Chapitre 2 – Renaissance du Serpent
La Forêt interdite.
Silencieuse. Épaisse. Hostile.
Et pourtant, au cœur de ce chaos végétal, une clairière semblait figée dans un temps ancien. Les arbres y formaient une voûte si dense que la lumière de la lune peinait à atteindre le sol.
Au centre, une silhouette encapuchonnée était assise, immobile.
Tom Jedusor.
Son corps était mince, presque trop pâle sous la cape sombre, mais il était bien là. Solide. Humain. Faible, oui — brisé, même — mais vivant.
Depuis la destruction du journal, quelque chose en lui s'était fendu. Il avait vacillé, comme si sa propre existence ne tenait plus qu'à un souffle. Mais ce souffle, il l'avait protégé, enfermé dans cette forêt, à l'abri des regards et des sorts.
Il observait. Il ressentait.
Et ce qu'il ressentait était nouveau. Un écho. Un battement. Un lien.
Harry.
Il avait vu son regard avant que le journal ne soit détruit.
Et dans ce regard… il s'était vu lui-même.
Un bruit le tira de ses pensées.
Un craquement de brindilles. Un petit râle. Une forme minuscule jaillit d'un fourré, titubante.
Un rat. Qui se transforma aussitôt.
— Mon… Seigneur…
Peter Pettigrow s'écroula devant lui, à genoux, haletant. Il avait fui. Il s'était échappé de la maison des Weasley après que Ron ait commencé à se méfier. Et comme toujours, il était revenu vers son maître.
Par instinct. Par peur. Par obsession.
Il sortit une sacoche qu'il tenait serrée contre lui, et l'ouvrit. À l'intérieur, des fragments. Des reliques. Les Horcruxes.
— J'ai tout retrouvé… balbutia-t-il. La bague. Le diadème. Le médaillon… Même ce qu'il restait du journal… J'ai suivi vos instructions. J'ai tout fait…
Tom leva lentement la tête, et ses yeux rouge sombre brillèrent sous sa capuche.
— Pose-les autour de moi.
Peter obéit. Il traça un cercle grossier, y déposant les objets. Le sol vibra légèrement, comme si la forêt elle-même retenait son souffle. L'air se fit plus lourd. Plus dense.
Tom se leva, lentement. Son corps tremblait encore sous l'effort. Il se glissa au centre du cercle, posa une main sur sa poitrine.
— Enfin… je vais redevenir entier.
Les Horcruxes se mirent à briller. Une lumière noire et verte s'échappa des objets, comme attirée vers son cœur.
La magie afflua, déferla dans ses veines. Ses genoux cédèrent un instant, puis il se redressa.
Son dos s'étira. Ses traits se redessinèrent. Son corps, jusque-là épuisé, se renforça. Son visage, jusqu'alors dissimulé, se révéla lentement.
Froid. Souverain. Beau.
Un homme d'une quarantaine d'années, au visage noble et tranchant. Ses cheveux noirs étaient lissés en arrière. Ses yeux, rouge sombre, vibraient d'une intelligence glacée. Ses vêtements, malgré la boue, semblaient faits pour un prince : cape longue, tissu précieux, presque antique.
Peter étouffa un sanglot.
— Vous êtes… revenu.
Tom s'approcha d'un petit bassin formé par la pluie. Il y vit son reflet, et ne détourna pas les yeux.
— C'est ce visage qu'elle a aimé, murmura-t-il.
Puis, dans ce silence retrouvé, il sentit autre chose.
Un lien.
Un feu.
Un nom.
Harry.
Il se redressa, le vent soulevant sa cape, et prononça enfin ce que son cœur n'avait jamais osé formuler.
— Il est mon fils.
Et désormais, il saura qui je suis.
