La nuit enveloppait Poudlard d'un silence presque solennel. Dans le bureau du directeur, les ombres dansaient autour des portraits endormis, tandis qu'un feu doux ronflait dans l'âtre. Albus Dumbledore se tenait debout près de sa bibliothèque, mains croisées dans le dos, le regard posé sur un point invisible du mur. À quelques pas de lui, le professeur McGonagall était assise, droite comme un I, les lèvres pincées, attentive. Face à eux, Hermione Granger, visiblement tendue, gardait son calme avec difficulté.
— L'incident de ce soir ne peut pas être ignoré, dit-elle d'une voix posée, mais ferme. Le climat entre Gryffondor et Serpentard devient de plus en plus explosif, et nous savons tous ici que ce n'est pas un simple conflit entre élèves.
McGonagall hocha la tête, les traits tirés.
— Je suis d'accord. Ce n'est plus une querelle de maison. C'est plus profond. Ils sentent tous que quelque chose se prépare.
Dumbledore, toujours silencieux, se retourna lentement, posant son regard bleu perçant sur Hermione.
— Et vous, Miss Granger, que proposez-vous ?
Elle se redressa un peu plus, la voix assurée.
— Je veux rejoindre l'Ordre du Phénix.
McGonagall tourna brusquement la tête vers elle, surprise, mais Dumbledore ne parut pas étonné.
— L'Ordre n'est pas un club secret ni une salle de réunion pour ceux qui veulent « faire quelque chose », dit-il avec gravité. C'est un engagement. Un serment. Et un danger permanent.
— Je le sais, répondit Hermione. J'ai vu… assez pour comprendre ce que cela implique.
Dumbledore observa longuement la jeune femme, puis hocha lentement la tête, presque imperceptiblement.
— Soit. Nous reparlerons de cela sous peu. Mais ce n'est pas la seule chose que vous avez à me dire, n'est-ce pas ?
Hermione baissa brièvement les yeux, pesant ses mots.
— Non, en effet. Mais ce que j'ai à vous dire ne peut pas être partagé ici… ni maintenant.
McGonagall fronça les sourcils, mais Dumbledore leva une main.
— Très bien. Je vous écouterai seule, demain, à l'aube. Vous savez où me trouver.
Hermione acquiesça. L'atmosphère dans le bureau s'était alourdie, chargée d'un savoir à moitié révélé, d'un futur encore voilé.
McGonagall rompit le silence.
— En attendant, nous devons absolument empêcher que ce genre d'affrontement ne se reproduise. Je proposerai une réunion commune entre les préfets de Gryffondor et de Serpentard. Et peut-être quelques heures de travail collaboratif. Forcé.
— Faites ce que vous jugez nécessaire, répondit Dumbledore doucement. Mais les lignes sont déjà tracées dans les cœurs, Minerva. Il faudra plus qu'un devoir commun pour les effacer.
Hermione croisa le regard du directeur, et un instant, elle vit dans ses yeux la sagesse, mais aussi la fatigue d'un homme qui savait ce que l'avenir leur réservait.
Elle prit congé peu après, son esprit en ébullition. Demain, elle parlerait. Et rien ne serait plus jamais comme avant.
L'aube se levait doucement sur Poudlard, une lumière pâle et dorée glissant entre les vitraux colorés de la tour du directeur. Le bureau de Dumbledore baignait dans un calme presque sacré, entre les craquements du vieux bois, les bruissements discrets des tableaux endormis, et le léger sifflement d'une théière enchantée.
Hermione attendait en silence. Debout face à l'imposant bureau, droite et concentrée, elle semblait à la fois tendue et déterminée. Lorsqu'Albus Dumbledore entra, vêtu d'une robe bleu nuit ornée d'étoiles argentées, il l'observa un instant sans dire un mot.
— Miss Granger, dit-il doucement en s'asseyant, vous aviez demandé à me parler.
Elle hocha la tête et s'installa sur le fauteuil en face de lui, croisant ses mains sur ses genoux.
— Oui, professeur. Je voudrais… discuter avec vous de plusieurs choses. L'incident d'hier, d'abord. Et d'autres sujets plus… délicats.
Dumbledore la fixa quelques secondes. Un sourire presque imperceptible se dessina sous sa barbe, mais ses yeux restaient d'une clarté perçante.
— Je vous écoute.
Hermione prit une inspiration.
— L'affrontement entre les Gryffondor et les Serpentard n'est qu'un symptôme. Ce n'est pas un simple conflit de maisons. Ce sont les premiers signes de quelque chose de plus sombre. Certains élèves répètent des mots et des idées qu'ils entendent chez leurs parents. Et si l'on n'intervient pas, ils iront plus loin.
Dumbledore hocha la tête lentement.
— Je partage cette analyse. C'est pour cela que j'ai été attentif à vos méthodes. Vos choix d'enseignement sont… singuliers. Et très éclairés, pour quelqu'un de votre âge.
Il laissa un silence s'installer, mais son regard disait plus que ses mots. Comme s'il la pesait.
— Je crois que vous avez vu bien plus que ce que vous laissez paraître, Miss Granger. Peut-être même… plus que ce que vous devriez savoir.
Hermione soutint son regard sans répondre. Elle ne confirma ni n'infirma. Elle se contenta de dire :
— Disons que je me fie à mon instinct, professeur. Et que certaines vérités s'imposent à moi avec clarté. Comme celle-ci : Voldemort ne s'est pas contenté de la magie noire ordinaire. Il a cherché… l'immortalité.
Dumbledore ne broncha pas. Mais son regard se durcit à peine.
— Vous parlez de ce que l'on appelle… des Horcruxes.
Hermione baissa la voix.
— Je ne sais pas combien il y en a. Mais je sais qu'il en existe. Et qu'ils devront être détruits, si un jour on veut l'arrêter.
Le vieux sorcier resta silencieux un long moment. Puis il murmura :
— Très peu connaissent ce mot. Encore moins osent en parler.
Il se leva, alla vers la fenêtre, les mains croisées dans le dos.
— Vous êtes une sorcière brillante, Miss Granger. Et très courageuse. Trop, peut-être, pour une simple enseignante de Poudlard.
Il se tourna vers elle avec gravité.
— Ce que vous venez de dire… ne doit être partagé qu'avec une extrême prudence. Mais je vous crois. Et je pense qu'il est temps que vous intégriez certains cercles de confiance.
Hermione retint un souffle d'émotion.
— Vous parlez de l'Ordre du Phénix ?
Dumbledore acquiesça, lentement.
— Pas officiellement. Pas encore. Mais vous serez appelée, bientôt. En attendant… nous allons poursuivre cette conversation. Ce soir, ici même. J'aimerais entendre tout ce que vous savez — ou croyez savoir.
Hermione hocha la tête, le cœur battant. Elle se leva, et Dumbledore la raccompagna d'un simple hochement de tête.
Alors qu'elle quittait le bureau, ses pensées tournaient en boucle.
Elle n'avait pas tout dit. Pas encore. Mais c'était un début.
