Le pont de commandement du vaisseau Séparatiste, le Noctis Lumen, était plongé dans une demi-obscurité. À travers les baies d'observation, la surface tourmentée de Malachor s'étendait comme une blessure béante dans le tissu de l'espace. Des éclairs d'énergie violette striaient l'atmosphère toxique de la planète, illuminant par instants les pics effondrés du Temple Sith. En orbite stationnaire, le vaisseau semblait hésiter entre la fascination et la répulsion, comme un prédateur contemplant une proie empoisonnée.

Dooku se tenait droit, les bras croisés dans le dos, regard rivé vers les nuages d'encre de la planète. Son visage, habituellement impassible, était traversé par de fugaces éclairs d'exaltation contenue. À ses côtés, Grievous restait immobile, silhouette d'acier dont les yeux photorécepteurs fixaient les moniteurs tactiques. Non loin de là, la silhouette massive de la Main Invisible, vaisseau amiral du général, dérivait en orbite silencieuse avec sa flotte d'escorte, prête à intervenir.

— Nous avons entre les mains ce que ni les Jedi, ni l'Ordre Sith lui-même n'ont jamais osé exploiter pleinement, murmura Dooku. Une convergence entre la technologie et l'essence brute du Côté Obscur.

— L'ennemi ne verra rien venir, répondit Grievous d'une voix métallique. Si cela fonctionne.

Dooku inclina légèrement la tête.

— Oh, cela fonctionnera. Mais le coût, lui, reste incertain.

À l'arrière du pont, plusieurs officiers conféraient à voix basse, lançant des regards nerveux à l'écran central. Un holo en trois dimensions projetait une carte du corridor spatial récemment détecté : un vortex d'énergie non répertorié s'étendant depuis la haute atmosphère de Malachor vers un point distant, au-delà de la Frange Extérieure.

Les plans récupérés dans la chambre secrète du Temple Sith décrivaient l'existence d'un réseau hypothétique, une sorte de toile dissimulée dans l'hyperespace, accessible uniquement en canalisant une fréquence énergétique très spécifique — une vibration propre au Côté Obscur.

— Techniciens, rapport, lança Grievous.

Un Neimoidien leva les yeux depuis sa console.

— Les systèmes sont synchronisés, général. L'hyperdrive primaire est en veille. Le nexus de focalisation est stabilisé à 73%.

— Bien. Que l'équipe rituelle se mette en place.

Ils quittèrent le pont pour descendre dans le cœur technique du Noctis Lumen.

La salle des machines n'avait plus grand-chose de conventionnel. Là où autrefois trônaient des matrices de contrôle standardisées, on trouvait désormais un entrelacs de câbles organiques, de stèles gravées de runes Sith et de sphères cristallines pulsant lentement dans une lueur rougeoyante.

Dooku s'avança vers le centre, où un autel de pierre noire avait été aménagé. Il y plaça les trois fragments métalliques extraits du sanctuaire de Malachor, chacun gravé d'un symbole archaïque. En les assemblant, ils formaient un anneau incomplet — un stabilisateur rituel censé canaliser l'énergie brute du Côté Obscur.

— Que les incantations commencent.

Les acolytes — des anciens membres de cultes obscurs que Dooku avait recrutés depuis des années — commencèrent à psalmodier. La salle se mit à vibrer. Un grondement sourd monta des entrailles du vaisseau, comme si la coque elle-même protestait contre ce qu'on lui imposait.

Grievous, bien que dénué de sensibilité à la Force, ressentit néanmoins la perturbation. Son système de stabilisation interne détecta une variation de densité énergétique dans l'air ambiant.

— Pic de fréquence détecté, général. — annonça un technicien.

— Stabilisez. Injectez les correcteurs dans les convertisseurs.

Les cristaux situés sur le pourtour de la salle des machines s'illuminèrent d'une lueur glauque. Des éclairs parcoururent l'anneau central. Dooku étendit les bras, psalmodiant des paroles qui n'avaient pas été entendues depuis mille ans.

Une onde traversa le sol. Une brèche se forma brièvement dans l'espace, un pli dans la réalité, visible même à l'œil nu. Une projection holographique s'anima dans la salle : un vortex noir, comme un trou béant, flottait au-dessus du Temple Sith.

Grievous observa le phénomène, froidement fasciné.

— Est-ce... stable ?

— Pour l'instant, oui. Mais ce n'est pas une ouverture totale. Nous n'avons fait qu'entrebâiller la porte, répondit Dooku.

Il s'approcha d'un panneau incrusté dans le sol. Une console Sith, semblant vivante, se mit à pulser au rythme de son toucher.

— Je vais stabiliser l'ouverture. Préparez la séquence d'hypernavigation.

Un silence religieux tomba sur la pièce, uniquement rompu par les vibrations du vaisseau et les crépitements du vortex.

— Activation du réseau d'ancrage. Fréquence dimensionnelle en alignement. Données de trajectoire calculées.

— Accrochez-vous, lança Grievous. Que le passage soit franchi.

Dooku posa ses deux mains sur la console et prononça la dernière incantation.

Une explosion silencieuse se produisit dans l'espace. Le vortex s'ouvrit en un tunnel spiraloïde d'énergie noire et bleue, dont les bords fluctuaient comme des membranes vivantes. Le Noctis Lumen s'y engagea.

Aucune sensation d'accélération, aucun repère visuel connu. Seulement des formes impossibles, des éclairs inversés, des strates de ténèbres striées de lumière. Le vaisseau glissait dans une dimension qui n'obéissait à aucune logique physique connue.

Dooku méditait, assis dans sa cabine d'observation. Le vol ne durerait que quelques minutes, selon les estimations. Pourtant, il avait l'impression que le temps se distendait. Des visions l'assaillaient — des formes anciennes, des visages oubliés, des murmures en langues mortes. Il les repoussa avec autorité.

Grievous, quant à lui, restait devant les écrans tactiques, surveillant la stabilité du champ de distorsion.

— Nous sommes à mi-chemin, général, rapporta un technicien. Aucun effondrement structurel. La coque tient. L'énergie est... fluctuante, mais maîtrisée.

Puis, une alarme.

— Que se passe-t-il ? rugit Grievous.

— Quelque chose... se connecte au vaisseau. Un flux d'informations. Ce n'est pas un signal, c'est... un souvenir.

Des images envahirent brièvement les écrans : une planète inconnue, une cité flottante, des statues de sorciers... et une silhouette vêtue de noir, tenant une baguette et un sabre laser à la fois.

Dooku se redressa d'un coup. Sa voix claqua comme un ordre absolu.

— Coupez le lien ! Ce n'est pas une simple projection. C'est une intrusion mentale.

Mais déjà, le vaisseau sortait du vortex. L'espace redevenait calme. Autour d'eux, une galaxie inconnue. Des étoiles disposées différemment. Aucun repère. Un nouveau théâtre d'opérations.

Dooku observait la carte holographique du secteur inconnu.

— Transmettez un signal crypté à nos bases. Cette voie est viable. Il nous faudra renforcer les systèmes rituels, mais la route est ouverte.

Grievous hocha lentement la tête.

— Et l'ennemi n'en sait rien. Pas encore.

Dooku se tourna vers la baie d'observation.

— Le destin de la galaxie vient de changer.

Le silence régna de nouveau, profond, chargé d'ombres. Derrière eux, Malachor disparaissait lentement dans la nuit du cosmos. Devant eux, s'ouvraient des territoires vierges, des empires oubliés... et peut-être, des puissances encore plus anciennes que les Sith eux-mêmes.

Grievous quitta la passerelle du Noctis Lumen et regagna la Main Invisible, prêt à mener la suite de l'opération depuis son vaisseau amiral. Ce n'était que le commencement.