Hello! Désolée pour le retard, je suis tellement débordée en ce moment que je n'ai même pas eu le temps de poster hier soir... Je suis dans le même état qu'Hermione dans ce chapitre en ce moment, j'ai hâte d'être en vacances pour souffler et retrouver un rythme d'écriture correct! On m'avait dit que les premières années en tant que professeure des écoles pouvaient être rudes mais c'est encore pire que ce que j'imaginais...

On avance doucement vers la fin de la cinquième année avec un événement canon attendu dans ce chapitre... je ne vous en dis pas plus, à tout à l'heure pour le débrief, et bonne semaine à tous et toutes! :)

tw: brève mention d'alcool/alcoolisme

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Hermione


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Pansy la mettait mal à l'aise.

Pourtant, c'était la première fois depuis leurs onze ans qu'elle ne se moquait pas d'elle, de ses cheveux, de ses dents, de son sang. Il n'y avait aucun malice dans son expression, aucune moquerie, aucun regard de haut en bas pour jauger sa tenue. Elle n'avait pas accompagné sa question par un ricanement railleur. Elle ne prétextait pas être dégoûtée en lui tenant le bras.

Non, pour la première fois depuis qu'elles se connaissaient, Pansy n'était pas méchante. Elle était inquiète.

Et ça choquait bien plus Hermione.

Son regard noir glacé était empli de la même inquiétude qu'Hermione voyait dans les yeux de Ron quand Harry était en danger. Elle pouvait sentir le poids considérable de la panique de Pansy dans la manière dont ses doigts s'accrochaient à sa manche, comme si elle craignait qu'elle ne s'en aille avant de lui répondre, qu'elle soit condamnée à rester dans l'attente, qu'elle ne sache jamais ce qu'Hermione avait aperçu dans cette boule de cristal deux ans plus tôt. Elle était pâle, la bouche entrouverte, les yeux rivés sur Hermione où transperçaient la terreur, l'effroi, l'impatience, la supplice.

Hermione eut soudain honte d'expliquer ce qu'elle avait vu. Ça lui paraissait tellement futile, maintenant qu'elle y repensait. Mais, même si elle avait essayé de se convaincre qu'elle avait rêvé plusieurs fois depuis, Hermione était intimement persuadée qu'elle avait bien vu quelque chose dans cette boule de cristal. Elle ne savait pas si c'était Trelawney qui s'amusait à trafiquer l'une d'entre elles à chaque classe pour faire croire à ses élèves que sa matière était réelle, mais en tout cas, l'image qu'elle avait vu semblait imprimée sur ses rétines depuis ce jour-là. Elle avait vu Drago, elle en était sûre. Pourquoi, elle n'en savait rien.

Sa réserve de raconter un tel secret s'envolait quand elle croisait le regard de Pansy, cependant. Hermione réalisa qu'elle était d'ailleurs la seule personne dans l'entièreté de ce Château à pouvoir la croire sans le moindre doute sur ce qu'elle s'apprêtait à dire. C'est cette dernière certitude qui la poussa à révéler ce qu'elle avait vu :

"J'ai vu Drago au-dessus d'un évier. Il… il pleurait." admit Hermione dans un murmure brisé. "Mais il ne pleurait pas simplement de tristesse, il pleurait comme si tous les malheurs du monde s'étaient abattus sur lui tout d'un coup. Il pleurait de désespoir."

Parkinson déglutit difficilement, comme si les paroles d'Hermione avaient du mal à lui passer en travers de la gorge. Pourtant, Hermione avait l'impression de ne pas décrire assez bien la souffrance dans laquelle avait semblé être Drago à cet instant. Rien que d'y repenser, elle avait mal au ventre.

"Dans longtemps ?" demanda Parkinson d'une toute petite voix.

Elle n'avait pas le moindre doute sur le fait que cette vision allait se réaliser.

"Je… je ne sais pas trop, il avait l'air plus âgé." répondit Hermione. "Peut-être dix-sept, dix-huit ans ?"

"C'était à Poudlard ?"

Hermione ferma les yeux brièvement pour essayer de détailler l'image qu'elle avait dans la tête.

"Oui, je crois." répondit-elle.

Pansy prit une petite inspiration affolée. Elle tenait toujours Hermione par le bras, ses ongles perçant légèrement sa peau à travers son pull.

"Qu'est-ce que tu as vu, après ? Est-ce que tu sais pourquoi il pleurait ?"

"Non, ça a duré à peine une seconde. L'instant d'après, il avait disparu, comme un mirage."

"Parce que tu n'y crois pas." murmura Pansy, en plein dans ses réflexions.

"Quoi ?"

Elle lâcha le bras d'Hermione et observa un point au-dessus de son épaule sans le voir :

"Tu ne crois pas en la Divination, du moins, pas en surface." expliqua-t-elle lentement. "Ta vision n'a pas pu se consolider, parce que tu ne voulais tellement pas y croire que tu as fermé ton Troisième Oeil sans même le réaliser."

Hermione n'avait jamais entendu un telle énumération de bêtises, mais elle se retint de toutes ses forces pour ne pas la contredire. Parkinson se remit à marcher le long du couloir et Hermione la suivit d'office :

"Tu as un Troisième Oeil, toi ?" demanda-t-elle.

"Tout le monde a un Troisième Oeil, Granger." répliqua Parkinson d'une voix monocorde.

"Mais le tien… je veux dire… il s'est déjà, tu sais, ouvert ?"

Elle n'avait aucune idée de comment formuler sa question. Tout lui paraissait tellement friable, elle avait du mal à réaliser qu'elle était vraiment en train d'avoir cette conversation.

"Non, jamais." répondit Parkinson d'un ton factuel. "Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Ça fait trois ans que je le travaille sans relâche et que je m'entraîne un peu tous les jours, mais je n'ai jamais eu de vision ou de prophétie à proprement parler."

"Comment ça se fait que je puisse en avoir une alors que je n'y crois pas, alors que tu t'entraînes tous les jours et que tu n'en a jamais eu ?" demanda Hermione, incrédule.

Parkinson haussa les épaules dans un geste bien trop grâcieux pour être naturel.

"C'est la beauté de la Divination. Ce n'est pas quelque chose qu'il faut travailler, c'est inné. Tout arrive pour une raison." récita-t-elle. "Peut-être que je n'ai pas encore eu de vision parce que l'Univers ne veut pas me montrer quelque chose de particulier. Mais ce n'est pas grave, j'attends mon tour, et je m'entraîne à l'ouvrir manuellement en attendant. Je pense que l'Occlumancie peut aider à assouplir l'esprit."

Le souffle d'Hermione se coupa.

"La quoi ?" demanda-t-elle le plus innocemment possible.

Parkinson roula des yeux, soudain agacée :

"Oh, arrête, Granger. Tu ne vas pas me faire croire que tu ne sais pas ce qu'est l'Occlumancie. Tu as lu tous les bouquins de la Bibliothèque de Poudlard, et tu sors avec Drago."

Hermione ne répondit rien. Elle ne savait pas vraiment si elle "sortait" avec Drago, ils n'avaient jamais vraiment défini le lien qui les unissaient, mais si sa meilleure amie pensait que c'était le cas, c'était qu'il devait le penser aussi. Cette pensée lui réchauffa le coeur, qui en avait bien besoin après le moment intense qu'elles venaient de vivre.

Elles arrivèrent devant le portrait de la Grosse Dame. Hermione mit du temps à réaliser que la ronde était terminée, et que Pansy l'avait en fait raccompagnée avant de redescendre elle-même vers les cachots.

Cette dernière se pencha soudainement vers Hermione pour lui chuchoter hâtivement à l'oreille, probablement pour ne pas se faire écouter par la Grosse Dame juste à côté :

"Je vais faire quelques recherches dans mes manuels de Divination pour essayer de comprendre un peu ce que tu as vu, peut-être en parler à Trelawney quand elle se sera… remise de ses émotions. Je te tiendrai au courant."

"Oh, euh… très bien, merci." bredouilla Hermione.

"Merci de me l'avoir dit." répondit Parkinson sincèrement. "Ça ne devait pas être facile de confier une telle chose à quelqu'un qui t'a menée la vie si dure. Sache que je suis touchée par ton geste." Elle se recula légèrement, et sembla se souvenir d'une dernière chose, qu'elle énonça avec difficulté : "Et… que je suis désolée d'avoir été une garce avec toi tout ce temps. Tu ne le méritais sans doute pas tant."

Hermione écarquilla grand les yeux. Elle n'aurait jamais pensé entendre de telles excuses de la bouche peinte de noire de Pansy Parkinson un jour.

"Je…" commença-t-elle.

"Je te l'ai déjà dit, je ferai tout pour Drago." l'interrompit Parkinson dans un chuchotement. "Je le protègerai avec ma propre vie sans la moindre hésitation, parce qu'il fait partie de ma famille. Et si ça implique devoir m'allier avec toi, je le ferai. Je place Drago dans ma liste des priorités, et s'il t'a choisie, je lui fais confiance."

Hermione ne put s'empêcher de sourire en entendant de telles paroles.

"Merci, Parkinson."

Elle grimaça légèrement en secouant la tête :

"Tu sais quoi ? Recommençons à zéro."

Et contre toute attente, elle lui tendit la main.

Hermione la regarda pendant de longues secondes, puis, leva précautionneusement la main droite et la serra. Elle avait peur que ce soit une ruse, que quelque chose se mette à exploser dans le creux de sa paume et que Parkinson se mette à éclater de son rire horripilant en lui demandant comment elle aurait pu penser qu'elles pourraient s'entendre un jour.

Mais la main de Parkinson était douce contre la sienne.

"Pansy Parkinson." se présenta-t-elle. "Mais tu peux m'appeler Pansy."

Hermione était bouche-bée. Elle mit plusieurs secondes à réaliser qu'elle attendait une réponse, leurs mains toujours entremêlées dans l'une des plus longues poignées de main qu'Hermione avait connu.

"Hermione." dit-elle d'une voix automatique.

Pansy plissa légèrement le nez sans lui lâcher la main :

"Tu m'en veux si je m'en tiens toujours à Granger pour le moment ? Je ne suis pas encore prête à passer la barrière du prénom."

"D'accord."

Pansy lâcha doucement sa main et lui lança un petit sourire :

"Ravie d'avoir officiellement fait ta connaissance, Granger. Je rentre. Bonne nuit !"

Et elle s'en alla sans un mot de plus.

Hermione resta plantée là, à se demander si elle ne venait pas d'halluciner.

Quand elle se retourna pour faire face au tableau de sa Maison, elle devait afficher la même surprise que la Grosse Dame.

"Qu'est-ce que c'était que ça ?" demanda la peinture en exagérant son faux accent italien.

"Occupez-vous de vos affaires." répondit Hermione, qui sentait ses joues brûler toutes seules.

Le tableau pivota, et la Grosse Dame la jaugea quand elle s'engouffra à l'intérieur.

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Drago


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Les après-midi des mercredis de Drago commençaient avec le cours le plus ennuyant de Poudlard : Histoire de la Magie. C'était l'opportunité parfaite pour tous les élèves présents de faire une sieste post-digestive, ce qui avait lieu tous les mercredis depuis Septembre.

Le seul avantage de cette classe était que cette année-là, elle était partagée avec les Gryffondors. Drago choissisait donc une place stratégiquement bien située pour pouvoir regarder Hermione, sans être trop près pour autant, afin ne pas être suspecté de se rapprocher de sa supposée ennemie.

Drago, Théo, Hermione et le Professeur Binns étaient les seules personnes de la pièce à être éveillées au bout d'une dizaine de minutes de cours. D'habitude, Drago s'asseyait à côté de Pansy, mais ce jour-là, elle s'était mise à côté de Blaise, alors il partagea son pupitre avec Théo.

Avoir Théo comme voisin de classe ne l'avait déjà dérangé, mais Drago se rappela très vite pourquoi il préférait avoir Pansy en Histoire de la Magie.

"Hé, il a dit quoi ?" chuchota Théo en prenant des notes à toute vitesse. "1313 ou 1373 ?"

"Aucune idée, je n'ai pas écouté une seule phrase de ce prof depuis le 2 septembre 1991." répondit Drago d'une voix blasée.

Théo leva les yeux au ciel en continuant d'écrire, ce qui était assez remarquable.

"Tu sais que tu vas avoir besoin de ces notes pour les BUSES ?" commenta Théo d'un ton désapprobateur.

"Oh, je sais."

Il lança un regard en biais à Granger, qui écrivait avec la même frénésie que le garçon à côté de lui. On aurait dit qu'ils étaient en compétition pour savoir qui allaient prendre le plus de notes à la fin du cours, et Drago ne serait même pas surpris que ce soit le cas.

"Ah, je vois." dit Théo en interceptant son regard. Il baissa la voix pour que seul Drago puisse l'entendre : "Est-ce que c'est pour ça que tu sors avec elle ? Pour copier ses notes ?"

"Oh, Teddybear, si j'avais voulu sortir avec quelqu'un pour piquer ses notes, je t'aurais choisi toi." répondit Drago du tac au tac, l'ironie perçant son ton.

Les pommettes de Théo rosirent légèrement sous la lumière du chandelier.

"Je t'ai déjà dit d'arrêter de me parler comme ça." grommela-t-il.

"Comment, Teddybear ?"

Il grogna et se remit à écrire.

Quand Drago fut sûr et certain que tout le monde était endormi, y compris Potter et Weasley au fond de la classe, il prit un morceau de parchemin, écrivit "Bibliothèque ce soir ?", le plia pour former un petit avion, et l'envoya discrètement vers la table de Granger. Son geste aurait pu être complètement invisible aux yeux de tous, mais elle sursauta comme si quelqu'un venait de lui lancer une Bombabouse sur son bureau. Heureusement, seul Londubat à côté d'elle remarqua sa surprise, mais il reposa sa tête sur ses bras sans lui poser de questions.

"Discret." nota Théo sarcastiquement à côté de lui. "Est-ce que j'ai été aveugle pendant des mois, ou est-ce que ça crevait les yeux depuis tout ce temps ?"

"Première option." marmonna Drago.

Granger déplia l'avion sous sa pile de notes et plissa les lèvres. Elle prit sa plume pour répondre rapidement.

"Tantum oculi tui legere possunt." murmura Théo à la droite de Drago.

Ce dernier se tourna vers lui sans comprendre. Il prenait toujours des notes, la tête tellement penchée sur son parchemin que son front frôlait le papier.

"Euh… Pardon ?"

"C'est le sort pour rendre invisible un message, espèce d'idiot." souffla Théo. "Si tu veux qu'elle seule puisse le lire, tu lances ce sort sur le papier en pensant fort à elle. Tantum oculi tui legere possunt."

Drago n'avait jamais pensé à mettre un mot de passe sur le contenu de son message. C'était pourtant très ingénieux : même si quelqu'un venait à tomber dessus, il ne pourrait jamais lire ce qu'il avait écrit. Drago n'aurait qu'à faire croire que c'était un message pour se moquer d'elle.

"Oh, Teddybear, je pourrais t'embrasser, là." dit-il en faisant mine de tendre les bras vers son meilleur ami.

"Beurk. Tu es affreusement de bonne humeur." commenta Théo en se décalant, dégoûté. "Tu sais, peut-être que j'aurais pu m'avérer utile si tu m'avais partagé ton secret plus tôt. Ça t'aurait peut-être enlevé tout un tas de problèmes."

Drago ne répondit pas, mais il était secrètement d'accord. Depuis que Théo savait pour Hermione, il était bien plus calme et apaisé. L'avion lui piqua doucement la cheville et Drago le ramassa par terre en vérifiant que personne n'avait remarqué l'échange, mais toute la classe continuait de somnoler. Le flot de paroles de Binns était devenu un bruit de fond dans ses oreilles.

Il déplia l'avion mais son coeur chavira de déception lorsqu'il lut la phrase d'Hermione de sa grosse écriture ronde :

"Je ne peux pas ce soir. Demain ?"

Il releva la tête et croisa son regard. Il acquiesça une fois et Hermione se remit à écrire.

"Oh." dit Théo en lisant le message par-dessus l'épaule de Drago. "Aïe. Quelque chose me dit que ta rayonnante et soudaine bonne humeur s'est envolée, je me trompe ?"

Drago répondit par un grommellement révélateur.

Il passa le reste du cours à se demander pourquoi Granger ne pouvait pas venir à la Bibliothèque. "Je ne peux pas ce soir." Il relut plusieurs fois la phrase, surpris de constater qu'elle n'avait pas donné de raison. D'habitude, quand elle ne venait pas, elle lui expliquait pourquoi. En fait, il réalisa qu'il y avait beaucoup de soirs où elle ne "pouvait" pas venir, et qu'elle ne donnait jamais de raison précise depuis le début de l'année scolaire.

Ce n'était pas un club de Poudlard où elle s'était inscrite, elle lui en aurait parlé. Quand elle révisait avec Potter ou Weasley, elle s'arrangeait toujours pour venir sur le banc après. Mais quelquefois, elle lui disait qu'elle ne pouvait pas et changeait habilement de sujet dès qu'il essayait de savoir ce qu'elle allait faire de ses soirées.

Hermione écrivait ses notes, un rideau de boucles cachant son profil, et Drago l'observa en essayant de deviner ce qu'elle était en train de manigancer. Elle lui avait pourtant promis de ne plus avoir de secrets… Avait-elle menti ?

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Pour continuer cette après-midi de classes désastreuses, les Gryffondors et les Serpentards se dirigèrent vers leur dernier cours de la journée : Soins aux Créatures Magiques. Et la question que Drago s'était posée en Histoire de la Magie l'obséda sur tout le trajet. Où allait Granger quand elle ne pouvait pas venir à la Bibliothèque ?

Drago avait ce… pressentiment. Quelque chose lui échappait. Hermione manigançait quelque chose dans son dos. Il avait toujours un bon instinct quand ça la concernait : le Retourneur de Temps, Sirius Black, Skeeter… Il pouvait voir quand elle lui cachait une information. Il pouvait le voir sur son visage, dans la manière dont elle détournait le regard quand il lui avait envoyé l'avion en papier, dans son écriture hâtive, dans ses réponses vagues. Il ne savait pas encore quoi, mais il était maintenant bien décidé à le découvrir. Parce que si elle ne lui disait pas ce qu'elle faisait de ses soirées, c'était que c'était soit dangereux, soit que ça allait lui faire du mal, et il n'était pas sûr quelle alternative était la pire à ses yeux.

Hagrid leur présenta les Noueux, une petite créature brune avec des piques le long de sa carapace. Apparemment, ils ressemblaient comme deux gouttes d'eau à des hérissons, un animal moldu, et quand Hagrid leur demanda comment les différencier, personne ne fut surpris quand Granger fendit l'air avec sa main :

"Oui, Hermione ?" appela Hagrid de sa voix bourrue.

Elle se mit à réciter de son ton habituel d'intellote :

"Les hérissons ne sont pas vraiment de nature craintive, et accepteront toute nourriture qui leur est offerte, les Noueux, en revanche, le verront comme un piège, et saccageront alors le jardin de la personne."

"Tout à fait ! Dix points pour Gryffondor !"

Les Serpentards échangèrent des soupirs agacés et Drago les imita par habitude. Granger rougissait de plaisir.

"J'espère que vous avez tous écouté l'explication d'Hermione, parce que l'activité que je vous propose est de reconnaître les trois Noueux dans ce groupe d'hérissons." expliqua Hagrid en montrant un enclos derrière lui.

Une dizaine de petits animaux gambadaient à l'intérieur, et plusieurs seaux de nourriture étaient disposés à côté.

"Hum-hum."

Tout le monde se tourna vers Ombrage. Elle s'était glissée à l'arrière du groupe et écrivait des notes dans un calepin avec une grande plume rose qui lui frôlait le menton. Drago Occluda pour ne pas s'attarder trop longtemps sur cette plume.

"Oui, Professeure Ombrage ?" demanda Hagrid d'un ton qu'il essayait de rendre le plus poli possible, sans grand succès.

"Je me demandais simplement s'il était vraiment judicieux de confronter les élèves à des créatures si dangereuses ?"

Comme à chaque fois qu'elle s'adressait au demi-géant, Ombrage articulait exagérement chaque lettre et termina sa phrase par un grand sourire narquois. Drago entendit Théo ricaner en entendant une telle appellation pour des bêtes aussi inoffensives.

"Les Noueux sont dans le programme de cinquième année de Soins aux Créatures Magiques."

Granger défia Ombrage du regard, et Drago se demanda pourquoi Merlin était-il tombé amoureux de la fille la plus bornée qui existait. Comment pouvait-elle répondre aussi effrontément à la femme qui l'avait torturée deux semaines plus tôt ? C'était incompréhensible.

"Ce n'est pas parce que c'est dans le programme que ça a le mérite d'être étudié, Miss Granger." répondit Ombrage d'une voix aussi mielleuse qu'insupportable.

"C'est sûr que le programme, ça n'a pas l'air de trop t'intéresser." commenta Théo à demi-voix, mais suffisamment fort pour qu'Hermione puisse entendre.

"Hagrid suit simplement les attendus des BUSES de fin d'année…" commença Hermione.

"Miss Granger, à ce que je sache, vous n'êtes pas professeure à Poudlard." coupa Ombrage, plus froidement. "C'est à Hagrid que ma question est adressée, et certainement pas à vous. Dix points en moins pour Gryffondor."

Heureusement que Drago Occludait, parce qu'il était à deux doigts de pousser Ombrage dans l'enclos des Noueux. Avec un peu de chance, ils pourraient lui arracher les yeux avant qu'elle ne puisse se relever ?

Potter et Weasley eurent l'intelligence de retenir Granger avant qu'elle ne réponde et récolte une heure de retenue. Quand Weasley posa sa main sur son épaule pour l'inciter à reculer vers lui, cependant, Drago vit rouge. Peut-être qu'il y aurait de la place pour le jeter dans l'enclos, lui aussi ?

"Et bien…" débuta Hagrid avec hésitation. "Les Noueux ne sont pas considérés comme des créatures dangereuses. Si tout le monde a bien compris comment les gérer, ils ne leur feront aucun mal."

La Professeure arqua un sourcil fin dans la direction d'Hagrid en prétextant être outrée :

"Donc, vous dites que si un élève a eu le malheur de ne pas écouter l'une de vos explications, il mérite de se faire blesser ?"

Drago devina les rougeurs sur les joues d'Hagrid dissimulées par sa barbe trop épaisse.

"Euh…"

Ombrage claqua sa langue contre son palais et se mit à écrire sur son calepin. À en juger à son expression, ce n'était pas un avis positif. Drago n'aimait pas Hagrid, mais il haïssait bien plus Ombrage après ce qu'elle avait fait à Granger, c'était donc l'une des premières fois où il ressentit de la compassion pour le demi-géant.

"Je vous en prie, Hagrid, continuez votre cours comme si je n'étais pas là." chantonna-t-elle quand elle eut terminé d'écrire ses notes.

"Très bien, euh… alors, les enfants, l'activité démarre ! C'est parti !"

Potter fut le premier à prendre un seau pour distribuer de la nourriture aux Noueux. Drago suivit péniblement, en essayant à tout prix d'éviter Ombrage, au risque qu'elle ne lui pose des questions pour incriminer Hagrid. Il n'était pas d'humeur à prétendre qu'il n'avait pas envie de tuer cette femme à longueur de journée.

Granger trouva les trois Noueux en moins de cinq minutes et l'activité prit fin. Ombrage passa le reste du cours à poser des questions très techniques sur les Noueux à Hagrid, qui bredouilla des réponses plus ou moins cohérentes. Le calvaire prit fin quand la cloche retentit et qu'Ombrage rentra au Château, suivie par une grande partie des Serpentards. Les Gryffondors restèrent pour aider Hagrid à nettoyer l'enclos. Potter s'était approché de lui pour le rassurer et avait posé sa main sur son épaule, qui paraissait minuscule.

Quand il vit Hermione ramasser les seaux, Drago lui lança :

"Attention, Granger, il reste un Noueux dans tes cheveux."

Crabbe et Goyle pouffèrent de rire, Weasley se mit en position défensive à côté d'elle. Hermione le regarda, et, comme à chaque fois, Drago fut parcouru par un coup de jus le long de ses bras quand il vit la flamme de la provocation briller dans ses jolis yeux.

"Très drôle, Malefoy." grinça-t-elle. "Mais j'imagine que tu dois bien le savoir, furet et hérisson, c'est un peu la même famille, non ?"

C'était la plus belle fille qu'il connaissait, mais c'était sûrement sa répartie qui l'attirait le plus. Il ne vivait que pour leurs piques. Personne d'autre qu'elle n'était capable de rétorquer aussi vite, aussi cruellement. Drago avait du mal à faire semblant d'être vexé.

En fait, ce qu'il aimait le plus quand ils avaient ce genre d'échanges spontanés, c'était quand elle le regardait. C'était comme si tout le monde autour disparaissait, il n'entendait plus les rires gras de Crabbe et Goyle, il ne voyait plus Weasley et Potter qui se collaient à Granger pour la "protéger". Ne voyaient-ils pas qu'elle n'en avait pas besoin ? Elle rayonnait. Elle avait ce petit sourire fier qui illuminait son visage parfait, elle irradiait de cette fièvre qui le contaminait depuis des années. Et surtout, elle le regardait lui. Personne d'autre. Ils étaient connectés l'un à l'autre et Drago se serait volontiers noyé dans ses yeux juste pour maintenir le contact, juste encore un peu, quelques secondes.

"Allez viens Mione, il n'en vaut pas la peine." conseilla Potter du haut de son immense sagesse.

Il la tira en avant pour prendre le chemin vers le Château et elle fut obligée de détourner le regard, mais quand elle passa près de lui, il effleura sa main, juste le temps d'une seconde. Sa peau était chaude contre ses phalanges. Personne n'aurait pu voir ce qu'il avait fait.

Pourtant, la main de Drago brûla longtemps après qu'elle soit partie.

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Le soir-même, Drago eut du mal à profiter de la fête des Serpentards. L'absence suspicieuse d'Hermione lui trottait dans la tête, et ça devenait rapidement sa seule pensée : où pouvait-elle bien être ? Avec Londubat ? Les jumeaux Weasley ? Pourquoi ne lui en avait-elle pas parlé ? Pourquoi avait-il l'impression qu'il ratait quelque chose d'évident ?

"Je ne peux pas ce soir." C'était ce qu'elle avait écrit. Aucune explication. Pourtant, elle devait se douter qu'il ferait tout pour savoir, il lui avait déjà prouvé plusieurs fois que dès qu'elle lui cachait quelque chose, il finissait toujours par comprendre ce qu'elle trafiquait.

Drago scanna les environs et réalisa soudain qu'il manquait quelqu'un.

"Théo n'est pas là." déclara-t-il. C'était la première fois qu'il parlait depuis des heures.

Pansy était assise à côté de lui dans le canapé. Elle avait échangé son classique whisky à la vanille pour un xérès à la cerise, et observait le fruit flotter à la surface de son verre sans parler.

"C'est bizarre, non ?" insista Drago. "D'habitude, il est toujours là."

"Pas toujours." fit-elle remarquer d'une voix lasse. "Parfois, il préfère travailler dans votre dortoir, ou lire un livre dans son fauteuil… peut-être qu'il est à la Bibliothèque…"

"Elle est fermée." interrompit Drago un peu sèchement. Sans savoir pourquoi, le fait que Pansy appelait son dortoir "votre" et pas "notre" lui faisait un peu mal au coeur.

"Blaise n'est pas là non plus." remarqua Pansy, sans lever la tête pour vérifier.

"Il doit être en train de draguer une énième fille Merlin-sait-où." répondit-il. "Ce qui n'est certainement pas le cas de Théo."

Pansy but une gorgée de xérès pour éviter de répondre.

Drago ne savait pas comment il le savait, mais il suspectait Théo d'être avec Hermione. Quand la Bibliothèque était fermée, il restait dans la Salle Commune ou dans le dortoir. Il détestait dépasser le couvre-feu. Et le fait que Granger ne soit pas venue à la Bibliothèque au même moment où Théo était absent était trop gros pour être une coïncidence. Ils étaient tous les deux ensemble, mais Drago n'avait aucune idée de ce qu'ils pouvaient bien être en train de faire, et pourquoi ils voulaient à tout prix lui cacher.

Évidemment, son cerveau alcoolisé se tourna tout de suite vers l'évident, mais il Occluda et écarta soigneusement ses théories fondées par la jalousie. Il faisait confiance à Hermione et à Théo, au fond de lui, il savait très bien qu'aucun des deux ne serait capable de le trahir de cette manière.

Mais alors, que pouvaient-ils bien faire un mercredi soir, si tard ?

Pansy se mit à bâiller dans son verre. Elle regardait ses copines danser devant l'énorme cheminée.

"Pourquoi tu ne vas pas danser avec elles ?" demanda Drago en désignant les filles d'un mouvement de menton.

Elle haussa vaguement les épaules. Drago remarqua que le maquillage qu'elle avait appliqué n'avait pas réussi à complètement dissimuler les cernes sous ses yeux injectés de sang.

"Tu as l'air crevée." commenta Drago en inspectant sa meilleure amie.

"Merci." répondit-elle avec un petit rire amer.

"Tu n'arrives pas à dormir ?" demanda-t-il.

Elle fit non de la tête en faisant tourner son verre mécaniquement. Drago se retint de lui demander pourquoi, parce que Pansy parlait rarement de ses cauchemars et de ses peurs qui la maintenait éveillée les soirs où elle dormait seule.

"Pourquoi tu ne viens pas dormir dans le dortoir, comme avant ?" demanda-t-il plutôt. "Je t'ai dit que tu pouvais toujours venir."

Pansy tourna la tête vers lui, les sourcils haussés, comme si elle essayait de déterminer s'il lui faisait une blague ou non.

"Je ne peux plus faire ça." dit-elle, comme une évidence.

"Et pourquoi donc ?" demanda Drago.

"Tu sais très bien pourquoi." asséna-t-elle fermement. "Ça serait irrespectueux pour elle."

Drago était tellement habitué à ce que Pansy soit véhémente dès qu'elle parlait de Granger qu'il mit plusieurs secondes à réaliser qu'elle voulait parler d'elle.

"Qu'est-ce que tu racontes ? Je ne te parle pas de coucher ensemble, c'est juste dormir, comme avant, quand on était enfants."

"Mais ça ne serait pas comme avant." contredit Pansy doucement. "Ça serait forcément bizarre, maintenant."

"Depuis quand est-ce que tu penses que partager un lit avec moi est bizarre ?" demanda Drago, interloqué.

Pansy et lui avaient dormi des centaines de fois ensemble sans la moindre ambiguité.

"Comment ta Granger réagirait si elle apprenait que ta meilleure amie venait te rejoindre dans ton lit tous les soirs ?" demanda Pansy, qui était devenue une experte à poser des questions à des questions au lieu d'y répondre.

Drago fronça les sourcils. Il n'avait jamais trop réalisé que l'acte de dormir avec Pansy puisse être une source de jalousie pour Granger.

"Elle ne…"

"Alors, laisse-moi reformuler." coupa Pansy. "Comment tu réagirais si tu apprenais que Weasley rejoignait Granger dans son lit et s'endormait à côté d'elle tous les soirs ?"

Rien qu'à cette pensée, Drago serra le poing, manquant de faire exploser son verre au passage. Un frisson de colère lui remonta l'échine et il eut le réflexe d'Occluder avant que cette idée ne parasite son esprit toute la soirée.

"C'est différent." siffla-t-il entre ses dents. "Weasley est amoureux d'Hermione depuis toujours."

"Et j'ai été amoureuse de toi une bonne partie de ma vie." argumenta Pansy.

Drago ferma abruptement la bouche. Il n'avait jamais vu la situation de cette perspective. Il avait toujours dissocié son amitié avec Pansy de la phase où ils s'étaient rapprochés physiquement. Pour lui, dormir avec elle et coucher avec elle étaient deux actes totalement opposés, et le premier était bien trop innocent pour que Granger puisse lui en vouloir.

Pansy, en revanche, avait l'air d'y avoir beaucoup réfléchi. Drago n'avait même pas remarqué qu'elle n'avait pas dormi dans son lit depuis le jour où il lui avait annoncé qu'il était officiellement amoureux d'Hermione et que c'était réciproque. Elle haïssait Granger, mais elle était assez respectueuse pour ne pas lui causer de jalousie.

Drago était impressionné par la maturité de sa meilleure amie. Il n'aurait jamais eu la présence d'esprit de faire ça : généralement, il faisait ce qui lui plaisait, que ça blesse les autres ou non.

"Je peux expliquer à Granger, si tu veux. Elle comprendra. Si tu as besoin de dormir avec moi, elle…"

"Pas la peine." dit Pansy avec un faible sourire. "Je me sentirais mal de faire ça, maintenant. Profiter de toi pour réussir à m'endormir. Tu es amoureux de quelqu'un d'autre, et je suis contente pour toi, mais il faut que j'apprenne à passer à autre chose. Aller de l'avant. Et ça doit passer par l'étape de dormir seule."

Drago comprenait mieux la fatigue de Pansy désormais. Elle n'avait pas passé plusieurs nuits d'affilée dans son propre lit sans compagnie depuis des années, et il savait qu'elle avait des terreurs nocturnes bien pires que les siennes.

"Tu peux demander à Théo, ou Blaise." proposa-t-il.

Il détestait savoir qu'elle souffrait à quelques mètres de lui et qu'il ne pouvait rien faire pour l'aider. Il n'avait même pas remarqué qu'elle dormait seule. Quel horrible ami il était.

"Non, ça ne ferait que repousser le problème." dit Pansy avec une confiance qui impressionna Drago. "Ne t'en fais pas pour moi, je survivrai."

"Je m'inquièterai toujours pour toi, Pans'." répondit-il sincèrement.

Ils échangèrent un petit sourire et elle fit tinter son gobelet contre le sien pour l'inviter à prendre une gorgée, ce qu'il fit.

"Ah, l'homme de tous les mystères vient d'arriver."

Drago se retourna dans la direction que regardait Pansy et observa Théo entrer dans la Salle Commune. Il portait son sac en bandoulière et une expression méfiante sur ses traits.

"Il était avec Hermione." marmonna Drago.

La tête de Pansy valsa sur le côté, faisant virevolter ses cheveux noirs.

"Ah bon ? Comment tu peux savoir ça ?"

"Je l'ai deviné." dit Drago, qui observait toujours Théo en essayant de détecter le moindre indice sur lui qui aurait pu prouver ce qu'il était en train d'avancer.

Théo les aperçut à ce moment-là et se faufila parmi les Serpentards qui faisaient la fête pour s'approcher d'eux. Quand elle le vit faire, Pansy se leva précipitamment et rejoignit la foule. Théo la regarda partir avec un soupir réprobateur :

"Elle s'enfuit parce qu'elle n'a pas terminé son essai de Métamorphose, je suis sûr." dit-il sur un ton de reproche.

Il prit la place que Pansy occupait quelques secondes plus tôt et laissa tomber son sac qui débordait de parchemins enroulés.

"T'étais où ?" demanda Drago sans préambule.

"Je révisais pour mes BUSES." répondit Théo, sans même le regarder, trop occupé à scruter les danseurs pour essayer d'apercevoir Pansy.

Drago plissa les lèvres mais ne dit rien. L'Occlumancie l'empêchait de ressentir pleinement la peur qui lui tordait l'estomac.

"Où est Blaise ?" demanda Théo.

"Aucune idée."

"Hm. Je vais terminer mes révisions là-bas." dit-il en désignant sa table d'étude préférée, de l'autre côté de la pièce. "Si Pansy revient, est-ce que tu pourrais lui dire que je la cherche et qu'elle doit absolument terminer son essai, s'il te plaît ?"

Drago répondit par un son inintelligible.

"Sérieusement, Drago, dis-lui." insista Théo en se relevant. "Et surtout, dis-lui que je ne le ferai pas à sa place, même si elle me supplie."

Où étais-tu ? Est-ce que tu étais avec Hermione ? Est-ce qu'elle est en danger ? Pourquoi vous me laissez dans l'ombre ? Qu'est-ce que vous faites ensemble ?

"D'accord." répondit-il sans le regarder.

Théo s'éloigna, et Pansy revint une minute plus tard en reprenant sa place.

"S'il me voit, il va me parler de mon putain d'essai de Métamorphose." dit-elle en guise d'explications. "Et il est hors de question que je le fasse. J'attends juste le moment où il sera trop angoissé et qu'il le fera pour moi."

Elle termina son verre de xérès d'une traite en essayant de trouver Théo par-dessus le rebord du canapé. Drago arrachait les fils du coussin, l'esprit ailleurs. Et si Granger se faisait surprendre de nouveau par Ombrage après le couvre-feu ? Est-ce que Théo l'avait raccompagnée devant sa Salle Commune, au moins ? Peut-être était-elle de retour dans le bureau d'Ombrage en ce moment-même, et qu'il ne pouvait même pas le savoir, parce qu'elle lui cachait où elle passait ses soirées une fois par semaine. Il pouvait encore entendre ses cris de douleur…

"Pourquoi tu Occludes ?" demanda Pansy.

Drago croisa son regard inquiet et se ressaisit :

"Désolé."

Il n'arrêta pas complètement pour ne pas se faire submerger par un torrent de sentiments, mais leva les murs de son esprit suffisamment haut pour ne pas paraître trop fermé. C'était une nouvelle technique qu'il avait découvert pendant les séances avec Rogue et qui fonctionnait plutôt bien, pour atténuer ses émotions trop vives sans les barricader complètement.

"J'aimerais tellement pouvoir faire ça." se plaignit Pansy en s'enfonçant dans le canapé, sûrement pour se cacher de Théo.

"Tu peux faire ça." dit Drago.

"Je sais ranger mes souvenirs, je ne sais pas couper mes émotions pour ne rien ressentir." contredit-elle. "Comment tu fais ça ?"

Drago essaya de se souvenir des conseils que lui avait donné Rogue, mais il y en avait tellement qu'il ne savait plus ce qu'il avait appris de lui-même et du Professeur de Potions.

"Je ne sais pas trop." avoua-t-il. "Dès que je ferme mon esprit, ça filtre mes émotions. J'imagine que c'est à force de le faire, maintenant, je peux le faire en quelques secondes."

Comme à chaque fois qu'elle réfléchissait, Pansy plissa inconsciemment son nez. Drago adorait secrètement quand elle faisait ça, parce que c'était les seuls moments où elle n'était pas consciente de sa propre apparence, une mimique incontrôlée. La vraie Pansy.

"Donc, tu médites ?"

"Pas vraiment." répondit Drago. "Je médite quand je veux trier mes souvenirs, ou quand je veux me calmer après avoir ressenti une colère trop forte. J'Occlude pour me protéger, comme si je dressais un bouclier."

"Montre."

Drago obéit. Dans un réflexe pur, il visualisa les murs tomber dans son esprit. Il imagina la clé tourner dans la serrure de sa bibliothèque mentale, et il fit disparaître la porte, pour que personne ne puisse y accéder.

"Wow." souffla Pansy. "Tes yeux sont devenus gris en à peine cinq secondes."

"Je me suis beaucoup entraîné." dit Drago avec fierté. "Essaye, toi."

Pansy posa sa tête en arrière sur le coussin du canapé et ferma les yeux. Elle resta longuement dans cette position, mais quand elle les rouvrit, Drago n'avait aucune idée de si ça avait marché ou non, parce que ses yeux étaient trop sombres naturellement pour noter une différence.

"Alors ? Tu as l'impression que ton esprit est protégé ?" questionna-t-il.

"J'en sais rien, moi !." se lamenta Pansy. "Teste ta Légamancie sur moi."

"Légilimancie." corrigea Drago avec un petit rire. "Et si j'essaye et que tu n'y arrives pas, tu ne pourras pas me repousser."

Pansy haussa les épaules :

"Pas grave. Je préfère que ce soit toi qui rentre dans ma tête que quelqu'un d'autre qui pratique la Légilimancie, genre, mon père."

Elle se redressa, comme pour se préparer à un duel.

"Là, maintenant ?" demanda Drago, surpris. "Au milieu de tous ces gens ?"

"Tout le monde est bourré, personne ne verra rien." assura Pansy.

Drago attendit quelques secondes au cas où elle changerait d'avis, mais quand elle ne le fit pas, il prit sa baguette et la pointa dans sa direction.

"Prête ?" Quand Pansy acquiesça, il lança à voix basse : "Legilimens."

Drago fut instantanément projeté dans la tête de Pansy.

C'était beaucoup plus facile d'y accéder que dans l'esprit de Rogue. Il passa à travers les faibles barrières qu'elle avait tenté de mettre pour se protéger et se retrouva au beau milieu de la tête de sa meilleure amie. Il n'était pas aussi sombre que celui de Rogue, et il faisait beaucoup moins froid. En fait, l'endroit lui était étrangement familier. Drago connaissait tellement bien Pansy qu'il avait l'impression d'être déjà venu. C'était une sensation étrange, comme aller dans un endroit de son enfance des années après.

Il ne savait pas où Pansy rangeait ses souvenirs, alors il suivit son intuition qui lui disait d'aller à gauche. Il ne savait pas vraiment si Pansy essayait vraiment de le repousser ou si elle avait abandonné et qu'elle le laissait se balader comme il le souhaitait, mais Drago ne ressentait aucun obstacle lorsqu'il marchait.

Il suivit un long chemin qui mena vers une porte aux reflets dorés, et il comprit tout de suite que c'était l'endroit qu'il cherchait, à l'instar de la réserve de Rogue ou de sa propre bibliothèque mentale. Il pouvait sentir l'énergie de l'Occlumancie lui réchauffer les joues.

Il s'approcha, et ouvrit la porte sans la moindre résistance.

C'était une salle circulaire, qui ressemblait beaucoup à la classe de Trelawney. Il y avait plein de petites tables rondes dispersées un peu partout, sur lesquelles étaient entreposées des dizaines et des dizaines de boules de cristal. Il n'y avait pas l'odeur infecte de la classe de Divination, mais la même ambiance y régnait, comme un voile de mystère au-dessus de la pièce. Drago était sûr que s'il se penchait sur l'une des boules de cristal, il y verrait un souvenir caché, mais il n'osa pas le faire de peur que Pansy ne soit pas encore prête à lui dévoiler.

"Alors ?" résonna la voix claironnante de Pansy derrière lui.

Il se retourna, s'attendant à la voir, tout comme Rogue quelques semaines auparavant, mais elle n'était pas là. Drago supposait qu'elle était encore trop inexpérimentée pour être capable de se matérialiser dans son propre esprit.

"Pansy, c'est…" commença-t-il en faisant un tour sur lui-même pour analyser les environs.

"Je n'ai pas réussi à t'empêcher d'entrer." dit-elle, un peu déçue. "J'ai essayé, pourtant, mais c'était trop fatiguant. Et je pense que je te connais tellement bien que mon corps ne proteste pas vraiment de l'intrusion. Alors, qu'en penses-tu ?"

Drago admira les centaines de boules de cristal, les petites tables, le tapis épais sous ses pieds.

"J'en pense que je suis extrêmement fier de toi, Pans'." admit Drago.

"Vraiment ?" demanda la voix avec une touche d'espoir.

"Tu as réussi à créer tout ça en si peu de temps et sans l'aide de quelqu'un d'expérimenté." dit Drago. "C'est putain d'impressionnant, Pans'."

"Merci. Je t'inviterai bien à rester plus longtemps, mais je sens que ça m'épuise."

"Oh, désolé."

Quand Drago revint à son état normal dans le canapé de la Salle Commune, Blaise était à côté d'eux. Ses bouclettes étaient toutes décoiffées, comme s'il venait de dehors, et on aurait dit qu'il était essoufflé. Il oscilla la tête entre Pansy et Drago plusieurs fois :

"Qu'est-ce que vous foutez ?" demanda-t-il, stupéfait par la scène en face de lui.

"Drago m'entraînait à l'Occlumancie." répondit Pansy. "Et toi, tu étais où ?"

"Dehors." dit Blaise évasivement.

"Avec qui ?"

Pour toute réponse, Blaise lui fit un clin d'oeil et Pansy leva les yeux au ciel. Il s'assit sur son fauteuil préféré et Pansy se leva en même temps.

"Bon, je vais me coucher, tout ce travail mental m'a épuisée." confessa-t-elle.

"Bravo, Pans', tu as beaucoup avancé." dit Drago. "Maintenant, on va t'entraîner à repousser les intrusions indésirées."

"Peut-être que ça m'aidera à m'endormir." dit-elle, avant de bailler. "Bonne nuit les garçons."

"Bonne nuit Pans'." répondirent Drago et Blaise à l'unisson.

Pansy se retira dans les dortoirs et à l'instant où elle quitta la pièce, plusieurs groupes de Serpentards se séparèrent, comme des morts-vivants qui erraient sans but précis. L'effet de Pansy sur les fêtes était phénoménal, presque effrayant.

"Théo est parti se coucher ?" demanda Blaise.

Drago jeta un coup d'oeil vers la table d'étude, qui était vide.

"Il faut croire. Sûrement parti lire dans le dortoir."

"Hm."

Crabbe et Goyle passèrent devant eux avec des mines déconfites, visiblement dégoûtés que la soirée soit terminée. La plupart des Serpentards se dirigeaient déjà vers les dortoirs pour aller se coucher, et la musique du gramophone s'était soudainement déréglée, ce qui décourageait les quelques danseurs restants sur la piste à continuer.

"Hé, tu veux essayer l'Occlumancie ?" proposa Drago en se tournant vers Blaise. "Pansy a essayé de me retenir mais elle n'a pas réussi, j'ai pu voir la pièce où elle garde tous ses souvenirs. Peut-être que tu auras plus de succès qu'elle ?"

"Je ne suis pas assez avancé pour pouvoir faire ça." répondit-il humblement.

"Justement, c'est pour t'entraîner."

Blaise lui fit un sourire, mais c'était un sourire bizarre, forcé.

"Non, mais merci Dray. Je vais m'entraîner encore un peu avant. Il se fait tard, je vais aller me coucher aussi. Bonne nuit !"

Et il s'en alla avant que Drago n'ait pu ranger sa baguette.

Il resta longtemps là, sur le canapé, à regarder les derniers élèves quitter la fête à tour de rôle, en se demandant ce que ses amis pouvaient bien garder comme secrets, ces derniers temps.

.
.

"Pourquoi tu n'as pas pu venir hier soir ?"

Drago était fier de lui : il avait réussi à tenir quarante sept minutes. Quarante sept minutes à scruter Granger qui travaillait en face de lui, dans la quiétude de leur bulle de la Bibliothèque. Quarante sept minutes à contenir la question qui tournait en boucle dans sa tête depuis la veille. Où avait-elle passée sa soirée ? Avec qui ? Pourquoi était-il intimement persuadé qu'elle lui mentait depuis des semaines ?

Elle leva à peine la tête pour lui répondre :

"Je révisais."

Soit elle était devenue extrêmement douée pour lui mentir, soit elle avait vraiment passé sa soirée à réviser. La curiosité de Drago, qui était pratiquement devenue une psychose à ce stade, se renforça lorsqu'il entendit cette raison bien trop vague.

"Pourquoi tu n'es pas venue le faire ici ?" demanda-t-il. "J'aurais pu t'aider à te faire réciter tes leçons."

Granger utilisa le bout de sa plume pour se gratter distraitement la tempe, un geste qu'elle faisait souvent quand elle cherchait une réponse à une question de cours.

"La rune de l'amitié… de la solidarité…" marmonna-t-elle, happée par son devoir.

"Granger."

Elle redressa la tête d'un coup quand il prononça son nom aussi sèchement et ses yeux se fendirent :

"Tu as dit que tu m'appellerais Hermione." releva-t-elle, vexée.

"Non, j'ai dit que je t'appellerais occasionnellement Hermione." rectifia Drago. "Je t'appelles Granger quand tu ne m'écoutes pas. Pourquoi tu n'es pas venue à la Bibliothèque hier ?" Puis, réalisant qu'il était peut-être un peu trop oppressif dans son interrogatoire, il ajouta : "Tu m'as manqué."

Le regard d'Hermione se radoucit et elle esquissa un faible sourire.

"Je révisais." répéta-t-elle. "Et tu m'as manqué aussi."

"Avec Théo ?"

Il la vit encaisser la question, mais elle ne montra rien sur ses traits qui aurait pu montrer qu'elle l'avait affectée.

"Oui." répondit-elle franchement.

Drago aurait pensé que cette révélation lui ferait mal, mais il fut en fait satisfait de constater qu'elle ne lui mentait pas. Son intuition avait donc été bonne, Théo l'avait bien accompagnée, mais il n'avait aucune idée d'où, et pourquoi.

"Est-ce que ça a un rapport avec le moment où je vous ai vus sortir des toilettes du septième étage ?"

Drago évitait à tout prix de penser à ce souvenir, et fut presque tenté d'Occluder pour ne pas laisser son visage trahir la rancoeur qu'il avait ressenti à ce moment-là. Hermione avait le mérite de ne pas être impressionnée : elle souriait presque.

"Tu veux dire le moment où tu m'as accusée d'avoir couché avec lui ?" demanda-t-elle d'un ton taquin.

"C'était ça que vous faisiez ?"

La question fusa sans qu'il puisse la contrôler. Hermione roula gravement les yeux au ciel comme s'il était un garçon particulièrement puéril, et il l'était sûrement.

"Évidemment que non, Drago, tu sais très bien que je ne ferai jamais ça."

"Mais ça a un rapport avec ce que vous faisiez hier ?" demanda-t-il, avec l'impression qu'elle essayait de détourner ses pensées pour qu'il oublie sa véritable demande.

Elle fit mine de réfléchir quelques secondes, puis acquiesça.

"Qu'est-ce que vous fabriquez, tous les deux ? Vous préparez quelque chose ?" demanda Drago, sans même cacher l'inquiétude dans sa voix.

Si Théodore Nott Jr et Hermione Granger s'alliaient pour comploter ensemble, la guerre pourrait sans doute prendre une autre tournure que Dumbledore lui-même n'aurait pas pu anticiper.

"Tu as dit que j'avais le droit d'être amie avec Théo." rappela Hermione de sa voix haut perchée.

"Je ne remets pas en cause votre amitié, je te demande juste ce que tu foutais avec lui hier soir." répliqua Drago.

Il sentait bien qu'il était en train de perdre patience. Il agrippa le rebord de la petite table avec ses doigts pour essayer de se calmer.

"Je ne suis pas obligée de tout te raconter." pointa Granger en retournant à ses runes. "Tu ne me racontes pas tout non plus."

"Ah bon ? Comme qu…"

"Les fêtes, par exemple." répondit-elle de but en blanc.

Il se tut.

Il savait, depuis qu'elle avait aperçu les vestiges de la fête abandonnée le lendemain de sa retenue avec Ombrage, qu'elle attendait de pouvoir lui en parler sans paraître trop fouineuse. Il la connaissait par coeur. Il l'avait deviné juste en voyant ses yeux se balader sur les bouteilles d'alcool et les corps endormis des élèves encore ivres.

"Que veux-tu savoir ?" demanda Drago, une question qu'il ne fallait pourtant jamais poser à la fille en face de lui.

Elle croisa les bras sur son manuel de runes, ses grands yeux braqués sur lui, si intensément qu'il pouvait presque sentir ses joues picoter. Il adorait quand elle l'observait de la sorte, comme s'il était l'objet de toutes ses interrogations, comme si toute son attention n'était dirigée que sur lui. Avoir l'attention d'Hermione sur lui était plus satisfaisant que d'avoir celle de n'importe quel professeur de ce Château, ou même celle de ses propres parents.

Hermione mit du temps à trouver une question. Drago pouvait presque voir son cerveau chauffer de là où il était. Quand elle le fit, cependant, elle le prit de court :

"Est-ce que tu te mets en danger ?"

Son premier instinct était de vouloir mentir, mais ce n'était pas très juste de lui demander la vérité s'il ne le faisait pas lui-même. Alors, Drago prit une petite inspiration et déclara doucement :

"Il y a quelques temps, ça pouvait m'arriver, mais plus depuis quelques mois."

Hermione s'humecta rapidement les lèvres en analysant cette explication et Drago oublia subitement pourquoi il était troublé depuis la veille. Toutes ses interrogations sur l'absence d'Hermione s'envolaient quand il regardait ses lèvres. Il ne se souvenait plus pourquoi il était énervé. Il la suspectait de savoir exactement ce qu'elle faisait, et ne lui en voulait même pas. Elle était douée.

"Qu'est-ce qui a changé ?" demanda-t-elle.

Drago désigna la petite table ronde, sur laquelle étaient étalés les manuels d'Hermione, son thé à la cannelle, sa pince à cheveux qu'elle avait retirée un peu plus tôt.

"Ça." dit-il simplement.

"Ça fait un an et demi qu'on partage cette table." commenta-t-elle, et Drago fut complètement chamboulé par la réalisation. Ça lui paraissait bien plus long, et en même temps, il avait toujours du mal à réaliser qu'il passait ses soirées en compagnie d'Hermione Granger dans la Bibliothèque de Poudlard. "Pourquoi est-ce que ça ne fait que quelques mois que ça a changé ?"

Drago se massa l'arête du nez en élaborant une défense mentale. Il n'avait pas envie de parler de ça, pas ce soir, pas à Hermione. Il ne voulait pas vraiment lui cacher, mais cette partie de son existence était loin d'être la plus reluisante. Il ne s'imaginait pas lui décrire ce qu'il faisait pendant ces soirées. Il savait qu'elle désapprouverait, et descendre dans son estime était l'une de ses plus grandes peurs.

Il n'eut pas besoin de poser des mots sur ce qu'il ressentait, cependant, parce qu'elle lui demanda :

"Tu te réfugies dans l'alcool, c'est ça ? Quand tu ne te sens pas bien ?"

Il contracta ses traits sans le vouloir et accusa le coup. À l'entendre comme ça, il avait l'air d'un alcoolique. Il n'en était pas un, il était beaucoup trop jeune pour être un alcoolique.

Non ?

"Pas à ce point-là." dit Drago, parce que Pansy était bien pire que lui dans ce domaine. "Mais ça m'arrive de boire, oui."

Elle écarquilla les yeux de choc, une expression de pure innocence sur son visage qui donnait à Drago l'impression d'être un criminel.

"Souvent ?" demanda-t-elle, sa voix devenue toute couinante.

"Moins." répondit-il. "L'Occlumancie m'aide à défouler mes émotions d'une autre manière, et plus sainement. Et, toi, aussi."

"Moi ?" répéta-t-elle sans comprendre.

Comment cette fille pouvait avoir la réponse à toutes les questions de cours du programme scolaire jusqu'à la septième année mais ne pas réaliser à quel point il l'aimait le rendait fou.

"Oui, toi. Tu es la personne qui m'apaise le plus au monde, Hermione." dit Drago, le plus sérieux possible. "Quand je suis avec toi, ma colère se dissipe bien plus rapidement que quand je suis seul, et la nuit où tu as dormi dans mon lit a été la plus reposante de toute ma vie. Tu arrives à tempérer mes émotions négatives bien plus efficacement que n'importe quelle Occlumancie, mais les positives sont exacerbées, tellement que je suis devenu accro à toi, comme un drogué en manque d'adrénaline. Où étais-tu hier soir ?" demanda-t-il doucement.

Sa confession l'avait fait sourire. Avec ses cheveux lâchés qui tombaient sur ses épaules et les pupilles légèrement dilatées comme ça, elle était si belle que Drago aurait pu l'admirer pendant des heures sans se lasser, comme les peintures dans les musées moldus.

"Je ne peux pas te le dire." chuchota-t-elle, comme si quelqu'un pouvait entendre leur échange alors qu'ils étaient complètement isolés. "Ce n'est pas mon secret. C'est celui d'Harry."

Elle lui avait déjà dit ça, et Drago détestait l'entendre toujours autant.

"Potter ? Mais quel rapport avec Théo ? Putain, qu'est-ce que tu caches, Granger ?"

"Je ne peux pas te le dire…"

"Pourquoi ?" demanda-t-il abruptement.

Les yeux d'Hermione s'emplirent de pitié, et Drago savait d'avance que la réponse n'allait pas lui plaire du tout.

"Parce que je ne t'ai pas encore pardonné."

Son coeur remonta brutalement dans sa gorge.

"Tu as dit que tu me faisais confiance." dit-il d'un ton presque accusateur.

Il s'en souvenait parfaitement, c'était l'un de ses souvenirs préférés à consulter avant qu'il ne s'endorme. "Et je te fais confiance, Drago." Elle le lui avait dit. Mot pour mot. Granger eut un petit sourire triste.

"Je te fais confiance, mais pas envers les autres. Harry, Ron, Neville, Fred, George… je sais que tu pourrais leur faire du mal. Et ça me terrifie, parce que si tu peux leur faire du mal à eux, qu'est-ce qui te retiendrait de ne pas me faire du mal à moi ?"

"Tu sais très bien que si tu es concernée, tout change." assura-t-il sans ciller. "Je ferai tout pour te protéger. Tu le sais, non ?"

"Oui, et c'est justement ça qui me fait peur. Ta haine envers les autres est tellement destructrice que tu pourrais m'emporter avec, et regretter ensuite. C'est pour ça que je garde encore quelques réserves. Pour avoir un accès à tous les secrets de mon entourage, tu dois me prouver que tu ne vas pas tout faire exploser au moindre désaccord."

Drago savait qu'elle se souvenait des coups de poings, du sang, de son asphyxie et du sauvetage à la dernière minute de Rogue lors de ce désastreux match de Quidditch contre Gryffondor. Peu importe le temps qui avait passé, le traumatisme était toujours là. Et peut-être qu'elle se souvenait aussi bien que lui de leur premier baiser ensuite, de la tension qu'ils avaient fait éclater ensemble, dans une avalanche de passion et de désir réprimé depuis des mois. Et tout ça n'était que la cause de son impulsivité.

Elle avait raison, sur toute la ligne. Il ne méritait pas de savoir parce qu'elle avait peur de ce qu'il ferait s'il détenait toutes les informations. C'était une vérité douloureuse à accepter, ça lui rappelait le fameux caillot de sang qui lui était resté en travers de la gorge après le coup de poing de Potter.

Drago s'appuya sur le dossier de sa chaise et se passa une main dans les cheveux. Il comprenait qu'elle ne veuille pas lui dire. Il ne lui aurait sans doute pas dit non plus, s'il avait été à sa place. Mais savoir qu'elle lui cachait quelque chose sans savoir ce que c'est était une punition difficile à assumer.

"Est-ce que tu te mets en danger ?" murmura-t-il.

Elle ne répondit pas tout de suite, et son silence l'effrayait encore plus.

"Je sais me défendre." répondit-elle, ce qui n'était pas rassurant du tout.

Drago soupira. Il avait appris il y a bien longtemps qu'il ne servait à rien d'essayer de l'arrêter, de toute façon. Une fois que Granger était décidée sur quelque chose, il ne pouvait qu'observer les conséquences de son acte.

"Tu réclames tout le temps que je dois te faire confiance, Drago, mais je pense que tu dois apprendre à le faire aussi." continua-t-elle.

Drago ferma les yeux péniblement :

"Je te fais confiance, Hermione. Mais, putain, parfois, c'est dur." admit-il.

.

.

"Je n'irai pas."

C'était un lundi matin, et les quatre Serpentards prenaient leur petit-déjeuner dans la Grande Salle. Blaise lisait le journal, Pansy tartinait du miel épais sur ses tartines, Théo relisait ses cours de la journée, Eris dormait sur les genoux de Pansy, et Drago regardait son groupe d'amis avec un sourire flottant sur les lèvres. Il adorait cette routine instaurée depuis des années : peu importe la nuit qu'ils avaient passé, la journée déplorable de la veille, ou la quantité d'alcool qu'ils avaient ingurgité le soir, ils se retrouvaient toujours pour prendre le petit-déjeuner ensemble.

"Peut-être que ça pourrait te faire voir la Divination autrement, Pans'." insista Blaise, qui continuait de lire la Gazette d'un oeil. "Peut-être qu'il pourrait s'avérer être intéressant."

"C'est un demi-cheval qui fait des énigmes, je ne vois pas ce qu'il y a d'intéressant là-dedans." pointa Pansy en coupant son pain pour en donner un morceau à Eris.

Théo afficha une mine outrée et faillit faire tomber son quartier de poire dans son bol de lait de choc.

"Pans' !" s'écria-t-il, révolté. "Tu ne peux pas dire ça !"

"Et pourquoi donc ?" demanda-t-elle d'une voix acerbe.

Théo prit la Gazette des mains de Blaise, tourna quelques pages, puis l'étala sur la table pour qu'ils puissent tous voir ce qu'il voulait montrer. Sur la page numéro douze, il y avait une grande photo d'Ombrage, vêtue d'un chapeau particulièrement immonde, sur les marches blanches du Hall du Ministère de la Magie. Elle agitait sa main avec un sourire vers les caméras. Théo posa son doigt sur le titre situé juste au-dessus :

"Retour sur le texte de loi voté par la Sous-secrétaire principale du Ministre de la Magie, Dolorès Ombrage, afin de rétrécir le territoire occupé par une tribu de Centaures au Nord de l'Angleterre."

"Parce que tu parles comme elle." dit-il d'un ton dégoûté.

Pansy le fusilla du regard.

"C'est pourtant vrai, non ?" maugréa-t-elle. "Le nouveau professeur de Divination est un Centaure, et ils sont, techniquement, des demi-chevaux."

Blaise reprit son journal pour continuer sa lecture et Théo plongea sa cuillère dans son bol de céréales :

"D'accord, essaye de lui dire ça tout à l'heure." suggéra-il ironiquement. "Tu vas voir le coup de sabot que tu vas te prendre."

"Je ne vais rien voir du tout, puisque je n'irai pas à ce cours." répliqua Pansy avec fermeté.

"Pansy Parkinson qui loupe un cours de Divination, on aura tout vu." commenta Drago, qui buvait son café sans prendre réellement part à la conversation.

Pansy tourna la tête vers lui. Elle était déjà maquillée malgré l'heure, ses yeux soulignés par un long trait noir d'eye-liner qui faisait ressortir la noirceur de ses pupilles.

"Si ce n'est plus Trelawney qui fait cours, alors je refuse d'y aller." déclara-t-elle, pour la dixième fois du repas. "Il est hors-de-question que j'écoute un seul mot de cet affabulateur qui ose prendre la place de l'arrière-arrière-petite-fille de la plus célèbre des voyantes du monde des sorciers, inventrice des horoscopes et de la lecture des feuilles de thé, Cassandra Trelawney."

"Ce n'est pas ta mère qui disait que ton Troisième Oeil ressemblait plus à celui des Centaures qu'à la Divination occidentale ?" demanda Théo à Blaise à voix basse.

Le concerné haussa vaguement les épaules, bien plus captivé par l'article sur le match amical entre l'Italie et la Slovanie de la semaine précédente.

"Je m'en fiche de sa vision de la Divination." asséna sèchement Pansy. "Je n'irai pas. Je refuse de trahir Trelawney de la sorte. Elle n'est toujours pas sortie de sa tour depuis le jour où elle s'est faite renvoyée, la pauvre…"

"Ça ne change pas de d'habitude." pointa Drago, qui n'avait jamais vu la Professeure s'asseoir dans la Grande Salle.

Pansy lui lança un nouveau regard d'avertissement et Drago décida de ne plus parler de ce sujet sensible, au risque de se prendre une fourchette au visage.

"Je vais profiter de mon heure de libre pour aller la voir, justement." dit-elle en caressant la tête d'Eris sous sa cape. "Lui demander comment elle se sent. Tu veux venir avec moi, Blaise ?"

"Sans façon." répondit-il poliment.

"Ne me dis pas que tu vas aller à ce cours ?" questionna Pansy, horrifiée par cette perspective.

Drago se demanda ce qu'elle ferait s'il répondait que oui. Serait-elle capable de mettre son amour pour Trelawney de côté pour faire plaisir à Blaise ?

"Je sèche les cours de Divination depuis deux ans, pourquoi Merlin j'irais à celui-là ?" demanda Blaise d'un ton railleur.

Pansy regarda autour d'elle pour vérifier qu'aucun Serpentards aux alentours ne pouvait l'entendre chuchoter :

"Si tu avais des questions à lui poser, tu sais, sur tes visions…"

"J'ai une pile de lettres haute comme un elfe de maison de ma mère qui me supplie de lui poser toutes les questions que je souhaite." coupa Blaise, soudain blasé. "Je n'ai pas besoin de ce Firante."

"Firenze." corrigea hâtivement Théo.

"Comment tu sais ça, toi ?" demanda Pansy en jaugeant Théo en face d'elle de haut en bas.

"Je m'intéresse aux actualités de l'école, figure-toi." répondit-il.

Mais ses pommettes avaient rosi pour une raison que Drago ignorait complètement.

"Oh, Théo, tu veux aller faire du poney tout à l'heure à la place de l'Arithmancie ?" demanda Pansy d'une voix faussemenet cajoleuse.

Théo et Pansy se disputèrent sur les discriminations envers les Centaures pendant tout le reste du repas.

Un lundi matin normal, en somme.

.

.


Hermione


..

D'habitude, Hermione adorait le mois d'Avril. C'était le début du printemps, le temps se réchauffait, de gros bourdons dansaient autour des fleurs du parc de Poudlard, et le chemin pour aller voir Hagrid était parsemé de jolies fleurs roses. Les Professeurs entraient dans les spécificités du programme scolaire, rendant les cours bien plus intéressants et approfondis, et le soleil se couchait suffisamment tard pour qu'Hermione puisse lire quelques pages dans la Salle Commune avant d'aller se coucher, entourée de ses amis les plus proches.

Mais ce mois d'Avril, rien n'allait. Il pleuvait tous les jours du matin jusqu'au soir, et le parc était tellement boueux que le cours de Botanique fut annulé parce qu'aucun élève n'arrivait à accéder aux serres. Il faisait constamment humide à l'intérieur du Château, si bien que les cheveux d'Hermione avaient gonflé au point de ressembler à un nid d'oiseau posé sur sa tête.

Dans toutes les matières, on leur répétait que les BUSES approchaient à grands pas, et qu'il fallait travailler plus que jamais. Hermione prenait ces menaces très au sérieux. Elle avait l'impression d'être scellée sur sa chaise de la Bibliothèque tant elle y passait tout son temps libre. Dès qu'elle pouvait, elle s'y précipitait pour relire une définition ou s'entraîner à faire un sort.

Hermione stressait pour ces examens depuis sa première année, mais elle commençait vraiment à sentir l'angoisse s'insinuer en elle au fur et à mesure que les journées s'écoulaient. Tous les soirs, elle s'endormait avec un manuel sur la poitrine, et se réveillait plusieurs fois dans la nuit après avoir rêvé qu'elle n'avait pas eu la réponse à un exercice de l'examen.

Harry, Ron, Ginny, Théo, ses parents, Danny essayaient tous de la rassurer en lui assurant qu'elle aurait des bonnes notes et qu'elle n'avait pas besoin de travailler tant, mais rien n'y faisait. Chaque minute de ses journées était consacrée à la révision des BUSES.

Elle n'était pas seulement inquiète pour elle. Neville avait toujours du mal à comprendre certaines leçons, et leur séance de travail du samedi avait tendance à déborder jusqu'en début d'après-midi, ces dernières semaines. Harry et Ron ne se mettaient toujours pas au travail, et leur pile de devoirs s'agrandissait sans qu'ils ne réalisent l'ampleur de leur retard. Fred et George étaient encore pires : ils étaient tous les soirs en retenue pour non-rendu, et même les Beuglantes incessantes de leur mère ne les inquiétaient pas du tout.

Au milieu de cette période agitée, chacun des Gryffondors avait trouvé un réconfort quelque part pour s'aérer la tête.

Ginny et Ron s'entraînaient au Quidditch dès qu'ils le pouvaient, malgré le vent violent qui menaçait de les faire tomber de leurs balais. Ils revenaient courbaturés, trempés et épuisés, mais avec un sourire satisfait identifique sur les lèvres qu'Hermione ne pourrait jamais comprendre.

Fred et George se réfugièrent dans les farces et attrapes, développant des nouveaux prototypes chaque semaine qu'ils présentaient aux autres élèves.

Neville retrouvait sa joie lorsqu'ils cherchaient des plantes pour l'herbier d'Hermione qui se remplissait de plus en plus. Ils y allaient tous les samedis, peu importe la météo, et même lorsqu'ils étaient enfoncés dans la boue jusqu'aux genoux. Dès que Neville trouvait une fleur particulièrement rare, il semblait oublier la pression monstre sur leurs épaules le temps de quelques secondes.

Harry s'investit complètement dans les séances de l'A.D, à un point où ces séances étaient devenues plus intéressantes encore que la moitié des cours actuellement, mais évidemment, Hermione n'aurait jamais admit ça à voix haute. Les moments dans la Salle sur Demande étaient les seuls où Ron et Hermione voyaient Harry sourire pour de vrai.

Tous les membres déployaient d'efforts pour s'améliorer, pas seulement pour les BUSES, mais aussi pour la guerre qui les attendait derrière ces murs. Malgré cette raison sinistre, les séances de l'A.D. étaient toujours synonymes de bons moments. Les élèves s'entraidaient, discutaient des actualités ou des nouveaux décrets répressifs d'Ombrage, et pratiquaient la magie, encore et encore. Hermione essayait d'intégrer Théo dès que l'occasion se présentait, et lui aussi semblait prendre plaisir à s'investir de la sorte.

Et pour Hermione, son réconfort était Drago.

Il était la bouffée d'air frais dans un monde où elle s'asphyxiait. Peu importe la journée horrible qu'elle avait passée, il l'attendait toujours à la table de la Bibliothèque avec un sourire. Il était la seule personne à réussir à l'apaiser. Contrairement à ses proches, il ne lui disait pas qu'elle n'avait pas besoin de travailler autant, ou que tout allait bien se passer, ou qu'elle stressait pour rien. Il l'écoutait déblatérer pendant des heures sur ses leçons, il lui faisait réviser les notions qu'elle n'avait pas compris, même quand le sujet ne l'intéressait pas du tout. Quand elle lui confiait avoir peur, il ne se moquait pas d'elle comme Ron l'aurait fait, il l'interrogeait sur ses cours jusqu'à ce qu'elle soit rassurée.

Parfois, Hermione avait la sensation que Drago était le seul à la connaître vraiment. Il avait compris à quel point les BUSES étaient importantes pour elle, et pas seulement parce qu'elle voulait être la meilleure : elle voulait prouver qu'elle méritait sa place ici. Que son sang ne remettait pas en cause son aptitude à la magie. Drago, qui avait pourtant largement participé à cet acharnement en lui rappelant qu'elle était inférieure à lui pendant leurs premières années à Poudlard, lui rappelait maintenant tous les jours à quel point elle était brillante. Il la félicitait, la complimentait, l'encourageait, sans jamais se lasser. Hermione ne savait pas comment elle aurait survécu à ce mois sans lui.

Il n'avait pas redemandé où elle passait ses soirées lorsqu'elle ne pouvait pas venir à la Bibliothèque, mais elle pouvait voir qu'il se retenait de le faire à chaque fois qu'elle mentionnait une prochaine absence. Il se passait une main dans ses cheveux parfaitement coiffés et hochait la tête, la mâchoire contractée, les yeux orageux. À chaque fois, elle était tentée de lui dévoiler, mais elle se retenait toujours au dernier moment quand elle imaginait comment il réagirait s'il apprenait qu'Harry organisait ça en secret. Le souvenir de la retenue d'Ombrage était encore trop douloureux pour qu'elle puisse tout lui avouer. Et s'il apprenait que Théo y participait… Hermione n'osait même pas imaginer sa réaction.

Un mercredi au milieu du mois d'Avril, tandis qu'Hermione déjeuneait avec quelques Gryffondors, sa poche se mit à chauffer. Elle comprit pourquoi lorsque tout le monde autour d'elle sortit leur pièce de leurs poches respectives : Harry venait de proposer une nouvelle réunion.

Quand elle inspecta l'inscription tout autour du faux Gallion, elle fut surprise de voir que la séance d'A.D était prévue pour le soir-même.

"Ça doit être parce que l'entraînement a été annulé à cause de la pluie." dit Ginny en rangeant sa pièce.

"Sérieusement ?" s'écria George. "Une petite pluie n'a jamais tué personne, et encore moins un joueur de Quidditch digne de ce nom ! De notre temps, Angelina n'aurait jamais annulé un entraînement pour une raison aussi nulle."

Ginny lança à son frère un regard des plus indifférents et, sans un mot, montra le plafond avec son doigt. Au-dessus de leur tête, dans le ciel reproduit de la Grande Salle, grondait l'un des orages les plus féroces qu'Hermione avait jamais vu. Les fenêtres de la pièce tremblaient sous la force du vent et des flashs de lumière illuminaient les murs toutes les dix secondes, mais George avait été trop focalisé sur son assiette pour s'en rendre compte. En voyant la météo, il pinça les lèvres et hocha la tête.

"Orage ou pas, qu'est-ce que je donnerais pour monter sur un balai !" se lamenta Fred, la joue posée contre son poing, en broyant son morceau de jambon avec sa fourchette d'un air las.

À cet instant, Harry arriva, trempé par la pluie. Il venait de chez Hagrid, avec un Ron bougon sur ses talons.

"Je ne peux pas te donner une séance de Quidditch…" dit-il à Fred en enjambeant le banc de la table des Gryffondors. "... mais je peux te promettre une séance géniale d'A.D." termina-t-il d'un air fier.

Ron s'assit en grommelant. Fred leva la tête avec une lueur d'intérêt dans ses yeux bleus.

"Ah oui ? Ça sera sur quoi ?" demanda Neville.

"On va revoir les Patronus." dit Harry.

Plusieurs Gryffondors lâchèrent un cri de joie, mais heureusement, Ombrage ne remarqua rien.

"Quelle bonne idée, Harry !" lança Ginny, qui avait retrouvé sa bonne humeur. "Un peu d'espoir dans cette période lugubre !"

Harry lui adressa un petit sourire reconnaissant et Hermione fut surprise de voir que Ginny ne rougit même pas. Peut-être était-elle vraiment passée à autre chose, finalement.

"Ah… Ce soir, ça va être compliqué…" dit Lavande à leur droite à l'adresse d'Harry.

"Oh, tu ne peux pas venir ?" demanda Hermione, en essayant de paraître compatissante alors qu'elle pensait déjà à la dose de Polynectar dans son dortoir qu'elle avait préparé pour cette occasion.

"Je ne sais pas, j'aimerais bien m'entraîner à faire un Patronus, mais j'ai plein de devoirs à faire..."

"On a des devoirs pour demain ?!" demanda Neville d'une voix stridente.

"Non, ce sont les devoirs pour Firenze." expliqua Lavande.

Harry et Ron froncèrent les sourcils en même temps.

"Firenze n'a pas donné de devoirs."

"Non, mais j'aimerais m'avancer." dit-elle d'un ton rêveur. "Ce qu'il a dit la dernière fois sur l'influence de Mars m'a donné envie de creuser sur le sujet, pas vous ?"

"Non, pas vraiment." répondit Ron sarcastiquement.

"Je croyais que tu avais de la peine pour Trelawney, Lavande ?" demanda Hermione.

"Oh, j'ai de la peine pour elle, bien sûr, mais… j'avoue que les cours de Firenze me plaisent de plus en plus. Il est tellement… mystérieux."

"Et beau." compléta Parvati à côté d'elle.

Ron eut un haut-le-coeur :

"Beurk ! Merlin !" s'égosilla-t-il. "Comment tu peux dire ça, Parvati ? C'est un Centaure !"

"Et alors ? Juste parce qu'il a quatre pattes, je ne peux pas dire qu'il est beau ?" demanda-t-elle froidement.

"... C'est précisément parce qu'il a quatre pattes que tu ne peux pas dire ça." répliqua Ron, outré.

"En tout cas, je le trouve passionnant." reprit Lavande. "Il pourrait me parler des étoiles et des planètes pendant des heures."

Ginny, qui était assise en face d'Hermione, fit les gros yeux en tapotant son index contre sa tempe, et Hermione dut se retenir d'éclater de rire. Ron repoussa son assiette qu'il n'avait pas touché, comme si la perspective que les filles puissent trouver beau un Centaure l'écoeurait trop pour qu'il puisse avaler quelque chose.

Dean, qui mangeait à côté de Neville, utilisa sa grande taille pour se pencher vers Harry :

"Au fait, Harry, je me demandais… est-ce que tu penses que je pourrais emmener Seamus, ce soir ?"

Harry haussa les sourcils derrière les verres de ses lunettes rondes. Seamus avait présenté ses excuses auprès d'Harry le jour de la parution de l'article dans le Chicaneur en disant qu'il regrettait de ne pas l'avoir cru, et Harry l'avait évidemment pardonné sur le champ.

"Pourquoi pas." dit-il en haussant les épaules. "Tu penses qu'il serait partant ?"

"Je pense, oui. Il m'a dit l'autre jour que les cours de Lupin lui manquait. Je pense qu'il en a marre d'Ombrage."

"Il n'est pas le seul." grogna Fred en jetant à la concernée un regard haineux. Hermione pouvait deviner les mots inscrits sur le dos de sa main.

Harry se tourna vers elle dans une question silencieuse, et Hermione hocha la tête :

"Je m'en chargerai." dit-elle. Elle n'avait pas vraiment envie de leur expliquer que si l'un d'entre eux dévoilait le groupe secret à Seamus, il se retrouverait avec le mot "CAFARD" en boutons sur le visage. "Je lui donnerai un faux Gallion s'il accepte de nous rejoindre."

"Oh, et bien, si Seamus vient, moi aussi !" déclara Lavande.

Elle partagea un gloussement horripilant avec Parvati. Ginny remplaça son index par sa baguette et fit mine de s'exploser la tête avec. C'était connu de tous, désormais, que Lavande avait des vues sur Seamus depuis le début d'année. Hermione essaya de masquer sa déception à cette annonce. Tout le monde voudrait venir à cette séance pour les Patronus, elle n'allait donc pas trouver quelqu'un à incarner pour Théo en si peu de temps.

.
.

Pendant le cours d'Histoire de la Magie, Harry et Ron battirent leur record en s'endormant sur leurs tables avant même que Binns ne soit entré dans la classe. Hermione était tentée de leur lancer son planning de révisions dans la tête pour les réveiller.

Très vite, l'intégralité de la classe les suivit, et Hermione se demanda comment autant d'élèves pouvaient en avoir rien à faire d'une des matières principales qui comptait le plus pour les BUSES. La seule personne qui était aussi studieux qu'elle, comme toujours, était Théo. Il était assis sur un pupitre de la rangée à droite d'Hermione, à côté de Drago qui ne dormait pas, mais qui n'écoutait pas vraiment le cours non plus. Il faisait des petits dessins sur un bout de son parchemin avec sa magnifique plume de paon.

Quand elle reçut un petit avion en papier sur son pupitre, Hermione ne put s'empêcher de sursauter, ce qui était stupide, parce qu'elle savait pertinemment de qui il provenait.

"J'ai une ronde ce soir avec Pansy, tu veux prendre sa place ?"

Le coeur d'Hermione fit un petit bond dans sa poitrine. Passer la soirée avec Drago après la journée stressante qu'elle avait passé était une perspective alléchante, jusqu'à ce qu'elle se souvienne de la séance d'A.D qu'Harry avait programmé pendant le déjeuner. Elle répondit juste en dessous de son message, le goût de la déception amer sur sa langue :

"J'aurais beaucoup aimé, mais je ne peux pas ce soir."

Quand il réceptionna l'avion, elle pouvait presque voir ses pupilles virer au gris de là où elle était. Il répondit en un mot, et quelque chose dans la manière dont l'encre était grossièrement ancrée sur le papier lui disait qu'il n'aimait pas sa réponse :

"Pourquoi ?"

Hermione nota la phrase de Binns sur Gwendoline la Fantasque, puis écrivit sa réponse au dos de l'avion :

"Top secret. Maintenant, arrête d'envoyer des messages en classe, c'est risqué."

Elle renvoya l'avion, mais ne fut pas surprise de le revoir quelques secondes plus tard. Ce n'était pas le genre de Drago d'écouter un conseil.

"J'ai mis un sort sur le parchemin pour que toi et moi seuls puisse lire ce qu'on s'écrit. Comme ça, si quelqu'un tombe dessus, il ne verrait qu'un papier vierge."

Hermione haussa les sourcils, impressionnée. Ce genre de magie lui rappelait celle de la Carte du Maraudeur, elle était étonnée que Drago connaisse un sort pareil.

"Oh. Et où as-tu trouvé ce sort ?"

Elle crut entendre Drago ricaner à sa droite, mais quand elle tourna la tête vers lui, il était impassible.

"C'est évidemment Théo qui l'a trouvé."

Bien sûr. C'était bien plus logique. Elle reprit sa plume et vérifia que personne dans la classe n'avait remarqué leur échange, mais tout le monde dormait. D'habitude, Neville s'asseyait à côté d'elle, mais cette fois-ci, il s'était mis à côté de Dean, probablement pour profiter d'une petite sieste requinquante. Hermione était donc seule à son pupitre, ce qui lui permettait de pouvoir répondre à Drago plus librement.

"Évidemment."

Quand elle replia l'avion, il décolla tout seul et atterrit sur les genoux de Drago. Elle le reçut de nouveau quelques secondes plus tard :

"Où vas-tu ce soir ?"

Hermione roula des yeux et répondit hâtivement :

"Suis le cours."

Elle en était sûre, cette fois, il avait définitivement ri en lisant son ordre.

"C'est ce que je fais."

Hermione pouvait entendre son ton plein d'insolence dans sa tête en lisant son message.

"Non, tu dessines le Choixpeau sur un coin de ta feuille, et tu n'as pas pris une seule note."

Elle le renvoya et entendit distinctement Théo claquer sa langue contre son palais de désapprobation. Lui seul pouvait voir qu'ils s'envoyaient des mots, parce qu'il était pile dans la ligne de mire de l'avion. Drago n'en avait strictement rien à faire, il ignora son meilleur ami et déplia la feuille sans vergogne.

Quand il le renvoya, il avait un petit sourire aux lèvres.

"Tu m'observes, Granger ?"

Hermione aurait rougi à ce message il y a encore quelques mois, mais ce n'était plus le cas désormais. Il savait très bien qu'elle passait son temps à le regarder.

"J'essaye de suivre le cours passionnant de Binns, mais je suis sans cesse interrompue par un garçongrossierqui m'envoie un avion en papier."

Il n'y avait presque plus de place sur le morceau de parchemin, mais Drago réussit à trouver une petite place pour répliquer :

"Tu es tellement belle aujourd'hui."

Hermione dut poser sa main devant sa bouche pour ne pas glousser. Elle n'était pas mieux que Lavande.

Elle garda précieusement l'avion dans son sac et sourit jusqu'à la fin de la classe.

.
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En moins d'une heure, une dizaine de Patronus se baladaient dans les airs, plongeant la Salle sur Demande brumeuse dans une ambiance chaleureuse. Hermione pouvait sentir la magie tiède réchauffer sa peau, et les rires mélangés aux cris de joie étaient très contagieux.

Elle retrouva sa loutre et la regarda nager pendant de longues minutes, captivée. C'était vraiment la plus belle magie qui existait. Son Patronus n'était pas simplement une extension d'elle qui servait à la protéger, elle était presque une projection de son âme. Elle regrettait amèrement que Théo ne soit pas là pour l'expérimenter aussi, elle était sûre qu'il aurait réussi à en produire un ce soir.

"Je n'y arrive toujours pas !" piailla Lavande avec colère en agitant sa baguette dans tous les sens.

Hermione jeta un coup d'oeil à Ron, qui fixait les voluptes de fumée opaque qui sortait de sa baguette d'un air profondément concentré. Fred et George étaient dos à dos, abordant la même expression faciale que leur frère. Ils avaient parié un peu plus tôt dans la soirée que le premier des deux qui arrivaient à produire un Patronus gagnerait quinze Mornilles, mais ils étaient tous les deux au même niveau, leurs visages identiques presque violacés par l'effort.

Hermione cherchait Ginny du regard pour voir où elle en était quand la porte de la Salle sur Demande s'ouvrit, et que Dobby entra dans la pièce. Il portait le petit gilet tricoté qu'Hermione lui avait fait pour Noël, et une pile impressionnante de chapeaux en laine empilés sur sa tête. Il s'approcha d'Harry, insensible aux regards interloqués des autres membres de l'A.D, et tira timidement sur un pan de sa robe.

"Oh, bonsoir, Dobby." salua Harry poliment. "Qu'est-ce que tu… ? Qu'est-ce qui se passe ?"

"Harry Potter, monsieur…" couina l'elfe, tremblant de la tête aux pieds. "Harry Potter, monsieur… Dobby est venu vous avertir… Mais on a ordonné aux elfes de maison de ne rien dire…"

Les quelques Patronus qui flottaient s'évanouirent en même temps, répandant leur brume tout autour de la pièce. Quand Hermione fit tomber sa baguette le long de son flanc, sa loutre se dissipa en même temps, et elle ressentit un étrange vide. Elle avait l'impression que la pièce avait perdu quelques degrés.

"Qu'est-ce qui se passe, Dobby ?" répéta Harry, de plus en plus inquiet.

"Harry Potter, elle, elle…"

Un frisson d'horreur descendit le long du dos d'Hermione et elle tourna machinalement la tête vers Ron, qui s'était stoppé et écoutait Dobby en fronçant les sourcils.

Elle ne connaissait personne qui pouvait infliger autant de peur.

Personne d'autre qu'Ombrage.

"Qui ça, elle ?" insista Harry.

Mais Hermione pouvait voir qu'il était arrivé à la même conclusion qu'elle.

"Ombrage ?" souffla-t-il.

Dobby hocha la tête lentement, comme si le mouvement lui coûtait un effort surhumain, et c'était sûrement le cas s'il avait désobéi à un ordre direct.

"Elle n'a tout de même pas découvert l'A.D, Dobby ?" demanda Harry, horrifié.

L'elfe ne répondit rien, mais la réponse se lisait dans ses grands yeux vitreux écarquillés de terreur. Il essayait de se faire du mal en se cognant contre les genoux d'Harry, mais ce dernier l'immobilisait pour l'empêcher de le faire.

"Elle arrive ?" demanda Harry à voix basse, bien que l'intégralité du groupe pouvait l'entendre dans le silence glacé de la pièce.

"Oui, Harry Potter, oui !" glapit Dobby.

Pile à cet instant, un gros coup retentit contre les murs en pierre, et le lustre qui pendait au-dessus d'eux vacilla. Dans un même mouvement, Ginny se précipita à côté d'Hermione, et Fred et George se placèrent devant elles, face à la porte d'entrée, leurs baguettes brandies devant eux.

Un autre coup fit trembler les murs, et la lumière du lustre clignota encore une fois. Hermione pouvait entendre les battements de son coeur résonner contre ses tempes, et ses mains devinrent moites contre le bois de sa baguette. Ombrage était là, elle avait découvert l'A.D. Si elle entrait, elle pourrait incriminer chaque personne qui se trouvait dans cette Salle. Hermione ne savait même pas combien ils étaient ce soir-là.

Le lustre s'éteignit et se ralluma lorsqu'une troisième explosion fit trembler les murs en pierre. Plusieurs personnes se rapprochèrent du groupe principal et les rangs se resserrèrent, ne formant qu'un bloc derrière Harry. Ron se glissa entre elle et Neville et Hermione sentit son avant-bras effleurer le sien. Elle compta les têtes autour d'elle. Ils étaient plus de vingt-cinq, et tout le monde semblait éprouver la même chose qu'elle : un mélange de peur et de détermination. Chacun tenait leur baguette droite devant eux, exactement comme Harry leur avait appris.

Ce dernier saisit Dobby par le bras et lui ordonna précipitemment :

"Dobby, c'est un ordre : va tout de suite retrouver les autres elfes dans la cuisine. Si elle te demande si tu m'as prévenu, n'hésite pas à mentir et réponds-lui que non ! Et je t'interdis de te faire du mal !"

"Merci, Harry Potter." couina Dobby.

Il claqua des doigts, et l'instant d'après, il avait disparu. Une secousse plus violente encore que les trois dernières frappa la Salle sur Demande, et le miroir qui couvrait tout le mur gauche explosa en mille morceaux. Nigel Wolpert, un deuxième année de Gryffondor qui était le plus proche, sursauta tellement fort qu'il faillit en tomber à la renverse.

"Quelqu'un nous a balancés." chuchota Ginny, les yeux emplis de rage et la bouche retroussée de rancoeur. Elle ressemblait à Molly quand l'un de ses enfants faisait une grosse bêtise.

"Mais qui ?" murmura Hermione en regardant frénétiquement autour d'elle. "Tout le monde est là, non ?"

Elle n'avait même pas pu trouver un ou une remplaçante pour faire participer Théo. Dès que les membres de l'A.D avaient appris qu'Harry prévoyait de les faire revoir les Patronus, ils s'étaient tous empressés de venir.

Ginny tourna la tête, un sourcil arqué, et Hermione hoqueta de surprise en comprenant son allusion :

"Non !" protesta Hermione discrètement. "Non, il n'aurait jamais fait ça…"

Ginny n'avait pas l'air convaincue. Pourtant, Hermione aurait facilement pu parier sur sa vie que Théo ne les auraient jamais trahis de la sorte. Elle en était intimement persuadée.

Pendant cette discussion chuchotée, Nigel s'était approché prudemment du mur touché par l'explosion, suivi par Harry qui l'analysait avec autant de suspicion. Les morceaux de miroirs craquaient sous leurs pieds. Derrière eux se tenaient tous les élèves de l'A.D, prêts à riposter en cas d'attaque.

Il n'y avait plus un bruit dans la Salle.

Harry et Nigel étaient pratiquement arrivés devant le mur. Ils baissèrent tous les deux la tête pour essayer d'apercevoir quelque chose dans une brêche de la taille de la paume de main d'Hermione.

"Trouvés."

La voix était mielleuse, presque chantonnante, pourtant, elle fit l'effet d'une douchée glacée à Hermione.

Ombrage.

Elle était là, derrière le mur.

Tout se passa alors en une seconde.

"Bombarda Maxima."

Harry tira Nigel en arrière au moment où le mur explosa. Des énormes morceaux de pierre volèrent un peu partout, et heureusement que Fred et George s'étaient mis devant elles, parce que Ginny et Hermione auraient été incapables de se défendre dans le chaos qui suivit. Une épaisse fumée noire se répandit dans la Salle sur Demande à cause des débris, et à travers, Hermione aperçut Ombrage et Rusard entrer dans la pièce.

Hermione réalisa qu'elle était tétanisée de terreur quand Ron lui prit le bras, la sortant brutalement de sa transe. Elle attrapa la main de Ginny et, sans se concerter, ils se précipitèrent tous les trois vers la sortie. Les yeux d'Hermione piquaient à cause de la fumée, et elle manqua plusieurs fois de trébucher sur les pierres par terre, mais la poigne de Ron était ferme contre elle et il réussit à la guider jusqu'au couloir. Elle pouvait entendre les sorts d'Ombrage dans son dos, stridents et répétitifs :

"Stupéfix ! Stupéfix ! Stupéfix !"

"Hermione, viens !" hurla Ron en la tirant en avant.

"Harry ! Où est Harry ?!"

Elle avait de la poussière dans la gorge qui l'empêchait de respirer, et encore moins de parler. Sa question fut noyée dans une toux violente et les éclats des sorts tout autour d'eux.

"Venez, il faut sortir de là !" intima Ron en courant dans le sens inverse du couloir.

"Où est Harry ?" cria Ginny à son frère.

"J'en sais rien, je crois qu'il s'est fait prendre…" commença-t-il sans s'arrêter de courir.

"Ron !" s'écria Hermione, en essayant de faire demi-tour. "Il faut aller l'aider !"

"Non !" hurla-t-il. Quand il se tourna vers elle, son visage était grisâtre, et ses yeux bleus étaient tout rouges. "Harry m'en voudrait à vie si j'avais essayé de le sortir de là, et encore plus s'il apprend que je vous ai embarquées là-dedans ! On doit se cacher !"

"Tu ne nous embarques nul part, c'est nous qui voulons l'aider !" riposta froidement Ginny.

"Malefoy, il est là !" cria une voix derrière eux.

Hermione pivota si vite la tête que sa nuque craqua. La douleur qui se répandit dans le haut de son dos fut telle que son souffle se coupa instantanément, et toute sa colonne vertébrale se raidit. Elle hurla de douleur avant de pouvoir s'en empêcher.

"Quoi, quoi, quoi ?" cria Ron, alerté par ses hurlements. "Hermione, qu'est-ce qu'il y a ?"

Ils s'arrêtèrent au bout du couloir et Ron lâcha le bras d'Hermione, qui s'empressa de passer sa paume contre sa nuque :

"Je me suis fait mal au cou…" dit-elle.

"Cachez-vous là." ordonna Ron en ouvrant la porte des toilettes des filles. "Je vais dans celles des garçons. Avec un peu de chance, on pourra s'enfuir quand la voie sera libre. Enfermez-vous dans une cabine et attendez que je revienne vous chercher. Vite !"

Il jeta les filles à l'intérieur et referma la porte. Elles se retrouvèrent au beau milieu des toilettes du septième étage, coupées du bruit explosif du couloir. Hermione avait tellement mal à la nuque qu'elle voyait des étoiles. Elles entrèrent dans la première cabine et Hermione ferma le verrou avec un sort rapide.

"De quel droit nous donne-t-il des ordres ?!" s'énerva Ginny. "Ça va, Mione ?"

"Ça va." mentit-elle. "Toi, ça va ?"

Ginny acquiesça, mais elle avait avalé tellement de fumée qu'elle passa une bonne minute à tousser dans son coude pour essayer de la chasser, en essayant de camoufler le son du mieux possible au risque de se faire repérer. Elles pouvaient entendre des bruits de pas précipités devant la porte, mais personne n'entra dans les toilettes.

"Ce n'est pas normal." dit Ginny quand elle put enfin reparler. "On ne devrait pas être là à se cacher, on devrait être en train d'aider les autres, se battre !"

"Personne ne se battait." contredit Hermione, bien qu'elle se sentait particulièrement inutile dans cette cabine de toilette isolée. "Ombrage était en train de stupéfixer tout le monde quand Ron nous a extirpées de là. Et je crois qu'elle a recruté des Serpentards pour nous attraper, aussi."

"Quoi ? Comment tu sais ça ?" demanda Ginny, surprise.

"J'ai entendu quelqu'un appeler Drago." confia Hermione à contrecoeur.

Ginny fronça ses sourcils roussis, avant d'écarquiller brutalement les yeux en réalisant quelque chose :

"Hermione, ils en sont après Harry !" s'écria-t-elle, scandalisée. "Ombrage les a recrutés pour cibler Harry, elle essaye de le coincer depuis des semaines ! Elle va le torturer pour avoir des informations !"

Hermione avait l'impression d'avoir ravalé de la fumée grise.

"Il faut aller l'aider." décréta Hermione.

Ginny ne se fit pas prier. Elle déverrouilla la porte de la cabine et se précipita à l'extérieur.

"Attends-moi !" demanda Hermione.

"Reste là, et ne bouge surtout pas ton cou !" ordonna Ginny, avant de sortir des toilettes.

Hermione aurait pu rire si sa gorge n'était pas aussi enflée. Ce n'était pas un torticolis qui allait l'empêcher d'aller aider son meilleur ami, il était hors de question qu'elle reste en dehors de l'action pendant que tout le monde se faisait attraper : les membres de l'A.D lui avaient fait confiance quand ils s'étaient inscrits, elle n'allait pas les laisser tomber dans un moment aussi crucial.

Alors, Hermione essuya ses yeux ruisselants, inspira un grand coup d'air frais, et, ignorant la douleur dans sa nuque, elle leva le bras pour pousser la porte des toilettes, mais au même moment, quelqu'un la repoussa de l'extérieur et Hermione se fit projetée sur le côté, entre la porte et le mur carrelé.

"Là, j'en ai une !" appela une voix étrangement familière.

Hermione pointa sa baguette face à elle, ouvrit la bouche pour lancer un maléfice, n'importe lequel, mais elle s'étouffa quand elle réalisa qui était en face d'elle.

Pansy Parkinson.

Elles échangèrent le même regard de choc. Aucune des deux ne s'était attendue à voir l'autre à cet instant. Pansy brandit sa baguette face à elle, et malgré le fait qu'Hermione avait clairement l'avantage, avec un champ de tir parfait, pile sur sa gorge, qu'elle pourrait l'immobiliser, l'assommer, la balancer en arrière, elle ne fit rien du tout.

Son cerveau s'était déconnecté.

Elle ne se souvenait plus d'aucun sortilège qu'elle avait appris pendant ses cinq années à Poudlard.

Elle aurait pu être en train de tenir un bout de bâton qu'il aurait eu la même utilité.

Hermione était incapable de blesser la meilleure amie de Drago. Elle ne pourrait plus jamais le regarder dans les yeux, après ça. Elle ne pouvait pas faire ça.

Pansy sembla éprouver la même hésitation. Elles se regardèrent dans les yeux pendant une longue seconde, leurs baguettes pointées l'une sur l'autre. Le bras d'Hermione tremblait.

"Parkinson ?" appela quelqu'un dans le couloir.

Pansy ne détourna pas le regard.

"Est-ce que Théo était avec toi ?" chuchota-t-elle brusquement.

"Qu-quoi ?" demanda Hermione d'une voix chavirante.

"Granger, concentre-toi. Est-ce que Théo était avec toi ce soir ?" redemanda Pansy d'un ton urgent.

Hermione ne comprenait pas comment elle pouvait lui poser cette question. Si Théo lui avait parlé de l'A.D, elle aurait du avoir une lignée de boutons sur le visage, mais la peau de Pansy était parfaite. Avait-elle deviné toute seule ?

"N-non, non." bredouilla-t-elle. "Non, il n'est pas… venu."

"Parkinson, t'as trouvé quelqu'un ? Tu veux de l'aide ?" continua la personne dans le couloir.

Hermione risqua un regard vers la porte.

"Désolée, Granger." dit Pansy, et elle avait l'air sincère. "C'est pour lui."

Un sort jaillit de sa baguette et frappa Hermione de plein fouet.

L'instant d'après, tout devint noir.

..


"Il était la bouffée d'air frais dans un monde où elle s'asphyxiait."

La découverte fracassante de l'AD omg! J'ai repris le canon du film pour cette scène parce que je n'aimais pas trop celle du livre, j'espère que c'était facile à visualiser!

Je profite aussi de cette note pour vous inviter à écouter le tout nouvel album d'un de mes meilleurs amis, thelyam_ sur insta et tiktok. Il s'acharne depuis des années et il est très fier de la musique mais il n'a pas toute l'attention qu'il mérite donc je me permets de vous le recommander (beaucoup ont dit qu'il avait la même voix que Conan Gray, si ça peut jouer en sa faveur!), n'hésitez pas à aller l'écouter et laisser une petite review positive sur ses réseaux :)) merciiii à tous et toutes qui le feront!

https/thelyam/

/thelyam?fbclid=PAZXh0bgNhZW0CMTEAAacEGlc8n6r6hdSt6cTZWYlZ1n3hOoTWcTmHn5hynwLWPzskMUzh2Ca2scECCw_aem_bzrbUzFD3NHRpuCFMQfhag

Et dernière chose, quelqu'un ici a lu/est en train de lire le dernier roman Hunger Games et souhaite partager son désarroi avec moi?