Ron avait levé l'épée de Gryffondor avec une hésitation douloureuse. Le poids du métal n'était rien comparé à celui de la peur, de l'incertitude. Devant lui, le médaillon de Serpentard reposait sur une pierre plate, lisse, presque arrogante. Il brillait d'un éclat vénéneux, comme s'il savait ce qui allait venir, comme s'il défiait Ron de tenter le moindre geste.

— Vas-y, murmura Harry. C'est le moment.

Ron inspira, profondément. L'épée trembla une seconde, puis s'abattit.

Le médaillon hurla.

Ce ne fut pas un cri audible, mais une déchirure dans l'esprit. Un son qui n'était pas un son, un cri mental, profond, aussi ancien que la douleur elle-même. Le métal se fendit, projetant une onde noire qui s'élargit comme une onde de choc silencieuse, invisible mais terriblement réelle. Le sol sembla vibrer. Les arbres autour d'eux frémirent sans vent.

Et l'ombre jaillit.

Elle ne ressemblait pas à un fantôme, ni à un sortilège. Elle avait de la densité, de la matière. Une silhouette distordue, oscillante, comme formée d'un liquide noir vibrant, s'arracha du médaillon fendu et se dressa devant les deux garçons.

Harry fit un pas en arrière, baguette levée.

Ron resta figé, incapable de détacher son regard de la chose.

La créature n'avait pas d'yeux, mais Harry sentait qu'elle les fixait. Elle savait. Elle connaissait leurs peurs, leurs doutes. Elle était leurs doutes. Une main informe se leva — ou ce qui ressemblait à une main — et la créature parla.

Mais ce ne furent pas des mots.

C'étaient des pensées, imposées, crues, brutales.

Tu n'es rien sans lui.

Tu n'es pas le héros. Tu es l'ombre derrière le héros.

Il n'a jamais eu besoin de toi.

Ron tomba à genoux, plaquant les mains sur ses oreilles, comme si ça pouvait bloquer la voix intérieure.

Harry serra les dents, résistant à l'envie de fuir. Il n'en avait jamais vu une comme ça. Ce n'était pas un Détraqueur. Ce n'était pas un sort noir. C'était autre chose. Quelque chose qui aspirait à vivre, à se nourrir de ce qu'il y avait en eux de plus brisé.

Puis, une vibration plus profonde, plus ancienne, coupa l'air.

Un bruissement, un choc invisible dans la Force.

Très loin au-dessus d'eux, dans la stratosphère, un Jedi ouvrait les yeux.


Anakin ne prononça pas un mot. Il bondit hors de son siège avant même qu'Obi-Wan ne puisse l'interroger.

— Tu l'as senti ? demanda-t-il simplement.

Obi-Wan n'eut pas besoin de répondre. Il était déjà debout. L'écho du Côté Obscur avait percuté leur conscience comme un coup de tonnerre. Aucune illusion, aucune projection, aucune perturbation classique de la Force n'avait cette intensité.

Ce n'était pas juste un cri.

C'était une déchirure.

— Préviens Rex et Cody. On descend, ordonna Anakin.

Le vaisseau LAAT/i amorça une descente silencieuse, camouflée, plongeant dans l'atmosphère terrestre comme un faucon fondant sur une proie.


Le choc mental s'intensifiait à chaque pas.

Anakin menait la marche, sabre à la main, concentré, chaque sens tendu. Autour de lui, la forêt semblait se contracter, les arbres se pencher, comme si même la nature reculait devant la corruption née du médaillon.

Rex et Cody couvraient les flancs, l'un scrutant les arbres, l'autre son scanner portatif.

Obi-Wan fermait la marche, les yeux mi-clos, sondant la Force.

— Elle n'est plus contenue, dit-il à voix basse.

— Non, confirma Anakin. Ce fragment… il veut vivre. Il veut infecter. Il est plus qu'un simple souvenir. C'est une volonté.

Un cri retentit. Non, pas un cri… un appel.

Anakin accéléra, traversant la neige dans un éclat de vitesse.

Ils débouchèrent dans une clairière ravagée, éclairée par le feu d'un médaillon brisé.


Harry vit la silhouette foncer.

Un homme — non, pas un homme. Quelque chose de plus. Vêtu de noir, sabre lumineux en main, visage fermé. Il bondit au-dessus d'eux et, dans un arc parfait, transperça la forme spectrale. La créature hurla, se convulsa, se fendit.

Puis, dans le même mouvement, Anakin se retourna et abaissa son sabre sur le médaillon encore frémissant.

Le métal se brisa dans une gerbe d'étincelles sombres.

Une onde invisible se répandit dans la clairière, renversant les deux garçons et projetant l'épée de Gryffondor à quelques mètres.

Puis, le silence.

Un silence lourd. Absolu.


Le sabre d'Anakin bourdonnait encore. L'arme restait activée, vibrant d'une lumière bleue dans le froid matinal.

Il scrutait les deux jeunes sorciers à terre, cherchant une menace. Il n'en vit aucune.

— Qu'est-ce que vous êtes ? souffla Harry.

Sa voix trahissait la fatigue, la peur, mais aussi une fascination difficile à contenir.

— Des Jedi, répondit Anakin.

Ron se redressa, épousseta la neige de ses vêtements, et regarda tour à tour Anakin, Obi-Wan, puis les clones.

— D'où est-ce que vous sortez ?

— D'une autre galaxie, répondit calmement Obi-Wan.

Il désactiva son sabre et s'avanca lentement, les mains visibles.

— Nous avons senti ce qui se passait ici. Ce que vous avez tenté de détruire... c'était bien plus qu'un simple artefact.

— C'était un Horcruxe, répondit Harry.

Et ce mot-là, cette fois, éveilla un intérêt immédiat chez Obi-Wan.

— Un fragment d'âme.

Ce n'était pas une question.

Harry le fixa, surpris.

— Vous… vous savez ce que c'est ?

— Non, dit Obi-Wan. Mais j'ai vu quelque chose de similaire. Très loin d'ici. Sur une planète morte, où un seigneur Sith ancien avait laissé un morceau de sa conscience. Ce que vous portiez… ce n'est pas un objet ensorcelé. C'est un point d'ancrage. Un lien entre deux mondes.

Anakin s'approcha. Son regard se planta dans celui de Harry.

Tu as combattu ce fragment avec tout ce que tu es. Et tu as tenu. Peu l'auraient fait.

Harry soutint ce regard intense sans ciller. Il y avait dans les yeux du Jedi une profondeur, une force brute, mais aussi une fracture, quelque chose de sombre que même la lumière de la lame ne pouvait masquer.

— Je n'avais pas le choix, dit Harry.

Anakin hocha lentement la tête.

— C'est souvent comme ça, dit-il, presque pour lui-même.

Ron, qui observait la scène en silence, secoua la tête.

— Ce que vous avez fait… ce sabre… et cette force qui vous entoure… ce n'est pas de la magie.

— Non, confirma Obi-Wan. C'est la Force. Elle traverse toute vie, elle relie chaque être, chaque cellule. Certains peuvent la sentir, d'autres y puiser du pouvoir. Mais elle existe, ici aussi.

Harry fronça les sourcils.

— Vous dites que ce Horcruxe… c'est lié à la Force ?

— À son versant le plus sombre, répondit Obi-Wan. Le Côté Obscur. Ce que vous appelez magie noire en partage les instincts : domination, peur, immortalité.

— Voldemort, murmura Ron, comme pour tester si le nom provoquerait une réaction. Il a divisé son âme en sept morceaux. Pour survivre.

Anakin grimaça.

— Les Sith aussi. Certains ont tenté de prolonger leur vie en transférant leur conscience, en ancrant leur volonté dans des objets. Mais cette méthode… cette division brutale de l'âme… elle corrompt même la mort.

Obi-Wan se pencha vers les restes du médaillon. Il ne restait presque rien. Juste deux morceaux fumants et des cendres noires là où la créature avait jailli.

— Vous en avez d'autres ? demanda-t-il.

Harry échangea un regard avec Ron, puis acquiesça.

— Il en reste encore. Nous ne savons pas combien exactement, mais au moins trois. Peut-être plus.

— Et vous comptez les détruire tous seuls ? demanda Anakin.

Ron eut un rire sans joie.

— On dirait bien.

Anakin resta un instant silencieux. Son instinct lui criait que ces jeunes n'étaient pas de simples enfants. Leur détermination, leur douleur, leur volonté… tout en eux portait la marque de ceux qui ont déjà perdu beaucoup, mais continuent d'avancer.

— Venez avec nous, proposa-t-il.

Harry leva les yeux, surpris.

— Quoi ?

— Rejoignez notre mission. Nous pourrions vous protéger, et vous pourriez nous aider. Il y a peut-être des liens entre vos Horcruxes et les technologies Sith que nous traquons.

Obi-Wan tourna lentement la tête vers Anakin, surpris par sa franchise. Il ne s'attendait pas à cette offre si tôt. Mais il comprit. Anakin ressentait une connexion avec ces garçons, une familiarité étrange avec leur combat.

Harry secoua la tête.

— On ne peut pas. Hermione est quelque part là-dehors, seule. On doit la retrouver. Et on ne peut pas risquer de révéler votre existence à tout le monde. Pas encore.

— Alors on vous aide à rester en vie, dit Obi-Wan.

Il tendit à Harry un petit cylindre métallique, noir mat, à peine plus gros qu'un doigt.

— Ceci est un communicateur crypté. Utilisez-le si vous avez besoin de nous. Où que vous soyez, nous le saurons.

Anakin sortit un petit module triangulaire et l'activa.

— Et ça, c'est un émetteur passif. Il nous permettra de vous retrouver si jamais vous êtes en danger critique.

Harry prit les deux objets avec soin, comme s'ils étaient sacrés.

— Merci, dit-il simplement.

Rex et Cody observaient la scène en silence. Pour eux, ce n'était pas la première mission intergalactique, mais c'était la première fois qu'ils voyaient des adolescents affronter une force aussi perverse avec autant de calme.

— Vous êtes vraiment des durs à cuire, dit Cody en hochant la tête.

Ron esquissa un sourire fatigué.

— Merci, je suppose.

Obi-Wan se redressa.

— Nous devons partir. Notre présence prolongée ici pourrait compromettre votre mission.

Anakin jeta un dernier regard à Harry.

— Ce que vous portez… ce fardeau… vous n'êtes plus seuls. N'oubliez pas ça.

Harry hocha la tête, et pour la première fois depuis longtemps, il sentit quelque chose qui ressemblait à de l'espoir.


Le vaisseau s'éleva dans un grondement doux, ses moteurs masqués par le camouflage sonore. Harry et Ron regardèrent les Jedi disparaître dans le ciel, avalés par les nuages.

— Tu penses qu'on peut leur faire confiance ? demanda Ron, les yeux fixés vers les cieux.

— Je ne sais pas, répondit Harry. Mais je pense qu'ils savent ce qu'ils font.

Il ouvrit la main et observa le communicateur. Un objet simple. Mais il pesait comme un pacte silencieux.

— On doit retrouver Hermione.

— Et vite, ajouta Ron. Parce que si les autres Horcruxes sont comme celui-là… on va avoir besoin de tout l'aide possible.

Ils se mirent en marche, les pas lourds mais plus sûrs qu'avant. La clairière était redevenue calme. Le feu avait disparu, l'ombre aussi. Il ne restait que la neige et la mémoire d'un affrontement entre deux mondes.

Mais désormais, ces mondes n'étaient plus séparés.

Ils se touchaient. Ils se parlaient.

Et la guerre contre Voldemort venait de changer d'échelle.