Bonjour chers lecteurs,

Je publie le chapitre 3, mais j'avoue que j'hésitais. J'ai à peine entamé le chapitre 4 (seulement 3 000 mots)… Mais, il semblerait que je carbure aux réactions des lecteurs pour écrire la suite. Bon, pas toujours. Il faut dire que j'aime écrire pour moi-même, pour savoir quelle sera la suite.

Donc, je ne sais pas quand ira le chapitre 4. Vous comprendrez qu'avec la décision d'écrire des chapitres plus longs, plus long est le moment d'attente.

Je voulais aussi vous rappeler que cette histoire ne sera pas fleur bleue. Pour moi, un Tomarry est fondamentalement malsain. Je répète aussi que c'est du « pseudo-inceste », même si je ne le vois pas réellement ainsi. La relation entre Tom et Harry sera complexe. Je pense que même si Harry élève Tom, il a trop côtoyé l'âme de Tom pour le considérer comme son fils. Et comme dit précédemment, Tom ne voit pas Harry comme son père et nourrira de plus en plus une obsession pour lui. Car j'aime Tom ainsi : obsédé et possessif.

Harry ne vieillit pas, vous l'aurez deviné. Mais Tom, oui. Alors, l'intimité plus profonde entre eux (dont je ne sais pas encore comment je vais amener le tout…) sera bien plus tard, du moins, à l'adolescence de Tom.

Il peut y avoir des scènes qui choquent certaines personnes dans les premiers chapitres, comme leur proximité affective. Je vais tenter de rendre le tout naturel, mais aussi chaotique.

Cette fiction tournera autour de la relation qui se tisse entre Harry et Tom. C'est justement la description de cette étrange relation qui me fait vibrer. Et, je sais fort bien que ce n'est pas au goût de tous. Alors, ne soyez pas mal de passer votre chemin.

Pour ceux qui ont des questions ou aimeraient m'écrire, n'hésitez pas. Cela encourage ma plume et me pousse à vous faire découvrir la suite des aventures de nos deux protagonistes. J'écris avant tout pour le plaisir, mais un plaisir partagé est toujours plus savoureux.

Bonne lecture !

SeverusRiddle


CHAPITRE 3

PREMIER PAS EN TANT QUE FAMILLE

Assis à la table, un crayon à la main et une feuille devant lui, Tom répondait à des équations mathématiques. Des équations pathétiques et enfantines. Mais il s'agissait du programme obligatoire et il s'y pliait pour obtenir son grade. Il ne lui restait que quelques problèmes à résoudre pour clore enfin son dernier puis, ce serait les vacances d'été.

On était en juin: cela faisait déjà plusieurs mois que Tom vivait sous le toit de ce magnifique cottage champêtre. L'air chaud avait remplacé la tiédeur du printemps, apportant une végétation luxuriante et verdoyante. Les oiseaux gazouillaient et le carillon en bois s'agitait sous la légère brise qui traversait les fenêtres ouvertes. Alors que Tom annotait son ultime réponse, son regard se fixa sur la silhouette dansante derrière le comptoir. Harry préparait un gâteau à la vanille pour fêter la fin de l'année scolaire, un grand sourire aux lèvres. Il chantonnait aussi, sans tenir compte des jugements de Tom près de lui, tout en fouettant à la main la crème sucrée à l'aspect vaporeux, mais encore peu volumineux.

Son test maintenant terminé, Tom fit semblant d'écrire. Il profitait de ce moment pour scruter Harry avec une attention particulière. Peu importe le nombre de fois qu'il le décortiquait de ses yeux, l'homme restait une énigme: sa lumière, sa chaleur, son apparence, ses iris émeraude, sa négligence et surtout, sa capacité à comprendre Tom sur des points particuliers comme aucun adulte n'avait réussi. Harry s'était rapidement greffé une place dans le quotidien du garçon. Celui-ci y avait pris goût, savourant chaque instant passé avec l'homme. Cela était bien différent de sa routine à Wool, et Tom n'y reviendrait jamais. Il préférait largement Harry et cette maison. Or, il acceptait encore difficilement ses nouvelles émotions, cet étrange attachement qui le liait de plus en plus à son tuteur, mais entendre celui-ci chantonner, et ce, malgré son manque de justesse, allumait une douce chaleur dans son estomac.

— Ouf ! soupira Harry en cessant ses mouvements du poignet et en se massant le bras.

Il claqua des doigts et la magie continua de fouetter le mélange. Tom absorbait le tableau, les yeux avides et affamés. Harry ne démontrait pas souvent ses capacités magiques, préférant agir comme un Moldu — disait-il —, mais chaque fois qu'il le faisait, Tom goûtait cette incroyable signature. La magie de Harry lui rappelait le soleil, rehaussé toutefois d'une certaine amertume, un peu comme la terre humide mélangée à de la cendre. Ce goût était unique, tout comme son odeur de bergamote. Tom possédait encore peu de connaissances sur le monde des sorciers, mais il ressentait de plus en plus la puissance de Harry. Surtout depuis son éveil au monde de la sorcellerie. Il faut dire que l'homme ne cachait plus son pouvoir comme hier encore, et ce, depuis le tragique événement.

À la suite de l'incident du lièvre, Harry s'était montré étonnamment affectueux envers le garçon. Tom restait parfois réticent devant certains de ces gestes, mais son tuteur ne semblait plus se retenir autant pour lui conférer de la chaleur humaine. Il lui ébouriffait les cheveux — même si Tom grognait son mécontentement toutes les fois, puisqu'il ruinait ses belles boucles —, appuyait sa main tiède sur son épaule pour attirer son attention et lui déposait un doux baiser au sommet de son crâne à la fin de leur période quotidienne de lecture. Ce geste, accouplé à l'histoire, restait le moment de Tom. Il argumentait son point de vue sur des événements particuliers, se détendait au son de la voix de Harry, fixait même le visage de celui-ci sans gêne afin de capter toutes ses expressions, ce petit pétillement au coin de ses paupières, les fossettes creusées à ses joues, l'éclat brillant de ses yeux, sa curieuse cicatrice en forme d'éclair. Il le détaillait sans jamais se rassasier, et Harry ne percevait rien, tellement pris dans son rôle de conteur, aux grands gestes et mimiques. Puis, arrivait le moment de sentir les lèvres de son tuteur contre ses boucles.

La première fois, Tom avait terriblement rougi, ne s'y attendant pas. Harry lui avait alors demandé:

— Préfères-tu que je m'abstienne, Tom ? Je comprendrai si tu n'aimes pas ça. Je veux respecter tes limites.

Tom avait ravalé sa fierté, les mains entortillées et la bouche crispée, et avait répondu d'une toute petite voix:

— Non, ça ne me dérange pas. Tu n'as pas franchi ma limite.

Il s'était longuement demandé pourquoi il avait accepté ce geste affectueux, mais les papillons au creux de son ventre devenaient trop précieux pour lui: il ne voulait pas les perdre. Ce sentiment était nouveau et bienvenu, bien différent du dégoût qu'il ressentait pour les orphelins de Wool et envers la misérable et alcoolique Mme Cole. Harry se modulait à ses yeux, devenant lentement différent. En fait, si Tom était sincère avec lui-même, Harry avait été unique au premier regard.

Et maintenant, tous les soirs, il attendait avec impatience ce geste affectueux contre le sommet de son crâne.

Hormis les matières scolaires, Harry lui enseignait la magie. Il lui expliquait certains sorts domestiques pour l'aider à nettoyer la maison, lui offrait quelques fois des démonstrations plus passionnantes que l'enchantement d'un balai afin de dépoussiérer le sol et lui dévoilait certains principes de leur univers, dont l'importance de respecter le secret de la magie, de rester cacher aux yeux des Moldus.

Cette question de camouflage brûlait les lèvres de Tom, mais il la retint à de nombreuses reprises. Il aimait discuter avec Harry, mais avait vite compris que son tuteur était un homme bon, au cœur pur, baignant dans la lumière. Tout le contraire de Tom qui regorgeait de noirceur. Parfois, il avait peur de dépasser les limites, comme le disait si bien Harry, et raviver cette crainte qui sommeillait en lui: se faire trahir par son tuteur et retourner dans la froideur de l'orphelinat. Un certain trauma était né devant les yeux, certes magnifiques, de Harry, mais incroyablement durs à la suite de la vision du lièvre éviscéré.

Toutefois, un soir, lors d'un repas que Harry dégustait avec autant de délices qu'à son habitude, Tom ne put empêcher la question de glisser de ses lèvres.

— Pourquoi les sorciers devraient-ils s'isoler alors qu'ils sont bien plus puissants que les Moldus ?

En fait, la question avait plutôt été crachée, puisque celle-ci avait été retenue depuis un trop long moment. La mâchoire crispée, Tom observa Harry lever son regard pour l'examiner avec importance. C'est ce qu'il aimait chez cet homme. Oui, il voyait Tom comme un enfant, mais il lui parlait toujours avec un grand sérieux lorsque les sujets devenaient importants, un peu comme il le ferait avec un adulte. Il reconnaissait Tom et cela valait tout l'or du monde.

— À cause de l'Histoire, Tom, répondit Harry en déposant son ustensile pour joindre ses mains devant lui. Avant la signature du Code International du Secret Magique en 1689, les sorciers étaient persécutés par les Moldus. Pour eux, la magie représentait le danger, une incroyable incompréhension terrifiante et menaçante pour eux. Les mœurs étaient complètement différentes à cette époque… plus arriérées. La chasse aux sorcières était devenue une nécessité. Les gens traquaient les sorciers pour se protéger, créant l'hystérie parmi les Moldus.

Tom sentit la colère s'éveiller en lui, puis gronder. Les Moldus, ces êtres insignifiants, privé de magie, réussissaient quand même à provoquer un Code International pour obliger les sorciers à se cacher. Ce n'était pas les insectes qui devaient mener le monde, ceux-ci devaient se faire écraser par les plus forts. Il crispa les poings et tenta de détendre son corps. Lorsqu'il capta le regard de son tuteur, il sut que ce dernier lisait en lui.

— Tom, prononça doucement Harry, le bien et le mal, c'est une question très difficile à résoudre. Le bien et le mal se trouvent partout, autant chez les Moldus que chez les sorciers. Personne n'est à l'abri de la folie. Et les humains réagissent tous de façon différente devant la peur. Je suis d'accord que certaines réactions sont inacceptables, mais celles-ci peuvent survenir autant chez les sorciers.

— Mais les Moldus sont en plus grand nombre ! s'exclama Tom avec dureté. S'ils décidaient de nous exterminer, ils pourraient le faire.

— Il faudrait que les Moldus se rassemblent en grand nombre, un très grand nombre, pour vaincre la puissance des sorciers. Malheureusement ou heureusement (selon le point de vue), d'abondants conflits existent entre les Moldus, entre les pays. Pour soulever une telle puissance, il faudrait qu'une véritable menace s'érige contre l'ensemble des Moldus, Tom.

Tom observa les mains de Harry se crisper, sa posture raidie par une pensée qui lui était inconnue, mais qu'il désirait ardemment connaître. Il avait souvent envie d'ouvrir la boîte crânienne de son tuteur pour y plonger les doigts afin de fouiller son cerveau. Il étira alors sa conscience pour caresser très doucement la surface de son esprit, mais comme toujours, il se heurta à la totale noirceur. Un sentiment de frustration s'éleva en lui. Pourquoi arrivait-il à saisir des bribes de pensées chez les orphelins et certains adultes, mais pas chez son tuteur ? Était-ce parce qu'Harry était un sorcier ?

— Et les sorciers possèdent la magie, poursuivit Harry alors qu'il reprenait ses ustensiles pour continuer son repas, et certains sorciers provoquent la peur autour des Moldus, qui ne comprennent rien à notre univers. Je crois que l'équilibre entre nos deux mondes est fragile, mais est nécessaire pour y vivre de façon agréable, que ce soit les sorciers et les Moldus. À quoi servirait la vie si ce n'était pas pour la vivre ?

— Mais l'équilibre pourrait devenir plus avantageux pour les sorciers, insista Tom, les yeux plissés. Pourquoi vivraient-ils en cage pour protéger les Moldus ? Comme tu as dit, les mentalités étaient arriérées, alors, elles ont donc évolué. Peut-être serait-il temps de trouver une solution viable à ce problème.

Harry pencha la tête sur le côté, les lèvres pincées.

— Eh bien, peut-être devrais-tu te lancer en politique après tes études ? Afin de trouver une solution pacifique pour l'ensemble des êtres vivants ? Ce serait un beau défi, digne de ton intelligence.

Tom renifla, avant d'enfourner une cuillère de riz dans sa bouche. La politique ? Ce n'était pas une mauvaise idée. Peut-être devrait-il se renseigner davantage sur la politique des sorciers. Alors que ses pensées tourbillonnaient autour d'une vision de lui-même en âge avancé, devant des fidèles qui l'écoutaient avec intérêt et vénération, cette vision lui procura une indescriptible chaleur au creux du ventre. Un sourire presque maniaque cherchait à naître sur son visage.

— Tom, entendit-il, revenant à la surface et lissant les traits de son visage, j'aimerais que tu vives ton enfance avant d'envisager une carrière. N'oublie pas la morale d'Alice. Tu auras tout le loisir de négliger le merveilleux en vieillissant, mais il ne faut pas sauter cette étape.

La voix de Harry se voulait rieuse, mais son visage démontrait une émotion différente, sérieuse, vive: une appréhension soulignée d'un filet de crainte. Tom étudia ses traits et sentit son estomac se contracter. Il aimait voir les expressions de Harry, elles étaient toutes éblouissantes, si réelles, contrairement aux siennes. C'était une curiosité pour lui. Parfois, il trouvait l'innocence de son tuteur comme celle d'un enfant, alors que parfois, il agissait comme un homme épuisé, s'écroulant sous le poids d'une longue existence. Ce qui était étrange.

— Eh bien, répondit enfin Tom lorsqu'il fut satisfait de son analyse du visage de son tuteur, j'aimerais m'émerveiller un peu plus du monde de la magie cet été. Est-ce possible ?

Harry lui lança un sourire éblouissant, comme lui seul le pouvait.

— Bien entendu, Tom, c'est une excellente idée.

Et Tom frotta ses petites mains moites contre son pantalon.

888

Il y avait une tempête dans la maison: un tourbillon effréné de maladresse et d'étourderie. Près de l'âtre, Tom, les yeux plissés et le nez froissé, observait Harry courir un peu partout dans le cottage. Une tranche de pain doré coincée dans la bouche, un peigne à la main. L'homme tentait de manger et de dompter ses cheveux tout à la fois. Du sirop coulait contre son menton, dégoulinant sur le col de sa chemise fripée.

— Che chuis bientôt brêt, marmonna Harry en enfouissant son repas dans le creux de sa gorge.

Comment un homme de 24 ans pouvait-il agir de la sorte ? Son comportement ne correspondait pas à son âge. Et même Tom, de ses yeux d'enfant, pouvait le critiquer.

Harry leva une main maladroite et nettoya la saleté de son visage avec la magie. Puis, il adressa un grand sourire à Tom, pareil sourire qu'aurait un enfant devant la vue d'un étalage de bonbons. Tom avala de travers, mais garda la bouche pincée, les yeux réprobateurs.

— J'espère que tu vas porter autre chose que ces vêtements… surdimensionnés et… chiffonnés.

Harry arrêta tout mouvement et s'observa de la tête aux pieds.

— Ce… n'est pas bien ? questionna-t-il en penchant la tête sur le côté. C'est le milieu de l'été et il va faire chaud. C'est idéal pour porter des vêtements amples.

— Sauf si on désire éviter de ressembler à une poche de patates, rétorqua Tom avec dédain.

Harry rigola un moment, secouant son visage de gauche à droite. D'un mouvement sûr, le garçon se leva et marcha jusqu'au seuil de la chambre de son tuteur.

— Puis-je ? demanda-t-il avec politesse en scrutant l'homme de ses yeux abyssaux.

— Je t'en pris, accepta Harry en s'inclinant devant Tom, ses lèvres taquines relevées.

Tom lui répondit d'un léger sourire et franchit la porte. Immédiatement, il fut happé par l'odeur de Harry. Celle-ci l'enroba et le berça. Il lâcha un soupir apaisé et fila vers la grande armoire en merisier. Il l'ouvrit et accueillit avec bonheur les arômes de bergamote, plus prononcés parmi les étoffes de son tuteur. Il fouilla un instant, puis retira une pile de vêtements avec un air satisfait.

— Voilà, dit-il en tendant ses trouvailles à l'homme maintenant derrière lui. Je pense que ces morceaux seront mieux pour le festival au village.

Harry les saisit et les déplia devant ses yeux. Puis, les sourcils froncés, il observa Tom.

— N'est-ce pas un peu trop chic pour un festival ?

Et sans attendre de réponse, il haussa les épaules.

— Si ça peut te faire plaisir et t'éviter la honte de me voir près de toi, le taquina l'homme d'un rire profond.

Tom sortit de la chambre, laissant son tuteur se changer, puis patienta avec calme près de l'entrée. Harry le rejoignit au bout de quelques minutes. D'un œil critique, le garçon étudia sa fine silhouette habillée d'un pantalon clair, à bretelles, et d'une chemise blanche, dont les manches avaient été retroussées pour révéler des avant-bras délicats. Le col montrait deux boutons libres, dévoilant parfois des clavicules saillantes lors d'un mouvement. Même ses cheveux vinrent souligner les saillies osseuses.

Lentement, Tom croisa les bras.

— Où est la cravate ?

Il vit Harry rouler des yeux avant de laisser un sourire creuser ses fossettes.

— Tom, l'avertit-il d'une voix douce, je suis l'adulte ici, ne l'oublie pas. Je peux très bien me gérer, d'accord ?

Tom renifla avec dédain, mais hocha la tête. Il laissa toutefois ses yeux glisser une nouvelle fois sur l'accoutrement de son tuteur. À cette vision, il sentit ses doigts devenir gourds. Une beauté négligée, voilà ce qu'était Harry. Toutefois, un détail retint à nouveau son attention. Là, à l'intérieur de ses deux poignets, se trouvait une marque pâle, identique aux armoiries de la bague.

— N'est-ce pas le même dessin que le motif de ta bague ? questionna innocemment Tom, les paupières étirées.

Il avait longtemps voulu questionner Harry sur les tatouages, jugeant que le moment n'était jamais opportun.

— Hum ? fit Harry en baissant les yeux pour observer l'intérieur de ses poignets et avant de frotter sa nuque. Oh, hum… Je suis un Peverell. Je… J'avais envie de marquer ma peau avec les armoiries de ma famille puisque je suis le dernier.

Tom plissa davantage les yeux. Il ne pouvait certes pas pénétrer son esprit, mais il reconnaissait le goût du mensonge. Et là, Harry lui mentait.

— La bague n'était pas suffisante ? poussa-t-il avec ce qu'il espérait candeur.

Harry haussa les épaules, un sourire contrit.

— C'est ainsi.

Lorsqu'ils furent prêts, Tom sortit sur le porche, laissant le vent chaud lui chatouiller la peau. Le ciel était clair, absent de nuages, et le soleil brillait. Ses longs traits lumineux narguaient ses pupilles et il dut, à quelques reprises, cligner des paupières pour habituer sa vision. Harry passa près de lui, lui caressant affectueusement les cheveux avec la même bonne humeur de plus tôt.

— Alors, nous avons deux choix, commença-t-il. Nous pouvons rejoindre le village avec la voi…

— Non ! le coupa avec force Tom, les joues gonflées. Tu es un conducteur épouvantable.

Harry fronça les sourcils alors que ses lèvres boudaient.

— Voyons, je ne suis pas aussi terrible.

Tom ricana.

— Oh que si, insista-t-il. Quelle est l'autre option ?

Une certaine excitation enfla dans le ventre du garçon. S'ils n'utilisaient pas la locomotion des Moldus, cela signifiait un tour de magie. Et tout ce qui avait trait à la magie lui suscitait un grand intérêt.

— Le transplanage, répondit Harry.

Tom fronça les sourcils et écouta les explications de son tuteur. Ce moyen de voyager semblait fort intéressant et fastidieux, nécessitant un bon contrôle mental. Harry lui décrivit les sensations éprouvées lors du transplanage et Tom ne pouvait qu'anticiper le résultat. Mais, selon lui, mieux valait ce voyagement de quelques secondes à un plus long, dans un véhicule dangereux.

Tom accepta de transplaner et vit Harry lui tendre la main. Sous ses yeux interloqués, il l'observa. Cette main masculine était pourtant fine, mais semblait un peu écailleuse au niveau des paumes. Un peu comme si l'homme avait balayé le sol de nombreuses fois dans sa vie. Avait-il déjà tenu cette main ? Celle-ci lui avait caressé le dos, les cheveux, mais jamais elle ne s'était liée à sa propre main. Avec lenteur, Tom s'y agrippa, le souffle un peu court. Le contact humain, bien moins étranger depuis son adoption, restait toutefois insolite pour Tom. Et chaque fois qu'Harry le touchait, des sentiments particuliers s'éveillaient en lui. Comme un espoir, une acceptation.

Et il n'aimait pas ça. Il devenait trop dépendant, s'intoxiquait à la gentillesse et à la maladresse de l'homme. Mais il ne détestait pas, voulant y goûter chaque jour.

Le contact de la main de Harry réchauffa le garçon. Un lent sourire étira ses lèvres, heureux de vivre quelque chose de nouveau avec son tuteur. Tom plongea ses yeux dans les deux émeraudes au-dessus de lui et fut assailli par la douceur de ceux-ci.

— On y va ? entendit-il alors que ses oreilles bourdonnaient.

— Oui, on y va, répéta-t-il.

Ils disparurent dans un claquement.

888

Tom eut un choc lorsqu'il sentit le sol contre ses pieds. Il perdit un instant l'équilibre, pris de nausées, mais deux mains le retinrent. Le souffle court, la gorge serrée, il cherchait à étouffer le borborygme qui s'élevait le long de son œsophage. Une paume apaisante lui frotta le dos.

— Nous aurions dû prendre la voiture, lui murmura Harry, une pointe d'inquiétude dans la voix.

Tom lui lança un regard noir, mais laissa son tuteur lui frictionner la colonne vertébrale. Au bout d'une minute, il eut l'impression de respirer à nouveau. Il s'écarta de Harry, le menton haut, le visage digne.

— Ne t'inquiète pas, tenta de le rassurer Harry, nous réagissons tous comme ça la première fois que l'on goûte au transplanage. Mais, on finit par s'y habituer.

— Bien entendu, siffla Tom alors qu'il observait les environs. Pourquoi sommes-nous ici ?

— Je me disais qu'il valait mieux apparaître dans un endroit plus… calme. Viens, allons aux festivités.

Tom sentit Harry lui agripper la main et le tirer tout droit. Les joues rosées, le garçon se laissa faire et serra un peu plus fort les doigts de son tuteur.

Ils arrivèrent enfin sur la rue principale, celle qui accueillait nombreux commerces et kiosques achalandés. Il y avait des étales vendant des fleurs, des friandises, des jouets, mais certains offraient des jeux comme divertissements. Était-ce cela que l'on qualifiait de fête foraine ?

Plusieurs gamins se chamaillaient dans les rues, dans des jeux de toutes sortes: tir à l'arc, lancer d'anneaux, jeu du marteau. Il y avait même une tente avec une diseuse de bonne aventure. À ce constat, Tom retint son ricanement.

Ses doigts toujours liés à ceux de Harry, Tom scrutait son environnement d'un œil calculateur. Maintenant qu'il connaissait l'existence des sorciers, il se sentait supérieur à ces vilains Moldus, peu importe les discours de son tuteur. Certes, il ne pouvait nier que des prodiges se trouvaient parmi eux: nombreux compositeurs de musique — Mozart, Chopin… —, certains physiciens tels Albert Einstein, entre autres. Tom pinça les lèvres. Oui, il était vrai que certains Moldus avaient beaucoup apporté à leur société. Il connaissait encore peu sur le monde des sorciers et avait bien envie de découvrir les grands noms.

— Oh, regarde Tom ! s'exclama Harry en s'accroupissant près de lui, le doigt pointé vers un kiosque en particulier. Aimerais-tu en caresser un ?

Tom fixa le point devant lui et vit quelques reptiles en cage. C'était une exposition et il semblait possible de toucher quelques-unes des créatures.

Incertain, mais curieux, Tom hocha le menton.

Harry l'amena près de l'étalage et commença à parler au marchand qui portait un grand turban. L'étranger incarnait un personnage de l'Orient, ce qu'il réussissait plutôt bien avec sa barbe en pointe et ses moustaches courbées.

— Aimerais-tu prendre un reptile ? le questionna Harry, le sourire aux lèvres.

Tom observa les animaux à sang-froid devant lui. Il y en avait de toutes les sortes: plusieurs tortues, de nombreux lézards et quelques serpents. Bien entendu, les yeux de Tom furent attirés par les derniers, dont une magnifique couleuvre verte striée de jaune. Avec assurance, le garçon la pointa et le marchand plongea le bras dans le vivarium pour en extraire la créature. Puis, il la tendit à Tom qui montrait les mains.

— Ne t'inquiète pas, petit, elle n'est pas venimeuse.

— Je sais, claqua-t-il avec froideur tandis que ses doigts caressaient la douceur lisse du serpent.

— Tom…, murmura la voix de son tuteur en avertissement.

Le garçon l'ignora. Après tout, il n'aimait pas se faire infantiliser, et encore moins se faire appeler « petit ». Oubliant l'altercation, Tom se laissa hypnotiser par la beauté du reptile, jouant doucement avec elle. Il avait envie de lui parler, mais le pouvait-il ? Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas eu une conversation avec ces merveilles de la nature.

Bonjour, sifflota-t-il lentement lorsque le marchand au turban s'éloigna pour répondre aux questions d'une famille et d'un garçon un peu plus âgé que Tom. Tu es jolie.

Un orateur ! siffla le serpent. Enchantée de vous rencontrer, jeune ssseigneur. On ssss'ennuie ici, dans cette cage vitrée. Vous êtes le plus beau tête-à-tête depuis des lusssstres.

Il sentit les yeux de son tuteur l'étudier avec intérêt. Trouvait-il étranges ses sifflements ? Tom avait envie de lui montrer sa puissance et il sentait que le fait de parler aux serpents devait être particulier, voire exceptionnel.

Je vivais dans une cage, il y a plusieurs mois, répondit Tom lorsqu'il apporta la couleuvre près de sa bouche. Donc, je te comprends.

Le serpent gloussa, mais s'arrêta lorsqu'il sentit de nouveaux doigts contre ses écailles.

— J'avais remarqué ton bibelot de serpent dans ta chambre, dit alors Harry avec chaleur et en retirant ses mains du reptile, un sourire toutefois crispé au visage. Je vois que tu les apprécies réellement.

— Bien entendu, rétorqua-t-il comme une évidence. Il n'y a pas plus magnifique créature.

Son regard coula sur la silhouette tendue de son tuteur, puis sur ses doigts entortillés. Une autre chose étrange l'alerta: Harry regardait le vide comme s'il voyait un point fixe, tout en secouant la tête. Ses lèvres se pinçaient tellement qu'on aurait dit une simple ligne. Tom fronça les sourcils: pourquoi Harry était-il si nerveux ? Détestait-il les serpents ?

— Aimerais-tu amener ta nouvelle amie à la maison ? entendit-il soudain.

Avec surprise, Tom scruta avec intensité son tuteur. Il cherchait la tromperie derrière ce visage angélique et lumineux.

— Tu ne sembles pas aimer les serpents, murmura-t-il, la gorge nouée.

— Pourquoi dis-tu ça ? s'étonna Harry, le visage véritablement perplexe.

Tom renifla, puis hissa ses yeux pour les plonger dans les deux émeraudes.

— Ta crispation, ta nervosité. Je l'ai bien remarqué.

Il vit Harry se frotter la nuque avec maladresse, les joues quelque peu embarrassées. Il évitait même son regard, ce qui était de plus en plus rare. Ce tableau avait un quelque chose d'attendrissant.

— Oh, lâcha-t-il. Tu te trompes, Tom. J'aime bien les serpents. Si tu m'assures de bien t'occuper de celui-ci, j'aimerais beaucoup te l'offrir.

Tom sentit son cœur battre un peu plus vite. Sa bouche s'assécha un moment. Puis, sans mots, les paroles enfuies, il hocha la tête. Harry lui offrit l'un de ses plus beaux sourires, celui dévoilant ses dents blanches et creusant ses joues, avant de lui ébouriffer les cheveux.

— Monsieur, dit-il, nous aimerions adopter ce serpent et prendre l'équipement nécessaire pour son confort.

Pendant que tous s'occupaient des paquets, Tom profita de ce moment pour siffloter à sa nouvelle couleuvre qu'elle viendrait habiter avec lui. Celle-ci, fort heureuse, s'enroula autour du cou du garçon. Elle lui câlina même la joue du bout de sa langue.

888

Près du kiosque aux reptiles, Harry regrettait d'y avoir amené Tom. Un goût amer imprégnait sa bouche alors qu'il saluait le marchand au turban. Il peinait à faire taire la petite voix déplaisante en lui qui lui rappelait que le garçon possédait une telle affinité avec les serpents qu'il avait utilisé Nagini pour créer un Horcruxe et ainsi, y lier son âme. Allait-il le refaire ? Harry secoua un instant la tête: ce n'était pas en regardant une exposition qui alimenterait Tom d'idées obscures sur les Horcruxes.

Plusieurs reptiles se trouvaient sur le kiosque, mais Harry savait que Tom ne regarderait que les serpents. Il prit une profonde respiration:

— Aimerais-tu prendre un reptile ? le questionna-t-il, le sourire aux lèvres.

Il observa alors Tom pointer une magnifique petite couleuvre pendant que le marchand, se voulant rassurant, lui assurait que le serpent n'était pas le moindrement venimeux. La langue acérée de l'enfant répliqua vivement.

— Tom…, murmura Harry en avertissement.

Pourquoi une telle réaction envers la bienveillance ? L'homme au turban ne présentait aucune animosité. Alors que le marchand s'éloigna pour répondre à une famille, Harry poussa un soupir. Puis, son poil se hérissa.

Bonjour, entendit-il de la douce voix de Tom. Tu es jolie.

Un orateur ! siffla le serpent. Enchantée de vous rencontrer, jeune ssseigneur. On ssss'ennuie ici, dans cette cage vitrée. Vous êtes le plus beau tête-à-tête depuis des lusssstres.

Harry fronça les sourcils, les yeux rivés sur la conversation entre la couleuvre et Tom: il trouvait toujours étrange sa capacité encore présente de parler et de comprendre le Fourchelang. Il l'avait constaté lors de son premier plongeon dans les années 1940, lorsqu'il avait tenté d'arrêter Tom d'ouvrir la Chambre des Secrets. Pourtant, il n'était plus un Horcruxe. Cela devait provenir du lien subsistant entre lui et Tom.

Je vivais dans une cage, il y a plusieurs mois, répondit Tom lorsqu'il apporta la créature près de sa bouche. Donc, je te comprends.

Le serpent gloussa, mais s'arrêta lorsque Harry décida de lui caresser les écailles. Devait-il lui acheter le serpent ? L'esprit en ébullition, Harry réfléchissait. Il serait bien pour Tom d'avoir un animal de compagnie, puisqu'il restait à la maison pour l'école, sans aucun contact avec des enfants de son âge. De plus, avec son Fourchelang, Tom pourrait avoir de véritable conversation avec la couleuvre. Mais… il y avait un bémol. Tom restait un enfant particulier, avec l'esprit mal tourné. Il pourrait très bien demander au serpent d'espionner. Harry en était convaincu et devait user encore plus de prudence. Mais, cette possibilité valait-elle le refus d'un animal de compagnie ? Tom chérissait véritablement les serpents.

Tu devrais le lui acheter, lui murmura la Mort près de son oreille. Je crois que vous devriez suivre votre cœur plutôt que votre peur, sur ce coup-là.

Harry cligna des yeux et vit la silhouette encapuchonnée penchée au-dessus de Tom. Cette vision, sous le gros soleil d'été, semblait sortir d'un étrange rêve.

— J'avais remarqué ton bibelot de serpent dans ta chambre, dit Harry à Tom tout en retirant ses mains du serpent, le sourire toujours crispé. Je vois que tu les apprécies réellement.

— Bien entendu, rétorqua-t-il comme une évidence. Il n'y a pas plus magnifique créature.

Harry sentit son cœur battre un peu plus fort. Devait-il offrir ce présent à Tom. Il avait réussi à gérer des situations bien plus graves, alors… Il regarda une dernière fois la Mort, trouvant toujours étrange de la voir dans un environnement aussi bruyant et joyeux, puis secoua la tête pour la faire partir et s'empêcher de rire de l'absurdité de la scène.

— Aimerais-tu amener ta nouvelle amie à la maison ? dit-il soudain.

Avec surprise, Tom le scruta avec intensité, comme s'il cherchait la tromperie. Harry le trouva adorable.

— Tu ne sembles pas aimer les serpents, murmura Tom, la gorge nouée.

— Pourquoi dis-tu ça ? s'étonna-t-il avec perplexité.

Tom renifla, puis hissa ses yeux bien trop adultes pour un enfant afin de les plonger dans les siens.

— Ta crispation, ta nervosité. Je l'ai bien remarqué.

Harry se frotta la nuque avec maladresse, les joues quelque peu embarrassées. Tom avait peut-être observé son trouble de plus tôt. Mais il ne pouvait pas lui en expliquer les fondements.

— Oh, lâcha-t-il. Tu te trompes, Tom. J'aime bien les serpents. Si tu m'assures de bien t'occuper de celui-ci, j'aimerais beaucoup te l'offrir.

Harry étudia Tom se balancer légèrement sur ses pieds à la recherche de ses mots. Mais ceux-ci ne vinrent jamais. Il approuva toutefois de la tête. Heureux, Harry lui sourit avec chaleur tout en lui ébouriffant ses jolies boucles.

— Monsieur, dit-il, nous aimerions adopter ce serpent et prendre l'équipement nécessaire pour son confort.

Le marchand l'aida à emballer leurs achats. Puis, Harry fit signe à Tom de le suivre dans un endroit à l'abri des regards.

— Pourquoi sommes-nous ici ? questionna le garçon alors qu'il caressait la tête de sa nouvelle couleuvre.

— Eh bien, puisque nous allons rester encore un moment pour les festivités, je pensais nous libérer un peu les mains.

Sous le regard calculateur de Tom, Harry lui offrit alors un clin d'œil et lança:

Reducio !

Les paquets se miniaturisèrent sous leurs yeux. D'un sourire satisfait, Harry les rangea dans l'une de ses poches. Il observa Tom se lécher les lèvres.

— Ce sort permet, comme tu peux le voir, de ratatiner les objets ou bien de petits animaux. Ensuite, c'est plus pratique pour les ranger.

— Incroyable, murmura le garçon avec désir. J'ai tellement envie de pouvoir faire ça un jour.

Un sourire tendre aux lèvres, Harry se pencha pour que son regard soit à la hauteur de celui de Tom. Il déposa avec douceur les mains sur ses épaules.

— Un pas à la fois, Tom. Mais oui, tu vas y arriver, et bien plus rapidement que tu ne le penses. Tu vas être un sorcier brillant.

888

Assis sur une couverture étalée sur l'herbe fraîche, Tom scrutait les environs de son regard plissé. Plusieurs Moldus riaient à gorge déployée alors que des enfants couraient dans tous les sens, certains trébuchant et pleurant à déchirer les tympans. Une fillette, le genou ensanglanté et le nez rempli de morve, reniflait abominablement, mais même ce geste n'était pas suffisant pour arrêter l'écoulement de mucus. Celui-ci imbibait le tissu autrefois immaculé de sa robe d'été. Une femme rondelette — sa stupide mère, déduisit Tom — cherchait avec affolement dans sa sacoche tout en essayant de calmer son épouvantable enfant.

Tom renifla de dédain, caressant sa couleuvre maintenant baptisée Hydre. Celle-ci sifflotait d'adoration près de son oreille. Mais ce doux son n'était pas suffisant pour éteindre les cris incessants de l'horrible enfant. Heureusement, son attention fut attirée par Harry qui revenait avec des boissons et du maïs soufflé.

— J'espère que tu aimes la limonade, se réjouit Harry alors qu'il prenait une gorgée de sa boisson. J'ai pensé aussi qu'une collation accompagnerait bien les feux d'artifice.

Il offrit un grand sourire à Tom, qui sentit une fois de plus son estomac pulser devant cette lumière qui émanait de l'homme. Il demeura silencieux, mais goûta la boisson pour répondre à la question. Harry, après avoir scruté les environs, retira une couverture de nulle part, ou plutôt : de l'une de ses poches sans fond.

— Avec le soleil qui se couche, le vent est plus frais, expliqua-t-il en recouvrant avec douceur le garçon.

Tom crispa la mâchoire. Il n'était pas un enfant ! Enfin, si. Mais…

Alors qu'il voulut répliquer, il vit Harry observer la fillette qui continuait à pleurer sans fin.

— Pauvre petite, murmura-t-il. Attends, je reviens.

Il se leva alors, avant que Tom puisse le retenir, et quitta leur nid douillet pour rejoindre l'enfant en pleurs et la mère épuisée. Les poings maintenant crispés, Tom fixait la scène. Malgré la limonade, sa bouche était sèche, amère. Il serrait si fort les dents qu'elles crissèrent entre elles.

Petit maître, siffla Hydre, votre cœur bat trop vite.

Les narines dilatées, Tom respira lourdement. Il vit Harry s'incliner avec politesse devant la famille et se pencher pour regarder la petite fille. Il pouvait sentir la bienveillance, la douceur et la lumière de Harry de sa place, malgré la distance. La femme rondelette rougissait au sourire de l'homme alors qu'il détournait habilement l'attention pour soigner d'un rapide mouvement de main le genou blessé. Puis, d'un rire léger comme une plume, il offrit une friandise à la fillette tout en lui pinçant le nez. Les pleurs avaient cessé, remplacés par l'émerveillement.

Ce spectacle se révélait magnifique lorsqu'on observait Harry, mais terriblement affreux lorsqu'on l'étudiait dans son ensemble.

Pourquoi Harry a-t-il aidé cette enfant ? C'est une inconnue, une moins que rien ! Il… Il m'a, moi ! crissa Tom entre ses dents et tremblant des pieds à la tête.

Une tempête se souleva en lui, animée par une émotion qu'il reconnaissait trop bien: la jalousie. Il l'avait côtoyée à de trop nombreuses reprises dans son enfance, rêvant d'objets détenus par les autres, désirant un statut qui ne lui appartenait pas. Et là, subir cette vision, celle de son tuteur aidant avec chaleur la pitoyable fillette, éveillait quelque chose de sombre en lui. Tom se mordit la joue, un peu trop fortement.

Le maître de maître n'est pas un bon maître ? demanda le serpent qui observait à son tour le sourire bon enfant de l'homme.

Tom agrippa la couverture sous lui et la froissa dans sa poigne de fer. Mais il garda le silence, ne pouvant répondre à Hydre. Son cœur battait à tout rompre contre ses oreilles, contre ses tempes. Sa vision se teintait de rouge, mais heureusement, cette violente tempête en lui se calma. Harry revenait vers Tom, satisfait. Il s'installa de nouveau sur l'étoffe, plongeant une main dans le maïs soufflé.

Tom le scrutait du coin de l'œil, la bouche plissée.

— Pauvre enfant, souffla Harry en observant le ciel de plus en plus sombre. Elle était désemparée. J'ai pu lui faire croire que la blessure était moindre sous l'amas de sang.

Il soupira un moment, puis tendit quelque chose à Tom. Celui-ci examina la main de son tuteur, les yeux étroits.

— Un petit cadeau de remerciement de la mère, expliqua Harry. Je pense que tu pourrais aimer: c'est un caramel.

Tom scruta la friandise en question, la gorge nouée par la jalousie. Il secoua la tête.

— Est-ce que ça va, Tom ? demanda Harry, le regard inquiet. Tu trembles.

Le garçon fronça les sourcils en constatant qu'il ne contrôlait pas son corps. La colère le submergea un moment, mais la refoula grâce au doux sifflement d'Hydre près de son oreille.

Calmez-vous, jeune maître. Je pense que l'humain s'inquiète vraiment.

— As-tu froid ? entendit Tom, qui ne comprenait pas la raison de cette question. Allez, viens ici.

Harry se déplaça derrière lui. Puis, il l'entoura de ses bras, accueillant contre sa poitrine le dos du petit garçon. Il prit ensuite le temps de bien les recouvrir et rapprocha leur boisson et le maïs soufflé à leur portée. Immédiatement, Tom fut submergé par la chaleur de Harry et de sa douce odeur de bergamote.

— Voilà, se satisfit son tuteur, tu seras bien au chaud, et moi aussi. Il ne manque plus que les feux d'artifice !

Tom, le corps figé, hésitait à respirer. En fait, il peinait plutôt. Harry était tout autour de lui. Il pouvait même sentir sa magie lumineuse teintée de cendre. Pouvait-il se détendre, ouvrir une brèche dans son armure froide et frigide ?

Harry appuya alors son menton au sommet de son crâne, le serrant dans ses bras et se balançant lentement, comme le ferait un parent avec son enfant. Il semblait heureux. Et Tom, l'était-il ? Son cœur tambourinait contre sa poitrine, son esprit s'embrouillait par le doux parfum, des vertiges le saisissaient à chaque seconde qui s'écoulait. Il se sentait bien, mais… Mais il n'était pas son enfant. Il ne le voulait pas. Et Harry le savait pertinemment. Alors, pourquoi ? Son besoin d'une famille ?

— Es-tu bien Tom ? s'inquiéta une fois de plus Harry alors qu'il desserrait son étreinte comme pour s'éloigner.

Ce geste était encore plus douloureux que la possibilité que Harry se voit comme son père. Alors, Tom agrippa avec force les bras de son tuteur et les ramena autour de lui, les doigts enfoncés dans sa peau. Il ne voulait pas perdre cette chaleur et cette proximité.

— Oui, je suis bien, souffla-t-il en fermant les yeux.

Il décida de profiter du moment. Harry lui tendait parfois du maïs soufflé, le nourrissant, et Tom ne fit aucune histoire. Il comprit qu'il devait chérir ce moment, et ce, même s'il dévoilait l'une de ses vulnérabilités.

Bientôt, le ciel explosa de couleurs et éclata dans un vacarme assourdissant. Les feux d'artifice emplissaient la toile sombre au-dessus de leur tête avec charme. Tom observait ce spectacle presque magique, vivement bigarré, mais il n'était rien comparativement aux bras qui l'entouraient et au souffle qui soulevait ses boucles foncées. Il n'était rien face à la magie qui le caressait avec douceur et familiarité. Il sentait Harry admirer le ciel, mais Tom, lui, s'en fichait. Il ferma plutôt les yeux et se concentra sur les sensations qui l'assaillaient et sur les battements de son cœur.

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Apeuré, Tom se redressa avec force dans son lit. Son visage était en sueur, son pyjama trempé. Hébété, la respiration saccadée, il cligna des yeux. Son esprit eut du mal à sortir de son cauchemar, toujours embrouillé par un départ inexplicable de Harry, au bras d'une femme, prêt à fonder une véritable famille. Il revoyait sa silhouette s'éloigner, sans sourire, un seul petit signe d'adieu et définitif à la main.

Non, Harry ne pouvait pas le quitter. Il était trop tard. Tom s'était attaché à lui, il lui appartenait !

Il releva ses jambes près de sa poitrine, les serrant dans ses bras avec une force bouleversante. Il tremblait comme une feuille, encore secoué de son mauvais rêve. Ses yeux écarquillés survolèrent les environs. Tom était dans sa chambre et la faible lueur de la lune lui révélait une nuit toujours jeune. Sur son bureau, face à la fenêtre, Hydre reposait dans son vivarium et semblait dormir. Elle ne bougeait pas. Tom se demanda un instant s'il devait la réveiller, mais l'image de son tuteur au bras d'une hideuse femme, lui derrière, le frappa à nouveau. Il observa ses mains tremblantes. Sans prendre le temps de réfléchir, il repoussa ses couvertures et quitta sa chambre. Il descendit les escaliers en silence, la respiration toujours saccadée.

Devant lui se trouvait l'antre de Harry, la porte entrouverte. Tom s'avança sur la pointe des pieds, la gorge serrée. Bientôt, il poussa la porte et franchit le seuil. Immédiatement, l'odeur et la respiration profonde de son tuteur le calmèrent. Il ferma un moment les yeux, laissant les lieux le bercer. Il resta debout, les minutes s'écoulant. Son souffle devint régulier. Il devait partir, tourner les pieds et sortir. Mais il n'en avait pas envie. Alors, il observa Harry qui dormait dans son lit, les membresécartés rappelant une étoile de mer. Ses cheveux s'éparpillaient dans tous les sens tel un halo obscur. Son pyjama trop ample couvrait son corps comme une horrible pelure de banane. Même ainsi, il était beau.

Harry gémit un instant dans son sommeil, ce qui provoqua un pincement dans l'estomac de Tom. Il devait partir. Alors qu'il tournait les talons, il entendit la silhouette derrière lui se redresser paresseusement.

— Tom, émit la voix ensommeillée de l'homme, est-ce que tout va bien ?

Tom se retourna et scruta Harry, une boule dans la gorge. Même dans le noir, ses yeux brillaient d'un vert intense. Et cette couleur, aussi violente, belle et rassurante était-elle, n'empêchait pas la peur de se faire abandonner, jeter comme un vulgaire déchet, le submerger à nouveau. Son corps réagit à l'angoisse: il recommença à trembler.

— J'ai…, hésita-t-il un instant, décidant toutefois de dire la vérité. J'ai fait un cauchemar.

Harry ouvrit davantage les yeux, puis tendit une main vers lui.

— Veux-tu rester un peu avec moi ? proposa-t-il avec un sourire incertain. Tu retourneras dans ta chambre lorsque tu te seras calmé.

Tom sentit son corps répondre pour lui: il grimpa dans le lit et se colla près de Harry, qui enroula ses bras autour de lui. L'une de ses mains lui caressa les cheveux avec des cercles réguliers et apaisants. Quelques mots doux se faufilèrent à son oreille. Tom se laissa bercer et ferma les yeux. Il se détendit enfin complètement, plongeant dans le sommeil.

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Un souffle réveilla Harry. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il vit Tom au pied de son lit, qui lui tournait le dos. Malgré la faible luminosité, il devinait la tension qui possédait son corps: il se tenait droit, les poings serrés, une respiration assez audible pour laisser entrevoir un tracas. Il se redressa et se frotta les paupières.

— Tom, bâilla-t-il, est-ce que tout va bien ?

La magie du garçon, déjà sombre auparavant, se fit un peu plus chaotique, comme lors des feux d'artifice. Tom se retourna et quelque chose dans son regard lui coupa le souffle. Il y avait beaucoup d'émotions, plus qu'à l'habitude. Tom était un enfant assez discret sur ses inquiétudes, sauf lorsqu'un événement venait le chambouler. Avait-il fait un mauvais rêve ? Après tout, il était normal d'en faire quelques-uns. Mais qu'avait-il pu rêver pour montrer autant de terreur ?

— J'ai…, hésita Tom un instant, frottant ses mains contre ses jambes. J'ai fait un cauchemar.

Voilà, il s'agissait bien d'un mauvais rêve. Voir l'enfant ainsi souleva un fort besoin en Harry. Il voulait réconforter le garçon, lui montrer qu'il serait là pour lui. Tom pouvait se reposer sur lui. Ils étaient une famille.

— Veux-tu rester un peu avec moi ? Tu retourneras dans ta chambre lorsque tu te seras calmé.

Il affichait un sourire, mais une incertitude se cachait derrière lui. Tom était un enfant fier, autonome. Jamais il ne reposait ses craintes sur lui. Le seul moment où Harry avait vu une ouverture chez l'enfant fut après l'incident du lapin. Tom avait eu peur de l'abandon. Mais cette fois-ci, ce n'était pas le sujet. Tom avait seulement fait un cauchemar comme tous les enfants de son âge.

Il cligna les yeux, voyant Tom le rejoindre dans le lit. Harry était étonné, mais une chaleur gonfla dans sa poitrine. Il se sentait presque choyé de voir ce petit garçon au possible futur sombre accepter son offre de réconfort. Alors, Harry l'accueillit dans ses bras et profita du moment pour lui caresser les cheveux. Tom s'était laissé dorloter plus tôt dans la soirée. Peut-être prenait-il un certain plaisir à être couvé ? Un tendre sourire étira ses lèvres et il chuchota des mots doux qui se transformèrent en une comptine chantée. Tom s'endormit dans ses bras et Harry n'eut pas le cœur à le retourner dans son lit. Alors, il ferma les yeux et partit au pays des songes à son tour.

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C'était maintenant le dernier mois de l'été, quelques jours avant le début de l'école. Bien entendu, Tom avait su convaincre Harry avec doigté de poursuivre son apprentissage à la maison pour la prochaine année. Il suffisait de tirer sur les bonnes ficelles, et celles de Harry se dessinaient avec de plus en plus de netteté. La manipulation de son tuteur se révélait encore un défi, mais ô combien satisfaisant ! Certes, ce n'était pas parfait et jamais cela ne le sera. Mais Tom goûtait son influence sur Harry avec un tel bonheur qu'il avait quelquefois l'impression d'en devenir ivre. Tant qu'il ramenait le sujet sur le fait qu'il formait une famille, le tour était joué.

Hydre, sa magnifique couleuvre, se moquait parfois de lui. Et ce, même si elle lui était fidèle. Elle semblait voir des choses d'un point de vue… déficient, selon Tom. Après tout, la cervelle d'un serpent ne fonctionnait pas comme celui d'un humain, même si ces créatures restaient incroyablement intelligentes. Hydre n'hésitait pas et s'amusait à rappeler à son jeune maître que Harry exerçait autant de pouvoir sur lui que lui sur l'humain, mais qu'il ne s'en rendait pas compte. Il suffisait d'un seul sourire de son tuteur pour faire bondir son cœur et le faire réfléchir à ses actions. Lors de ces rappels, Tom crachait avec venin, remémorant à Hydre qu'il était malheureusement encore un enfant, qu'il n'avait pas d'autres choix que de complaire parfois à son tuteur.

Il restait une semaine avant le début de l'école. Assis à la table de la cuisine, Tom sirotait son thé glacé tout en scrutant son tuteur qui descendait les escaliers, une serviette sur la tête. Il essuyait sa tignasse avec force, le souffle un peu court. Quelques gouttes d'eau glissaient le long de sa nuque et mouillaient son haut de pyjama.

— Je me change rapidement, Tom !

Harry s'enferma dans sa chambre, en coup de vent. Tom soupira un moment, mais un léger sourire vint étirer ses lèvres. C'était une situation récurrente: Harry avait quelques difficultés avec la ponctualité ou la gestion de son temps. Il se demanda brièvement s'il en était ainsi aussi dans sa jeunesse. Son tuteur était un homme étourdi. Cette caractéristique exaspérait grandement Tom, chez les êtres humains. Mais chez Harry… il éveillait une douce chaleur dans sa poitrine.

Il termina son thé et se leva. Il rangea sa vaisselle et observa un instant le paysage extérieur. Il aimait la quiétude de l'endroit, le son du vent dans les feuilles des arbres, l'ondulation de l'herbe dans les champs en périphérie. Il s'était attaché si rapidement à son nouveau foyer qu'il anticipait le moment où il devrait quitter le cottage pour retourner dans une école Moldue. À moins qu'il trouve un moyen pour retarder ce moment le plus longtemps possible.

Une porte s'ouvrit: Harry était de retour dans la cuisine.

— Je suis prêt, Tom, dit-il.

Tom se tourna et l'étudia de ses yeux plissés. Chaque fois qu'il observait son tuteur, il le décortiquait de la tête aux pieds avec une profonde intensité. Il le savait, tout comme Harry. Mais jamais celui-ci n'avait émis un commentaire à ce propos, acceptant seulement cette personnalité chez Tom, acceptant d'être le fruit de son étude.

Harry portait des vêtements légers et banals, comme à son habitude. La différence résidait dans l'espèce de robe à capuche noire, ouverte sur le devant. Il fronça les sourcils et Harry lui répondit avec un sourire entendu.

— C'est une robe de sorcier, révéla ce dernier. Puisque nous allons sur le chemin de Traverse, j'avais envie d'en porter une.

Tom hocha la tête, les lèvres sèches. Comme ça, ils allaient enfin dans le monde des sorciers. Harry lui avait décrit plusieurs choses de leur univers: le ministère, les magasins retrouvés sur le chemin de Traverse, les règles régissant leur monde, le transport en balai, et encore. Mais le sujet qui avait longuement retenu l'attention de Tom fut: Poudlard, l'école de sorcellerie.

Chaque fois que Harry évoquait Poudlard, Tom ressentait une profonde excitation en lui. Il s'imaginait voguer dans les longs couloirs entourés d'armures enchantées, observer le ciel étoilé dans la Grande Salle comme Harry se plaisait à le lui décrire, voir les limites de la forêt interdite. Mais surtout, il fantasmait sur sa grandeur devant les autres étudiants, en classe, prouvant sa puissance et sa supériorité à tous les autres crétins du Royaume-Uni.

Selon Harry, Tom recevrait une lettre l'invitant dans la prestigieuse école à l'âge de 11 ans. Ce jour, il l'attendait avec impatience, mais aussi de l'anticipation. Il se plaisait dans ce petit cottage, ayant trouvé un sentiment de bien-être. En serait-il ainsi à Poudlard ? Le contraire serait surprenant. Tom avait plus que sa place dans le monde magique et ce n'est qu'à Poudlard qu'il pourrait le prouver. Une flamme d'ambition s'alluma avec force en lui. Ce jour allait lui fournir des détails importants pour son futur.

— Et moi ? lança avec raideur Tom. Dois-je porter quelque chose en particulier pour notre destination ?

Harry fronça les sourcils, mais adoucit rapidement son expression.

— Est-ce que tu aurais peur de te sentir à part ?

Tom plissa un peu plus les yeux, pinça aussi les lèvres jusqu'à une ligne fine.

— Il se pourrait, siffla-t-il avec une certaine rancœur.

Son tuteur lisait un peu trop en lui et Tom n'y était pas habitué. Mais cela restait…fascinant. Harry s'approcha et lui froissa ses belles boucles autrefois soignées. Un sifflement outré sortit de ses lèvres, mais Tom ne faisait rien pour s'éloigner de cette main apaisante.

— Ne t'inquiète pas, rigola Harry en s'accroupissant devant lui, j'avais prévu de faire de nombreux magasins. Nous pourrions profiter de ce moment pour refaire ta garde-robe. Qu'en penses-tu ?

Les yeux de Tom s'ouvrirent en grand, brillant d'excitation. Son cœur, quant à lui, bondissait dans sa poitrine avec hâte.

— Oui, souffla-t-il comme dans un rêve. Je veux ressembler à un sorcier.

Harry lui offrit un sourire compréhensif et lui ébouriffa une dernière fois les cheveux avant de l'entraîner hors de la maison.

— Agrippe mon bras, nous allons transplaner, l'informa Harry.

Tom glissa ses doigts sur l'avant-bras de son tuteur et prit une grande respiration. Le cottage disparu pour laisser place à un mur de briques dans une allée sombre du Londres. Harry empoigna sa main et l'entraîna sur le chemin, sans un mot. Tom bougea un peu ses doigts emprisonnés, son cerveau concentré sur cette poigne étrangement tiède. C'était quelque chose qu'il avait noté: la température de Harry n'était jamais plus élevée que la tiédeur, plus près du froid qu'une température tempérée, et ce, même s'il était près d'un feu depuis des heures. Était-ce normal ?

Ils se retrouvèrent face à une devanture désuète, miteuse, dans une rue assez achalandée. S'ils ne s'étaient pas arrêtés, jamais Tom ne l'aurait remarqué.

— Voici le Chaudron Baveur, expliqua Harry, la main toujours sur celle de Tom. Reste près de moi.

Sa voix n'était pas inquiète, mais Tom sentait une tension dans celle-ci. Un peu comme si de mauvais souvenirs imprégnaient cet endroit. Alors, il serra un peu plus fort ses doigts et suivit Harry. L'intérieur était… étonnant. Tom avait l'impression de remonter dans le temps, comme si les sorciers évoluaient plus lentement que les Moldus. Ce constat lui rappela une conversation avec Harry sur les sorciers.

— Tu sais, Tom, avait-il dit, les sorciers sont certes puissants, mais ils se confinent dans un espace temporel avec peu d'évolution. Les Moldus, eux, ont une force: ils avancent, cherchent des solutions, au lieu de rester ancrer dans des croyances ou des traditions dépassées.

Tom comprenait un peu mieux ce qu'avait voulu dire son tuteur. Certes, l'ambiance n'était pas au médiéval, mais… Les sorciers devant lui affichaient des visages misérables, salis. Leurs vêtements miteux, des robes de sorciers sans accords, ne reflétaient aucune fierté. Et que dire de l'endroit ? Il était terne, sans réelle lumière, comme un trou à rats. Voilà, le Chaudron Baveur ressemblait à une cache à rongeurs. Et ce constat rembruni Tom. Ses espoirs sur le point de s'éteindre.

Le seul élément intéressant des environs était la magie. Elle était partout: dans les torchons qui flottaient pour nettoyer les tables, dans les chaises qui se déplaçaient seules pour laisser passer des invités, dans les plateaux qui voltigeaient de table en table afin de servir les clients, dans les factures se réglant en un tour de main. Cela était un véritable spectacle, malgré l'intérieur infâme.

Tom renifla avec dédain et suivit Harry, qui le tira par la main. Son tuteur saluait poliment les sorciers et les sorcières qu'il croisait, certains révélant des sourires édentés et une hygiène particulièrement exécrable. Tom pinça les lèvres et colla une expression impassible sur ses traits. Même l'odeur était écœurante. Enfin, ils se faufilèrent entre les tables et les silhouettes pour déboucher sur une porte, au fond du pub. Harry l'ouvrit et l'air vint rafraîchir les poumons de Tom. Ils sortirent dans le soleil du jour.

— Que faisons-nous ici… devant ce mur de briques ? renifla Tom, toujours dégoûté des anciennes odeurs derrière lui.

Il se rapprocha imperceptiblement de son tuteur et inspira son odeur. Le soulagement l'inonda.

— Regarde, lui sourit Harry. Habituellement, on utilise une baguette magique, mais la magie sans baguette fonctionne aussi bien.

D'une main adroite, il tapota certaines briques dans un ordre précis. Tom fronça les sourcils, mais les arqua bien assez vite en voyant le mur se mouvoir pour laisser une ouverture apparaître. L'espace se gonfla de couleurs et d'animation. Avec douceur, Tom se fit pousser vers l'avant par Harry. Il en était heureux, car ainsi, son tuteur ne pouvait pas observer son visage. Or, son visage s'étira d'étonnement, les yeux écarquillés devant l'effervescence de la rue.

Des sorciers et des sorcières, de tous les âges confondus, marchaient avec entrain de façade en façade, pénétrant dans les boutiques qui les intéressaient. Du bleu, du vert, du noir et encore coloraient les robes qui voltigeaient devant les yeux de Tom. Certains sorciers se trouvaient aussi miteux que ceux dans le pub derrière lui, mais avec plus de parcimonie. Des enfants criaient et sautillaient sur place.

Lentement, le cœur bondissant, Tom s'avança dans la rue à l'affût de tout ce qu'il voyait. Des boutiques de livres, de parchemins, de jouets, de balais défilaient sous ses yeux. Il y avait tellement de nouveautés qu'il ne sut par où commencer, laissant ses pieds suivre une ligne droite. Il détonait un peu avec son accoutrement Moldu et ce déclic lui fit comprendre qu'il voulait de nouveaux vêtements. Bientôt, il sentit la main tiède de Harry sur son épaule.

— Alors, Tom ? Que penses-tu du chemin de Traverse ?

Tom se tourna de biais et leva les yeux vers son tuteur.

— Mieux que le Chaudron Baveur, avoua-t-il en plissant le nez. Pendant un instant, j'ai été rebuté par le monde des sorciers. Mais là…

Harry partit dans un grand rire avant de caresser ses cheveux avec tendresse.

— Oui, je peux comprendre ton sentiment avec le Chaudron Baveur.

Puis, il lui agrippa la main et l'entraîna sur le chemin en pointant un bâtiment étrange au loin.

— Voici Gringotts, révéla Harry avec entrain. C'est la banque des sorciers. Elle est gérée par des gobelins, il faut donc respecter minutieusement les règles. On va s'y arrêter un moment pour que je puisse ramasser de l'or afin de te gâter.

Il lança un clin d'œil à Tom et ce dernier eut du mal à avaler. Lorsqu'ils furent dans l'insolite bâtiment incliné, Tom scruta longuement les petites silhouettes derrière les longs et somptueux comptoirs. Les gobelins étaient d'étrange créature, mais qui semblaient assez puissantes. Leurs dents acérées, leurs yeux noirs comme un puits sans fond et leur peau quelque peu plissée leur octroyaient un air acariâtre.

Harry se pencha près de son oreille.

— Les gobelins sont très attachés à l'or, souffla-t-il, et aux métaux. Et s'intéressent peu à ce qui se passe chez les sorciers, sauf si ça touche leur espèce.

Tom hocha le menton, le regard fixé sur un gobelin qui attendait visiblement que l'on s'adresse à lui. Harry se redressa et présenta alors une petite clef en or ainsi que le sceau de sa bague familiale.

— M. Peverell, énonça le gobelin. Un plaisir de vous voir. Que puis-je faire pour vous ?

— J'aimerais seulement récupérer un peu d'or dans mon coffre, s'il vous plaît.

Le gobelin s'inclina bien bas et les invita à le suivre. Le voyage qui s'ensuit effraya Tom, lui qui avait le mal des transports. Il demeura le plus stoïque possible lors de sa traversée dans les wagons souterrains, mais ne put s'empêcher d'agripper avec force la main de son tuteur. Le cœur au bord des lèvres, il accueillit avec joie le sol devant le coffre de la famille Peverell.

Le gobelin ouvrit la porte grâce à la clef et invita Harry et Tom à pénétrer le coffre. Là, sur le sol, se trouvaient des montagnes et des montagnes de pièces. En fait, le sol était à peine visible, recouvert d'or, mais aussi d'objets qui semblaient rares et précieux. La bouche sèche, Tom observait la fortune de son tuteur avec stupeur. Jamais de sa vie il n'avait vu autant d'argent.

Harry se pencha, empoigna une grande quantité de pièces qu'il fourra dans un sac. Puis, il prit une seconde petite bourse qu'il gonfla tout autant que la première. Il examina les environs d'un air quelque peu blasé et poussa Tom vers la sortie. Il lui tendit alors la petite bourse.

— Tiens, pour toi. Je préfère que tu gardes de l'or avec toi.

Tom fronça les sourcils, sans comprendre le motif d'un tel geste.

— Pourquoi ? le questionna-t-il.

— Au cas où, répondit Harry en haussant les épaules. Je n'ai pas l'intention de te quitter des yeux, mais cela me rassurerait si tu avais un peu d'argent sur toi.

Tom accepta le cadeau, un nœud dans l'estomac. Puis, ils reprirent le chemin vers la surface. Harry remercia le gobelin et entraîna Tom vers les boutiques. Ils commencèrent par Tissard et Brodette pour acheter une garde-robe complète pour le garçon. Harry ne lésina pas pour le bien-être de Tom, assurant à ce dernier qu'il voulait qu'il se sente bien. Il commanda aussi des vêtements passe-partout pour le monde des Moldus, comme des pantalons, des pulls et des chemises. Bientôt, une grande pile de vêtements se fit rétrécir et envelopper dans du papier kraft.

Alors que son tuteur remboursait la sorcière derrière le comptoir, Tom insista auprès de Harry pour lui choisir des vêtements. Cette demande étonna Harry.

— Nous sommes ici pour toi, Tom, répondit-il en plissant le front. J'ai tout ce qu'il me faut à la maison.

Tom renifla avec dédain.

— Tes vêtements sont… Ils peuvent être mieux, choisit-il de dire avec prudence. Même si je suis un simple enfant, ajouta-t-il d'un claquement de langue, il n'en reste pas moins que j'ai un meilleur goût en matière d'habillement.

Harry se pencha à la hauteur de Tom, le scrutant de ses yeux verts pétillants.

— Aurais-tu honte de moi ? demanda-t-il avec un léger amusement.

Tom sentit ses joues surchauffées un moment. Les yeux de Harry étaient magnifiques et ses fossettes, ainsi amusées, ressortaient plus qu'à l'habitude.

— Non, répondit-il d'une voix un peu plus basse, mais je pense que tu pourrais…

Tom fronça les sourcils. Il n'avait pas envie de dire à Harry qu'il était beau. Et que certains vêtements l'avantageraient. C'était… son jardin secret.

— Est-ce que ça te ferait plaisir, Tom ? le questionna Harry en inclinant la tête sur le côté, comme il le faisait si souvent.

Le cœur battant, Tom crispa la mâchoire et hocha le menton.

— C'est d'accord, lui accorda alors Harry.

Il se releva pour observer la sorcière derrière le comptoir et s'excusa un moment.

— J'ai bien peur que nos achats ne soient pas encore terminés, révéla-t-il à la marchande qui imaginait déjà l'amas d'or s'accumulant dans ses poches. Mon fils adoptif désire que l'on m'habille, mais… je ne suis pas doué pour ce jeu. Alors, je vous laisse choisir pour moi.

La sorcière s'exclama avec enthousiasme, agrippa son ruban à mesurer magique et entreprit de prendre les mensurations de Harry. Pendant ce temps, Tom observa les vêtements et montra ce qu'il pensait être le mieux pour son tuteur. Étonnamment, le garçon prit plus de plaisir à habiller Harry qu'à s'habiller lui-même.

888

La journée défilait rapidement. Tom avait visité quelques boutiques dont: Au plumes d'Amanuensis, Boutique de l'apothicaire, Fleury et Bott. Il était ressorti avec une grande quantité de livres qui allaient assurément remplir sa bibliothèque. Il avait pris un peu de tout: des romans, des contes, mais surtout des bouquins sur l'Histoire du monde de la sorcellerie, sur la métamorphose, sur les runes anciennes, sur la divination, sur les sortilèges et encore. Tom voulait tout savoir, il désirait se préparer pour Poudlard, et ce, même si c'était dans trois ans.

Harry paya les articles en observant sommairement les livres empilés devant lui et remercia le marchand pour le paquet cadeau. Ensuite, ils prirent congé, les poches de plus en plus chargées.

— Aimerais-tu une glace pour terminer la journée ? proposa Harry.

— Oui, répondit Tom en scrutant les environs.

Ses yeux tombèrent sur une échoppe de glaces et de viennoiseries et ce fut Tom qui entraîna Harry par la main. Ils s'installèrent sur la terrasse et dégustèrent leur commande en observant les passants.

— Harry, dit lentement Tom en anticipant un peu sa réaction, il semble y avoir des niveaux de classe sociale parmi la communauté sorcière.

Le nez couvert de sucreries, Harry étudia Tom en silence.

— Regarde, ajouta-t-il, le doigt pointé discrètement sur une famille près d'une façade vendant des chaudrons. Leurs habits, leur maintien et même la lueur dans leur regard démontrent une certaine puissance. Tandis qu'eux — Tom montra un vieux couple dégingandé — semblent plutôt appartenir à une classe sociale médiocre.

Harry prit une bouchée de sa gâterie avant de répondre au garçon.

— Comme chez les Moldus, répliqua-t-il prudemment, il y a des personnes fortunées, des personnes aisées et des personnes pauvres.

Tom crissa des dents et serra les poings. Harry faisait-il exprès pour être aussi bête ?

— Oui, siffla-t-il en cherchant à garder son calme, mais cela semble plus profond. Comme une hiérarchie magique: des puissants aux faibles. Et plus tôt, j'ai entendu un groupe parler de Sang-Mêlé. Y a-t-il un lien ?

Les traits de Harry se décomposèrent un moment, empreints à une grande lassitude.

— Profitons de la journée, Tom, et je répondrai à tes questions ce soir, au repas, annonça Harry, le visage maintenant fermé.

— Et pourquoi donc ? insista Tom, les sourcils froncés.

— J'ai dit ce soir, coupa Harry, la voix aussi tranchante qu'un couteau.

Tom se recula un moment, l'estomac tordu par cette soudaine poussée émotionnelle. Harry usait rarement d'un ton aussi mordant. Et maintenant, il semblait se détacher de l'espace, un immense mur s'érigeant entre eux. Son visage présentait une prestance nouvelle, déterminée, comme un soldat au milieu d'une guerre. Et le voir adopter un tel comportement ranima l'inconfort chez Tom. Harry lui cachait des choses, c'était certain. Mais de quelle ampleur ? Pourquoi ce sujet lui soulevait-il tant de vivacité ? Les derniers mois passés à ses côtés avaient troublé quelque peu ses premiers souvenirs de Harry, ceux qui démontraient que son tuteur voyait quelque chose en lui, comme s'il le lisait comme un livre. Qu'un grand doute subsistait en lui malgré sa bienveillance ! Et là, constater sa silhouette tendue sous le soleil de l'après-midi lui affolait l'esprit.

Avait-il fait une erreur en posant la question ? Peut-être avait-il des réponses dans ses nouveaux livres. Et si Harry décidait de l'abandonner pour sa curiosité ?

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Assis à la table pour le repas, Tom examinait les traits de Harry. Sa mâchoire se crispait, il n'y avait aucune trace de ses fossettes, et ce, même s'il mangeait son plat — signe qu'il ne le dégustait pas. Une veine semblait se détacher au niveau de sa tempe droite, près de l'œil. Ces gestes étaient lents, méthodiques. Ce dernier détail troubla quelque peu Tom, habitué à la maladresse de son tuteur. Celui-ci coupait sa viande avec une précision chirurgicale comme si la tâche était l'exercice le plus intéressant au monde.

Tom plissa les lèvres, étudiant les possibilités devant lui. Devait-il faire comme si de rien n'était ? Ou bien envoyer le sujet sur la table pour crever l'abcès ? Il décida de demeurer silencieux, malgré sa profonde angoisse et son envie de cracher du venin.

Alors qu'il avalait de la purée de pommes de terre, Tom vit Harry déposer ses ustensiles pour le scruter avec attention.

— Dans la communauté magique, il y a de grands débats sur la pureté du sang, claqua un peu durement Harry. En gros, il y a des Nés-Moldus (qui sont nés de parents Moldus), des Sang-Mêlés (nés d'un parent Moldu et d'un sorcier) et des Sang-Purs. Pour ces derniers, tu comprendras que leur famille ne comporte que des sorciers sur de longues générations. Alors, je te laisse deviner, Tom. En quoi consiste le débat ?

— Que les Sang-Purs sont plus puissants et méritants que les autres, répondit-il aisément.

Tom saisit à ce moment l'étrange froideur de son tuteur. Harry était un être d'une bonté manifeste, ne recherchant que le bien autour de lui. Peu importe les classes sociales. Alors, pour lui, ce débat n'était qu'une stupide connerie.

— Oui, voilà, approuva Harry. Cette discussion, j'aurais aimé l'avoir avec toi à un autre moment, lui avoua-t-il. Je sais que tu penses que certaines personnes sont plus importantes que d'autres, et tu connais mon avis à ce propos. Et mon avis va dans le même sens en ce qui concerne la pureté du sang. Ce ne sont que des balivernes. Il n'y a aucune différence entre un sorcier de Sang-Pur et un Né-Moldu. S'il y a une différence, elle réside dans la volonté de chaque individu. Cette volonté déterminera la puissance du sorcier.

Croisant les bras, Tom se recula sur sa chaise et scruta Harry.

— Donc, la magie qui coule dans le sang ne fait aucune différence chez un Sang-Pur versus un Sang-Mêlé ? La magie n'est pas plus concentrée ?

Harry secoua la tête avec un certain désespoir.

— Non, Tom. Aucune étude sérieuse n'a confirmé une telle théorie. Les seules personnes qui proclament haut et fort la puissance de la pureté du sang sont les Sang-Purs, car ils ne veulent pas se faire enlever leur statut privilégié, leurs accès à de meilleurs postes, leurs sièges au Mangenmagot et j'en passe. Ce débat est là depuis de trop nombreuses années. Et les arguments reposent sur des préjugés ou des a priori qui sont non fondés.

Harry respira un moment et reprit avec plus d'ardeur.

— J'avais une amie, une Née-Moldue, qui était beaucoup plus brillante que moi. Elle excellait dans tout, s'enflamma-t-il, les yeux luisants d'émotions, ce qui écrasa le cœur de Tom. Hermione surpassait tout le monde alors qu'aucun sorcier ne figurait dans sa généalogie.

Tom renifla, la mâchoire crispée. Qui était cette Hermione qui soulevait tant de passion chez Harry ? C'était d'ailleurs la première fois qu'il parlait ouvertement de certains de ses amis… Tom crispa les poings. Pourquoi pensait-il à ça ? Depuis quand la vie de Harry empiétait-elle sur la sienne, au point de se confondre avec ses réels intérêts ? La véritable question était plutôt : Tom possédait-il du sang pur ? Il en doutait, car : comment aurait-il fini dans un orphelinat Moldu avec deux parents sorciers ? Son cerveau était en ébullition, son estomac noué. Il avait envie de savoir ses origines. Il se sentait exceptionnel, il devait bien avoir de grands sorciers dans sa famille.

— Je ne sais pas ce que je t'inspire, Tom, mais je suis un Sang-Mêlé, révéla Harry, le regard sûr.

— Mais, douta Tom, tu possèdes une chevalière de ta famille. Les gobelins de Gringotts se sont prosternés devant toi. Et toute cette fortune.

— Ta vision repose sur des préjugés, Tom ! Écoute-toi. Comme s'il était impossible pour une personne non reconnue de détenir une petite fortune. Tu dois ouvrir tes œillères un peu plus grand. Le sang, ce n'est que du sang. Il circule pour transporter l'oxygène à nos organes afin que l'on puisse vivre. C'est tout.

Tom réfléchissait. Il ne pensait pas que Harry avait totalement tort, mais il aurait aimé lire sur le sujet, l'étudier à tête reposée. Vérifier s'il y avait des études à ce propos malgré les dires de son tuteur. Et si Tom possédait un sang mélangé, le point de vue de Harry le favorisait, c'était certain. Il ne pouvait donc pas s'en plaindre. Mais, cela semblait un sujet chaud parmi la communauté magique. Et Tom savait qu'une simple position pouvait changer la balance de toute une vie. Il avait de l'ambition et se savait au-dessus des autres. Cela ne devait pas changer.

— Tom, souffla Harry en retirant ses lunettes et en frottant ses yeux, ce qui est important, c'est la vie et son respect. Peu importe ce que la communauté verbalise, peu importe les préjugés — il remit ses lunettes et agrippa soudainement ses mains avec force. Tant que tes choix s'orientent vers la vie, tu ne peux pas te tromper.

Tom observa les longues mains de son tuteur enserrer les siennes.

— Tu es brillant, vif d'esprit et tu possèdes un esprit analytique, insista Harry. Je sais que tu comprendras, je le sais. Il… il le faut.

Tom tordit étrangement la bouche. Certes, il pouvait le comprendre. Cependant, son ambition pouvait englober toute raison. Mais il tut ses propos, profitant plutôt du regard doux de son tuteur posé sur lui.

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La noirceur s'infiltra dans la maisonnée, accueillant quelques rais lumineux de la lune sur les boiseries du salon. Harry essuyait la vaisselle, les pensées accaparées. À son grand soulagement, Tom lisait dans sa chambre. Grâce à l'espace et au silence, Harry pouvait mieux respirer. Tout se mélangeait, son esprit peinait à démêler les événements, les préjugés, les peurs, les angoisses, les possibilités. Tom, le jeune garçon sous son toit, et Voldemort, le Seigneur des Ténèbres, se démarquaient comme deux entités distinctes, mais parfois, elles fusionnaient devant les yeux de Harry. Ron et Hermione lui manquaient terriblement. Il aurait aimé leur parler et débattre avec eux de la meilleure façon d'élever Tom. Hermione aurait eu de bien meilleurs réflexes que lui. Tom était si… complexe.

Comment un sorcier de Sang-Mêlé avait-il pu embrasser les idéaux des Sang-Purs au point d'assassiner des êtres vivants ? C'était incompréhensible.

Tom Elvis Jedusor se voit comme un être si exceptionnel qu'il se croit au-dessus de tous les autres, lui souffla la Mort.

Harry fronça les sourcils de surprise, ne s'attendant pas à cette visite impromptue.

C'est ce qui est particulier chez ce sorcier: ses convictions profondes et ancrées en lui, poursuivit son amie. Il préfère embrasser le chemin lui permettant d'escalader les échelons jusqu'au sommet plutôt que de défendre la logique, sauf si la logique va dans son sens. C'est ce qui le rend incroyable.

— Vous parlez de lui avec affection, soupira Harry en rangeant le dernier verre dans l'armoire.

Il se retourna, scruta le haut de l'escalier pour confirmer l'absence de Tom, puis s'isola dans sa chambre pour converser avec la Mort.

Bien sûr, Maître, ça va de soi. Très peu de sorciers ont pu vaincre la mort. Malgré tout l'enjeu impliquant les Horcruxes, diviser son âme sept fois représente un exploit.

Harry renifla, puis ouvrit son armoire pour se changer.

— Et comment… trouvez-vous son évolution depuis l'adoption ? demanda Harry avec hésitation, alors qu'il enfilait son pyjama. Pouvez-vous lire en lui ?

Du coin de l'œil, il vit la Mort glisser sur le sol comme le ferait un Détraqueur pour coller son absence de visage près de son oreille.

Non, Maître. Je peux certes comprendre des fragments de la temporalité, mais il y a infinies possibilités, infinis choix. Tout ce que je demande, c'est de rectifier le tort fait à la mort. Peu importe le temps que cela prendra. Je ne peux intervenir, je ne peux lire en Tom Jedusor. Chaque seconde provoque une voie nouvelle et différente. La prédiction est trop fastidieuse. La lecture du passé est l'option de choix. Je peux seulement me connecter à l'esprit de mon véritable Maître, lorsqu'il me le permet.

— Eh bien, je ne le veux pas, siffla Harry en s'assoyant sur son lit, le regard maintenant braqué sur l'entité devant lui. Je préfère exposer mes pensées et mes sentiments de vive voix.

La Mort s'inclina avec respect.

— Mais j'aimerais connaître votre avis sur l'état actuel des choses.

Selon l'ancien Tom Jedusor enfant, de votre ligne temporelle, Maître, j'observe effectivement un changement intéressant.

Harry redressa un peu plus la tête, la curiosité titillée.

Il développe de l'affection à votre égard, je l'observe. Certes, il ne comprend pas tout à fait ses émotions, mais vous avez ouvert quelque chose en lui, une petite brèche, qui, utilisée avec doigté, ne peut que brèche offre de nouvelles possibilités. Mais son ambition brûle encore dans son cœur et dans ses yeux. Rien n'est joué. Ce sera un long combat que de l'empêcher de diviser à nouveau son âme.

Avec un soupir las, Harry retira ses lunettes et se frotta les paupières. Les mots de la Mort l'encourageaient, mais l'effrayaient à la fois.

« Qui suis-je pour changer le destin, ce qui devait arriver ? » pensa Harry en autorisant la Mort à lire en lui.

Vous êtes Harry Potter, le Maître de la Mort. Voilà ce que vous êtes, Maître. L'être le plus exceptionnel qui soit.

Harry ricana sombrement, le nez plissé de dégoût.

— Non, répondit-il avec dureté. Je ne suis que le pantin des plus influents.

Sans s'annoncer, la Mort s'approcha si près de son visage qu'il pouvait sentir sa peau fusionner avec la magie cendreuse de son amie.

J'aimerais que vous puissiez vous voir, Maître.

— Me voir ? répéta-t-il en secouant la tête. Je ne comprends pas.

La silhouette vaporeuse se distilla dans l'air lorsque des coups retentirent à la porte.

— Tu peux entrer, Tom.

Un ajour se fit et le garçon s'interposa contre la lumière derrière lui. Son expression était difficile à déchiffrer. Il y avait de l'angoisse, un trouble incertain, mais surtout de la volonté. Tom revêtait un pyjama et ses bras découverts de ses manches retroussées dévoilaient un livre.

Les émotions toujours en ébullition depuis leur dernière conversation, Harry attendit en silence.

— Je pensais que nous pourrions faire la lecture dans ta chambre, murmura avec douceur Tom, quelque chose vacillant dans ses yeux abyssaux.

Harry comprit. Tom patientait depuis un moment pour leur rituel du soir et devait penser qu'il était furieux ou troublé. Assez pour sauter leur routine du soir. Et ce fait devait bouleverser le garçon, lui qui détestait les imprévus.

— Tu aimerais lire ici ?

Tom serra le livre contre sa poitrine et hocha le menton. Harry ne put résister et fondit devant ce comportement sincère et adorable. Alors, il remonta dans le lit, écarta les draps et invita le garçon à venir le rejoindre. Aussitôt, il s'avança avec des pas empressés, grimpa sur le matelas et s'installa entre les jambes de Harry, le dos appuyé contre son torse. Harry fronça les sourcils face à cette toute nouvelle position et proximité.

— Es-tu sûr que tu seras bien ?

— Oui.

La réponse était catégorique.

Harry entoura Tom de ses bras et agrippa le livre apporté. Lorsqu'il vit la couverture, son corps se raidit, son souffle se tarit. Là, sur les cuisses de l'enfant se trouvait Les Contes de Beedle le Barde. Tom présenta son profil, le nez plissé de questionnements, comme s'il avait lu son malaise.

— Ce livre est une de tes trouvailles sur le chemin de Traverse ? demanda Harry d'une voix qu'il espérait mesurée.

— Oui, parmi tous les autres, murmura Tom, les yeux à nouveau sur le livre. J'étais curieux de lire un conte pour les enfants sorciers.

— Je comprends, répondit-il, la gorge un peu sèche. Il y a cinq contes… Par lequel désires-tu commencer ?

Harry observa Tom se pencher légèrement vers l'avant, le doigt glissant sur les titres devant lui. Enfin, il s'arrêta sur Le Sorcier et la marmite sauteuse, au grand soulagement de Harry. Il retint son soupir et débuta la lecture alors que Tom s'installait plus près de lui, défiant la proximité et réchauffant son thorax toujours aussi tiède. Il ferma les yeux un instant, aimant la présence de Tom, puis commença doucement à raconter les aventures du sorcier bon et charitable, qui aidait tous les gens se présentant à lui grâce à un chaudron, puis de la succession du fils, beaucoup moins sage.

Pendant la lecture, Harry s'autorisa à caresser les cheveux de Tom, le cœur gonflé d'affection. La douce luminosité de la chambre, la chaleur de la proximité et des couvertures du lit, le confort des oreillers, le calme de la pièce, tout était parfait pour une ambiance intime et familiale. Depuis bien longtemps, Harry se sentit important. Non pas pour l'humanité, mais pour un petit être. Et cela, c'était ce qu'il avait goûté de plus personnel et vrai dans sa vie.

L'histoire terminée, les pages se refermèrent. Harry caressa avec lenteur les cheveux du garçon, s'émerveillant devant leur douceur et leur souplesse. Cette texture était bien loin de celle de sa propre tignasse. Tom semblait apprécier le moment, puisqu'il ne bougeait pas. Au bout de plusieurs minutes silencieuses, Harry déposa un baiser au sommet de sa tête avant de parler.

— Allez, il faut dormir, chuchota Harry, le sourire aux lèvres.

Comme un roc, Tom restait immobile, les épaules tendues. Harry ne pouvait pas voir son visage, mais il sentait que quelque chose tracassait l'enfant. Alors, il attendit avec patience, ne voulant pas le brusquer.

Tom remua contre son torse, le menton penché vers l'une de ses épaules.

— Puis-je dormir avec toi ?

— Dor… dormir avec moi ? s'étonna Harry. Je… pourquoi donc ?

Harry observait Tom se tortiller les mains avec force et maladresse. Ce comportement lui était étranger. Certes, Tom restait un enfant, mais pour un garçon de son âge, il gardait d'une façon assez incroyable le contrôle de ses angoisses.

— Et pourquoi pas ? Nous… avons déjà dormi ensemble.

— Mais tu avais fait un cauchemar, répondit Harry, qui se sentait étrangement attendri devant le comportement inhabituel de Tom.

— Harry, souffla-t-il d'une voix tendue, je… notre altercation de plus tôt me… Je ne l'ai pas aimée. Tu étais si furieux. Vas-tu partir, m'abandonner ?

Cette fois-ci, Tom se retourna complètement et plongea ses grands yeux sombres dans ceux de Harry. Diverses émotions les noyaient, mais la crainte surpassait toutes les autres. Cette vision étouffa un moment Harry, chavirant son cœur. Ce garçon, Tom Elvis Jedusor, manquait d'amour, manquait d'attention. Alors, Harry se fit un devoir de rassurer cet enfant effrayé devant lui.

— Jamais je ne t'abandonnerai, Tom. Nous sommes une famille.

Tom plongea son nez contre lui et Harry lui frotta davantage ses belles boucles foncées.

— Je veux rester avec toi, Harry, insista Tom d'une voix aiguë.

Harry se questionna sur cette demande inoffensive. Serait-ce bénéfique pour Tom ? Les enfants dormaient parfois avec leurs parents, non ? Tom n'avait que 8 ans, après tout. Il ne pouvait pas le rejeter et créer encore plus d'angoisses chez le garçon. D'un soupir presque contrit, il accepta. Ils s'installèrent dans le lit, Tom tourné vers lui, les yeux fermés, le visage à moitié camouflé derrière ses mains. D'un seul mot, Harry éteignit les lumières pour laisser place à la nuit.

888

Avec le début de l'année scolaire, Harry avait été obligé de faire un saut à l'école du village pour recueillir les documents et les livres nécessaires pour l'éducation de Tom. Celui-ci avait suivi son tuteur dans la démarche avec un peu moins d'anticipation maintenant que le transplanage était possible. Puisque Tom connaissait l'univers des sorciers, Harry usait plus régulièrement de sa magie pour voyager au lieu de son horrible voiture. La seule condition: faire attention à apparaître dans un endroit caché aux yeux des Moldus.

C'était le premier jour d'école et Tom marchait près de son tuteur dans les couloirs de l'établissement scolaire. Les classes accueillaient des enfants, les portes ouvertes pour faciliter l'aération en cette chaude matinée. Quelques yeux surpris et curieux suivaient leur silhouette lorsque cela était possible. Devant le bureau du directeur, deux garçons balançaient leurs jambes trop courtes pour la chaise avec un rythme régulier, presque ennuyé. L'un était charnu, les joues rebondies et olives. L'autre était efflanqué à l'air malicieux. Tom les considéra avec un certain dédain.

Harry s'arrêta un moment, observant les environs. Son regard se porta vers la secrétaire près du bureau directorial.

— Attends-moi ici, Tom, je vais aller signifier notre arrivée.

Et Harry partit sans écouter la réponse de Tom. Le garçon resta droit, les mains dans le dos, le regard fixé sur un mur près de lui. Les ignobles gamins près de lui racontaient leur mauvais coup et leur éventuelle sanction quand ils arrêtèrent de parler. Tom sentit leur curiosité à son égard.

— Hé, toi, dit le plus gros. Tu es nouveau ?

Avec une lenteur presque effrayante, Tom tourna son visage vers la pauvre créature. Sa bouche pincée refusa de répondre. Il devait faire attention: Harry était proche. Il ne pouvait pas se permettre de faire mauvaise impression et s'amuser avec la racaille.

— Tu es timide ? questionna le plus maigre. Hé, je me souviens, je t'ai vu au festival du village. J'étais au kiosque de reptiles et ton père t'a acheté un serpent.

— Ce n'est pas mon père, répliqua durement Tom, les yeux brillants.

Les deux garçons le scrutèrent avec curiosité.

— Ah non ? C'est un parent ?

— Mon tuteur, siffla Tom, qui voulait cesser de parler.

Le gros gamin cligna des paupières.

— Tuteur comme dans une adoption ?

La mâchoire de Tom se crispa. Il sentit sa magie vibrer en lui et se concentra pour éviter tout débordement.

— Hé, on n'a rien contre les orphelins, précisa le gamin. On peut devenir amis, tu sais.

Une main s'abattit sur son épaule: Tom reconnut cette présence comme celle de Harry. Les lèvres retroussées, il avala rapidement les mots qu'il voulait dégobiller.

— Vous voulez devenir amis avec mon Tom ? se réjouit Harry d'une façon écœurante. C'est une bonne nouvelle ! N'est-ce pas, Tom ?

Le visage radieux, sa magie lumineuse irradiant tout autour de lui, Tom sentit une boule se former dans son estomac. Il n'avait aucun intérêt pour cette amitié. En fait, pour être honnête, il n'avait que du mépris. Mais Harry semblait si heureux… Alors, pour répondre, Tom hocha de façon presque imperceptible le menton.

— Malheureusement, nous venons tout juste d'aménager, poursuivit Harry comme si mener une discussion avec des inconnus ne représentait aucun problème. Tom fait l'école à la maison, mais vous pouvez venir faire un tour lors d'un week-end. Nous sommes le petit cottage en pierre, celui éloigné du village.

— Ah oui ! s'exclama le garçon plus maigrelet. Je me souviens avoir vu les fenêtres ouvertes lors d'un tour en bicyclette.

Harry hocha la tête d'un air satisfait lorsqu'un homme ouvrit la porte du bureau directorial pour les appeler.

— Eh bien, messieurs, annonça Harry aux gamins, ce fut un plaisir !

Tom partit en leur offrant un sourire forcé.

888

Septembre s'était écoulé rapidement, laissant les arbres changer leur robe de couleur. L'orangé et le rougeâtre peignaient le paysage et l'humidité agrémentait le milieu octobre d'une douce odeur de terre. Tom suivait un horaire fixe pour son éducation. Les matins étaient réservés aux matières « Moldus » tandis que les après-midi se consacraient à l'apprentissage de la magie.

C'était un défi que Tom relevait avec avidité. Toute démonstration de pouvoir animait une certaine excitation en lui. La magie lui soulevait des frissons, des fantasmes difficiles à ignorer. Il n'y avait rien de plus merveilleux que de goûter cette puissance, surtout celle de son tuteur. Harry maniait la magie sans baguette avec brio. Non seulement elle était lumineuse comme le soleil, mais il y avait une petite touche ténébreuse qui l'attisait plus qu'il le voulait. Malgré ces deux aspects aux antipodes, la magie de Harry s'harmonisait avec élégance et puissance.

Tom avait beaucoup lu durant l'été sur la magie sans baguette. Ses livres stipulaient que très peu de sorciers s'y risquaient, préférant la sûreté d'une baguette. Les sorciers pouvaient lancer quelques sorts sans leur instrument, mais cela réduisait bien souvent leur puissance. Un peu comme les sorts informulés. Et pourtant, Harry usait de ces deux méthodes sans le moindre souci. Pour lui, c'était aussi facile que respirer.

Et ce fait éveillait la cupidité en Tom. Il voulait surpasser son tuteur, coûte que coûte.

— Allez, Tom, ton esprit doit fusionner avec la magie, insista Harry, debout devant lui. Elle est partout: autour de toi, dans les arbres, dans l'herbe qui chantonne et surtout, en toi. Ce n'est pas la magie qui te contrôle, tu es celui qui la manie. Elle doit t'écouter.

Tom ferma les yeux, cherchant à goûter aux conseils de son tuteur. Il sentait si bien la magie de Harry, il devait bien pouvoir sentir celle qui le façonnait.

Ses doigts se mirent à pétiller alors que sa mâchoire se contractait et que son front se couvrait de sueur.

— Bien, Tom, c'est très bien. Maintenant, j'aimerais que tu allumes la chandelle devant toi. La formule: Incendio.

Incendio ! répéta Tom.

Une légère fumée s'éleva de la mèche de bois, sans plus. Mais Tom ne se laissa pas décourager, fronçant les sourcils avec plus de volonté.

— C'est incroyable, Tom ! Vraiment, arriver à un tel résultat après une après-midi. Je pense que la leçon peut reprendre demain.

C'était peut-être incroyable, mais ce n'était pas parfait.

— Non, claqua Tom. Incendio !

La fumée s'accentua, mais aucune flamme ne s'élevait. Tom s'apprêtait à recommencer, mais Harry l'arrêta brusquement.

— Ça suffit, Tom ! lui ordonna-t-il. Ce n'est pas en t'épuisant à la tâche que tu vas y arriver. Ce sort est enseigné en premier cycle à Poudlard, avec une baguette magique !

Tom crissa des dents, détournant le regard. Un goût âcre s'infiltra dans sa bouche, glissant le long de son œsophage pour tomber comme du venin dans l'estomac. L'échec était amer, difficile à digérer. Sa magie pétillait de mécontentement autour de lui. Une ombre l'enveloppa : il haussa le menton et vit Harry près de lui, avant de s'accroupir à sa hauteur.

— Tom, commença-t-il avec une grande douceur, tu es incroyable. Tu as 8 ans et tu arrives à des résultats avec des sorts enseignés en première année à Poudlard. Et je te le répète, sans baguette magique. Ne vois-tu pas ta douance ?

— Je veux être aussi doué que toi, siffla-t-il, les lèvres retroussées avec envie. Je veux te surpasser.

Son tuteur se pencha un peu plus vers lui, un sourire bienveillant et les yeux pétillants comme s'il n'était pas surpris d'entendre de tels propos, comme s'il l'avait tricoté, connaissant chaque maille et chaque recoin de son esprit. Le cœur battant à tout rompre, Tom se plongea dans les yeux émeraudes de son tuteur, hypnotisé par ceux-ci.

— Je le sais, Tom, je le sais. Et tu y arriveras, sans aucun doute, l'encouragea Harry en lui tapotant le sommet de son crâne. Tu es déjà plus doué que moi lorsque j'avais ton âge.

Il lui fit un clin d'œil avant d'aller se faire bouillir un thé. Tom se frotta le torse pour calmer son cœur et monta les escaliers pour rejoindre Hydre. Elle reposait dans son vivarium, paisible.

Viens, ma jolie, siffla-t-il en tendant le bras au serpent.

Hydre s'enroula avec aisance autour de son poignet et observa le garçon.

Friandise ? demanda-t-elle.

Qu'aimerais-tu ?

De la viande fraîche, jeune maître.

Bien, je vais voir ce que je peux faire, lui répondit-il en s'installant sur son lit, un livre contre ses cuisses.

Il tourna une page du Le Livre des sorts : comment apprendre avant l'âge avec un esprit immature et égaré. Il repensait à Harry et à ce qu'il représentait pour lui.

Le jeune maître est étourdi ?

Étourdi ? répéta Tom en plissant les yeux.

Il semble déconcentré.

Tom hocha la tête, les yeux maintenant fixés sur sa porte fermée.

C'est Harry.

L'humain ? Et pourquoi un humain vous étourdirait-il ? Ou affolerait votre cœur comme lors de notre première rencontre ?

Les pupilles de Tom se baissèrent sur la couleuvre. Elle l'observait avec attention, réellement curieuse de comprendre.

Harry… Il est différent, révéla Tom. Il est…

Il est ?

Unique, termina Tom en fronçant les sourcils.

Voilà. Il n'y avait pas plus grande vérité que celle-ci. Tom se voyait au-dessus de la masse. Jamais il n'avait cru qu'une autre personne pouvait grimper aussi haut. Mais Harry… Il le pouvait. Tom le sentait. Il sentait ce sorcier s'insinuer dans tous les pores de sa peau, sans la moindre exception, et ce, en seulement quelques mois. Ce constat était effrayant.

Tom essaya de poursuivre sa lecture, mais n'y arrivait pas. Ce fut la voix de son tuteur qui le ramena sur terre avec un doux frisson dans le dos.

— Tom ! Il y a une surprise pour toi !

Sa voix était enjouée. Tom quitta son sanctuaire, Hydre toujours autour de son poignet, et descendit les escaliers avec une curiosité à peine dissimulée. Lorsqu'il arriva près de son tuteur, à l'entrée, toute excitation disparue en un claquement de doigts.

Sur le seuil de la porte se trouvaient les deux garçons rencontrés près du bureau directorial au début septembre : le petit costaud et le grand efflanqué.

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— Comment t'appelles-tu déjà ? émit une voix éreintante.

Tom jeta un regard noir par-dessus son épaule pour constater que Harry l'observait de par la fenêtre du salon, sa tasse de thé en main. Un sourire flottait sur son visage, mais derrière celui-ci se cachait quelque chose de plus insidieux, comme une mise en garde.

Le nez plissé, Tom renifla.

— Tom, répondit-il avec raideur.

Il se retourna toutefois et scruta les deux garçons devant lui. Puis, il plaqua un joli sourire hypocrite sur ses lèvres.

— Et vous, quels sont vos noms ?

— Yvan, répondit le plus grand en se pointant, et lui, c'est Thomas. C'est rigolo que vous portiez presque le même nom tous les deux.

Tom plissa un peu plus les yeux, retenant son expression dégoûtée. Il avait toujours pensé que son prénom était ordinaire, sans valeur. Voilà un fait qui lui prouvait que son raisonnement était juste: un vilain garçon, pas plus vif qu'une lumière, qui portait son nom.

— Désolé Tom, rigola Yvan en se tournant vers son ami, je vais devoir t'appeler Thomas pour éviter les embrouilles.

Et Thomas partit dans un grand rire en s'approchant de Tom et en lui donnant un coup de coude dans les côtes. Tom se raidit à ce contact, le détestant au plus haut point. Seul Harry pouvait se permettre de le toucher, il était au-dessus de ces deux pathétiques Moldus.

— Alors, que fait-on ? demanda Thomas en observant les alentours. Tu n'as pas de balançoire ? Ça serait bien, là, à cet arbre.

Tom roula des yeux, et paniqua un moment en scrutant la fenêtre. Harry avait disparu, au moins, le semblait-il.

— On va marcher, ordonna Tom pour s'éloigner de la maison.

Avec un peu de chance, peut-être pourrait-il semer les deux garçons. Pourquoi Harry avait-il insisté pour qu'il prenne du temps avec eux ? Ah oui, son besoin de voir Tom avec des amis ! C'était d'un pathétisme mortifiant. Il n'avait pas besoin d'amis. Jamais il n'en avait eu besoin, pas même à l'orphelinat. Il avait Harry, qui s'était imposé dans sa vie, c'était bien suffisant.

Tom avançait sur le chemin, les deux garçons derrière lui.

— Alors, pourquoi ne vas-tu pas à l'école ? demanda Yvan, curieux.

— Je fais l'école à la maison par choix, répondit sèchement Tom.

— Mais ça doit être long et ennuyeux à mourir ! s'exclama Thomas. Déjà que l'école, c'est assommant.

La mâchoire contractée, Tom se retint de répondre. Les deux garçons étaient de réels imbéciles pour ne pas remarquer son dédain à leur égard, d'autant plus qu'il ne faisait pas beaucoup d'effort pour faire croire le contraire. Un vrai petit pois en guise de cerveau.

— Alors, qu'est-ce qu'un orphelin aime faire de son temps ? ricana Yvan en observant Tom de la tête aux pieds.

Ce dernier fronça les sourcils.

— Était-ce nécessaire de souligner que j'étais orphelin ? susurra Tom. Je croyais que mon statut familial ne vous dérangeait pas.

— Ouah, mec ! Ce que tu es successible !

— Normal à force de rester enfermé dans une maison sans amis, se moqua alors Thomas.

Tom sentit un frisson lui parcourir le bras et se souvint de la présence d'Hydre. La couleuvre grimpait le long de sa peau pour venir se loger près de son cou. Lentement, elle sortit la tête du manteau de Tom pour lui siffler à l'oreille.

Voulez-vous que je morde ces humains, jeune maître ? Je sens votre impatience.

Un sourire carnassier étira ses lèvres.

J'aimerais bien, mais la preuve serait trop évidente et je ne veux pas que tu risques quoi que ce soit.

Yvan et Thomas s'étaient figés sur place, les yeux braqués sur la tête du serpent et la bouche de Tom.

— Que… que fais-tu ? demanda le plus gros. On dirait que tu parles à ton serpent.

— Comment un sifflement pourrait-il être des mots ? ironisa Tom, le visage penché sur le côté, un sourire sardonique aux lèvres.

Hydre bascula la tête un peu plus contre les lèvres de son maître, qui lui donna un baiser. Sa proximité avec le reptile angoissait les gamins devant lui et il appréciait chaque expression troublée.

J'ai froid, jeune maître, siffla Hydre. Il ne faudrait pas que je tombe en hibernation.

— Ma couleuvre a froid, énonça Tom. Je vais retourner à la maison.

Et il partit dans le sens inverse. Malheureusement, Yvan l'arrêta dans son élan.

— On pourrait la réchauffer avec un feu ! J'ai ce qu'il faut.

Il sortit un paquet d'allumettes de sa poche, les yeux brillants d'une lueur aventureuse, presque maniaque. Le masque tombait enfin, révélant le voyou derrière la façade.

— Tu ne nous aimes pas, n'est-ce pas, Tom ? Tu nous regardes de haut comme si nous étions de la vermine. Et pourtant, nous avons été gentils avec toi.

— Gentil ? ricana Tom. Vous avez gaspillé de mon précieux temps. Je n'ai pas besoin de votre compagnie, poursuivit-il en croisant les bras, le menton haussé et bien visible. Vos pathétiques cerveaux n'arriveront jamais à égaler le mien. Je ne peux que me morfondre avec… vous.

Tom étira un peu plus ses lèvres en un air suffisant et balayant leur silhouette d'un geste dédaigneux de la main.

Le regard noir, Yvan fixait Tom sans ciller.

— Thomas, cracha-t-il, tiens-le !

Le gros garçon s'avança avec des yeux de prédateur, puis s'immobilisa un moment en comprenant que Tom ne ressentait aucune peur.

— Allez ! Vole-lui son sale serpent pour qu'on le brûle !

Tom perdit le sourire, retroussant ses lèvres sous la vague de colère qui le submergeait. Yvan voulait-il réellement jouer à cela ? C'était pathétique.

— Je vous préviens, siffla-t-il, toute trace d'amusement effacée de ses yeux, si vous ne déguerpissez pas, vous allez le regretter.

Yvan partit dans un grand rire, le regard mauvais.

— Regrettez en quoi ? Tu vas me mordre ? Non, attends, tu vas me coiffer pour ressembler à un parfait naze comme toi ?

La magie de Tom s'étira dans tout son corps. Il la sentit pétiller en lui, prendre vie d'une façon si impressionnante qu'il avait envie de s'y bercer. Mais il ne le pouvait pas, il avait autre chose à gérer. Alors, les yeux avides de pouvoir et de contrôle, il chuchota:

Incendio.

Le petit paquet d'allumettes fut pris d'un feu explosif. Les flammes léchèrent la main de Yvan, qui lâcha le tout.

— Aïe ! Mais… qu'est-ce que ?

Sur le sol, le feu continuait de brûler et le garçon voulut l'éteindre du plat de sa semelle.

Incendio, répéta Tom avec jubilation.

Le feu explosa de plus belle et s'agrippa au pantalon du garçon, empreint à la panique. Le tissu s'enflammait sous les yeux hypnotisés du jeune sorcier, admirant son œuvre. Thomas se précipita vers son ami pour l'aider et Tom continuait d'étudier la scène avec fascination. Enfin, il avait réussi le sort sans sa baguette. Harry serait-il fier de lui ? Son sourire s'étira jusqu'à fendre son visage en deux. Mieux valait taire cet accident, son tuteur ne comprendrait pas.

Tom s'éloigna sur le chemin, pendant que le feu s'étouffait sous le manteau d'un des gamins. Yvan resterait-il avec des brûlures ?

C'était drôle, sifflota Hydre près de son oreille.

Très drôle, approuva Tom, qui venait de s'assurer une longue tranquillité.

Il ne lui restait plus qu'à trouver une raison pour le départ des garçons. Harry se questionnerait sans le moindre doute.


Alors ?

Comment trouvez-vous ce chapitre ?

J'aime jouer sur le côté à la fois adulte et enfantin de Tom. Ça ne doit pas être facile d'être comme lui. Un enfant comprenant trop et si peu de choses de la vie.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais j'ai beaucoup aimé écrire le passage à la banque. Je pense que ça me plaisait d'écrire un Tom apeuré par le voyage en wagon, surtout lorsque l'on connaît son orgueil.

Lors de l'écriture de ce chapitre, j'ai voulu me référer aux Contes de Beedle le Barde que j'avais dans ma bibliothèque, mais je ne retrouve plus mon livre. Je me demande si je ne m'en suis pas départie dans le passé sans m'en souvenir. J'ai pourtant le souvenir de l'avoir glissé dans la bibliothèque de mon fils, mais je ne le retrouve pas. Et donc… Je n'ai pas pu développer ce passage comme je le voulais, avec le petit côté moralisateur et tout. Il va falloir que je trouve un moyen pour le conte des frères, y aller de souvenir… sûrement.

Enfin bref.

Avez-vous hâte à la suite ? Est-ce trop long dans le développement ? N'hésitez pas à m'écrire vos avis. :)

À la prochaine !