Chapitre X : Fracture Galactique

Les flancs étincelants de Coruscant reflétaient encore la lumière des soleils quand le Vigilant, vaisseau amiral de la République, se posa dans l'astroport militaire. Les lourds hangars vibraient d'activité tandis que techniciens, droïdes et soldats s'affairaient autour de l'imposant Venator. Son jumeau, l'Insoumis, arriva peu après, suivi de trois croiseurs Acclamator, lents mais robustes. Ces vaisseaux de guerre, conçus pour la logistique et l'appui au sol, portaient désormais un autre fardeau : le poids d'une mission intergalactique.

À l'intérieur du Temple Jedi, l'ambiance était plus lourde encore que l'atmosphère de Coruscant. Le Conseil Jedi avait été réuni en urgence. Anakin Skywalker et Obi-Wan Kenobi se tenaient au centre de la salle circulaire, projetant devant eux des hologrammes instables : fragments de gravures Sith, configurations d'hyperdrive modifié, et surtout l'image distordue du Seigneur Sith Tenebris, annonçant la possibilité d'ouvrir des routes entre les galaxies en manipulant la structure même de la réalité.

— Ce que nous avons trouvé sur Malachor, dit Obi-Wan d'un ton grave, n'est pas simplement une technologie oubliée. C'est un passage. Un saut au-delà des limites connues de notre univers. Et Dooku l'a utilisé.

Mace Windu plissa les yeux, analysant les détails en silence. Plo Koon et Ki-Adi-Mundi échangeaient des regards inquiets.

— Modifier nos propres systèmes avec une technologie nourrie par le Côté Obscur est une pente glissante, déclara finalement Windu. Cela pourrait altérer nos vaisseaux… et nos esprits.

— Je partage cette crainte, admit Plo Koon. Mais si Dooku et Grievous sont passés, nous ne pouvons les laisser libres d'agir dans une autre galaxie.

Anakin, debout à côté d'Obi-Wan, gardait le regard fixé sur le Conseil.

— Cette guerre ne sera plus limitée à notre galaxie. Si nous ne les poursuivons pas, nous risquons de sacrifier un monde entier à leur soif de pouvoir.

Yoda, resté silencieux, ferma les yeux quelques instants.

— Un danger immense, cela est. Mais fuir la vérité, nous ne pouvons. Une force d'intervention, autorisée elle est. Limitée… mais déterminée.


Les préparatifs débutèrent aussitôt. Dans les hangars sécurisés du spatioport, les ingénieurs républicains et les maîtres Jedi travaillaient d'arrache-pied pour adapter les croiseurs. La technologie récupérée sur Malachor était d'une complexité inquiétante : elle combinait cristaux Sith, coordonnées hypergravitationnelles et modulation d'ondes de Force.

Mais les Jedi refusèrent d'utiliser le Côté Obscur tel quel. À la place, les cristaux furent purifiés via un ancien rituel Jedi de rééquilibrage. Cette neutralisation, bien que partielle, permit de stabiliser l'émission énergétique nécessaire aux sauts intergalactiques sans en subir directement l'influence corruptrice.

Anakin supervisait personnellement la modification de l'Insoumis. Il passait des heures à observer le réseau de câbles et les sphères pulsantes enchâssées dans le moteur. Chaque vibration du système résonnait dans la Force. Il ressentait quelque chose d'inconnu. Un battement.

— C'est presque organique, murmura-t-il. Comme si le vaisseau respirait...

Sur le Vigilant, Obi-Wan, plus prudent, multipliait les vérifications. Cody, méthodique, coordonnait les préparatifs avec l'efficacité militaire qui le caractérisait.

— Tous les réacteurs sont stabilisés, Général Kenobi. Les cristaux ont été intégrés au noyau secondaire, comme spécifié dans les plans.

— Et les transmissions ?

— Nous avons mis en place une sonde relais pour envoyer des rapports en différé. Mais une fois passés… il se peut que la communication soit rompue.

Obi-Wan acquiesça, le regard sombre.

— Alors nous comptons sur la Force. Et sur la discipline.


Le jour du départ, les deux croiseurs, désormais uniques dans la galaxie, s'alignèrent dans l'orbite supérieure de Coruscant. À leurs côtés, les trois Acclamator formaient une escorte silencieuse, emportant renforts, véhicules terrestres et ressources.

À bord de l'Insoumis, Rex ajustait sa combinaison de commandement. Anakin s'approcha.

— Vous êtes prêt, capitaine ?

— Toujours, Général. On ne sait pas ce qui nous attend… mais je préfère être du bon côté du sas quand ça arrivera.

Dans le cockpit du Vigilant, Cody transmit les coordonnées à l'astrogateur. Obi-Wan fixait la projection du vortex qui se dessinait lentement.

Un dernier contact fut établi avec le Temple Jedi. La voix de Mace Windu résonna dans la salle de commandement.

— Ne perdez jamais de vue pourquoi vous partez. Ce n'est pas pour conquérir, mais pour empêcher la chute.

— Nous y allons pour stopper ce que nous avons laissé filer, répondit Obi-Wan avec gravité.


Les vaisseaux se positionnèrent dans un corridor gravitationnel reconstitué à partir des données de Malachor. Un champ de distorsion enveloppa chaque croiseur, et les hyperdrives activés produisirent un frisson cosmique, comme une onde résonnante dans l'étoffe de l'univers.

Le vortex apparut.

Ce n'était pas une simple fenêtre stellaire. C'était une blessure dans l'espace-temps. Une torsion noire et bleutée, avec des veines d'énergie écarlate pulsant à l'intérieur. Un souffle invisible s'en échappait, froid et vibrant.

Anakin sentit la Force s'agiter. Des images — fugitives, impossibles à cerner — traversèrent son esprit. Des arbres. Un château. Une lueur verte. Une cicatrice sur un enfant. Puis le vide.

— Nous y sommes, dit-il à voix basse.

— Que la Force soit avec nous, murmura Obi-Wan sur une autre fréquence.

Les moteurs hurlèrent, et les vaisseaux s'engouffrèrent dans la déchirure. L'espace se contracta. Le temps sembla suspendu. Une fraction d'instant devint une éternité.

Puis… plus rien.

Le silence.


Dans la salle du Conseil Jedi, le vide laissé par leur départ semblait palpable. Plus personne ne parlait. Seules les ombres des colonnes tournoyantes dans la lumière du crépuscule accompagnaient les Maîtres.

— Une fois franchie cette frontière, murmura Mace Windu, nous ne pourrons plus prétendre que la guerre est contenue.

— Et pourtant, dit Yoda, la franchir, il fallait.


Au-delà des étoiles, dans un coin inconnu de l'univers, deux croiseurs massifs et trois Acclamator flottaient dans un ciel inconnu. Les capteurs ne reconnaissaient aucune constellation. Devant eux, un monde bleu et vert. Rond, vivant.

Et tout près, invisible dans la Force… une ancienne magie les attendait déjà.