eux ! En utilisant Otus comme appât. (Rappel qu'ils ne savent pas que Otus pouvait se transformer en dragon !)

Sous couverture et en compagnie de Brindille, Solus était arrivé à la base militaire fortement gardée, même les conduits d'aération sont gardés !

Et pourtant, pour entrer dans cette base, il fallait passer soit par l'entrée principale soit par le conduit d'aération ! Solus pouvait y aller seul étant donné que Brindille ne pouvait pas à cause de sa taille et aussi du sac de toiles ressemblant à un abdomen d'araignée qu'il avait sur lui. Lui, il devait passer par un autre chemin pour rejoindre Solus une fois qu'il avait rejoint Otus. Il n'avait pas envie de rester là sans rien faire alors pendant que l'harfang des neiges s'introduisait de manière discrète, Brindille réfléchissait à un plan en vitesse.

Caché dans un coin, Solus remarqua que le soldat qui surveillait le conduit d'aération était jeune, dans les 18 ans, c'était une tâche assez simple pour lui de surveiller ça. Pour s'occuper tout en étant vigilant, il lisait un magazine assez... spécial mais pas très olé olé, juste que ça se voyait sur la préférence du jeune homme. Solus eut un petit sourire en coin à travers sa capuche. Il devait soit s'approcher de lui discrètement, soit l'appâter.

«Tant pis, je vais prendre le risque...»

Comme le jeune soldat avait le nez dans son magazine, il ne faisait pas attention à ce qu'il y avait devant lui bien que vigilant au moindre bruit suspect.

«J'espère que ma cape chouette va résister à ça... deux mètres vingt, ça va, c'est aussi la taille d'un adulte !»

Le soldat entendit un bruit, il leva le nez et vit Solus sous couverture, il ne savait pas que c'était lui.

- H-Hé, qu'est-ce que vous faites ? s'adressa-t-il à lui. Les civils ne sont pas acceptés ici pour l'instant !

Solus s'approcha sans dire un mot. Voyant la taille qu'il faisait, le soldat se sentit impressionné et apeuré. Il ne savait pas s'il doit donner l'alerte ou non. Il baissa les yeux pour voir la taille des bras de l'individu caché par sa cape chouette, il comprit que c'était une chouette mâle sous ces habits. Il devait se pincer pour voir si ce n'était pas un rêve. Apercevoir un individu géant et musclé, c'était le rêve de tout jeune homme aimant les garçons ! Lui, il s'en fichait s'il aimait les humains ou les chouettes, l'important c'était de voir un homme bien bâti ! La tentation de le toucher était vraiment forte (Il ne sait pas que Solus est un ado sous cette forme ni ne sait que c'est lui) mais il avait un devoir à accomplir, il n'osait tout de même pas le faire partir, c'était une chance inéspérée d'en voir un ! Car c'était rare de voir un homme géant et musclé comme ça !

L'envie de lui faire un câlin comme s'il câlinait un ours en peluche géant était très tentant ! Solus l'aida en faisant en sorte qu'il ait le nez entre ses pectoraux voire même contre ses bras. Ce plan était très ridicule mais c'était la seule façon de distraire ce soldat presque inexpérimenté qui ne pouvait pas voir son visage dans l'obscurité de l'intérieur de ce capuchon.

La moutarde sanglante montait au nez du jeune homme rougissant de ce contact venant tout droit d'un rêve.

- Dis-moi, mon joli, lui demandait en murmurant de manière séduisante Solus avec sa voix bestiale ressemblant presque à celui d'un adulte, est-ce que par hasard, tu as les clés permettant d'ouvrir toutes les portes ? Plus sérieusement, les clés de cette base.

Le soldat répondait d'un «O-O-Oui» ivre, toujours rouge.

- Parfait. Si tu me promets de m'accompagner jusqu'à quelqu'un en particulier, je te promets de te faire une surprise.

Il contracta ses muscles sur le jeune homme, en évitant tout de même de l'écraser, qui était presque au bord de l'évanouissement de joie (et presque au bord du saignement de nez instantané).

Solus le reposa à terre, le soldat se tourna en chancelant vers la direction de la porte principale, toujours ivre de perversité mais l'harfang des neiges le tourna vers le conduit d'aération.

- Non, non, non ! Par-là, petit fou !

- M-Mais... le conduit est trop petit pour vous...

- Je sais comment y entrer... Je peux me compresser !

- C-Compresser comment ?

- Dis-toi bien que ce sera comme un cadeau surprise pour te récompenser de m'avoir aidé.

«C'est vraiment risqué ce que je vais faire» pensa-t-il, inquiet.«mais pas le choix.»

Solus reprit sa taille et sa masse normale, le soldat pense toujours que c'est un adulte puisqu'il faisait à présent la même taille que lui. L'harfang des neiges avait de la chance d'être grand de taille, lui qui se plaignait en disant à chaque fois que c'était un enfant mais en fait c'était un atout d'avoir cette taille d'adulte !

Solus montrait son bras musculeux et assez saillant au soldat pour le motiver à continuer, ce dernier le laissa passer devant dans le tunnel et lui il entrait après pour assurer ses arrières.

Les différentes sorties étaient gardés par les soldats sauf une à laquelle Solus pouvait y sortir avec le jeune soldat pervers. La jeune chouette lui renseigna alors le nom d'Otus et le soldat, tout bêtement, accepta d'y conduire à lui sans se douter de la véritable identité de Solus. Il attendait seulement sa récompense.

Toujours rouge, il chercha la clé pour ouvrir la porte et la trouva, il n'y avait aucun soldat qui surveillait le dortoir, ils étaient partis en pause déjeuner mais personne pour prendre le relais.

Une fois la porte ouverte, Otus était bien à l'intérieur, Solus s'y précipita pour lui faire un câlin. Cela faisait tellement longtemps pour lui et pour son ami qu'ils ne s'étaient pas vus ! L'envie de l'embrasser était très tentant mais ils devaient d'abord sortir de la base. Le soldat tapota l'épaule de Solus.

- Et ma récompense ?

- Pas tout de suite, mon mignon ! lui informa la jeune chouette sous couverture. Dès qu'on sortira d'ici, tu auras ta récompense, je te le promets.

Il contracta le bras en mettant en valeur biceps et triceps pour lui indiquer qu'il n'avait pas oublié. Ça ne l'enchantait pas de faire ça mais c'était la seule façon de mettre ce soldat en confiance !

Otus rigolait de cette expression «Mon mignon», c'était tout nouveau pour lui.

- Faut bien le séduire pour de faux, Otus! lui murmura Solus. Sinon, je ne t'aurais pas trouvé sans me faire repérer !

- «Pas faux ! Moi j'aurais misé sur ma mignonnerie si je devais te sauver à nouveau ! Il doit bien y avoir un soldat qui aime tout ce qui est mignon comme les petits chiens ou les petits chats !»

Après ces retrouvailles, Solus et Otus avec le soldat, ils reprenaient le même conduit de par où ils étaient sortis.

Dans la salle des radars, un soldat remarqua que Otus bougeait, il recrachait immédiatement son café sous le coup de la surprise et donna l'alerte.

Le bruit de l'alarme faisait accélérer l'évasion d'Otus. Le soldat, lui, voulait absolument sa récompense et fera tout pour aider Solus, quitte à se battre contre ses propres collègues. Il guida nos deux amis jusqu'à la sortie en évitant les renforts qui pouvaient potentiellement arriver.

- Par ici !

Et Solus et Otus le suivaient.

- «Eh ben !» s'étonna le garçon-chouette muet. «Il est vraiment motivé par cette récompense que tu lui avais promis !»

- C'est vrai ! La motivation des muscles peut lui faire faire n'importe quoi !

Arrivé à la sortie du conduit d'aération, le soldat était tout excité par la récompense qui l'attendait et il n'était pas déçu !

Otus veillait à ce qu'il n'y ait personne pour gâcher ce moment entre le soldat et Solus. Il utilisa son pouvoir pour brouiller sa présence lui et les deux autres.

- On a perdu le signal ! criait le soldat qui regardait le radar.

Le point lumineux représentant Otus avait disparu. Plus aucun signe de sa présence.

- Oh non... J'espère que la puce implantée dans l'un de ses gants n'est pas cassée ou en panne...

- En tout cas, si le signal ne se rétablit pas tout de suite, on risque de perdre notre unique chance de capturer l'harfang des neiges dans nos locaux s'il venait ! Espérons que les hommes retrouvent Otus...

[Pour le bien-être psychologique des lecteurs, cette partie-là, à la place de cette phrase que j'écris actuellement entre crochets, est passée grandement car c'était trop "cringe" même si c'est soft ! Veuillez m'excuser pour le désagrément !]

Solus voulait reposer le soldat mais il changea vite d'avis.

- Hmmm... Tiens, j'ai une idée. Je vais l'emmener avec moi.

Otus faisait un peu les gros yeux.

- «Tu es sûr ? Je croyais que tu ne voulais pas d'uniforme vert quel que soit le poste !»

- J'ai changé d'avis, lui, ce sera une exception. Et puis, puisqu'ils t'ont enlevé, Otus, ce sera pareil avec lui de notre côté !

- «Du 50/50 comme dirait Aegolius.» sourit Otus.

- Parfaitement ! Et puis, ça me fera un ami en plus. J'espère juste qu'il ne me dénoncera pas si jamais je le laissais partir...

- «Tu n'as qu'à faire comme tout à l'heure : le récompenser s'il obéissait!»

- Un système de récompense ? réfléchit la chouette des neiges. Bien vu, Otus ! C'est une très bonne idée !

- Tu veux en faire ton esclave ? Demande-lui de t'apporter un fruit!

- Ah non, quand même pas, Brindille ! Je préfère qu'il soit un ami plutôt qu'un esclave, c'est un être humain, pas... un automate. Les seuls que je considère comme des automates c'est Fib et Bonacci, vu comment ils m'ont traité à l'école...

- Ils sont vraiment si casse-pieds ces deux-là ?

- Oh que oui...

- «Tu ne peux pas imaginer...» soupirait Otus en signant.

- Si vous voulez, je peux leur donner aux pâtures à des monstres, ça leur fera les pieds !

Le phasme rigolait de sa mesquinerie.

- AH NON, Brindille ! sauta sur place Solus en protestant fortement mais pas trop fort.

- Je plaisante, bien sûr. Du coup, on va où, les gars ?

- On va y réfléchir chez toi, si tu veux bien.

- J'aurais aimé qu'on aille ailleurs plutôt que chez moi, si les soldats s'y incrustent ça ne va pas le faire...

- «On peut peut-être retourner à la Tour Ancestrale» proposa Otus «les soldats avaient mené à bien leur mission là-bas... Je ne pense pas qu'ils y retourneront à moins qu'on ne se barricade...»

- Je préfère qu'on aille ailleurs..., s'inquiéta Solus. Ils savent désormais que la Tour Ancestrale est ma seconde maison...

«Paix à mes livres...» pleura-t-il intérieurement.

- Ou alors, chez Otus ! Avec Geddy et Alphonse, on en avait fait une base secrète avant le face à face contre toi.

- Retourner à Vellie serait risqué mais pourquoi pas. Ils ne penseront jamais à aller voir dans une si petite maison que celle d'Otus même si je préfère retourner dans la mienne... Ma chambre est assez grande pour accueillir trois ou quatre personnes.

- Ah oui, ta maman qui fait de bons petits plats, c'est vrai.

Brindille s'adressa ensuite à Otus.

- Alors qu'est-ce que tu en dis, Otus ? On va chez toi ou chez Solus ?

Le garçon-chouette optait pour aller se réfugier chez Solus sans plus tarder.

- C'est une bonne idée, Otus, mais avant toute chose, il faut qu'on aille dans un endroit vraiment isolé, j'aimerais vérifier un truc...

- Tu as un doute ?

- Oui, je n'ai pas du tout envie que les soldats nous suivent jusqu'à chez moi et mettent mes parents en danger...

- Dans ce cas, on te suit !

Solus (avec le soldat sous le bras), Otus et Brindille se réfugièrent temporairement dans la montagne d'où l'harfang des neiges s'était réfugié quelques jours auparavant.