Ron était assis sur son lit au Terrier, observant sa valise ouverte à ses pieds.

L'année scolaire était enfin terminée, et comme toujours, il aurait dû rentrer directement chez lui pour l'été.

Mais cette fois, les choses étaient différentes.

Car il ne passerait pas tout son été au Terrier.

Hermione l'avait invité chez elle.

Encore.

Ce n'était pas la première fois qu'il mettait les pieds dans la maison des Granger.

Il les avait déjà rencontrés, et même s'il s'était senti un peu perdu dans leur monde dépourvu de magie, l'expérience n'avait pas été si terrible.

Sauf pour la douche moldue.

Cette chose diabolique qui changeait de température sans prévenir.

Mais malgré ça, il avait hâte d'y retourner.

Parce que cette fois, c'était différent.

Cette fois, il ne venait pas en tant que simple ami d'Hermione.

Il venait en tant que son petit ami.

Et ça, ça changeait tout.

« Alors, tu es prêt à abandonner ta famille pour une Moldue ? » lança Fred en s'appuyant contre le chambranle de la porte, un sourire en coin.

Ron roula des yeux en attachant sa cape sur ses épaules.

« Ce n'est pas comme si j'allais jamais revenir, abruti. »

George entra à son tour, les bras croisés.

« Fais gaffe, frérot. On a entendu dire que les parents d'Hermione sont dentistes. Ils arrachent les dents des gens pour le plaisir. »

Ron soupira.

« Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne ! »

Fred haussa les épaules.

« Mouais… en tout cas, si tu reviens sans dents, on saura pourquoi. »

Ron leva les yeux au ciel, attrapa sa valise et descendit les escaliers en traînant les pieds.

Mrs Weasley l'attendait dans la cuisine, les bras croisés, une expression mi-fière, mi-inquiète.

« Tu es sûr que tu veux y aller ? Tu sais que tu es le bienvenu ici aussi longtemps que tu veux. »

Ron sourit légèrement.

Il savait que sa mère n'aimait pas le voir partir.

Mais elle savait aussi à quel point Hermione comptait pour lui.

« Je serai de retour avant la fin des vacances. » lui assura-t-il.

Mrs Weasley soupira avant de l'attirer dans une étreinte rapide.

« Prends soin de toi. Et essaie de ne pas faire exploser leur maison, d'accord ? »

« Promis. »

Ron transplanait désormais avec assurance, et lorsqu'il apparut sur le quai de King's Cross, il ne mit pas longtemps à repérer Hermione.

Elle était là, debout près d'un banc, une robe d'été légère flottant légèrement sous la brise estivale.

Lorsqu'elle le vit, son visage s'illumina immédiatement.

« Ron ! »

Il sourit, son cœur battant légèrement plus vite.

Elle se précipita vers lui et l'attrapa par la main avant qu'il ne puisse dire un mot.

« Papa nous attend avec la voiture ! Viens ! »

Elle n'avait pas changé.

Toujours aussi énergique.

Mais Ron sentait quelque chose de différent entre eux.

Elle ne lâchait pas sa main.

Et il aimait ça.

La maison des Granger était toujours aussi soignée et impeccable.

Lorsque Ron franchit le seuil, il se sentit tout de suite replongé dans un monde qui n'était pas le sien.

Pas de vaisselle qui se nettoyait toute seule.

Pas d'horloge magique qui indiquait où se trouvait chaque membre de la famille.

Mais il s'y sentait bien.

« Ravi de te revoir, Ron ! » déclara Mr Granger en lui serrant fermement la main.

Md Granger lui adressa un sourire chaleureux.

« J'espère que tu as faim, j'ai préparé un plat typiquement moldu. »

Ron déglutit légèrement.

Les expériences culinaires étaient ce qui lui faisait le plus peur ici.

Mais il hocha la tête.

« Super ! J'ai hâte de goûter. »

Hermione pouffa de rire en voyant son expression légèrement tendue.

« Tu vas survivre, Ron. »

Il n'était pas si sûr.

Après le dîner, Hermione l'entraîna à l'extérieur.

Le jardin était paisible, illuminé par la lueur douce des lampadaires de la rue voisine.

Ils s'installèrent sur la balançoire en bois, leurs épaules presque collées.

« Alors ? Toujours aussi perdu dans mon monde moldu ? » demanda-t-elle en souriant.

Ron haussa les épaules.

« J'avoue que ça fait bizarre. Pas de hiboux, pas de magie… Juste des brosses à dents électriques et des appareils qui font du bruit. »

Hermione éclata de rire.

Il aimait son rire.

Il se tourna vers elle, son regard s'attardant un instant sur son visage éclairé par la lune.

Et à cet instant, il sut.

Il avait envie de l'embrasser.

Mais cette fois, c'était différent du bal.

Cette fois, il voulait prendre son temps.

Il leva une main hésitante, effleurant doucement sa joue.

Hermione se figea légèrement, surprise.

Puis, lentement, elle ferma les yeux, se laissant guider par l'instant.

Ron se pencha doucement.

Leur souffle se mélangea.

Et enfin…

Leurs lèvres se rencontrèrent.

C'était un baiser doux, lent, rempli de toutes ces émotions qu'ils refusaient d'admettre depuis des mois.

Hermione posa une main contre son torse, comme pour s'accrocher à lui.

Ron sentit son cœur s'emballer, et il prolongea le baiser, savourant la chaleur de ses lèvres contre les siennes.

Lorsqu'ils se séparèrent, Hermione garda les yeux clos quelques secondes, son front contre le sien.

« C'est de mieux en mieux. » murmura-t-elle.

Ron sourit doucement, caressant légèrement ses doigts.

« Peut-être qu'on devrait recommencer, alors. »

Elle rit doucement avant de l'attirer à nouveau contre elle.

Et sous les étoiles d'une nuit d'été, ils scellèrent leur lien encore plus profondément.

Londres était vivante, vibrante, bruyante.

Mais pour Ron, tout semblait étrangement silencieux.

Depuis plusieurs minutes, il ressentait un malaise grandissant.

Quelque chose clochait.

Une présence pesante, une tension quasi palpable dans l'air.

Ils étaient suivis.

Il en était sûr.

Ils marchaient tranquillement dans une rue animée, bordée de magasins et de petits cafés.

Jean et Hugh Granger discutaient devant eux, insouciants.

Hermione, elle, parlait avec enthousiasme, détaillant l'histoire d'un bâtiment ancien qu'ils venaient de passer.

Mais Ron ne l'écoutait plus.

Son regard scannait la foule, à la recherche de ce qui n'allait pas.

Et soudain, il le vit.

Un homme, vêtu d'un long manteau noir, se tenait près d'un kiosque à journaux.

Il portait des lunettes teintées, mais Ron savait qu'il les observait.

Il le sentait.

Cet homme n'était pas un simple passant.

Il était là pour lui.

« On est suivis. » souffla-t-il à Hermione, sans la regarder.

Elle se raidit immédiatement.

« Tu en es sûr ? »

Il hocha la tête lentement.

Hermione tentait de rester calme, mais il sentait sa nervosité monter.

Ron jeta un rapide coup d'œil derrière lui.

L'homme était toujours là.

Mais il n'était pas seul.

Trois autres silhouettes s'étaient positionnées discrètement aux intersections avoisinantes.

Ils les encerclaient.

Non.

Ils l'encerclaient, lui.

Un frisson glacial parcourut son échine.

Ce n'était pas une attaque au hasard.

Ils savaient qui il était.

Et ils étaient venus pour lui.

Hermione comprit à son expression que la situation était grave.

Elle s'approcha un peu plus de lui, comme si elle voulait instinctivement le protéger.

« Ron, qu'est-ce qu'on fait ? » murmura-t-elle.

Il réfléchit vite.

Ils ne pouvaient pas rester ici.

Ils devaient s'éloigner de la foule, mais pas s'isoler totalement non plus.

C'est alors qu'il aperçut une ruelle plus loin.

Un passage qui pouvait les mener loin des artères principales.

Mais avant qu'il ne puisse esquisser un mouvement…

Tout bascula.

L'homme en noir bougea.

Sa main glissa sous son manteau.

Ron eut une fraction de seconde pour réagir.

Il savait ce qui allait arriver.

Sans réfléchir, il attrapa le bras d'Hermione et la tira violemment en arrière.

Jean et Hugh s'arrêtèrent net, surpris.

« Ronald, qu'est-ce que— ? »

Mais ils n'eurent pas le temps de finir.

Un éclair argenté jaillit sous le manteau de l'homme.

Une arme moldue.

Ron sentit l'adrénaline exploser en lui.

Il tendit instinctivement la main, et son pouvoir jaillit.

L'air se comprima autour de lui, et une onde invisible frappa l'assaillant de plein fouet.

L'homme fut projeté en arrière, son arme tournoyant dans les airs avant de tomber au sol avec un bruit métallique.

Des cris s'élevèrent dans la foule.

Des passants paniqués commencèrent à courir.

Jean et Hugh étaient figés.

Mais Ron ne les regardait plus.

Son attention était fixée sur les autres silhouettes.

Ils approchaient.

« On doit partir. » souffla Ron.

Hermione attrapa immédiatement la main de sa mère.

« Par ici ! »

Ils s'engouffrèrent dans la ruelle la plus proche, courant à perdre haleine.

Ron jetait des coups d'œil derrière lui.

Les hommes les poursuivaient.

Et ils se rapprochaient.

Hermione haletait, son cœur battant à toute allure.

« Ron, qui sont ces gens ?! »

Il serra les mâchoires.

« Ils ne sont pas là pour toi. »

Elle le regarda avec incrédulité.

« Quoi ?! »

« Ils sont là pour moi. » répondit-il, sa voix dure.

Hermione s'arrêta net.

« Pourquoi ?! »

Ron ne répondit pas immédiatement.

Parce qu'il ne savait pas.

Mais une chose était claire :

Ces hommes obéissaient à quelqu'un.

Quelqu'un qui voulait lui mettre la main dessus.

Ils trouvèrent refuge dans un entrepôt abandonné, poussant une lourde porte métallique derrière eux.

Jean était livide, Hugh serrait les dents.

Ron, lui, tournait en rond.

« D'accord, maintenant tu vas nous expliquer ! » s'exclama Hugh.

Ron s'arrêta, les poings serrés.

« Je… je pense que c'est lié à Poudlard. »

« Ça, on s'en doutait. » grogna Hugh.

Hermione, les bras croisés, réfléchissait.

« Si ce n'est pas moi qu'ils veulent, alors… »

Elle leva les yeux vers lui.

Son regard se fit perçant.

« C'est Jedusor. »

Un frisson parcourut l'échine de Ron.

Elle avait raison.

Tout remontait à lui.

Tout remontait à leur affrontement.

Hermione serra les poings.

« Il t'a fait surveiller. »

Ron hocha lentement la tête.

« Et il vient de montrer qu'il est prêt à passer à l'action. »

Un silence pesant tomba.

Puis, une voix retentit dans l'ombre.

« Effectivement. »

Ron se figea immédiatement.

Hermione blêmit.

Jean et Hugh échangèrent un regard alarmé.

Une silhouette surgit de l'ombre, élégante, sûre d'elle.

Un homme aux cheveux grisonnants, au regard perçant.

Un sourire trop calme sur les lèvres.

Hermione murmura, horrifiée :

« Yaxley… »

Ron serra sa baguette si fort qu'il sentit ses doigts blanchir.

« Alors c'est toi qui as envoyé ces hommes. »

Yaxley sourit légèrement.

« Envoyé ? Non. »

Son regard se posa sur Ron.

Son sourire s'agrandit.

« Mais je savais que tôt ou tard, nous nous rencontrerions. »

Ron ne bougea pas.

Yaxley pencha légèrement la tête.

« Tom Jedusor tient à toi, Weasley. »

Un frisson glacial parcourut l'air.

Ron sentit Hermione trembler légèrement à côté de lui.

Mais son regard ne vacilla pas.

Il avança d'un pas.

« Et moi, je me fous de ce qu'il veut. »

Yaxley eut un sourire amusé.

Puis il disparut dans un nuage d'ombre.

Ron resta immobile.

Puis, lentement, il serra les poings.

« Ils veulent me forcer à les rejoindre. » murmura-t-il.

Hermione posa une main sur son bras.

« Alors on va les empêcher. »

Ron leva les yeux vers elle.

Et il sut.

Cette guerre venait de commencer.

Le silence dans l'entrepôt était assourdissant.

Là où, quelques instants plus tôt, Yaxley se tenait, il ne restait que l'ombre de sa menace.

Ron, les muscles tendus, fixait encore l'endroit où il avait disparu, comme si l'air contenait encore son odeur empoisonnée.

Hermione, toujours sous le choc, prit une profonde inspiration pour essayer de calmer son cœur affolé.

Jean et Hugh Granger n'avaient pas bougé, figés dans un mélange de stupeur et d'incompréhension.

Mais le pire…

Ce fut le regard de Ron.

Un regard qu'Hermione ne lui avait jamais vu auparavant.

Une décision irrévocable

Ron fit quelques pas en arrière, les mains tremblantes.

Il essayait de reprendre son souffle, mais chaque pensée qui lui traversait l'esprit le ramenait au même point.

Ils ne s'en étaient sortis que de justesse.

Et tout ça par sa faute.

C'était lui qu'ils voulaient.

Pas Hermione.

Pas ses parents.

Lui.

Il leva les yeux vers elle, et son cœur se brisa un peu plus en voyant son expression inquiète.

Elle allait lui dire quelque chose.

Lui dire que ça allait aller, qu'ils allaient trouver une solution.

Mais il ne pouvait pas lui laisser le choix.

Il secoua la tête.

« C'est fini. »

Hermione cligna des yeux, déstabilisée.

« Quoi ? »

« Je ne peux pas rester avec toi, Hermione. »

Son ton était ferme, définitif.

Et immédiatement, Hermione sentit la panique l'envahir.

« Attends… tu veux dire quoi par-là ? »

Il déglutit avec difficulté.

Mais il devait le dire.

« Je mets ta vie en danger. »

Hermione sentit un poids immense lui écraser la poitrine.

Non.

Elle refusait d'entendre ça.

« Ron, c'est ridicule ! » s'exclama-t-elle.

Il secoua la tête.

« Ce n'est pas ridicule, c'est la vérité ! »

Il leva les mains, comme s'il tentait d'expliquer l'évidence.

« Ils veulent moi, Hermione. Pas toi. Pas tes parents. »

Il posa ses mains sur ses tempes, se tournant légèrement comme s'il essayait de se contenir.

« Si je reste ici, ils continueront d'attaquer ! Et la prochaine fois, peut-être que je ne serai pas assez rapide ! Peut-être que… »

Sa voix se brisa.

Il inspira profondément, les poings crispés.

Puis, il leva les yeux vers elle.

Son regard était hanté.

« Je ne peux pas prendre ce risque. »

Hermione ouvrit la bouche, prête à protester.

Mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, Ron sortit sa baguette et la pointa en l'air.

Il lança un sort d'invocation, un signal magique que seule une personne comprendrait.

McGonagall.

Quelques secondes plus tard, un craquement sonore déchira l'air.

Et la silhouette de Minerva McGonagall apparut au milieu de l'entrepôt.

Elle balaya la scène du regard, immédiatement en alerte.

Puis, elle vit Ron.

Et son visage se figea en voyant l'expression de son filleul.

« Ronald ? » demanda-t-elle, la voix tremblante d'une inquiétude qu'elle ne tentait même pas de cacher.

Il ne perdit pas une seconde.

Il s'approcha d'elle d'un pas décidé, le regard brûlant d'une détermination fébrile.

« Il faut que tu m'éloignes d'ici. »

McGonagall fronça les sourcils.

« Quoi ?! »

Ron serra les dents.

« Ils m'ont trouvé. Ils savent qui je suis. »

Il posa les mains sur ses hanches, cherchant désespérément les mots pour lui faire comprendre.

« Je veux une mission. Une cachette. Peu importe quoi, mais… je ne peux pas rester ici. »

Sa voix s'emballa légèrement, trahissant la panique qu'il tentait de contenir.

« Ils vont continuer, Minerva. Ils ne s'arrêteront pas tant qu'ils ne m'auront pas. »

Il secoua la tête, furieux contre lui-même.

« Si je reste ici, Hermione est en danger. Ses parents sont en danger. »

Il releva les yeux vers McGonagall, son regard suppliant.

« Trouve-moi un endroit où ils ne me trouveront jamais. »

Minerva blêmit.

Elle connaissait Ron depuis qu'il était enfant.

Elle l'avait vu grandir, devenir ce jeune homme au destin trop lourd.

Mais jamais, jamais, elle n'aurait pensé le voir dans cet état.

Déterminé.

Prêt à disparaître.

Prêt à abandonner Hermione.

Son cœur se serra.

« Ron… » murmura-t-elle.

Mais il la coupa immédiatement.

« S'il te plaît. »

Elle le fixa longuement, cherchant une autre solution.

Puis, après un moment de silence pesant, elle prit une décision.

Elle posa une main sur son épaule.

« Tu vas rentrer chez toi. »

Ron écarquilla les yeux.

« Quoi ? Non ! Je— »

Elle serra un peu plus son étreinte sur son épaule.

« Tu vas rentrer chez toi, et tu vas me laisser gérer ça. »

Elle se tourna vers Hermione et ses parents.

« Je vais faire venir quelqu'un. Une personne de confiance qui veillera sur eux. »

Ron ouvrit la bouche pour protester.

Mais Minerva le fusilla du regard.

« Tu n'es pas seul dans cette guerre, Ronald Weasley. Tu ne peux pas tout porter sur tes épaules. »

Son ton était ferme, tranchant.

Et Ron baissa la tête.

Elle avait raison.

Mais ça ne voulait pas dire qu'il l'acceptait.

Quelques minutes plus tard, McGonagall envoya un Patronus argenté.

Un instant plus tard, un craquement sonore retentit dans l'entrepôt.

Et Nymphadora Tonks apparut.

Elle posa immédiatement les yeux sur Ron, et son sourire taquin s'évanouit aussitôt en voyant son expression.

Elle se tourna vers McGonagall.

« D'accord, c'est quoi le plan ? »

Minerva inspirait profondément.

« Tu restes ici. Tu veilles sur eux. »

Tonks haussa les sourcils.

« Sur eux ? »

Elle se tourna vers Hermione, puis vers Jean et Hugh Granger.

Puis, elle vit Ron.

Et elle comprit immédiatement.

« Oh. »

Elle posa une main sur l'épaule de Ron.

« Je gère, Weasley. Promis. »

Mais Ron ne répondit pas.

Il échangea un dernier regard avec Hermione.

Un regard déchirant.

Puis, sans un mot, McGonagall l'emmena.

Et ce soir-là, Ron Weasley disparut.

La nuit était tombée sur Londres, mais pour la famille Granger, le sommeil semblait hors de portée.

Accompagnés de Tonks, ils retraversèrent la ville jusqu'à leur maison, laissant derrière eux les ruelles sombres et l'entrepôt où tout avait basculé.

La tension était toujours palpable.

Jean Granger serrait nerveusement son sac, jetant des regards inquiets à son mari et à Hermione.

Hugh, lui, gardait une main protectrice sur l'épaule de sa fille, ses sourcils froncés dans une expression qu'Hermione connaissait bien : la colère retenue.

Hermione, silencieuse, avait le regard perdu dans le vide.

Elle n'arrivait toujours pas à croire que Ron était parti.

Parti volontairement.

Pour la protéger.

Et ça, elle ne pouvait pas l'accepter.

Lorsqu'ils franchirent enfin le seuil de leur maison, un frisson étrange parcourut Hermione.

Tout était tellement normal ici.

Le salon impeccablement rangé, les cadres de photos sur la cheminée, l'odeur de thé infusé qui flottait dans l'air.

Comme si rien ne s'était passé.

Comme si des hommes n'avaient pas tenté de les tuer quelques heures plus tôt.

Comme si Ron n'avait pas disparu.

Jean ferma la porte à double tour, ce qu'elle ne faisait jamais d'habitude.

Puis, elle se tourna vers Tonks.

« Vous êtes sûre qu'on est en sécurité ici ? »

Tonks, qui s'était affalée sur le canapé, haussa un sourcil.

« Autant que possible. J'ai placé des protections magiques autour de la maison. Rien ni personne ne pourra entrer sans que je le sache. »

Hugh croisa les bras, peu convaincu.

« Et si ces gens trouvent un moyen de contourner ça ? »

Tonks lui lança un sourire fatigué mais confiant.

« Eh bien, ils devront d'abord passer sur moi. »

Elle sortit sa baguette et la fit tourner entre ses doigts.

« Et je peux vous assurer qu'ils n'aimeront pas ça. »

Mais malgré son ton léger, l'inquiétude restait présente.

Hermione prit une profonde inspiration.

Elle n'allait pas laisser la peur la paralyser.

Elle devait réfléchir.

Trouver un moyen de ramener Ron.

Car elle refusait de le perdre.

Pendant ce temps, Ron, lui, avait atterri dans un tout autre décor.

Minerva l'avait emmené directement chez elle, dans sa demeure située dans les Highlands écossais.

Un petit cottage perché sur une colline, entouré d'une brume légère et d'un silence profond.

Un endroit loin de tout.

Un refuge.

Mais Ron ne s'y sentait pas bien.

Il se tenait près de la fenêtre du salon, les bras croisés, le regard perdu sur l'étendue sauvage qui s'étendait devant lui.

McGonagall l'observait depuis quelques minutes, sans dire un mot.

Puis, elle soupira et s'assit dans un fauteuil en face de lui.

« Tu comptes rester là toute la nuit ? » demanda-t-elle doucement.

Ron ne bougea pas.

« Je peux pas dormir. »

Elle hocha la tête, compréhensive.

« Ce que tu as fait ce soir… C'était noble, Ronald. Mais c'était aussi incroyablement stupide. »

Il serra les mâchoires.

« Je sais. »

McGonagall leva un sourcil.

« Alors pourquoi l'as-tu fait ? »

Ron détourna les yeux vers l'extérieur.

« Parce que je les aime trop pour prendre le risque de les voir mourir à cause de moi. »

Un silence tomba dans la pièce.

Minerva sentit son cœur se serrer.

Elle avait vu des élèves courageux, prêts à se sacrifier pour les autres.

Mais Ron…

Ron était encore un gamin.

Un gamin qui portait un fardeau trop lourd pour lui.

Elle se leva et posa une main ferme sur son épaule.

« Écoute-moi bien, Ronald. »

Il se tourna vers elle, surpris par la dureté de son ton.

« Tu n'as pas à tout porter seul. »

Elle serra doucement son épaule.

« Je vais trouver une solution. Tu vas rester ici quelques jours, prendre le temps de souffler. Et ensuite… on verra. »

Ron ouvrit la bouche pour protester, mais elle leva une main pour le couper.

« Ne discute pas. Tu es sous ma responsabilité. »

Il referma la bouche, visiblement frustré, mais incapable de lutter contre l'autorité de sa marraine.

Il finit par hôcher lentement la tête.

« D'accord. »

McGonagall eut un léger sourire.

« C'est bien. Maintenant, viens manger quelque chose avant d'aller te coucher. »

Mais Ron savait déjà qu'il ne dormirait pas cette nuit.

Parce qu'à des kilomètres de là, Hermione devait être en train de penser à lui.

Et ça lui faisait plus mal que tout le reste.

Le silence règnait dans la maison des Granger, mais Hermione, elle, bouillonnait de rage.

Depuis que Ron était parti, une tension grandissante s'accumulait en elle, comme une tempête prête à exploser.

Elle avait passé des heures à tourner en rond, incapable de se calmer.

Incapable d'accepter.

Comment avait-il pu la laisser comme ça ?

Comment pouvait-il croire qu'elle accepterait simplement son absence ?

Non.

Elle ne le laisserait pas s'en sortir comme ça.

Elle allait le retrouver.

Maintenant.

Elle ferma les yeux et concentra toute son énergie sur le lien qui les unissait.

Normalement, Ron devait donner son accord pour qu'ils se connectent.

Normalement, il pouvait refuser.

Mais ce soir, elle ne lui laissait pas le choix.

Elle força l'entrée.

Le lien s'ouvrit brutalement, et elle sentit immédiatement la présence de Ron.

Il était assis dans le salon de McGonagall, le regard perdu dans les flammes du foyer.

Mais il n'était plus un adolescent nerveux, hésitant.

Elle le vit comme il était vraiment.

Un homme.

Un homme déterminé, dangereux, prêt à tout pour protéger ceux qu'il aimait.

Un frisson parcourut Hermione.

C'était comme si elle découvrait une autre facette de lui.

Un Ron plus mature, plus dur, plus impénétrable.

Mais elle ne recula pas.

Elle se matérialisa dans leur espace mental, le fixant d'un regard furieux.

« Espèce d'idiot ! »

Ron ne montra aucune surprise en la voyant.

Il poussa un long soupir, fatigué.

« Tu ne devrais pas être là. »

Hermione fronça les sourcils.

« Et toi, tu ne devrais pas être parti ! »

Il posa lentement son regard sur elle, calme, mais indéniablement triste.

« Je n'avais pas le choix. »

« Tu avais le choix ! » siffla-t-elle.

Elle avança vers lui, son cœur battant si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait exploser.

« Tu as décidé pour moi. Encore. »

Ron serra la mâchoire.

« Parce que je refuse de te mettre en danger ! »

« Et moi, je refuse de te perdre ! »

Leurs voix résonnèrent dans l'espace mental, leur lien crépitant d'émotions pures et incontrôlables.

Hermione s'arrêta juste devant lui, les yeux brillants de larmes et de colère.

« Tu crois que c'est mieux comme ça ? » demanda-t-elle d'une voix tremblante.

Ron la fixa longuement, puis posa une main sur sa joue.

Elle sentit sa chaleur, sa force.

Il était là.

Mais elle savait qu'il allait partir.

Elle le ressentait.

Et ça lui déchirait le cœur.

« Je t'aime, Hermione. » murmura-t-il.

Elle ferma les yeux sous la douleur de ces mots.

« Alors pourquoi tu me laisses ? »

Il inspira profondément, avant de répondre d'une voix plus calme, plus douce.

« Parce que je t'aime trop pour prendre ce risque. »

Elle ouvrit les yeux, furieuse.

« Et moi, tu crois que je peux vivre sans toi ?! »

Ron serra les dents, visiblement troublé.

Mais il resta ferme.

« Tu devras apprendre. »

Il baissa légèrement la tête, avant d'ajouter :

« Je pars en mission. »

Hermione sentit son cœur s'arrêter.

« Quoi ? »

« Je vais traquer Jedusor et ses partisans. »

Son regard se fit plus intense.

« Je vais l'arrêter avant qu'il ne devienne une menace incontrôlable. »

Hermione sentit une vague de peur l'envahir.

Ron contre Jedusor ?

Seul ?

« Tu es fou ! »

Ron sourit légèrement.

« Probablement. »

Elle serra les poings.

« Tu ne reviendras peut-être jamais. »

Il haussa les épaules.

« Je reviendrai. »

Elle posa une main sur son torse, comme si elle voulait s'ancrer à lui.

« Tu n'as pas besoin de faire ça seul, Ron… »

Il ferma les yeux quelques secondes, profitant de sa présence, du contact de sa peau contre la sienne.

Puis, il recula lentement.

« Si. »

Hermione sentit l'énergie autour d'eux changer.

Il allait la repousser.

Elle s'accrocha à lui, désespérée.

« Non… pas encore… »

Ron l'embrassa une dernière fois, l'effleurant juste assez pour qu'elle sente tout ce qu'il voulait lui dire sans mots.

Puis, doucement…

Le lien se brisa.

Et Hermione se retrouva seule dans sa chambre, les larmes coulant sur son visage.

Ron était parti.

Et cette fois…

Elle ne pouvait plus l'arrêter.

Hermione se réveilla en sursaut, son cœur battant à un rythme affolé.

Le lien était brisé.

Ron était parti.

Mais elle ne le laisserait pas faire.

Elle refusa de rester là sans rien faire, alors que l'homme qu'elle aimait courait vers un danger qu'il ne pourrait peut-être pas affronter seul.

Hermione Granger n'était pas du genre à attendre sagement.

Si Ron pensait pouvoir la protéger en l'éloignant…

Il avait tort.

Elle quitta sa chambre en trombe, descendant les escaliers à toute vitesse.

Dans le salon, Tonks sirotait une tasse de thé, les pieds sur la table basse.

Elle leva les yeux en voyant Hermione arriver à toute allure.

« Wow, Granger, tu vas déclencher un ouragan avec cette énergie. »

Mais Hermione ne prit pas le temps de plaisanter.

« Fais venir Dumbledore. Maintenant. »

Tonks haussa un sourcil, intriguée.

« Dumbledore ? C'est pas un peu excessif ? »

Hermione serra les poings.

« Non. Pas si on veut empêcher Ron de se faire tuer. »

La mention du nom de Ron changea immédiatement l'expression de Tonks.

Son air moqueur s'effaça, remplacé par une réelle inquiétude.

Elle posa sa tasse et se redressa.

« Qu'est-ce qu'il a fait encore ? »

Hermione croisa les bras.

« Il a décidé qu'il pouvait traquer Jedusor tout seul. »

Tonks cligna des yeux, abasourdie.

Puis elle éclata :

« Il a QUOI ?! »

Moins de dix minutes plus tard, un grand flash bleu illumina le salon.

Dumbledore apparut au milieu de la pièce, vêtu d'une robe pourpre aux reflets étoilés.

Ses yeux scintillèrent d'amusement en voyant Hermione, les bras croisés, un air de défi sur le visage.

« Miss Granger. Je dois dire que vous avez un don particulier pour les situations… mouvementées. »

Hermione ne se laissa pas distraire.

Elle le fixa droit dans les yeux.

« Je veux que vous arrêtiez Ron. »

Dumbledore cligna des paupières, légèrement surpris par son ton.

« L'arrêter ? Et pourquoi donc ? »

Elle serra les poings.

« Parce qu'il va se faire tuer ! »

Elle fit un pas vers le directeur, la colère grondant dans sa voix.

« Vous savez que Jedusor l'a dans son viseur. Ses partisans l'ont attaqué ! Ils veulent l'attirer vers eux, et Ron tombe dans leur piège en pensant qu'il peut tous les arrêter seul ! »

Ses yeux se mirent à briller de frustration.

« Je refuse de le laisser faire ! »

Dumbledore posa son regard bienveillant sur elle, puis sur Tonks.

Puis, il hocha lentement la tête.

« Vous avez raison, Miss Granger. »

Il fit un mouvement fluide avec sa baguette.

« J'appelle immédiatement McGonagall et Ronald. Il est temps de réfléchir ensemble. »

Quelques minutes plus tard, un craquement sonore retentit dans le salon des Granger.

McGonagall apparut d'abord, l'air visiblement stressé.

Et juste derrière elle…

Ron.

Hermione sentit son cœur bondir en le voyant.

Mais elle ne laissa pas ses émotions la trahir.

Ron, lui, n'eut pas le temps de parler.

Hermione croisa les bras et le foudroya du regard.

« On peut savoir à quoi tu joues ?! »

Ron se tendit immédiatement.

Il lança un regard accusateur à Dumbledore.

« Vous auriez pu me laisser partir sans prévenir tout le monde. »

Mais le directeur garda son sourire énigmatique.

« Oh, Ronald, vous devriez savoir que Miss Granger ne prend pas 'non' pour une réponse. »

McGonagall, elle, n'était pas d'humeur à plaisanter.

Elle posa une main ferme sur l'épaule de son filleul.

« Ronald, qu'est-ce qui t'a pris ? »

Il serra la mâchoire.

« Je voulais juste… agir. »

Dumbledore s'assit dans le fauteuil le plus proche et joignit ses mains sous son menton.

« Donc, si je résume, vous aviez décidé de traquer Tom Jedusor et ses partisans seul. »

Ron se contenta d'un hochement de tête.

« Et votre plan ? » demanda-t-il avec curiosité.

Ron baissa les yeux.

Il n'avait pas de plan.

Dumbledore sourit doucement.

« Voilà qui est problématique. »

Hermione attrapa la main de Ron et la serra fortement.

Il releva les yeux vers elle, surpris.

Elle murmura, plus doucement cette fois :

« Tu n'es pas seul, Ron. Tu ne dois pas l'être. »

McGonagall hocha la tête.

« Nous devons trouver une autre solution. »

Dumbledore se pencha légèrement en avant, son regard pétillant d'intelligence.

« Et si, au lieu d'affronter Jedusor de front… nous faisions en sorte qu'il ne voie jamais venir ce qui l'attend ? »

Ron haussa un sourcil.

« Comment ça ? »

Dumbledore sourit.

« Nous devons l'attaquer dans l'ombre. »

Il se tourna vers McGonagall et Tonks.

« Si nous voulons neutraliser Tom Jedusor, il nous faut d'abord identifier ses alliés, ses soutiens, ses moyens d'action. »

Il reposa ses yeux sur Ron.

« Et qui mieux que vous, Ronald, pourrait infiltrer les lieux où il gagne du pouvoir ? »

Ron se figea.

McGonagall, horrifiée, s'exclama :

« Vous voulez envoyer mon filleul en infiltration ?! »

Dumbledore tapota doucement l'accoudoir de son fauteuil.

« Je veux qu'il soit là où nous avons besoin de lui, sans se jeter aveuglément dans la gueule du loup. »

Il tourna la tête vers Ron.

« Si nous nous organisons, nous pouvons détruire Jedusor avant même qu'il ne comprenne que nous sommes sur ses traces. »

Ron posa un regard incertain sur Hermione.

Elle ne voulait pas qu'il parte.

Mais au fond de ses yeux, il vit autre chose.

Elle voulait se battre avec lui.

Et il comprit.

Il n'avait pas à choisir entre son amour pour elle et son combat contre Jedusor.

Parce que c'était la même chose.

Il prit une grande inspiration.

Puis, il hocha la tête.

« D'accord. »

Hermione se détendit légèrement.

Il n'allait plus partir seul.

Et c'était tout ce qui comptait.

Dumbledore sourit.

La guerre dans l'ombre venait de commencer.