La Forêt interdite était encore plus noire que d'habitude.
Pas parce qu'il faisait nuit, mais parce que quelque chose s'y jouait.
Quelque chose de vieux, de brisé, de jamais nommé.
Dumbledore avançait seul.
Il marchait lentement, comme si chaque pas pesait d'années de silence. Il ne traquait pas. Il ne cherchait pas.
Il allait à la rencontre de son fils.
Je l'ai su dès que la pierre m'a touché. Cette pierre qu'il a envoyée… elle n'était pas une menace. Elle était une main tendue. Une main qui tremble, mais qui cherche encore à être prise.
Je l'ai abandonné. Par peur. Par devoir. Par lâcheté aussi.
Et maintenant je vais le regarder en face, et je n'aurai rien à dire… sauf ce qu'il ne veut plus entendre.
Il tenait la pierre dans sa main. Celle que Peter avait portée. Celle que Tom avait donnée.
Celle de Lily.
La clairière s'ouvrit sans prévenir. Et il était là.
Tom.
Droit. Froid. Silencieux.
Son manteau sombre, son visage figé. Son regard tranchant.
Aucun mot. Pas de mouvement.
Dumbledore s'arrêta.
Leurs regards se croisèrent.
Et pendant un instant, l'air entre eux sembla se contracter.
Un éclat de magie ancienne. Pas un sort. Une connexion.
Mais Tom ne bougea pas.
Et Dumbledore parla le premier.
— Tu savais que je viendrais.
— Bien sûr, répondit Tom. On ne trompe pas un père.
Un silence. Puis Tom ajouta, d'un ton glacial :
— Et surtout pas quand on lui jette à la figure ce qu'il a perdu.
(Dumbledore, intérieurement)
Il parle de la pierre. Il parle de Lily. Il parle de moi. Mais il ne dira rien d'autre. Il ne sait pas faire autrement.
Dumbledore ouvrit lentement la main.
La pierre rouge y reposait, inerte.
Mais vivante.
Il s'approcha, tendit le poing fermé.
Tom regarda la pierre. Longuement. Puis il tendit la main, et la reprit.
Pas un merci.
Pas un mot.
(Tom)
Il l'a comprise. Ce n'était pas une arme. C'était une preuve. Une trace. Ce qu'il fait là maintenant, c'est… accepter que je sois encore là.
— Tu veux voir le garçon, dit Dumbledore.
Tom hocha la tête. Léger. Précis.
— Il a le droit de savoir.
De voir.
Et de choisir.
— Il n'est pas prêt, répondit Dumbledore.
— Je ne lui demande pas de l'être.
Un battement de vent.
Puis Dumbledore murmura :
— Il te ressemble. Plus que tu ne l'imagines.
Tom ne répondit pas.
Mais ses doigts se crispèrent légèrement sur la pierre.
(Tom)
Je ne veux pas qu'il me ressemble. Je veux qu'il survive. Et s'il doit me haïr pour ça, alors qu'il le fasse. Mais qu'il sache.
Dumbledore recula d'un pas.
— J'ai compris ton message.
Mais ce que tu demandes… va exiger plus que des pierres.
Il faudra des actes.
— Je n'ai plus d'armée, répondit Tom.
Je n'ai plus de cause.
— Alors trouve un nom. Et construis.
Et quand il te verra… qu'il voie un père. Pas un mythe.
Tom garda le silence. Encore. Toujours.
Et juste avant que Dumbledore ne reparte, il lança :
— Tu es venu seul. Sans baguette à la main.
Tu savais que je ne te tuerais pas.
Dumbledore s'arrêta, le regard perdu dans les arbres.
— Parce que malgré tout… tu es mon fils.
Et il disparut.
Tom resta seul.
La pierre chaude dans sa main.
Et au fond de lui, une voix qu'il ne reconnaissait pas encore souffla :
Tu n'as plus rien à prouver.
Tu n'as plus qu'à essayer.
