Bonjour, j'espère que vous allez bien (en tout cas mieux que moi qui essaye d'écrire ce message mais qui doit faire face à un clavier de téléphone refusant d'écrire toutes les lettres).

Je vais pas essayer de vous faire croire que je maîtrise cette histoire (parce que ce n'est pas vrai), c'est juste une sorte d'OS qui a des chapitres qui se baladent dans mon ordinateur et pour lesquels je suis dubitative parce qu'on part sur une narration active après et j'ai pas commencé la réflexion autour de cette histoire de cette manière donc je ne pense pas la mettre à jour.

Ce chapitre pour moi c'est une part de réflexion aussi sur le monde et ses entrelacements.

À travers cette histoire, vous aurez Eliott (Mr. Robot) qui a l'âme de Sakura (Naruto). Un mélange surprenant et que j'imagine pas plus que pour ce que c'est : une réflexion.

Bonne lecture et des bisous.


"Control is an illusion".

On lui avait toujours dit ça. Que ce n'était pas plus réel qu'une putain de licorne à une patte pissant à l'arrière d'un double arc-en-ciel.

Au début, elle n'avait pas compris pourquoi puis après, elle avait oublié. Oublié c'était quoi une licorne, pourquoi le contrôle était une illusion, le contexte aussi et puis la langue. L'anglais elle l'avait oublié aussi.

Pourtant c'était sa langue d'origine. Enfin de base.

Alors elle commença à se demander pourquoi elle ne souvenait pas "d'avant" puis quand la réponse qu'elle trouva la satisfaisa grandement, elle se demanda pourquoi elle se souvenait.

Finalement c'était ça le problème: pourquoi se souvenait-elle alors qu'elle n'aurait pas dû ? Alors que dans cette vie, il n'était nullement question pour elle d'interroger le monde dans lequel elle vivait ?

Puis des souvenirs de ses conversations, de ses opinions, découlèrent bientôt ses compétences, ses goûts et avec tout cela, elle se rendit compte qu'elle n'aurait peut-être jamais dû se souvenir mais plutôt continuer à mener son existence telle qu'elle l'était juste avant.

Rester au village caché de la feuille devient rapidement une tannée quand on se souvient d'avant, de sa vie d'avant.

Elle ne pouvait pas en parler, c'était compliqué. Elle se voyait mal aller dans le bureau de l'hokage et dire : "Je me souviens de ma vie d'avant, de la personne que j'étais et franchement pas fou le monde dans lequel on vit, c'est un peu une dictature et ça manque de souveraineté pour le peuple toute cette histoire. Après, je ne sais pas quoi faire de cette information mais juste au cas où, ne me donnez pas d'ordinateur".

C'était son problème, celui qu'elle devait gérer seule.

Et puis même si elle le disait, qu'est-ce que cela changerait ? Personne ne savait ce que c'était, les technologies étaient bien plus primitives et on était loin, très loin même, d'internet et de tout ce qui pouvait découler du monde sacré lié aux ordinateurs et au réseau d'ondes qui alimentait la société moderne du XXIème siècle. Et de cette autre dimension en fait. Dimension dont elle n'est pas sensée avoir de souvenirs mais où la technologie et la science régnaient en maîtres.

On n'en était pas à là et même, on ne risquait pas d'y arriver en réalité, l'espace-temps était différent ici et on se trouvait bien plus proches de la période du haut Moyen-Âge que de la Révolution qui amènerait le capitalisme à son apogée. Il avait fallu deux guerres mondiales et un appauvrissement drastique pour toutes les populations avant de voir le modèle de société libéral qui était si problématique pour elle.

Non. On n'en était pas à là et on n'y arriverait probablement pas ou alors dans tellement longtemps qu'elle n'en ferait pas parti et c'était tant mieux, si éloigné d'elle sur le plan temporel que c'était une bénédiction.

Alors Sakura regarda droit devant elle, se promettant de ne pas en parler.

De toute façon elle ne savait pas grand chose de ce qu'elle avait vécu, juste l'essentiel. Ses compétences aux échecs étaient revenues ainsi que le crochetage des serrures qu'elle n'aimait pas utiliser dans le travail de ninja pour Konoha.

Droit devant elle, le soleil se levait.

Elle s'était réveillée quelques heures auparavant et n'avait de toute façon pas réussi à se rendormir. Alors elle avait attendu le lever de l'astre brûlant à plusieurs centaines de milliers de kilomètres de la planète.

Elle allait reprendre un quart de travail à l'hôpital de Konoha, il fallait tout reconstruire après cette guerre et de surcroît, Tsunade lui faisait assez confiance pour la laisser gérer certaines opérations médicales très difficiles.

Dans une certaine mesure donc, Sakura se sentait à la fois flattée et lâchée en pâture.

Naruto était reparti en mission "accords de paix" avec Shikamaru et Sai, Kakashi zonait dans le village en aidant par-ci par-là mais faisait quand même en sorte de rester loin de tout le monde, Ino était désormais à la tête d'une unité d'interrogatoire et commençait à mener à la baguette l'ancien membre de la racine qui découvrait peu à peu la vie sentimentale, Sasuke était reparti vivre une errance à travers le monde et tous les autres de sa promotion vivaient en accordant de la sécurité et beaucoup de temps aux autres, aux civiles particulièrement.

Sakura se rappelait de certaines choses : son addiction à la morphine, le subboxone pour couper court, Fernando Vera qui s'était largement foutu de sa gueule un soir et la période de l'Adderal en prison (elle avait été en prison, bon sang !), sa révolution qui était une sorte de vaste blague pour les gens qu'elle avait cru combattre; même sa mort, commanditée par la Dark Army puis finalement pas et puis si et après non -vaste blague, traduction d'une vie étrange et d'un pétage de câbles certain-, Angela, White Rose, F Society, All Safe, Evil Corp ainsi que tous ceux qui sont morts en chemin, d'hier et encore avant cela.

Son père, sa double identité baptisée Mr. Robot, Romero, Tyrell Wellick, Christa qui lui avait forcé à se souvenir de toute son enfance, le fameux accident par lequel elle (ou plutôt "il" à l'époque) avait eu le bras cassé, sa mère que Darlene détestait grandement pour plusieurs raisons, certaines injustes d'autres moins discutables, le FBI hacké, le Congo, la vérité sur certaines personnes notamment sur elle, une vérité que elle-même se cachait au plus profond de sa mémoire sélective.

Mais c'était à peu près tout et c'était déjà pas si mal, surtout quand c'était des choses auxquelles on avait du mal à croire. Des tâches illustrées auxquelles elle rêvait sans vraiment faire attention à son filtre.

Elle connaissait son histoire, ses aspirations, ses idéaux mais aussi ses méthodes qu'elle ne partagea pas. Cela la rassura en un certain sens de savoir qu'elle n'était pas tombée dans le cercle vicieux de la drogue ici, mais elle douta même pendant une seconde du fait de pouvoir en trouver, l'alcool faisait déjà bien assez de ravages comme cela et bien que l'opium existait, on n'était pas vraiment sur un traffic d'ampleur vu que cela ne servait qu'à la médecine. Les shinobis passaient prioritaires dans les commandes, pas de quoi développer une activité parallèle pour les cultivateurs de plantes.

Malgré tout, elle ne savait pas comment réagir véritablement. Elle avait pensé en parler au début, puis, finalement, quand il lui sembla que le moment était venu, elle s'était retrouvée devant sa porte mais n'avait pas amorcé le moindre mouvement pour sortir.

À qui en parler ? Ino ? Tsunade ? Naruto ? Kakashi peut-être ?

Aucun de ses nombreux choix ne réussit à trouver grâce à sa confession, elle se sentit ridicule, se força à passer à autre chose et elle en avait eu l'opportunité à plusieurs reprises avec le retour de Itachi, Shisui et Obito Uchiha dans le village.

Passé les premiers mois, les anciens déserteurs/supposés morts s'étaient réappropriés le terrain dans lequel le complexe Uchiha se trouvait et sortaient en mission ou avec certains ninjas comme Kakashi avec qui parler des blessures du passé était sans aucun doute plus facile pour eux.

Il fallait aussi reconstruire le village. Après la guerre, reprendre le commerce avec les différents pays, revoir les alliances, faire en sorte que tout le monde puisse enfin jouir de la paix, etc.

Cela l'avait fatiguée plus que de raison. Après les nombreuses cérémonies pour rendre hommage aux camarades tombés au combat, Sakura s'était laissée gagner par la fièvre du travail à l'hôpital, la fièvre véritable la gagna par ailleurs deux ou trois fois à cause des bactéries présentes dans l'air du bâtiment et du surmenage mais elle avait continué son travail malgré tout.

Une journée et demi de repos en plus sur quatre mois, c'est tout ce qu'elle avait gagné pour ces rhumes carabinés. Elle ne devait pas s'en plaindre, elle se sentait bien de ne pas avoir à penser à autre chose.

À ses parents morts pendant la guerre, certaines de ses connaissances qu'elle n'a pas vu depuis des années et qu'elle ne verrait de toute façon plus du tout.

Ils deviendraient, tous ces gens, une anecdote au fur et à mesure que le temps laissait sa trace, une sorte de phrasé préconçu pour lequel on dira : "J'ai connu quelqu'un et il est mort".

Aujourd'hui était le deuil mais après, que resterait-il ?

Sakura n'avait pas goûté au plaisir défendu et terrible que pouvait être la morphine mais en rentrant de deux grosses opérations un soir et une journée difficile à l'hôpital, elle se rêva à ne plus avoir à pleurer intérieurement et son seul remède miracle était le doux souvenir amer et pathétique de la morphine pure en cachet vendue par l'ancien dealer de Sheila, que la personne qu'elle avait été avait mis au trou puis avait été obligé de sortir de prison pour survivre. Dire qu'elle avait pensé ne plus revoir Fernando Vera de toute sa vie après ça... Elle avait été naïve.

Elle se sentait si vide maintenant que tout était à refaire et qu'elle n'avait plus ses parents avec elle ; alors avec qui parler ?

Personne. Parce que personne ne pouvait comprendre quelle douleur elle ressentait.

Ce n'était pas tant la guerre ou la perte de ses parents, l'abandon de Sasuke encore une fois au détriment du village et alors que son frère aîné lui était revenu, ses amis qui n'avaient pas le temps, eux non plus, de ne plus rien faire d'autre que reconstruire Konohagakure car en le reconstruisant ils se reconstruisaient eux aussi. Non, ce n'était pas ça.

Toutes ces choses semblaient dérisoires quand on se réveillait tous les matins en sursaut parce qu'on se voit mourir et qu'on a fait ce qu'on pense être la pire chose au monde.

Elle avait osé penser que Madara Uchiha était un monstre ? Mais qu'avait-elle fait de son côté ?

Sa révolution avait fait tant de mal, avait tué tant de gens, avait bousculé l'ordre établi sans finalement changer quoi que ce soit et ce fut même pire que tout pendant un moment.

Qu'est-ce qu'elle ne donnerait pas pour ne plus se sentir aussi mal, aussi sale, aussi triste ?

Pour retrouver le visage de ses parents souriant, les mauvaises blagues de son père et l'autorité de sa mère.

Ou pourquoi pas, les conseils de celui qu'elle avait appelé Mr Robot, celui qui lui avait promis de ne pas la quitter, jamais. Il n'avait pas fait de promesse qu'il n'avait pas tenu alors quoi ? Parce qu'il n'y avait plus d'ordinateur, elle ne pouvait plus le laisser venir ?

Douce trahison de son village archaïque, bien trop ancré dans ses traditions. À ce rythme-là, la technologie moderne n'arriverait pas avant des siècles, elle aura eu le temps de mourir un millier de fois avant de revoir l'homme à la casquette de base-ball terne, avant que sa voix légèrement granuleuse ne lui dise d'un ton un peu méprisant : "Hi Kid."

Méprisant ? Oui, sans doute. Mr. Robot avait été comme ça : un peu sec, cassant, mais il avait été là et elle l'avait suivi. D'une certaine façon, entre lui et Sasuke, elle avait peut-être un truc pour imaginer à quel point les hommes importants dans sa vie étaient des espèces d'êtres méprisables et terribles, prêts à tout sacrifier sans le moindre état d'âme juste pour arriver à leur fin. Elle le rapprocha d'un complexe d'Œdipe aussi puisqu'elle avait associé le mentor hacker au visage de son père décédé mais toujours méprisable, même mort.

Surtout mort d'ailleurs.

Elle n'avait pas, dans le souvenir de son père aux cheveux roses, un homme autre chose que gentil et pas très malin.

L' autre lui avait appris à coder.

Sakura s'interrogea et compara.

Kizashi Haruno était un bon père, un peu lourd, avec des jeux de mots très mauvais et un charisme quasiment inexistant mais on ne lui a pas demandé plus que ce qu'il était alors pourquoi se forcer à être autre chose pour les autres ?

En soi, c'est lui qui avait raison. L'apparence n'a que peu d'importance.

Il s'entendait bien avec ses voisins de quartiers, tout comme Mebuki.

Ça, par contre, elle le partageait avec son ancien "moi" : Mebuki Haruno était une femme pragmatique et forte, c'est elle qui porte la culotte.

Comme l'ancienne mère, dont les souvenirs sont un peu plus flous. Elle n'a jamais plus été la même après l'accident et détestait Darlene qui le lui rendait.

Mais Mebuki n'aurait pas été jusqu'à mépriser son mari mort, surtout à cause d'une leucémie, remettant en doute l'affection d'Elliot pour celui considéré comme égoïste.

En soi, elle avait eu raison. Mais Elliot se souvenait aussi de comment Mr. Robot avait été à cause de cela, le secret qu'il n'aurait pas dû partager avec qui que ce soit.

L'épuisement la gagna enfin avec ses pensées et Sakura se redirigea vers l'intérieur de son petit appartement qui lui semblait parfois étriqué et vide à la fois.

Le soupir qu'elle gardait inconsciemment se relâcha au moment où elle repensa à la morphine. À tout ce qu'elle donnerait pour un petit cachet.

Elle s'imaginait le goût aigre qui roulait un instant sur sa langue pour le contrôle de la qualité de la marchandise -Vera a toujours livré une excellente qualité- avant qu'elle ne fasse passer par ses voies nasales la poudre résultante de l'écrasement de la bille blanche. Et tandis qu'elle l'imagina, elle s'allongea enfin sur son lit.

Elle savait que quand elle se réveillerait, elle gagnerait un mal de tête à faire vriller ses tympans mais ça lui allait.

En fermant les yeux, elle ne pria plus pour son village bien aimé, pour ses amis ou sa famille, elle voulait juste que sa douleur s'arrête, retrouver celles et ceux qui ont été ses victimes à un moment donné et leur demander pardon. Mais elle savait aussi que même s'ils lui pardonnait, elle ne le pouvait pas.

Alors Sakura ferma les yeux, avec des souvenirs défilant et de son complexe du sauveur qui la nargait.

S'endormir ressemblait à une épreuve et la rose ne voulait plus se battre contre son cerveau trop rempli qui recréait sans cesse des films.