L'espace se déchira dans un frisson d'irréalité, et les étoiles familières disparurent pour laisser place à un firmament inconnu. Dans un silence spectral, le Vigilant, puissant Venator au flanc gravé des insignes de la République, glissa hors de l'hyperespace. À ses côtés, l'Insoumis émergea à son tour, flanqué de trois Acclamator, comme une meute attentive pénétrant un territoire étranger.

Les étoiles ici semblaient plus froides, plus lointaines. Le vide lui-même avait une résonance différente, comme si l'écho du cosmos portait des secrets plus anciens encore que ceux de la galaxie d'où ils venaient.

Anakin Skywalker, campé sur la passerelle de l'Insoumis, scrutait le panorama avec une intensité silencieuse. Devant lui, un globe bleu tournait lentement sur lui-même, ourlé de nuages blancs, baigné dans une lumière douce. La Terre.

— Je sens… quelque chose de brut. Primitif, mais puissant, dit-il lentement.

Sur l'écran tactique à sa gauche, les données affluaient : atmosphère respirable, présence de vastes étendues océaniques, continents aux formes irrégulières. Et surtout, une absence totale de technologie hyperspatiale.

Sur le Vigilant, Obi-Wan Kenobi observait le même monde depuis une baie d'observation, les mains croisées derrière le dos.

— Cette planète… elle est vivante.

Son murmure se perdit dans le murmure des instruments. À côté de lui, Cody regardait les premières analyses défiler.

— Pas de signature de moteurs ioniques. Aucun propulseur sous vide. Ils ont des stations orbitales… basiques. Et des satellites armés, mais rien de plus. En revanche, leur arsenal nucléaire est réel.

Obi-Wan hocha la tête, pensif. Les données montraient une société encore divisée par des frontières politiques, des conflits multiples, des institutions militaires robustes, mais aucune défense interstellaire. Aucune.

Sur les deux Venator, les escadrons d'observation se mirent en route. Des V-Wings modifiés, dotés de modules de camouflage, se détachèrent des hangars et plongèrent en direction de la planète bleue. Le contact avec l'atmosphère fut lisse, imperceptible. Les pilotes suivaient des trajectoires précises, survolant d'abord les pôles magnétiques, puis les zones de forte activité technologique.

— Cible Alpha : Amérique du Nord, indiqua un pilote clone. Cibles Bêta et Gamma : Europe de l'Ouest, Asie du Sud-Est. Signal thermique et électromagnétique standard. Mais…

Il hésita, puis reprit :

— …Une anomalie gravitationnelle détectée au-dessus de la zone britannique. Fluctuations locales inexplicables. Masse inconstante. L'ordinateur ne parvient pas à cartographier correctement le secteur.

Sur la passerelle du Vigilant, Obi-Wan fronça les sourcils.

— Montrez-moi.

L'image holographique apparut : une région brumeuse du nord du Royaume-Uni, marquée par des collines, des lacs, une forêt dense. Mais impossible à analyser. Comme si quelque chose en effaçait la trace dès qu'on tentait de la saisir.

Rex, posté derrière Anakin, fit un pas en avant sur la passerelle de l'Insoumis.

— On dirait un brouillage, mais pas technologique. Comme une perturbation naturelle… ou artificielle.

— Ou surnaturelle, répondit Anakin d'une voix basse.

Il ferma les yeux, s'immergeant dans la Force. Le silence galactique se dissipa, remplacé par un chant discordant. La Force ici n'était pas seulement différente — elle était… étrangère. Sauvage. Un courant brutal et ondoyant, libre de toute règle, de toute canalisation. Comme une rivière déchaînée que personne n'avait jamais tenté de maîtriser.

Obi-Wan, dans une méditation parallèle sur le Vigilant, ressentit les mêmes secousses. Une marée d'énergies pures, éparses, comme si chaque montagne, chaque arbre, chaque être vivant sur cette planète avait sa propre pulsation de Force, autonome, tordue par les âges.

— C'est la même sensation que sur Dagobah… mais démultipliée, souffla-t-il.

Puis, un choc. Une vibration froide, intense, telle une note dissonante dans une symphonie chaotique. Un point précis sur la planète, marqué par une noirceur absolue.

— Là, dit Anakin en pointant la carte holographique du système. Ce lieu… il me rappelle Malachor.

Sur les croiseurs, le silence tomba comme un linceul. La tension monta d'un cran. Les rapports se succédaient. Des anomalies magnétiques, des distorsions gravitationnelles, des zones de vide énergétique. Des absences inexplicables. Et toujours ce même point noir sur la carte.

Un conclave fut organisé à bord du Vigilant. Dans la salle de briefing, Obi-Wan, Anakin, Cody, Rex, ainsi que les techniciens de la flotte, analysèrent les données recueillies.

— Nous ne pouvons pas nous montrer, déclara Obi-Wan. Pas encore. Si cette civilisation est aussi isolée qu'elle en a l'air, notre présence pourrait provoquer un chaos irréversible.

Rex acquiesça.

— Si Dooku est là, il est déjà infiltré. On doit agir avec discrétion.

— Une infiltration, alors, dit Cody. En petit groupe. Observation, repérage, analyse.

— Et extraction rapide si nécessaire, ajouta Rex.

L'équipe fut désignée : spécialistes de reconnaissance, linguistes, techno-analystes, tous sous commandement Jedi. Leur mission : descendre, comprendre, et revenir sans se faire repérer.

Plus tard, seul avec Obi-Wan dans la baie d'observation du Vigilant, Anakin fixait la Terre.

— Et si cette planète… n'était pas faite pour être guidée par la Force, mais pour la défier ?

Obi-Wan répondit sans quitter la planète des yeux :

— Ou peut-être qu'elle est ce que la Force devient quand elle n'est pas bridée par un Ordre ou un Code.

Ils restèrent là un moment, sans parler. En contrebas, les océans reflétaient la lumière du soleil comme un miroir. Le monde en dessous semblait calme. En paix.

Mais ils savaient tous deux que ce n'était qu'une illusion.

Dans les tréfonds de la planète, quelque chose bougeait. Quelque chose qu'aucun Jedi n'avait jamais affronté. Quelque chose que même les Sith, peut-être, avaient préféré laisser derrière eux.

La mission venait à peine de commencer.