Chapter 16
-N'êtes-vous point fâché, Père ?
Walder grogna.
-Si j'avais su à quel point tu étais idiot, j'aurais fait boire du thé de lune à ta pauvre mère !
Merrett baissa la tête, honteux, alors que sa femme, fière, gardait la tête haute. Le vieillard des Jumeaux la dégoûtait mais puisqu'il était encore leur seigneur, il lui fallait se taire. Entre les mains de cet homme décrépi et libidineux, une lettre de Daenerys. Nul doute que pour cet être, recevoir une missive de la part d'un membre d'une famille royale était un honneur incroyable.
Sauf que là, la princesse sollicitait Lord Frey pour lui « demander » l'autorisation de donner son nom à Amerei plus tôt. Sa petite-fille l'aurait pris à la mort de la Targaryen ou quand elle se serait mariée afin de le transmettre à ses enfants. Mais là, elle désirait le faire plus tôt, Amerei aussi.
-La princesse m'indique tous les courriers nauséabonds dont vous avez inondés ma petite-fille.
Mariya se retient de rire : il n'aimait personne, aussi la farce du grand-père inquiet ne prenait pas.
-Vous n'êtes que des idiots incapables de voir plus loin que le bout de leurs nez ! Gronda-t-il
Son fils eut la bonne idée de se taire.
-En soi, qu'elle prenne le nom Targaryen plus tôt, je m'en contrefiche. Ce qui compte, c'est le sang ! Le nom Targaryen sera sauvé, son sang est préservé dans les bâtards des anciens rois qui se sont sans doute reproduits. Mais le nom, lui, aura le sang Frey dans les veines. Mais si vous aviez été plus fins, vous auriez été plus affectueux et moins grossiers !
-Ma fille est une catin, pourquoi serait-il mal de jouer aux maquerelles pour l'avancement de votre maison ? Répliqua sa bru
Il eut un rictus.
-Il n'y en a aucun. Mais ta fille, elle, est allée se plaindre ! Plus de finesse, Mariya, plus de finesse ! Si Amerei s'était sentie aimée et estimée, elle t'aurait cherché toutes les faveurs du monde ! Là, sais-tu ce que le monde va penser avec le changement de nom si rapide ? Il va penser : Pauvre Amerei ! Ses parents indignes qui la poussent à chercher une mère en une femme plus jeune qu'elle, qui abandonne son nom pour mieux embrasser son devoir mais surtout une famille qui a voulu d'elle ? Nous allons, encore une fois, être la risée de tous ! Alors oui, je vais l'autoriser ! Mais uniquement pour essayer de réparer vos erreurs !
Parce qu'ainsi, lui, au moins, il apparaîtra comme un homme raisonnable qui, par ce geste, dénonce les actes de sa descendance.
Cela avait le mérite de sauver les apparences.
Les paroles de Ned tournaient dans l'esprit de Jon. C'était impossible, c'était un cauchemar… A ses côtés, Eddard avait posé une main rassurante sur son épaule, lui laissant le temps d'assimiler ce qu'il venait d'apprendre.
Son père…
Non, son oncle…
Son oncle n'avait pas fauté, n'avait jamais trahi sa femme mais avait accepté d'en subir les foudres par piété filiale.
Pour protéger le fils de Lyanna parce qu'il n'était pas certain que l'amour qu'avait Robert pour elle aurait suffi à le protéger, à surpasser l'idée du sang coulant dans ses veines.
Il était le fils de Rhaegar Targaryen…
Lyanna, dans son dernier souffle, avait expliqué à son frère être partie de son plein gré, avoir épousé en secret le prince, désireuse de l'aider à accomplir cette prophétie en laquelle il croyait : celle selon laquelle le dragon avait trois têtes et qu'il devait donc avoir un troisième enfant. Mais il n'était ni une fille ni Visenya…
Il était la clé du mystère de la pauvre jeune fille enterrée dans la crypte…
Il était l'incarnation de tant de sang versé… une rébellion, une guerre, des milliers de morts… et lui, il était là, vivant, comme une insulte face au mensonge qui avait armé la main d'un homme croyant pourtant agir selon son droit.
Son pauvre père qui avait accepté une tâche, même mensongère, sur son honneur, pour le dissimuler aux yeux d'un roi belliqueux qui n'avait pas condamné les meurtres des pauvres Rhaenys et Aegon, une fillette et un bébé… Eddard s'était tu, ne disant rien à personne, parce que sa vie en dépendait peut-être.
-Je te demande pardon, Jon.
C'était lui encore qui s'excusait ! De quoi donc ? De cet altruisme incroyable ?
-Si j'avais parlé à Catelyn, peut-être t'aurait-elle mieux aimé.
-Peut-être pas… j'aurais été un danger pour ses enfants. Je n'en ai jamais voulu à Lady Catelyn.
Mieux valait être un bâtard qui ne faisait aucune ombre aux enfants légitimes que le fils d'un prince déchu et d'une dynastie brisée…
-Si tu souhaites faire révéler la vérité… Tu as encore une parente du côté de ton père en Daenerys.
-Mais c'est vous, mon père !
Ces mots étaient sortis sans qu'il n'y pense, les criant presque, alors que sa mâchoire tremblait et qu'il tentait vainement de ne pas verser les larmes qui lui brûlaient les yeux. Il vit combien son éclat touchait le seigneur du Nord : pour une fois, son visage, si souvent impassible, était mû par l'émotion qui le submergeait.
-Peu importe qui m'a engendré et mis au monde ! Reprit le jeune homme. Je suis Jon Snow, fils d'Eddard Stark, bâtard du Nord et frère juré de la Garde de Nuit ! Vous êtes mon vrai père ! Et dans mon cœur, vous le serez toujours !
Le Lord de Winterfell l'enlaça.
Pourquoi révéler une vérité qui n'en était pas une ? Pourquoi mettre à mal le royaume avec une résurgence d'un héritier Targaryen alors que la question était réglée ?
Pourquoi briser le statut quo alors que tout était comme cela devait l'être ?
Il n'était pas un dragon.
Il était un loup.
Un loup aux couleurs des Corbeaux.
A ses yeux, il y avait beaucoup plus de fierté à être le fils d'un homme comme Eddard Stark que l'enfant caché d'une légende peut-être surestimée.
-Alors, ma Sansa ? Es-tu heureuse ?
A voir le visage rayonnant de sa fille, elle l'était, ce qui rassura grandement Catelyn.
-Oh Mère ! Joffrey est le meilleur homme possible pour moi ! Il est plein de petites attentions !
Regardez le présent qu'il m'a fait !
Elle lui montra, à son cou, un pendentif en tout point semblable à celui de la reine Cersei. Mais au lieu d'être fait d'or, il était fait d'argent et un magnifique loup y était sculpté. C'était là un joli hommage : le fait que sa promise allait intégrer sa famille tout en préservant ses racines.
-Il m'a aussi promis d'essayer de faire venir des roses bleues de Winterfell pour la décoration du mariage. Ses jardiniers tenteront de les faire pousser ici pour que je puisse en avoir tous les jours.
Le roi est gentil, galant, et il m'écoute !
-De quoi parlez-vous ?
-Le roi me demande parfois de l'aider avec ses affaires.
La matriarche se figea. Une entrée en politique ?! Sans être unie à lui ? Si tôt ?
-Le roi t'accorde une grande confiance.
-Le roi m'aime. Et je fais de mon mieux pour qu'il soit heureux à mes côtés. La couronne est une chose bien lourde à porter et si je peux l'en soulager, cela me comble.
La Tully continua de brosser sa longue chevelure rousse.
-Comme il me tarde de l'épouser !
-Sansa, tu seras officiellement reine, c'est quelque chose de sérieux et…
-Et j'entends devenir la nouvelle Alysanne.
Elle se tourna vers l'autrice de ses jours.
-J'ai conscience que ce rôle est difficile. Mais aux côtés de Joffrey, je peux tout accomplir.
A part, peut-être, se faire aimer de Cersei.
-C'est un présent trop modeste pour une dame de votre statut mais j'espère qu'il vous fera plaisir.
Cersei avait consenti à revoir Willas. Malgré ses recherches, elle n'avait rien trouvé de dangereux ou de particulier à propos de cet homme qui l'intriguait : il existait donc, naturellement, des hommes comme lui, des hommes doux, bons, à l'écoute des femmes. Jaime l'aimait, l'écoutait, était bon mais par moment, lui aussi la ramenait à cette condition qu'elle détestait souvent. Il y avait moins de passion chez le Tyrell. Mais il y avait peut-être plus de sécurité. La reine ouvrit l'écrin et trouva à l'intérieur un superbe collier en or avec trois lionceaux en relief et donc les yeux étaient faits d'émeraudes.
Un lionceau par enfant.
Pour qu'elle puisse toujours ainsi porter un peu de ses fils, de sa fille, avec elle.
Un léger sourire, ému et sincère, éclaira ses traits.
-C'est un présent magnifique, Lord Willas. Qui me touche énormément.
-Quand on pense à vous, on pense à la reine, on pense aux Lannister mais on oublie de penser à la mère qui aime ses enfants.
-J'ai souvent pensé qu'il ne fallait aimer que ses enfants. Parce que c'était là dans la nature d'une mère.
-Pourquoi donc ?
-Parce que l'amour est une chose dangereuse.
Étonnamment, il ne la contredit pas.
-Certains poisons se guérissent par d'autres poisons. L'amour vous a peut-être guérie de quelque chose qui vous blessait. J'ai toujours pensé que si la passion n'était guère mauvaise, il fallait lui préférer l'affection. Elle est plus raisonnée. Et de par sa nature, elle dure plus longtemps.
-Vous êtes un homme étrange, Lord Willas.
-Je suis un homme qui ne peut s'adonner aux activités masculines des autres hommes. Je passe donc trop de temps à lire.
-En cela, vous vous entendriez à merveille avec mon frère Tyrion.
-Je crains n'avoir si son esprit ni son admirable résistance au vin.
Cersei éclata de rire, lesquels résonnèrent entre les murs du jardin où ils discutaient, assis sous une pergola. De loin, Jaime les observait, les yeux noirs.
Si sa tendre jumelle devait épouser cet homme pour la raison d'état, il l'accepterait et le futur seigneur de Hautjardin lui paraissait être respectueux. Contrairement à Robert, il ne la frapperait pas, et lui, il ne retrouverait pas sa sœur en larmes après une nuit de noces catastrophique où elle aurait été forcée par un aviné qui l'appelait par le nom d'une morte. Il ne la retrouverait pas, comme Rhaella avant elle, marquée.
Ce qu'il accepterait moins, c'était si sa moitié, son double, finissait par éprouver un quelconque amour pour lui.
Et hélas, à en juger par sa posture détendue, à voir la Cersei qu'elle cachait généralement derrière son masque de fierté et de force, le chevalier craignait qu'il commençait déjà à la perdre alors que son cœur, lui, ouvrait ses portes face à celui que Joffrey voulait la voir prendre pour époux.
A Suivre
