La nuit était tombée depuis longtemps sur Poudlard lorsque le professeur Granger franchit, pour la première fois, les portes d'un salon feutré dissimulé au dernier étage de l'aile Est — une pièce qu'aucun élève ne connaissait, protégée par un enchantement aussi ancien que puissant.
Autour d'une table ronde, plusieurs visages familiers et inconnus se tournèrent vers elle à son entrée. Dumbledore, comme toujours, se tenait à la tête de la table, son regard pénétrant mais calme.
— Professeur Granger, bienvenue. L'Ordre du Phénix est honoré de vous compter parmi ses membres.
Hermione inclina la tête, contrôlant son souffle. Elle ressentait le poids du moment. Celui des regards, de la confiance, de l'Histoire. Et du futur qui, pour elle, avait déjà été.
Assis près de Dumbledore, elle reconnut immédiatement Alastor Maugrey — encore jeune mais déjà borgne, l'œil magique pivotant nerveusement. À côté de lui, Elphias Doge lui adressa un sourire doux, tandis qu'Emmeline Vance et Marlene McKinnon la jaugeaient avec intérêt.
Frank et Alice Londubat, plus jeunes qu'elle ne les avait jamais connus, lui adressèrent un signe de tête solennel.
— Vous avez fait forte impression, dit calmement Maugrey. Une sorcière qui désarme un sortilège impardonnable sans vaciller, ça mérite un siège ici.
Hermione prit la parole avec mesure.
— Je ne suis pas là pour les compliments. Je suis ici pour vous aider. Il y a des choses que je... soupçonne. Des choses qui vont venir. Et je crains qu'on ne soit pas prêts.
Un silence pesant s'installa. Dumbledore l'observait toujours, mais ne dit rien. Il semblait attendre qu'elle choisisse ses mots.
— Le climat change. Voldemort rassemble ses forces. Son nom, vous allez l'entendre de plus en plus souvent. Et ceux qu'il attire... ne sont pas tous des étrangers.
— Vous parlez des élèves ? demanda doucement Alice, les sourcils froncés.
Hermione hocha la tête. — Certains sont déjà sensibles à son idéologie. Et plus encore : certains testent les limites, comme s'ils sentaient que les règles de ce monde commencent à vaciller.
— Nous les surveillons, dit Dumbledore. Mais vous avez raison : il est temps d'agir. D'anticiper.
Frank posa ses bras sur la table, les yeux sombres. — Comment savez-vous tout ça, professeur Granger ? Vous parlez comme si vous l'aviez déjà vécu.
Hermione resta silencieuse un moment, puis répondit simplement :
— J'ai vu ce que la guerre fait aux gens. J'ai vu ce qu'elle prend. Et je ne veux pas que cette génération en paie le prix.
Les regards s'échangèrent lentement autour de la table. Il y avait de la méfiance, un peu. Mais surtout du respect. Et un début de compréhension.
— Alors vous êtes des nôtres, conclut Dumbledore, la voix grave. Et c'est une bonne chose. L'Ordre du Phénix aura besoin de votre force. Et de votre mémoire.
Hermione s'assit enfin, entre Emmeline et Alice. Et pour la première fois depuis son arrivée dans ce passé incertain, elle sentit qu'elle n'était plus seule.
Une nouvelle ère se dessinait. Et cette fois, elle la vivrait autrement.
La réunion s'était poursuivie tard dans la nuit. Les flammes dans la cheminée du salon secret jetaient des ombres tremblantes sur les visages réunis autour de la table. Le ton était devenu plus sérieux, presque grave, lorsque Dumbledore, les mains croisées devant lui, lança d'une voix posée :
— Je pense qu'il est temps d'envisager de préparer certains élèves. Pas pour les envoyer au combat… mais pour les éveiller. Leur offrir une vision plus large que celle des murs de l'école.
Le silence fut immédiat. Puis McGonagall, assise droite à sa gauche, se tourna brusquement vers lui.
— Albus… ce sont des enfants.
— Certains de ces enfants sont plus lucides que bien des sorciers adultes, répondit Dumbledore sans hausser le ton. Et ils seront directement concernés. Nous n'avons pas le luxe de les protéger par ignorance.
Hermione resta silencieuse un instant, le regard baissé, avant de poser sa voix dans la conversation :
— Minerva a raison de s'inquiéter. Mais vous avez raison aussi, professeur. C'est pourquoi je propose une alternative.
Tous les regards se tournèrent vers elle.
— Et si nous les formions… à la manière d'un apprentissage parallèle ? Défense, stratégie, esprit critique. Mais sans leur parler directement de l'Ordre. Pas encore. Lorsqu'ils quitteront Poudlard, alors ils auront le choix. En connaissance de cause. Pas avant.
McGonagall sembla hésiter, sa mâchoire serrée.
— Et qui décidera de ceux qui sont "dignes" d'être formés ? interrogea-t-elle.
— Ils se révéleront d'eux-mêmes, répondit Hermione doucement. Comme nous l'avons fait, autrefois. Il ne s'agira pas de favoritisme, mais de responsabilité. Nous devons simplement… leur ouvrir une porte.
Un court silence suivit. Puis Dumbledore acquiesça d'un hochement lent de la tête.
— Soit. C'est une approche raisonnable. Miss Granger, je vous charge d'évaluer discrètement les élèves. Vous ne serez pas seule. Franck, Alice, Marlene… vous aurez l'œil.
Il se redressa ensuite, l'air soudain plus grave.
— En attendant, une mission nous attend. Les rumeurs concernant un artefact disparu dans les ruines de Caer Dallben s'intensifient. Un objet ancien, maudit, qui pourrait être entre les mains des partisans de Voldemort.
— Quelle sorte d'objet ? demanda Maugrey en se penchant en avant.
— Un médaillon. Noir. Inflexible à la magie classique. Il pourrait être bien plus qu'une simple relique.
Hermione sentit un frisson glacé courir le long de son dos. Ce médaillon, elle en avait entendu parler. Trop de fois.
— Je veux un petit groupe, poursuivit Dumbledore. Discret, rapide. Hermione, Franck, Emmeline. Vous partez demain matin.
McGonagall inspira lentement, visiblement contrariée. Mais elle ne dit rien. Pas tout de suite.
Hermione croisa son regard, et dans celui de Minerva, elle lut ce qu'elle ne disait pas : la peur de perdre encore.
Mais ce combat, elles le mèneraient ensemble — sur deux fronts : celui de la guerre qui s'approche… et celui des jeunes qu'il fallait protéger, sans les aveugler.
