La brume s'accrochait encore au sol alors qu'Hermione réapparaissait à travers les arbres de la Forêt de Dean, son souffle court, le cœur battant à tout rompre. Elle avait quitté le camp quelques heures plus tôt pour chercher de quoi soigner les égratignures que Ron s'était infligées la veille. Ce qu'elle trouva en revenant fut bien plus inquiétant qu'une plaie mal refermée.
Le sol était retourné, brûlé par endroits. De la mousse arrachée, de la terre éventrée. Des traces de pas entremêlées, profondes, signes d'une lutte ou d'une confrontation intense. Mais ce fut surtout l'expression d'Harry et Ron qui l'arrêta net.
Ils étaient assis sur un tronc, les traits tirés, la peau pâle, le regard fuyant. Le médaillon de Serpentard, fendu net, gisait à quelques mètres, comme s'il avait été pulvérisé par une explosion invisible. L'épée de Gryffondor était posée à côté, tachée d'une étrange suie noire.
— Qu'est-ce qui s'est passé ici ? demanda-t-elle, glacée d'inquiétude.
Harry leva lentement les yeux vers elle, tandis que Ron évitait soigneusement de croiser son regard.
— On a… détruit le médaillon, dit Harry, la voix rauque. Mais ce n'est pas tout. Ils sont revenus.
Hermione s'immobilisa.
— Les Jedi ?
Harry hocha la tête. — Anakin. Obi-Wan. Les deux soldats… Rex et Cody.
Hermione resta silencieuse un instant. Elle se souvenait encore du regard perçant d'Anakin, de sa manière de ressentir chaque variation dans l'air comme un prédateur. De la politesse voilée d'Obi-Wan, aussi calme que la surface d'un lac, mais avec des profondeurs qu'elle n'osait encore sonder.
— Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ? demanda-t-elle enfin.
— Ils n'ont pas eu à dire grand-chose, répondit Ron, la gorge serrée. C'est Anakin qui a détruit le médaillon. Il l'a transpercé, comme si ce n'était rien. Et… la chose qui était dedans… une espèce d'ombre, une horreur. Il l'a anéantie d'un coup. C'était… c'était de la Force, Hermione. On l'a sentie, comme une onde dans tout notre corps.
Hermione blêmit. — Vous avez déclenché une onde ? Vous avez… utilisé la Force ici ?
— Pas nous. Eux, répondit Harry. On n'a rien fait. Mais… ce qu'il y avait dans ce médaillon… c'était comme un écho de Voldemort, mais… amplifié. Tordu. Presque… Sith.
À ces mots, Hermione se tourna brusquement, scrutant la lisière des bois. Ses doigts effleurèrent la baguette dans sa manche. Elle n'ignorait pas qu'ils étaient là. Elle les sentait.
Les Jedi.
Ils n'étaient pas loin, et ils les observaient.
Elle le savait.
Au sommet d'une petite crête boisée, dissimulés par la végétation et un dispositif de camouflage optique que Cody avait installé sur leur position, les Jedi observaient la scène. Anakin, allongé sur le ventre, scrutait les trois adolescents avec attention.
— Elle sait, dit-il à voix basse.
— Elle nous a repérés ? demanda Rex, surpris.
Obi-Wan hocha légèrement la tête.
— Elle a déjà ressenti la Force, lors de notre première rencontre. Son esprit est d'une clarté exceptionnelle. Cela ne m'étonne pas.
— Alors pourquoi attendre ? souffla Cody. Ils sont vulnérables. S'ils ont vraiment détruit un artefact de cette puissance, ils doivent être exposés à des répercussions.
Anakin restait concentré, les lèvres serrées.
— Parce que ce n'est pas encore le bon moment. Ils doivent comprendre. Ce genre d'alliance ne peut pas être imposée. Elle doit naître d'un choix.
— Et si ce choix venait trop tard ? fit remarquer Obi-Wan.
Anakin ne répondit pas. Ses doigts se crispèrent sur la terre, et il ferma les yeux un instant.
— Il approche, dit-il. Je le sens.
Obi-Wan se raidit.
— Voldemort ?
— Non. Pas encore. Mais son influence. Elle s'étend. Quelqu'un… ou quelque chose… s'approche. Une projection. Un fragment. Peut-être un éclaireur envoyé à travers la magie noire. Ce monde se fissure, Obi-Wan. Et il y a des failles que nous ne voyons pas encore.
Sur le camp, l'atmosphère s'électrisa.
— Vous nous cachez quelque chose, dit Hermione brusquement. Vous n'avez pas tout dit. Qu'est-ce qu'ils vous ont dit, exactement ? Quelle est leur mission ici ?
Harry hésita. Il croisa le regard de Ron, puis se redressa lentement.
— Ils poursuivent un homme. Un Seigneur Sith. Dooku. Et un autre… un monstre cybernétique. Grievous. Ils ont découvert ce monde récemment. Et ils pensent que Voldemort pourrait être lié à ce qu'ils appellent le Côté Obscur de la Force.
Hermione inspira brusquement.
— Tu veux dire… que la magie noire et la Force sont connectées ?
— Pas seulement connectées. Peut-être issues de la même source.
Ils restèrent un moment silencieux. Puis, comme si le destin répondait à leur échange, une ombre traversa la clairière.
Pas une silhouette humaine. Une sensation. Un souffle froid. Comme si l'air lui-même avait cessé de respirer.
Hermione se redressa aussitôt, baguette dégainée. Harry et Ron firent de même.
— Ce n'est pas eux, murmura Harry. C'est… autre chose.
— Une illusion, dit Ron, pâle. Un sortilège mental ? Une vision ?
Mais Hermione secouait la tête.
— Ce n'est pas de la magie. C'est…
Elle n'eut pas le temps d'achever. Car la silhouette apparut alors pleinement, projetée comme une ombre déchirée au-dessus du sol. Des yeux rouges flamboyaient dans un visage sans chair, une voix résonnait dans un murmure venu d'un autre plan.
Vous croyez m'échapper ?
Hermione hurla, reculant. La chose avança, flottant sans toucher le sol. Les arbres se tordaient autour d'elle. L'espace semblait plié.
— Ce n'est pas lui ! cria Harry. Ce n'est pas Voldemort ! C'est… une copie !
— Un Horcruxe… murmura Ron.
Le sol trembla.
Et ce fut alors que la lumière jaillit.
Un sifflement strident fendit l'air. Une lame bleue fendit l'ombre en deux. Puis une autre, verte, jaillit de l'obscurité.
Anakin bondit au cœur de la clairière, sabre allumé, suivi d'Obi-Wan. Derrière eux, Rex et Cody établirent aussitôt un périmètre de sécurité, déployant une balise de brouillage et des capteurs de terrain.
L'entité hurla. L'ombre explosa en un tourbillon de ténèbres.
Anakin se planta devant les trois adolescents, sabre en garde.
— Reculez. Ce n'est pas encore fini.
Mais il n'y avait plus rien.
Juste un silence assourdissant, brisé par le bourdonnement sourd de la lame laser encore active.
Harry s'approcha, chancelant.
— Qu'est-ce que c'était ?
Obi-Wan répondit en s'agenouillant près de la trace laissée par la chose.
— Une projection. Une forme d'écho. Ce fragment… n'était pas seulement magique. Il était saturé du Côté Obscur. Et si vous avez raison, s'il s'agit d'un Horcruxe, alors…
— Voldemort utilise une énergie que même nous ne comprenons pas pleinement, termina Anakin. Et il apprend vite.
Hermione, le souffle court, murmura :
— Il est encore vivant.
— Bien sûr qu'il l'est, répondit Harry. Et il sait que nous sommes là.
Obi-Wan se releva lentement.
— Alors nous devons agir. Ensemble.
Hermione le fixa, les yeux brillants d'émotion mêlée.
— Je ne sais pas si on peut vous faire confiance. Mais je sais qu'on ne peut pas faire ça seuls.
Anakin acquiesça.
— Nous non plus. Ce monde est étrange pour nous. Mais le mal qui s'y étend… nous le connaissons trop bien.
Harry s'avança.
— Si Voldemort est en train de… s'étendre dans la Force, comme vous dites, alors il doit être arrêté. Et vous avez besoin de nous pour ça.
— Et nous de vous, répondit calmement Obi-Wan.
Il sortit un petit dispositif ovale et le tendit à Hermione.
— Un canal sécurisé. Vous pourrez nous contacter. Pas de localisation, pas d'émission directe. Juste un lien.
Cody s'approcha à son tour, posant une balise au sol.
— Ce capteur est passif. Il nous permettra de surveiller les fluctuations locales. S'il se passe quoi que ce soit, on saura où venir.
Hermione hocha la tête. Lentement.
Ron, quant à lui, observait les clones avec une fascination non dissimulée.
— Vous êtes tous comme eux ? fit-il, curieux.
Rex esquissa un sourire.
— Pas tous. Mais on fait de notre mieux.
Et pour la première fois, Ron éclata de rire.
Un rire nerveux. Fatigué.
Mais sincère.
Ils n'étaient plus seuls.
Et peut-être, juste peut-être, avaient-ils une chance.
La séparation fut brève.
Les Jedi disparurent aussi vite qu'ils étaient venus, filant vers leur point d'extraction.
Hermione resta un long moment silencieuse, le communicateur serré dans sa main.
— Tu crois qu'on peut leur faire confiance ? demanda Ron.
Elle inspira profondément.
— Non. Mais je crois qu'on doit essayer.
Harry acquiesça.
— Parce que Voldemort… ne se bat plus seulement avec de la magie.
Il regarde la forêt, là où la silhouette spectrale s'était dissipée.
— Il s'ouvre à quelque chose de bien plus dangereux.
Et dans l'air, flottait encore un écho… comme un avertissement.
Le feu et l'ombre étaient liés.
Et la guerre ne faisait que commencer.
