La nuit avait été éprouvante.
Hermione s'était réveillée en sursaut, le souffle court, le front trempé de sueur. La chambre de ses appartements au troisième étage était plongée dans l'obscurité, mais les images dans son esprit, elles, étaient plus vives que jamais : la voix tranchante de Bellatrix, les éclats de rire déments, la morsure brûlante de la lame contre sa peau. Elle avait rêvé — ou plutôt revécu — les tortures de la cave des Malefoy.
Elle s'était levée d'un bond, le cœur battant à tout rompre, la main crispée sur son avant-bras. Là où, dans le futur, Bellatrix avait gravé un mot ignoble à l'aide de sa dague.
Hermione mit plusieurs secondes à reprendre son souffle. Puis, sans un mot, elle fila sous une douche glacée. L'eau froide lui arracha un frisson, mais elle avait besoin de ça : de cette morsure qui la ramenait à la réalité.
Une fois habillée, elle jeta un coup d'œil dans le miroir. Ce matin, elle avait opté pour une robe noire élégante, près du corps, au col carré, accompagnée d'un maquillage sobre, presque absent, et de bijoux dorés discrets mais raffinés. Elle n'avait pas envie de cacher sa force aujourd'hui. Ni ses blessures.
En descendant vers la salle de lecture, elle croisa Lily dans un couloir désert.
— Bonjour, professeur, dit la jeune fille, en lui adressant un sourire.
Hermione lui rendit un sourire doux. Puis, remarquant le regard de Lily qui s'attardait sur son bras — à peine dissimulé par le tissu fin — elle s'arrêta.
— Oh… ça ? dit-elle en relevant légèrement la manche.
On pouvait distinguer la trace estompée de lettres gravées, comme une vieille brûlure en surface.
Lily fronça les sourcils, concernée.
— C'est une… cicatrice ?
Hermione acquiesça lentement, pesant ses mots.
— Une erreur de jeunesse. J'étais… impliquée dans quelque chose de dangereux. Je me suis retrouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.
Lily, visiblement troublée, hocha la tête, sans insister.
— Ça a l'air douloureux.
Hermione referma doucement sa manche, les yeux un peu absents.
— Ça l'a été. Mais j'ai survécu. Et j'ai appris. C'est pour ça que j'enseigne aujourd'hui, Lily. Pour que vous n'ayez jamais à vivre ça.
La jeune Gryffondor la regarda avec un mélange de respect et de tendresse.
— Vous êtes bien plus que ce que vous montrez.
Hermione esquissa un sourire triste.
— Toi aussi, Lily. Où te rendais tu ?
- A la bibliothèque, je rejoins les garçons.
- Comme tu es seule, je vais t'accompagner si tu le veux bien.
Lilly sourit à son professeur et hocha la tete, elles reprirent leur chemin ensemble, en silence.
Le silence régnait dans la salle des professeurs, interrompu seulement par le craquement du feu dans la cheminée et le froissement des pages d'un vieux numéro de La Gazette du Sorcier que feuilletait distraitement le professeur Flitwick. Le ciel par la fenêtre était teinté d'orangé, et les dernières lueurs du jour se reflétaient sur les carreaux poussiéreux.
Minerva McGonagall était assise près de la fenêtre, une tasse de thé entre les mains. Elle observait sans vraiment le voir le jardin intérieur, l'esprit ailleurs.
— Elle est… différente, dit-elle soudain.
— Miss Granger ? demanda le professeur Slughorn en relevant les yeux de son verre de vin de groseille.
McGonagall hocha lentement la tête.
— Elle enseigne avec une conviction rare. Et elle a une manière très… personnelle de parler aux élèves. On dirait qu'elle sait ce qu'ils vont devenir.
— Je l'ai vue aujourd'hui, intervint le professeur Chourave depuis son fauteuil. Elle passait devant la serre trois avec des Serpentards à la traîne… et pas un ne pipait mot. Vous en connaissez beaucoup, vous, des professeurs qui tiennent Evan Rosier et Rabastan Lestrange par un simple regard ?
Slughorn soupira en remuant son verre.
— C'est une femme brillante, indéniablement. Ses cours sont solides, bien construits… et elle connaît la magie noire comme peu d'entre nous. Cela dit… il y a chez elle quelque chose de douloureux, comme si elle portait un fardeau.
Flitwick ferma doucement son journal, pensif.
— Je me demande si elle n'a pas vu plus de batailles qu'elle ne veut l'admettre. Parfois, quand elle pense qu'on ne regarde pas… elle a ce regard. Celui de ceux qui ont vu trop de pertes.
McGonagall acquiesça, pensive.
— Elle ne m'a jamais dit d'où elle venait vraiment. Mais elle m'a demandé un jour si je croyais que certains élèves pouvaient changer… même les plus sombres. Et elle parlait comme quelqu'un qui sait qu'il y aura une guerre.
Un silence passa, chacun absorbé dans ses réflexions.
— Et elle porte cette cicatrice au bras, ajouta Chourave, à voix basse. Je ne l'ai vue qu'une fois, brièvement. Ce n'est pas une blessure anodine. C'est… un message, gravé à même la peau.
Slughorn fronça les sourcils.
— Vous croyez qu'elle a été marquée par les Mangemorts ?
— Ou par ce qu'ils représentent, répondit Flitwick d'un ton grave. Ce qui est parfois pire.
McGonagall finit son thé d'une gorgée.
— Quoi qu'elle ait vécu, elle est ici maintenant. Et les élèves l'écoutent. Même Sirius Black. Même Rogue.
Elle posa la tasse, droite sur sa chaise.
— Je ne sais pas d'où elle vient… mais je crois qu'elle est là pour une raison.
Slughorn, pour une fois, ne répondit pas avec une boutade.
Et dans le silence retombé, un autre feu sembla s'allumer, invisible : celui de la méfiance, de la curiosité… mais aussi de l'espoir, car Hermione Granger n'était pas un professeur comme les autres.
Elle était, à leurs yeux, un mystère vivant.
Le soleil se couchait lentement sur les tours de Poudlard, projetant de longues ombres dans les couloirs de pierre. Dans une salle d'étude du premier étage, quelques élèves de septième année traînaient encore après un cours particulièrement marquant de Défense contre les Forces du Mal.
Autour d'une table en U, James Potter, Sirius Black, Lily Evans, Remus Lupin et Marlene McKinnon griffonnaient quelques notes, bien qu'aucun ne semblait concentré sur son parchemin.
— Elle a intercepté un sort impardonnable sans ciller, souffla Marlene. Rabastan aurait pu lui lancer n'importe quoi, et elle ne bronche même pas.
— Elle l'a bloqué avant qu'il ait fini l'incantation, précisa Remus. Ce n'est pas juste du talent, c'est une précision surnaturelle.
James, adossé à sa chaise, hocha lentement la tête.
— C'est fou, mais je crois qu'on est tous d'accord. Elle n'est pas juste brillante… Elle nous voit. Comme si elle savait ce qu'on valait, ce dont on est capables.
Lily fixait le vide, le visage encore un peu pâle après avoir été la cible de Rabastan. Puis elle déclara, presque dans un murmure :
— Elle m'a protégée sans une seconde d'hésitation. Pas comme une prof, non… Comme une soldate. Comme une sœur.
Sirius lança un regard en coin à Remus, qui ne se priva pas de le taquiner :
— Et toi, Padfoot, tu comptes avouer que tu es un peu trop fasciné par ses robes noires et ses manières énigmatiques ?
— Ce n'est pas que ça, grogna Sirius, les joues rouges. Elle a du cran, de la puissance. C'est pas commun chez les profs. Elle fait peur, un peu. Mais ça me plaît.
— Tu as un faible pour elle, railla James, hilare. Et pour une fois, c'est pas juste parce qu'elle te colle des retenues.
Sirius haussa les épaules, faussement désinvolte.
— Qu'est-ce que tu veux… J'ai toujours eu un goût pour les femmes dangereuses.
— Elle n'est pas dangereuse, coupa Lily d'un ton plus sérieux. Elle est fatiguée. Je l'ai vue ce matin, juste avant le cours… Ses yeux, c'était pas la fatigue d'un prof qui corrige trop de copies. C'était celle de quelqu'un qui dort avec une baguette sous l'oreiller.
Un silence tomba. Remus reprit doucement :
— Elle en sait long sur la guerre. Sur notre guerre. Et on n'en est même pas encore là.
Au fond de la salle, deux élèves de Serdaigle écoutaient discrètement. L'un d'eux murmura à l'autre :
— Tu crois qu'elle a été Auror ? Ou quelque chose du genre ?
— Je crois qu'elle cache bien plus que ça, répondit l'autre, pensif. Mais une chose est sûre : elle est de notre côté.
Dans les couloirs de l'école, l'aura d'Hermione Granger s'épaississait comme une légende naissante. Respect, crainte, admiration… Peu à peu, elle devenait une figure autour de laquelle les regards se rassemblaient.
Un mystère vivant, oui… mais aussi un flambeau.
