La nuit était tombée sur le Londres sorcier, mais Knockturn Alley semblait plus vivante que jamais. Ombres encapuchonnées, vitrines aux reflets empoisonnés… Franck, Alice, et Hermione s'étaient dispersés en suivant des instructions précises : récupérer un artefact volé dans une boutique tenue par un ancien Mangemort, désormais reclus.

Hermione, dissimulée sous un sortilège d'invisibilité, s'approcha d'une arrière-cour étroite. Son cœur battait avec force. Elle reconnaissait ce lieu : dans le futur, elle l'avait vu en ruines, ravagé par une explosion magique.

Une silhouette sortit de l'ombre. Ce n'était pas leur cible. C'était Mulciber. Plus jeune, mais déjà cruel. Il tenait une baguette entre ses doigts comme une lame.

— Je sens ta présence, Granger…

Il avait deviné. Hermione leva sa baguette, dévoilée. Il attaqua.

— Sectum—

— Expelliarmus ! hurla-t-elle, juste à temps. Son sort explosa contre le mur, mais elle vacilla sous la puissance noire.

Un cri à sa gauche — Franck, touché. Alice riposta aussitôt, neutralisant Mulciber.

Hermione s'agenouilla près de Franck. Il saignait à l'épaule, mais il souriait.

— Tu m'avais dit que ce serait calme, murmura-t-il en grimaçant.

— J'ai menti, dit-elle doucement, et elle referma ses doigts sur la pierre maudite. Une chaleur glacée monta dans son bras. Mais elle tint bon.

Ils quittèrent l'allée en silence, plus sombres, mais avec l'artefact en sécurité.


Le lendemain matin, les couloirs de Poudlard étaient traversés de lumière dorée filtrant à travers les hautes fenêtres, et la Grande Salle bourdonnait d'une ambiance paisible. Hermione entra d'un pas assuré, un tailleur beige parfaitement ajusté rehaussant sa silhouette élégante et sobre. Ses cheveux étaient relevés en un chignon souple, et seuls deux discrets bracelets dorés ornaient ses poignets.

Elle n'eut pas besoin de lever les yeux pour sentir quelques regards se tourner vers elle.

À la table des Gryffondor, Sirius Black leva la tête machinalement au moment même où elle passait près des professeurs. Son regard s'attarda une seconde de trop.

— Tu veux peut-être lui tirer la chaise, souffla James en coin, moqueur.

— Ou lui écrire un poème, ajouta Remus, l'air faussement songeur.

— Ou demander un cours particulier, murmura Lily, souriante, sans même lever les yeux de son jus de citrouille.

Sirius fit claquer sa langue, agacé.

— Vous êtes tous ridicules.

James éclata de rire.

— Dis-le à ton regard, pas à nous.

Sirius se renfrogna, puis détourna les yeux, concentrant toute son attention sur son assiette — sans grande conviction.

Hermione, de son côté, discutait déjà avec le professeur Flitwick au sujet de l'aménagement d'une salle secondaire. Elle avait une nouvelle proposition pour ses élèves les plus avancés, et après la mission de la veille, l'évidence s'était imposée à elle : il était temps de leur apprendre à défendre non seulement leurs corps… mais leurs esprits.

Plus tard dans la matinée, elle convoqua les septième années pour une annonce importante. Lorsqu'ils arrivèrent, elle les attendait, droite au centre de la salle de classe, sa baguette posée devant elle sur une table, le regard déterminé.

— Jusqu'à présent, nous avons parlé de protections physiques : sorts de bouclier, enchantements défensifs, esquive. Mais il existe un autre champ de bataille que vous ignorez encore…

Elle laissa un court silence, les fixant un à un.

— Vos pensées. Vos souvenirs. Votre volonté.

Quelques élèves échangèrent un regard intrigué.

— À partir de la semaine prochaine, j'ouvrirai un module volontaire sur l'Occlumencie et la Legilimencie. Ce n'est pas un cours facile. Ce n'est pas un jeu. Ce que vous apprendrez peut vous protéger… ou vous détruire si vous l'utilisez mal.

Remus fronça légèrement les sourcils. Lily sembla soudain plus alerte. Sirius, lui, croisa les bras, l'air curieux.

Hermione reprit, plus douce :

— Ceux qui souhaitent participer me le feront savoir d'ici demain. Je prendrai six élèves maximum. Et je vous le dis maintenant : je lirai en vous. Ce ne sera pas agréable.

Un silence tendu s'installa, plus lourd que prévu.

Puis une main se leva.

— J'en suis, dit James Potter.

Hermione hocha doucement la tête, sans surprise.

— Très bien. À vous de réfléchir. C'est une forme de défense… mais aussi un miroir.

Elle rangea sa baguette, et les élèves commencèrent à sortir, en proie à une nouvelle forme d'appréhension.

Elle croisa le regard de Sirius au moment où il passait. Il ne dit rien. Mais il ne sourit pas non plus. Et Hermione vit, dans ses yeux sombres, quelque chose qu'elle ne s'attendait pas à trouver : une ombre familière.


Quelques jours plus tard, à la tombée du jour, une salle de classe inoccupée du deuxième étage avait été vidée de ses bureaux. Les murs avaient été tapissés de sortilèges de silence, et des rideaux noirs, enchantés, masquaient les hautes fenêtres. L'atmosphère était feutrée, presque solennelle.

Hermione attendait, droite, les bras croisés. Sa robe d'un bleu profond ondulait doucement autour d'elle, et seule la lumière des chandelles flottantes éclairait la pièce.

Un à un, les élèves arrivèrent : Lily, les traits déterminés ; James, silencieux pour une fois ; Remus, concentré ; Sirius, nerveux sans l'admettre ; Severus, impassible comme une statue de marbre ; et Aëlys Thorne, dernière à entrer, ses longs cheveux bruns attachés en tresse sur le côté, les yeux observateurs.

Hermione ferma la porte derrière eux.

— Vous êtes ici parce que vous en avez fait le choix, dit-elle simplement. Je ne vous ménagerai pas. Ce que vous apprendrez n'est pas enseigné à Poudlard. Pas officiellement. Et certainement pas à votre âge.

Elle marqua une pause, puis les observa un à un.

— L'Occlumencie est l'art de fermer son esprit. La Legilimencie, celui d'ouvrir celui des autres.

Sirius haussa un sourcil.

— C'est un peu… illégal, non ?

Hermione esquissa un sourire très léger.

— Cela dépend de ce que vous en faites. Comme tous les pouvoirs. Ce n'est pas l'outil qui est dangereux… mais la main qui le tient.

Elle sortit sa baguette.

— Ce soir, nous commencerons par des exercices de base. Résister à l'intrusion. Protéger une pensée simple. Fermer l'accès. Une à une, je passerai parmi vous.

James serra les mâchoires. Severus plissa imperceptiblement les paupières. Lily inspira doucement.

Hermione se tourna vers Aëlys.

— Mademoiselle Thorne, vous serez la première.

La jeune Serdaigle s'avança, droite, déterminée. Hermione leva sa baguette.

— Legilimens.

La baguette vibra. Le regard d'Hermione se fixa dans celui d'Aëlys. Une image surgit : une bibliothèque, des piles de livres, une main tremblante... puis tout devint flou.

Hermione cligna des yeux et recula.

— Très bien. Vous avez naturellement une barrière mentale. Ce sera votre point fort.

Un murmure d'admiration parcourut le groupe.

Hermione enchaîna. James, ensuite, qui tenta de détourner mentalement l'attention par l'humour (et échoua). Lily, dont l'esprit était aussi ordonné qu'un grimoire parfaitement rangé. Remus, dont la discipline mentale impressionna Hermione.

Sirius, lui, était un champ de bataille d'émotions sous contrôle fragile. Elle mit fin à l'exercice plus vite que prévu.

Et enfin, Severus.

Hermione n'eut pas besoin de formules. Quand elle le regarda, il leva lentement sa baguette, comme pour rendre la pareille. Hermione acquiesça d'un signe discret.

Ils s'observèrent un instant.

Puis : Legilimens.

L'instant suivant, elle fut heurtée par une vague froide : un souvenir indistinct, des cris, une silhouette féminine fuyant... puis une douleur vive. Elle rompit le sort avant que ça ne l'emporte.

Severus, lui, respirait plus fort, mais ne disait rien.

— C'est suffisant pour ce soir.

Hermione se redressa, la voix calme.

— Ce que vous venez de vivre n'est qu'un avant-goût. À partir de maintenant, vous tiendrez un journal de vos progrès mentaux. Rêves, pensées fugitives, émotions fortes. Apprenez à vous observer. À vous comprendre. Sans cela, vous ne saurez jamais où tracer vos propres lignes de défense.

Les élèves quittèrent la pièce en silence, comme si quelque chose d'invisible venait de les lier.

Hermione, seule dans la salle, regarda le vide un moment. Elle savait que ce qu'elle leur apprenait pouvait les sauver. Mais aussi les abîmer.

Et elle n'était pas certaine que tous en sortiraient indemnes.


La nuit était tombée sur le château, mais Lily n'arrivait pas à dormir.

Allongée sur son lit à baldaquin, les rideaux tirés, elle fixait le plafond sans vraiment le voir. Son esprit bourdonnait encore du choc de l'exercice. Hermione Granger n'avait même pas eu besoin d'un mot : à peine son regard avait-il croisé le sien qu'elle s'était sentie… fouillée. Doucement, mais sûrement. Comme si l'on avait ouvert une fenêtre qu'elle croyait pourtant verrouillée.

Et ce souvenir… Celui d'une lettre froissée dans sa main. Des mots écrits à la hâte, qu'elle n'avait jamais osé envoyer à Severus. Cette douleur-là, elle la croyait bien enfouie.

Mais Hermione l'avait vue.

Et elle n'avait rien dit.

Pas un mot. Pas un regard en coin. Rien d'autre qu'un simple hochement de tête et un retour au calme.

Lily soupira, puis se leva. Pieds nus, elle quitta la tour de Gryffondor en silence et descendit jusqu'à la salle commune, un livre serré contre elle.

Elle ne s'attendait pas à y trouver Remus Lupin, assis près de la cheminée, les yeux rivés à un carnet qu'il remplissait à la plume.

— Toi aussi, tu n'arrives pas à dormir ? demanda-t-elle doucement.

Il releva la tête et lui sourit.

— Je crois que mon esprit a encore du mal à se remettre en ordre. Tu veux t'asseoir ?

Elle hocha la tête. Pendant quelques secondes, seul le crépitement du feu résonna entre eux.

— Tu l'aimes bien, hein ? dit-elle, plus pour elle-même que pour lui.

Remus leva un sourcil.

— Miss Granger ? Je la respecte, oui. Elle est… différente.

— Tu trouves pas qu'elle cache quelque chose ? poursuivit Lily en fronçant légèrement les sourcils. Elle connaît trop de choses. Trop bien. Comme si elle savait déjà ce qu'on pense avant même qu'on le dise.

Remus soupira, refermant son carnet.

— Peut-être. Mais ce n'est pas une mauvaise chose. Elle a l'air… de porter un poids. Quelque chose qu'elle ne peut pas partager. Et pourtant, elle essaie quand même de nous aider.

Lily observa les flammes un moment.

— Je crois que j'ai peur d'elle. Juste un peu.

Remus eut un léger rire.

— Moi aussi. Et c'est peut-être pour ça qu'on apprend autant avec elle.

Un bruit sur les marches attira leur attention.

Sirius entra, les cheveux en bataille et un sourire fatigué aux lèvres.

— Ah, la réunion des âmes torturées. Je me disais que je serais pas le seul à cogiter ce soir.

Remus lança un regard amusé à Lily.

— Parle pour toi, Black. Moi je prends des notes.

— Évidemment, répondit Sirius en s'affalant sur un fauteuil. T'as déjà rédigé ton autobiographie mentale ?

— J'y pense, répondit Remus, pince-sans-rire. Et toi, t'as arrêté de rêver d'elle ?

Sirius fit mine de tomber de son fauteuil.

— Oh non, Moony… tu commences déjà avec tes insinuations ? Je t'en prie, Lily est là.

— Justement, fit-elle avec un sourire moqueur. T'as rougi tout à l'heure quand elle a posé sa main sur ton épaule. Tu veux qu'on en parle ?

Sirius grogna en cachant son visage derrière un coussin.

— Vous êtes cruels. Je demande l'asile chez les Poufsouffles.

Lily rit doucement, puis redevint sérieuse.

— Vous pensez qu'elle nous prépare à quoi, vraiment ?

Remus échangea un regard avec elle, puis avec Sirius, qui haussa les épaules.

— À la guerre, répondit-il simplement.

Le silence retomba. Mais il était moins lourd qu'avant. Ils savaient tous les trois que quelque chose approchait. Et qu'Hermione Granger n'était pas là pour leur faire réciter un manuel.

Elle était là pour leur apprendre à survivre.