Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux appartient à J.R.R. Tolkien. Et Final Fantasy 7 à Square Enix.
Chapitre 23 :
L'Esprit des collines
Quitter la maison de Tom Bombadil fut difficile.
Après avoir passé une nuit paisible dans sa demeure, revenir dans la forêt avait un effet des plus refroidissant sur les Hobbits et Lowen.
Le propriétaire des lieux et sa dame leur avaient fait cadeau de vivres avant leur départ. Les sacs des Hobbits étaient pleins à craquer de pain blanc, de rayons de miel, de baies et de petites bouteilles remplies de crème.
Lowen avait demandé à Tom s'il pouvait lui procurer un sac pour qu'elle puisse alléger un peu les leurs, mais les Hobbits avaient paru choqués à l'idée qu'elle doive porter quelque chose. La galanterie semblait naturelle, chez les Hobbits.
Baie d'Or avait même eu la gentillesse de donner à Lowen une nouvelle tenue.
La jeune fille n'était pas une grande fan des robes, elle se sentait généralement mieux en pantalon. Mais la robe offerte par la nymphe était aussi belle que confortable. Le tissu était couleur vert d'eau. Une longue cape, d'un beau vert foncé, recouvrait ses épaules. Une ceinture faite avec des joncs entourait sa taille, soutenant une petite bourse dans laquelle la jeune fille avait rangé son téléphone. Elle portait toujours son sabre en bandoulière, ses bracelets à matéria et son collier. Les cheveux tressés en natte, la jeune fille lançait parfois un regard à ses nouvelles chaussures. Baie d'Or n'avait pas voulu lui révéler en quelle matière elles étaient faites. Ça ressemblait à du cuir, pourtant l'intérieur était aussi confortable que si elle portait des chaussettes douces.
Tandis qu'ils reprenaient leur route, la jeune fille réfléchit. Elle aurait aimé demander à Baie d'Or pourquoi elle se sentait si bizarrement connectée à elle, mais lorsqu'elle avait vu Frodon au petit déjeuner, elle s'était souvenue de la scène d'hier soir. Le Hobbit avait évité son regard toute la matinée, tant il semblait gêné. Sam en avait eu conscience et s'était assis à table entre lui et la jeune fille.
Lowen était blessée par cette nouvelle barrière dressée entre elle et les Hobbits. Merry et Pippin n'avaient rien remarqué, tant ils étaient concentrés sur le petit déjeuner.
Lorsque la maison de Tom ne fut plus visible dans leur dos, Lowen réfléchit. Comment aborder le sujet avec les Hobbits ?
Soudain, le hurlement d'un loup résonna dans le lointain.
« Des loups ! » souffla Sam, inquiet.
« Bah, nous avons la dame Lowen pour nous protéger ! » dit Pippin sur le ton de la plaisanterie.
Lowen s'arrêta et, les poings sur les hanches, se tourna vers les Hobbits.
« Vous me faites assez confiance pour vous protéger, mais pas pour me dire ce que vous tramez ? »
« De quoi parlez-vous ? » s'étonna Pippin.
« Oh, je ne sais pas… peut-être du fait que vous voyagez avec l'Anneau de Sauron sur vous ?! »
Frodon, Pippin et Merry se crispèrent. Sam se glissa devant son maître, les doigts crispés sur son bâton.
« De quoi parlez-vous, dame Lowen ? » demanda Merry sur un ton qu'il espérait innocent.
« Oh, arrêtez avec vos dame Lowen ! Vous me prenez pour une idiote ? Je sais très bien ce qu'il y a dans votre poche, Frodon ! Maintenant, dites-moi la vérité, tous les quatre ! Vous avez l'intention de quitter la Comté pour vous rendre au Mordor et donner cet anneau à Sauron ?! »
« Quoi ? Non ! Au contraire, c'est pour empêcher l'ennemi de le retrouver que j'ai quitté la Comté », dit le Hobbit.
Lowen plissa les yeux. Il semblait paniqué, mais sincère.
« Et où vous rendez-vous, réellement ? »
« À Fondcombe, à l'est. »
La jeune fille se détendit. Fondcombe… C'était là que Glorfindel avait voulu l'emmener, quand elle était enfant.
« D'accord, je vous crois… Désolée de m'être énervée. »
« Vous… Vous n'êtes plus fâchée ? » demanda Frodon.
En le voyant avec l'air si inquiet, Lowen eut un sourire désolé. Elle avait été trop dure, elle s'en rendait compte. Il n'avait rien à voir avec Sauron, tout comme les trois autres.
La jeune fille se mit à genoux devant eux.
« Je regrette de vous avoir parlé comme ça, c'est juste que… j'ai toujours détesté Sauron et tout ce qui se rattache à lui. Alors, de découvrir que vous avez sur vous un objet qui lui appartient, cela m'a mise sur la défensive. »
« Qu'entendez-vous par détesté Sauron ? On croirait que vous le connaissez », demanda Merry, les yeux plissés.
Lowen se mordit la lèvre. Elle en avait trop dit.
« Désolée, je n'aime pas en parler », dit-elle en se relevant.
« Eh ! Vous dites que vous avez besoin de notre confiance », releva Sam. « Mais ça marche dans les deux sens, ces choses-là. »
La jeune fille cessa de marcher pour se tourner lentement vers les Hobbits.
« C'est vrai, Sam. C'est juste que… c'est un sujet douloureux. »
Que pouvait-elle leur dire ? Pas tout, d'autant qu'une bonne partie de son histoire était trop incroyable, mais elle pouvait au moins leur donner une demi-vérité.
« Je suis née avec un peu de magie en moi, même si ça ne fait pas vraiment de moi une magicienne comme Gandalf. Et Sauron l'a toujours su. Il m'a repérée à l'âge de sept ans et il est entré en contact avec moi. »
En entendant cela, les Hobbits écarquillèrent les yeux de surprise.
« Vous avez vu Sauron ? Le Sauron ? » demanda Pippin.
« Pas sous sa vraie forme. Il s'est déguisé en une espèce de fantôme et m'a fait croire qu'il voulait être mon ami. Et j'ai bien failli marcher. J'avais beau être jeune, je sentais qu'il y avait quelque chose qui clochait, mais je n'en ai parlé à personne, j'avais peur qu'on me rie au nez. Une enfant qui voit des fantômes, ça n'était pas très crédible. Et… j'avais des problèmes avec les gens qui s'occupaient de moi. Je ne leur faisais pas confiance non plus. »
« Pourquoi ? Votre famille était méchante ? »
« Ce n'était pas ma famille. Juste des gens chargés de s'occuper de moi. Certains d'entre eux étaient gentils, d'autres me traitaient comme si j'étais un monstre. Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait et je me posais des questions. J'avais envie de savoir qui étaient mes parents et pourquoi je me sentais si différente. Un jour, j'ai désobéi à mes tuteurs et j'ai fouillé dans leurs affaires. On m'a prise sur le fait, on m'a punie et abandonnée dans une forêt semblable à celle-ci. »
À ces mots, les Hobbits parurent horrifiés.
« On vous a abandonnée enfant dans un endroit comme celui-là ?! » s'indigna Sam.
« Oui… Heureusement, un rôdeur m'a trouvée. Un Elfe l'a rejoint, un certain Glorfindel, qui était au courant de ma situation. Il a voulu m'emmener à Fondcombe, mais des créatures envoyées par Sauron ont tenté de m'enlever. J'ai réussi à leur échapper, mais j'ai aussi perdu la trace de mes sauveurs. Finalement, c'est un Homme du nom de Sephiroth qui m'a retrouvée. Il a eu la gentillesse de m'adopter et j'ai vécu une vie normale avec lui et ses trois frères… Jusqu'à ce que je me retrouve ici. »
Lowen fit silence, attendant une réponse de la part des Hobbits. Frodon et Sam semblaient navrés, tandis que Merry et Pippin semblaient partagés entre colère et pitié.
« On est désolés pour vous, mademoiselle Lowen », dit Sam.
« Pourquoi ? Ce qui m'est arrivé n'est pas de votre faute. »
« Non, mais ça n'en est pas moins injuste », dit Frodon. « Je comprends votre aversion des secrets et votre méfiance à mon égard. Mais je vous assure que nous ne sommes pas des serviteurs de l'Ombre. Gandalf a seulement jugé plus sûr que ce soit moi qui emmène l'Anneau à Fondcombe. »
Gandalf… Encore ce magicien. Lowen pensa brièvement à Radagast. Qu'était-il devenu, celui-là ?
« Si vous voulez poursuivre votre route de votre côté, je comprendrai », poursuivit le Hobbit.
Lowen secoua la tête.
« Ne dites pas de bêtises, je ne vais pas vous laisser affronter les loups sans mon aide. Vous ne m'avez pas laissée toute seule face au Vieux Saule. »
Frodon fit la moue. Il se sentait toujours coupable de ce qui était arrivé à la jeune fille et ses amis. Il n'avait réussi à sauver aucun d'entre eux, c'était Tom Bombadil qui avait changé la donne.
Lowen se remit à genoux pour tendre la main aux Hobbits.
« Toujours amis ? » demanda-t-elle d'une voix timide.
Souriant, Frodon glissa sa main dans la sienne.
« Toujours amis. »
Les trois autres Hobbits posèrent leur main par-dessus les leurs.
Le cœur plus léger, les cinq compagnons reprirent leur route à travers le brouillard.
Toutefois, leur sourire s'effaça tandis qu'ils avançaient, car une atmosphère de mort et de désolation planait autour d'eux.
La terre se changea en une route couverte de vieux pavés fendus. Des collines se dessinèrent bientôt autour d'eux, hérissées de ruines. Les constructions de pierre étaient vieilles et délabrées. On aurait dit des dents géantes émergeant du sol.
Lowen se remémora les paroles de Tom avant qu'ils quittent sa demeure.
« Restez sur l'herbe verte. N'allez pas vous frotter aux vieilles pierres ni aux Êtres froids, ou fureter dans leurs maisons, à moins que vous ne soyez des gens solides avec un cœur qui ne défaille jamais ! »
La jeune fille adressa des excuses mentales à leur ami, mais avec ce brouillard, il était difficile de se repérer.
Tandis qu'ils avançaient, Lowen crut entendre des murmures. Elle s'arrêta et, tout en faisant signe aux Hobbits de se taire, elle dégaina son sabre.
Ces derniers serrèrent plus fort leurs bâtons de marche et la suivirent à pas de loup.
Soudain, la jeune fille aperçut un homme. Il portait des vêtements de voyage sales et déchirés. Il regardait droit devant lui avec l'air triste.
« Euh… Bonjour ? »
L'homme ne réagit pas. Soit il ne l'avait pas entendue, soit il l'ignorait.
Lowen tendit la main pour lui saisir le bras, mais ses doigts passèrent au travers.
Surprise, elle regarda l'image de l'homme se tourner vers elle. La jeune fille réalisa que son visage était pâle et émacié. Un fantôme…
Juste avant qu'il disparaisse, elle discerna un blason sur sa tunique : un arbre couronné d'étoiles.
Talion avait le même symbole sur sa cape ! se souvint la jeune fille.
Ce fantôme était donc un rôdeur.
« Lowen, à qui parliez-vous ? » demanda Pippin.
Frodon regarda son ami avec étonnement, tout comme Lowen.
« Quoi, vous n'avez pas vu cet Homme ? » demanda la jeune fille.
« Moi, si », dit Frodon.
La jeune fille regarda le Hobbit avec curiosité. Pourquoi étaient-ils les seuls à l'avoir vu ? Peut-être était-ce à cause du fait qu'il avait porté l'Anneau. Cela avait peut-être développé quelques aptitudes chez lui…
Tandis qu'ils reprenaient leur route, Lowen discerna d'autres fantômes dans la brume. Certains se tenaient à l'entrée d'une maison, d'autres observaient les cinq voyageurs en restant cachés derrière un tumulus.
Frodon se rapprocha doucement de la jeune fille en coulant un regard inquiet aux esprits.
« Vous les voyez, tout comme moi ? » souffla Frodon.
« Oui, mais je me demande pourquoi il n'y a que nous qui puissions les voir. »
« Nous aurions dû écouter Tom et contourner les Hauts-des-Galgals. »
« Pas de panique », dit Lowen. « Cet endroit doit bien avoir une limite, non ? Si on la franchit, on quittera la Vieille Forêt du même coup, et on poursuivra le voyage plus tranquillement. »
« Espérons-le. »
Soudain, le vent se leva, faisant tournoyer le brouillard autour des cinq compagnons.
Tous s'arrêtèrent et, d'instinct, se blottirent les uns contre les autres. Lowen regarda le brouillard tendre des tentacules de fumée vers elle, effleurant ses chevilles, palpant sa jupe et grimpant le long de son corps, jusqu'à atteindre sa gorge.
Sitôt qu'il entra en contact avec cette zone, la jeune fille sentit son corps se glacer.
Il lui semblait tout à coup qu'un liquide chaud s'échappait de son cou. Elle lâcha son sabre pour palper la zone et vit que ses doigts étaient couverts de sang.
Tremblante de peur, Lowen tomba à genoux. Elle entendit vaguement quelqu'un l'appeler, mais n'y prêta que peu d'attention.
Rouvrant les yeux, elle vit qu'elle n'était plus dans les collines hantées, mais allongée par terre sur une route en goudron.
Il faisait sombre, mais les phares d'une voiture l'aveuglaient.
Une voiture ?!
Elle reconnut la Twingo qui l'avait renversée, lorsqu'elle vivait encore sur Terre, sous le nom de Jodie. Avec effort, elle tourna la tête et reconnut la cage de sa chatte, Perle. Son chat gisait dedans, mort.
Et des gens se regroupaient autour d'elle, tandis que le chauffeur du véhicule appelait les secours.
Lowen émit un gémissement douloureux. Non, elle ne pouvait pas être revenue à ce moment précis ! À moins que le choc avec le véhicule l'ait plongée dans un coma rempli d'hallucinations ?
Soudain, un visage effrayé fendit la foule de témoins réunis autour d'elle. Un jeune homme aux cheveux bruns frisés, et aux yeux d'un bleu incroyable, la regardait. Il avait les oreilles pointues et portait une veste brune sous une cape verte.
« Lowen ? Réveillez-vous, je vous en supplie ! » dit-il en agripant son bras.
Les voitures et la foule disparurent.
La jeune fille cligna des yeux et réalisa qu'un plafond en pierre se dressait au-dessus d'elle. Frodon se tenait penché au-dessus d'elle et la regardait avec inquiétude.
« Oh, les Valars soient loués, vous vous réveillez ! » soupira le Hobbit.
Lowen se redressa en gémissant. Elle était allongée sur une espèce de table en pierre, dans ce qui ressemblait à une caverne. Des racines pendaient au plafond, et une forte odeur de pourriture flottait dans l'air.
Sam, Merry et Pippin étaient allongés près d'elle et semblaient dormir.
« Aidez-moi à les réveiller », dit le Hobbit.
Perdue, Lowen se redressa et vit Tom Bombadil juste derrière le Hobbit. Il semblait examiner un monticule d'objets qui brillaient d'un éclat doré.
Surmontant sa surprise, Lowen se tourna vers les Hobbits et se mit à secouer Sam, le plus proche, tandis que Frodon essayait de réveiller Merry.
« Les hommes de Carn Dûm… » chuchota le Hobbit dans son sommeil.
Lorsqu'enfin les Hobbits furent éveillés, tous s'empressèrent de quitter la caverne. Sitôt dehors, Lowen comprit qu'ils étaient sortis d'un tombeau creusé à l'intérieur d'un tumulus.
Tom les rejoignit bientôt, avec des épées et une broche incrustée de pierres précieuses bleues.
« Merci, Tom », dit Frodon.
Il expliqua à ses amis que le brouillard les avait éloignés de lui, mais qu'il avait réussi à suivre leur trace jusqu'à l'intérieur du tombeau. Là, il avait vu un horrible Esprit qui retenait ses amis endormis.
Il avait chanté pour appeler Tom, et ce dernier avait vite répondu à son appel en le rejoignant. Leur sauveur avait chanté des paroles qui avaient fait fuir l'Esprit.
Lowen repensa au contact glacial du brouillard sur sa gorge et eut un frisson. Après tout ce temps, le passé revenait encore la hanter… Cet Esprit, comme l'appelait Frodon, avait vraiment un pouvoir effrayant.
« Le sort de ce Galgal est brisé », dit Tom. « Aucun être ne pourra jamais y revenir. J'ai éparpillé les trésors du Galgal. Ils sont à la disposition de quiconque les trouvera ! Le vieux Tom a pris un joli jouet pour sa dame et voilà quelques lames pour de jeunes Hobbits qui vont traverser les ténèbres et les dangers. »
Frodon et ses trois amis prirent chacun une petite épée. Ils les extirpèrent de leur fourreau, révélant une jolie lame.
« Elle est parfaite ! Restée à l'abri du temps », s'étonna Merry.
« Elles furent forgées il y a longtemps, par les Hommes de l'Ouistrenesse par-delà la mer, dans l'ancienne Numenor », dit Tom. « Ils lançaient des sorts sur leurs lames pour éloigner le Seigneur Ténébreux. Les rois de Numenor sont oubliés aujourd'hui, mais leurs fils errent, solitaires, protégeant les gens simples des choses malveillantes. »
Frodon regarda son épée avec curiosité.
« Je me demande si cette lame peut blesser un Cavalier Noir… »
Tom lui fit signe de ne pas s'en soucier. Après ce qui venait de se passer, il se porta volontaire pour escorter les Hobbits et la jeune fille dans les limites de ses terres.
Cette nouvelle fut accueillie avec joie. Avec Tom Bombadil, le voyage serait bien moins dangereux !
Bien que fatigués après ces dernières épreuves, les cinq amis suivirent leur sauveur à travers la brume. Il marchait d'un bon pas et chantait, autant pour égayer leur cœur que repousser les ombres qui rôdaient toujours en ces lieux.
Bientôt enfin, ils arrivèrent à la lisière de la Vieille Forêt. Après d'ultimes adieux et remerciements, les Hobbits et la jeune fille quittèrent l'enceinte protectrice des arbres pour se retrouver en pleine campagne.
Ce changement de paysage rassura Lowen. Comme il était bon de quitter cette forêt angoissante !
Toutefois, Frodon imposa une condition à la suite de leur voyage : éviter les routes.
Ils progressèrent donc à travers les champs sans croiser quiconque. La nuit ne tarda pas à tomber, et avec elle vint la pluie.
Heureusement, les remparts d'une ville se dressèrent bientôt devant eux.
Tapis derrière un groupe d'arbres, les cinq voyageurs lancèrent des regards méfiants de chaque côté, puis Frodon leur fit signe de venir.
Tous coururent jusqu'à une porte taillée dans les remparts en bois. Frodon s'empressa de frapper.
Un volet s'ouvrit, révélant le visage ridé d'un vieux monsieur. Des mèches bgrises s'échappaient de sa capuche.
« Qu'est-ce que vous voulez ? » demanda-t-il en voyant la jeune fille.
« Nous cherchons l'auberge du Poney Fringant », dit Frodon.
Le vieil homme referma le volet et en ouvrit un autre plus bas. Il regarda le Hobbit avec surprise, puis referma le volet et ouvrit la porte.
Armé d'une lanterne, il observa les voyageurs.
« Des Hobbits… Quatre Hobbits. Et de la Comté, à en juger votre parler. Qu'est-ce qui vous amène à Bree en compagnie d'une fille des Hommes ? »
« Nous souhaitons passer la nuit ici. Et ce qui nous amène ne regarde que nous », répondit Frodon.
« Ooooh, très bien, p'tit monsieur. Moi, j'voulais pas vous offenser ! C'est juste que moi, j'dois poser des questions après la tombée d'la nuit. On dit qu'y a de drôles d'oiseaux dans les environs. On n'est jamais trop prudents ! »
Tandis qu'il parlait, les Hobbits et la jeune fille franchirent la porte et pénétrèrent dans la ville.
Bree avait tout d'une vieille cité moyenâgeuse : des maisons à colombages et au toit de chaume. Les rues étaient boueuses et encombrées de gens vêtus comme des paysans.
Beaucoup portaient une cape ou un manteau usé par-dessus des vêtements sales. Il y avait des gens de la taille de Lowen, mais elle avisa un Hobbit un peu plus loin, qui traversait la rue en tirant la longe d'un poney.
Mais entre la pluie et les badauds peu aimables, les Hobbits ne cessaient de bondir d'un côté ou de l'autre pour éviter de se faire marcher dessus.
Bientôt enfin, Frodon aperçut l'enseigne du Poney Fringant. Tous s'empressèrent d'y entrer.
Sitôt à l'intérieur, la chaleur des lieux les rassura. Enfin, ils étaient arrivés à destination ! Une bonne odeur de viande grillée, de bière et de tabac flottait dans l'air.
Tous ôtèrent leur capuche et regardèrent les clients, rassemblés au centre de la salle. On mangeait, on buvait et on discutait bruyamment. Cet endroit grouillait de vie !
Frodon s'approcha du comptoir.
« Excusez-moi ? »
Un gros homme aux joues rouges et tout en sueur se pencha par-dessus le meuble et sourit au Hobbit.
« Bien le bonsoir, petit monsieur ! Si vous souhaitez passer la nuit ici, nous avons une coquette chambre pour Hobbits. Très confortable ! Nous sommes toujours fiers de satisfaire les Petites Gens, Monsieur…? »
« … Soucolline ! Je m'appelle Soucolline. »
« Soucolline, mmmm… » répéta l'aubergiste.
« Nous sommes des amis de Gandalf le Gris, pouvez-vous nous annoncer à lui ? »
« Gandalf ? Gandalf… Aaaaah, oui ! Je me souviens, un vieux bonhomme ! Chapeau pointu, grande barbe grise. Pas vu depuis six mois. »
Cette ultime déclaration effaça le sourire de Frodon. Perplexe, il se tourna vers ses amis.
« Qu'est-ce qu'on fait, alors ? » demanda Sam.
Bien que moins rassuré, Frodon décida qu'ils passeraient la nuit ici. De toute façon, ils étaient trempés, fatigués et affamés.
Lorsque le Hobbit annonça à l'aubergiste qu'ils voulaient des chambres pour tous les cinq, ce dernier regarda Lowen avec surprise. Il était rare de voir quelqu'un des Grandes Gens, qui plus est une femme, voyager avec des Hobbits.
Toutefois, l'aubergiste, qui répondait au nom de Prosper Poiredebeurré, n'émit pas d'objection et demanda à son assistant de préparer des chambres.
Tandis qu'on s'activait à l'étage, le gérant mena les cinq voyageurs à une table où il leur servit un bon dîner.
Lowen fut gênée de voir que leurs assiettes comportaient de la viande et du fromage, des aliments qu'elle ne pouvait avaler.
Heureusement, les Hobbits connaissaient ses goûts depuis le dîner passé chez Tom Bombadil. Ils troquèrent donc les tomates et les patates de leurs assiettes contre la viande et le fromage de la jeune fille.
Les yeux baissés sur son repas, Lowen essayait d'ignorer les cris des ivrognes et leurs regards appuyés dans sa direction. Évidemment, elle était la seule fille présente en ces lieux. Et pour une bande de brutes avinées, elle était une cible de choix.
Même sans sabre, elle savait se défendre, ses frères et Cissnei lui avait appris à se battre. Mais elle ne voulait pas créer un esclandre et attirer l'attention.
À mesure que le temps passait Lowen s'aperçut que certains clients, sobres et lucides, discutaient en lançant des regards appuyés aux quatre Semi-Hommes. Se doutaient-ils du secret de Frodon ?
Sam était mal à l'aise, lui aussi. Il ne cessait de lancer des regards méfiants autour de lui.
« Sam, il va venir. Il va arriver », le rassura Frodon.
Lowen sentit au son de sa voix qu'il n'en était pas sûr.
Merry les quitta pour reremplir sa choppe, et revint avec une autre plus grande.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Pippin.
« Ceci, mon ami, est une pinte », répondit Merry.
« Ils ne servent que des pintes ? »
« Mmmm ! »
« J'en veux une ! » dit le Hobbit.
« Il vous en reste une à moitié pleine ! » protesta Sam.
Ignorant son ami, le Hobbit trottina jusqu'au comptoir pour demander la même chose que Merry.
Lowen le suivit du regard, quand Sam se pencha pour souffler à Frodon :
« Ce bougre vous a pas lâché des yeux depuis qu'on est arrivés. »
En veillant à bouger le moins possible, Frodon et Lowen suivirent la direction de son doigt et aperçurent un homme dans le fond de la salle. Son visage était dissimulé sous sa capuche, ne laissant voir que la pipe qu'il avait dans la bouche.
Lorsque Poidebeurré passa devant lui, Frodon l'interpella.
« Excusez-moi ! L'homme dans le coin, là, qui est-ce ? »
L'aubergiste repéra la cible du Hobbit et parut inquiet.
« C'est un des rôdeurs. Ils sont dangereux, ils errent dans la nature. Son vrai nom, je le connais pas, mais par ici, on le connaît sous le nom de Grand-Pas. »
« Grands-pas… » répéta Frodon à voix basse.
Lowen reporta son regard sur le rôdeur. Un bref éclat des braises dans sa pipe lui révéla deux yeux bleu gris, qui brillaient d'une lueur intelligente.
Toutefois, à en juger sa carrure et l'épée posée près de son siège, nul doute qu'il savait se battre. Lowen se félicita d'avoir toujours son sabre avec elle.
Pourtant, elle n'avait pas oublié Talion. Ce n'était pas l'homme assis là-bas, elle en était sûre. Il n'avait pas l'air aussi imposant que le rôdeur qu'elle avait connu. Dommage, d'ailleurs. Elle aurait aimé revoir le rôdeur. Comment allait-il, après tout ce temps ?
Soudain, elle sentit quelque chose de suspect chez Frodon. Elle reporta son regard sur lui et vit qu'il avait l'air bizarre.
Les yeux mi-clos, les sourcils froncés, il semblait en transe. La jeune fille tendit l'oreille. Il lui semblait entendre un bruit.
« Sacquet… » souffla une voix.
Lowen se crispa. Qui avait dit ça ? Cela avait paru très proche, presque comme si ça sortait de la poche du Hobbit.
Un frisson la parcourut des pieds à la tête, lui donnant une envie folle de se frotter les bras. Ils étaient couverts de chair de poule.
« Sacquet ? Sûr que je connais un Sacquet ! » dit la voix claire de Pippin.
Lowen quitta Frodon des yeux pour se tourner vers Pippin. Oh non, le Hobbit avait trop bu ! Il discutait bruyamment avec des clients au comptoir.
« Il est là-bas : Frodon Sacquet. C'est mon petit-cousin, au deuxième degré du côté de sa mère et arrière-petit-cousin au… »
Affolé, Frodon quitta son siège pour courir auprès de Pippin. Lowen voulut lui dire de rester là, qu'elle pouvait s'en charger, mais le Hobbit fut plus rapide.
Sitôt près de Pippin, il le fit pivoter vers lui, mais dans la panique, il trébucha sur le pied d'un client. Ce dernier se dégagea vivement, ce qui fit tomber Frodon par terre.
Catastrophée, Lowen vit l'Anneau s'échapper de la main du Hobbit et voler dans les airs, sous les yeux de tous les clients autour de lui, avant d'atterrir au doigt de Frodon.
Un concert d'exclamations retentit lorsque le Hobbit disparut.
Lowen échangea un regard affolé avec les trois autres Hobbits.
Sam et Merry voulurent se lever, mais Lowen les arrêta d'un geste de la main et leur montra le rôdeur.
Il s'était levé de son siège et rasait discrètement les murs de la salle, en direction de l'escalier.
Soudain, Frodon réapparut. Le rôdeur le saisit par le col de sa veste et le fit monter à l'étage.
« Prévenez Pippin, je me charge de lui ! » dit Lowen en dégainant son sabre.
Tandis que Sam et Merry se dirigeaient vers le comptoir, Lowen grimpa les escaliers. Le couloir était vide, mais elle discerna des voix derrière la porte la plus proche.
Lorsque les trois Hobbits la rejoignirent, elle vit qu'ils s'étaient armés de différents objets : un tabouret pour Pippin, un chandelier pour Merry et Sam avait les poings serrés.
La jeune fille tendit la main vers la poignée de la porte puis, tout en l'ouvrant, elle dégaina son sabre.
Sa lame entra en contact avec celle du rôdeur, créant des étincelles. Elle profita de l'effet de surprise pour tendre la jambe et lui administrer un bon coup de pied en plein ventre.
Grimaçant de douleur, le rôdeur recula de quelques pas et voulut tenter un coup pour désarmer la jeune fille, mais elle tournoya sur elle-même et parvint à se glisser sur le côté. Là, elle cala sa lame contre la gorge du rôdeur.
Rassurés de voir leur ennemi coincé, les trois Hobbits rejoignirent Frodon, qui se tenait près de la cheminée.
« Monsieur Frodon, vous n'avez rien ? » demanda Sam.
Tandis que Frodon les rassurait, Lowen détailla le rôdeur. Il avait ôté sa capuche, révélant des cheveux bruns humides et un visage mal rasé.
Il devait avoir dans les trente-huit ans. Ses yeux fixaient Lowen avec surprise et méfiance. Il ne s'était pas attendu à ce que cette toute jeune fille soit si douée au combat.
« Qu'est-ce vous lui voulez, longues-jambes ? » demanda Sam.
Le rôdeur coula un regard hésitant vers Lowen.
« Répondez au monsieur », dit la jeune fille.
« Je ne suis pas votre ennemi. Gandalf m'a envoyé vous chercher, jeunes Hobbits. »
Sam interrogea Frodon du regard. Ce dernier parut hésitant.
« Est-ce que Gandalf vous a autorisé à brutaliser mon ami ? » ironisa Lowen.
« Votre ami ?! Qui êtes-vous ? Le magicien m'avait prévenu que je trouverais des Hobbits à Bree, mais il n'a jamais fait mention d'une jeune fille sachant manier l'épée ! »
« Dame Lowen est mon amie, et je lui fais bien plus confiance qu'à vous », dit Frodon.
La jeune fille sourit au Hobbit, mais intérieurement, elle hésitait. Si Grand-Pas était bien un rôdeur comme Talion, elle pouvait peut-être lui laisser une petite chance, non ?
En entendant le nom de la jeune fille, le rôdeur fronça les sourcils.
« Lowen ? J'ai déjà entendu ce nom… »
Il regarda la concernée plus attentivement. Lorsqu'il vit ses yeux vairons et le collier autour de son cou, il parut surpris.
« Vous êtes cette enfant qui a vécu chez les Elfes de Mirkwood, il y a des années ? »
La jeune fille se crispa.
« Attention à ce que vous dites, Grand-Pas. Je garde de très mauvais souvenirs de cette période. »
« … Legolas m'a parlé de vous, ainsi que Glorfindel. »
À l'entente de ces noms, Lowen se détendit. Finalement, elle abaissa son sabre et recula d'un pas.
« C'est bon, on peut lui faire confiance… pour l'instant », souffla-t-elle aux Hobbits.
Le rôdeur regarda le groupe avec ennui. Ils étaient tous sur la défensive. Les Hobbits s'étaient tous instinctivement rapprochés de la jeune fille, signe qu'ils lui accordaient toute leur confiance. Quant à Lowen, elle avait beau avoir abaissé sa lame, elle n'avait pas rengainé son arme. Gagner leur confiance n'allait pas être aisé.
« Si vous connaissez Gandalf, expliquez-nous pourquoi il n'est pas venu ici avec vous », dit Frodon.
« Vous ne pouvez attendre le magicien plus longtemps, Frodon. Ils arrivent », dit le rôdeur sur un ton lugubre.
Et voilà pour ce chapitre !
Selon le manuscrit The Hunt for the Ring : Time Scheme - Black Riders, le Roi sorcier aurait donné du pouvoir aux Esprits des galgals et aurait tué des Rôdeurs, afin de piéger le Porteur de l'Anneau. C'est ce qui m'a donné l'idée des fantômes et du brouillard qui sème la confusion dans l'esprit de Lowen.
Merci d'avoir lu et bon week-end à tous !
