Recherches et retrouvailles
Tout semblait habituel au pied du Yomotsu Hira: la file interminable de défunts qui se dirigeaient vers le puits.
Aucune cosmo énergie particulière n'était perceptible que ce soit celle d' un spectre ou d'un saint d'Athèna. Évidemment, c'était presque imperceptible, mais quand on était le précédent chevalier du cancer et qu'on avait survécu à une guerre sainte, c'était quelque peu différent.
Sage soupira de déception. Ça aurait été trop beau si les âmes avaient pu demeurer dans ce royaume, mais manifestement quelqu'un doté d'un grand pouvoir avait eu d'autres projets.
L'autre gros problème restait aussi le temps. Comment renvoyer des visiteurs du futur dans l'époque qui était la leur? Bien sur, il y avait les portes dimensionnelles, mais le résultat resterait bien trop aléatoire. Impossible de savoir si on arriverait précisément à l'époque que l'on désirait atteindre.
Et Chronos pourrait poursuivre de son courroux de ceux qui se permettraient de dépasser les bornes.
Revenant à ses réflexions premières Sage chercha à nouveau des traces en se demandant à nouveau comment un tel événement avait pu se produire.
Et dans quel but? Égoïste? Une cause au service d'une divinité? Par simple envie de revanche? Impossible à dire.
Quoi qu'il en soit, même si ils étaient tous de retour et que la Guerre Sainte avait pris fin, ça ne signifiait pas qu'ils ne devraient pas continuer à être sur leurs gardes.
Après tout Poséidon ou Arès étaient on ne peut plus capables de mener un assaut contre le Sanctuaire… Ce serait du tout cuit sans la présence de leur déesse.
«Il n'est pas encore question de songer à te retirer de la scène Sage… On ne sait pas ce qui peut nous arriver et le Sanctuaire aura besoin de capable de prendre les bonnes décisions rapidement.
Je ne sais pas si je suis un bon ou un mauvais pope, j'ai essayé de faire au mieux toutes ces années. Et je continuerai quoi qu'il arrive! Il est hors de question de tant d'autres saints tombent inutilement au combat.»
Conscient que ses recherches étaient vaines, l'ancien saint du cancer quitta les lieux sous forme de lueur bleue
Dans la salle du Grand Pope, Hakurei et Manigoldo virent l'âme de Sage regagner son corps.
- Vous auriez quand même pu me laisser vous accompagner, maître, ronchonna Manigoldo.
- Au vu de ce qui se passe, tu ne perdais pas franchement grand-chose, mon jeune disciple.
- Bref, nous sommes dans de beaux draps, et on ne peut rien changer, résuma Hakurei.
- Tout de même, c'est vraiment pour ces trois là que c'est le pire! Je trouve ça terrifiant, franchement: perdus dans une époque et un corps qui ne sont pas les leurs.
Et cerise sur le gâteau, aucun espoir de réparer la situation. Bah, ajouta il ils vont pt'être trouver une solution pour tenir.
Sage ne pût s'empêcher de sourire, c'était bien son disciple dans toute sa splendeur! Il était secoué par la situation lui aussi, pensait à ces naufragés du temps, mais préférait les laisser gérer ce qu'ils vivaient par eux mêmes.
Tout ce que nous pouvons faire, se dit il, c'est de faire en sorte que saints du présent et du passé réussissent à s'entendre et être capables de travailler ensemble.
Rien ne laisser présager que la paix serait durable, et il y avait tant de choses à reconstruire dans ce lieu que lui et son frère chérissaient depuis tant de temps.
Angleterre, manoir des Walden
Pandore observa les gouttes de pluies glisser sur la vitre de sa chambre avec un sourire amer. Si seulement elles pouvaient effacer la pourriture si facilement…
Vivre à nouveau en tant que vulgaire humaine, presque comme une chienne selon ses propres mots, voilà à quoi elle en était à nouveau réduite.
Sa seule consolation était de ne plus être le jouet du destin. De ne plus avoir quelque chose de précieux qui lui serait volé la laissant pleurer toutes les larmes de son corps.
Après trois longues semaines d'errance, ne parvenant pas à trouver un endroit où on veuille d'elle, elle avait échoué en Angleterre à bout de forces.
A chaque fois, on la traitait comme une pestiférée, une étrangère dangereuse qui n'avait pas sa place dans aucun village ou endroit où elle tentait sa chance.
Jusqu'à ce qu'elle tombe dans ce manoir à bout de forces, avec Cheshire sous une pluie battante. Et qu'une gamine à peine plus âgée que cette peste d' Athèna lui ouvre la porte, lui offre le gîte et le couvert sans rien exiger en retour.
Ça faisait à présent deux semaines qu'elle avait trouvé ce refuge et cherchait à réfréner sa rage.
Le carillon de la pendule venait de sonner huit heures, le breakfast devait à présent être servi. Et la maîtresse de maison était très à cheval sur la ponctualité.
- Bonjour Pandore, comment allez vous ce matin?
Chris s'était levée pour l'accueillir. Le jeune fille avait pris quelques centimètres, ses robes étaient plus simples, avec des coupes d'adulte à présent. Ses longs cheveux argentés étaient retenus en tresses repliées, ornés d'un simple ruban bleu foncé.
Elle n'était plus la jeune fille timorée refusant de faire face qu'elle avait été il y a deux ans de cela. Elle avait appris à vivre dans la solitude, sans plus personne à ses côtés à cause de ce maudit surplis.
Pandore ignora cette inutile futilité, et la salua d'un froid signe de tête.
Elle lui en voulait de ne pas avoir osé accomplir son devoir de spectre, de lui avoir tourné le dos à elle et au seigneur Hadès quand elle avait appris la vérité.
Ivre de colère elle avait tenté de la gifler la traitant de lâche et de sale traîtresse.
Si Chris avait reçu la première gifle, elle refusa de rester passive.
Elle lui répondit froidement que comme tous étaient morts dans d'atroces souffrances, elle préférait de loin avoir fait son choix. Surtout si, avait elle ajouté, cette folie absurde se répéterait dans futur. Et que c'était un énorme gâchis.
Mine de rien, songea Pandore en étalant distraitement de la marmelade sur son toast, Chris n'avait pas tout à fait tort. Depuis le début de cette guerre, les drames s'étaient enchaînés sans discontinuer.
Un énorme gâchis en effet. Surtout avec le sacrifice de Rhadamanthe, qui l'avait soutenu jusqu'au bout, coûte que coûte.
La douleur de ce souvenir lui fit reposer sa tasse avec violence dans la soucoupe.
- Je continue à voir ce monde de la couleur des cendres! J'ai presque l'impression que même ce que je mange a un goût de cendres!
Elle avait craché ces mots sur un ton chargé de rancœur. Chris l'observa un bref instant acheva ses œufs brouillés avant de se lancer:
- Quoi de plus normal, après tout ce temps passé à voir ainsi le monde? Mais peut être que petit à petit, vous le reverrez de façon différente. Rien ne changera si nous nous morfondons sur nous mêmes.
Ces paroles avaient été prononcées sur un ton plus aimable, un réconfort vain peut être mais un réconfort. Chris avait le sentiment que finalement toutes les deux se ressemblaient pas mal de par leur solitude forcée. Toutes deux ayant perdu des personnes à qui elles tenaient tant, connaissant la même douleur. Au final toutes deux même si elles s'apprivoisaient à peine étaient mieux placées que quiconque pour se comprendre.
Jamais elle n'aurait pensé qu'après avoir tout perdu, sa sœur Ursula s'était empoisonnée. Elle avait préféré mettre fin à ces jours que de subir d'après ses propres mots « de la pitié»
Cependant, Chris avait décidé d'aller de l'avant et de prouver qu'elle était bel et bien la nouvelle chef de l'illustre famille Walden.
Repensant aux lettres auxquelles elle aurait à répondre, elle se leva de table. A ce même moment, tremblant et feulant à cause de la pluie Cheshire fit irruption dans la salle à manger.
- Pfoaaaaah! Quel sale temps! Da.. Dames Chris, Pandore, il il se passe quelque chose d'incroyable! C'est à peine possible et…
- Cesse de brailler stupidement Cheshire, ordonna sèchement l'ancienne commandante, ce qui le figea sur place. Si tu ne sais pas t'exprimer, alors amène nous sur les lieux!
Entre les buissons et les arceaux de la roseraie, se tenait quelqu'un de familier. De bien trop familier, était ce encore un rêve ou un mauvais tour?
-Non… Non ce n'est pas possible. Pas toi, tu n'existes plus, murmura Pandore en refusant de s'approcher du jeune homme blond. J'en ai plus qu'assez! Combien de temps serai - je à nouveau ballottée sans connaître la vérité, n'étant qu'un simple pion?!
Disparais de ma vue et laissez moi en paix! Tous! Tous autant que vous êtes hurla la jeune femme qui se mit à trembler.
- Si c'est une mauvaise blague, elle est d'un très mauvais goût. Qui vous donne le droit de vous faire passer pour mon cousin et de mettre un pied sur cette propriété, demanda Chris.
Elle aussi n'en menait pas large et fit appel à ses souvenirs avec Aspros pour être la plus faible et la plus déterminée possible.
-Qu'est ce que vous ne comprenez pas? Partez d'ici! Ordonna elle à nouveau. A sa grande surprise, l'inconnu esquissa un sourire.
-Qui aurait cru que tu oserais me tenir tête de la sorte alors que tu te recroquevillais quand Ursula haussait le ton sur toi? Tu as changé, Chris.
La concernée se pinça le bras, mais ce n'était pas un rêve. Qu'est ce que cela signifiait? Son cousin était il finalement bel et bien de retour? Ce dernier s'agenouilla respectueusement devant Pandore.
- Dame Pandore, je suis content que vous soyez saine et sauve et que rien de fâcheux ne vous soit arrivé.
-Rhadamanthe, c'est impossible! Impossible! Je me souviens de tout, de ton dernier geste qui a été de me renvoyer sur terre. Tu étais alors…
- Aussi bizarre soit il, je suis tout ce qu'il y a de plus vivant Dame Pandore. Je ne saurais l'expliquer, tout comme le fait que je vous retrouve ici sur mes terres.
-Tu veux dire que Chris et toi êtes, elle les regarda successivement avant de deviner.
De le voir devant elle lui causa la même angoisse et le même soulagement que quand Partita était réapparue devant elle. Pouvait elle lui faire à nouveau confiance?
- Vous ne devriez pas rester sous cette pluie battante, ni l'une ni l'autre, à moins de vouloir tomber malade.
Ce fûrent ces mots qui eurent raison des barrières de Pandore.
Celle ci se jeta dans ses bras en laissant couler ses larmes.
-Idiot va! Tu es toujours le même! A t'inquiéter pour les autres et pas pour toi même. Et tu es à nouveau à mes côtés, comme tu l'avais fait….
Et j'en suis touchée…
Si au moins elle avait été victime de cet amour à sens unique pour le seigneur Hadès, avait été déçue par Alone, cette relation était tout autre chose. Il l'avait toujours soutenu, secondé quoi qu'il arrive, par obligation certes, sans réelle affection, mais elle pouvait sans l'ombre d'un doute lui faire confiance.
Mieux valait se contenter de ce qui restait, et d'une solide relation bâtie sur la confiance et le respect qu'une déception due à un amour à sens unique.
Ils se retrouvèrent tous les trois dans une étreinte bienvenue. Les questions attendraient, pour le moment, ils préféraient savourer ce moment unique et précieux de retrouvailles
Le Sanctuaire
L'endroit semblait encore plus que jamais intemporel: les bâtiments étaient aux mêmes places qu'à son époque, pareil pour les colonnes et le lieu de réunion.
Comment pourrait on penser qu'il s'agisse du 18 eme siècle?
Les seules infimes différences permettant de prouver le contraire étaient les bâtiments en ruines, les armures à réparer et les nombreuses personnes à l'infirmerie.
Kanon laissa son regard errer vers l'horizon dans la direction du Cap Sounion.
Dire qu'ici ce n'était qu'un simple lieu qui n'avait jamais fait partie de sa vie. Tout comme le Sanctuaire de Poséidon et les Marinas.
Dire qu'il était prisonnier d'un corps qui n'était pas le sien et qu'il ne savait que peu de choses, sur celui qui devait être à SON époque.
Mais de ce qu'il avait appris, il avait eu du mal à ne pas le juger trop négativement.
Comment diable ce type avait il pu ainsi faire preuve de résignation et rester cantonné ainsi dans l'ombre? Ne rien avoir à en foutre de se faire piétiner, et ne pas mettre les choses au point une fois pour toutes?
Il avait quand même eu un sacré cran, oser affronter à deux reprises son frère…
Rien qu'en repensant à son bref affrontement avec Saga dans la maison des Gémeaux, il en gardait un souvenir amer.
Sacré coup de bol que ça n'ait pas duré trop longtemps.
Saga… Que devait il éprouver en ce moment? Était il désespéré? Inquiet? Cherchait il lui aussi une solution? Regrettait il de ne pas pouvoir se revoir?
Perdu dans ses réflexions et pas encore au mieux de sa forme, il ne vit pas le coup et se retrouva au sol. Trois gardes le fusillaient du regard décidés à lui faire passer un sale quart d'heure.
-La résurrection n' a pas eu que des bons cotés. Décidément tu es trop coriace Deutéros et toujours autant indésirable. Tu devrais pourtant savoir qu'il n'y a rien de bon en toi.
On peut régler ça tout de suite!
Kanon se retrouva acculé contre un mur incapable de se défendre à cause de la main qui plaquait sa gorge. Génial, il ne manquait vraiment plus que ça…
Quand un CA SUFFIT! retentit d'une voix forte.
Aspros fit son apparition, particulièrement remonté et se dirigea d'un pas furieux vers les trois fumiers. Un peu plus loin, Sage le talonnait, désireux de savoir ce qui se passe.
- Y en a qui sont toujours aussi stupides ma parole! Vous êtes incapables de savoir qui est vraiment né sous une mauvaise étoile! Comme moi! Moi qui ait tenté d'assassiner le Grand Pope, trahi le Sanctuaire! Et je vous laisserai pas plus longtemps vous en prendre à un innocent!
Prêt à leur rendre les coups, Aspros se mit en garde quand Sage le rappela à l'ordre.
-Je ne tolérerai pas plus longtemps cette violence gratuite et injustifiée! De quel droit vous permettez vous de persécuter injustement cet homme? Comment osez vous vos prétendre dignes de servir Athéna en vous abaissant à de pareilles bassesses?
Disparaissez immédiatement de ma vue, ou alors je peux vous envoyer méditer une heure ou deux au Yomotsu Hira, ajouta il.
Les crapules s'excusèrent rapidement avant de détaler.
- Est ce que ça va, s'enquit Aspros.
- Je suis censé vous remercier? Demanda Kanon avec sarcasme.
- Sûrement pas, soupira Sage. Je reconnais qu'à cause de mes obligations de Pope, les préparatifs de la Guerre Sainte, je n'ai pas su me pencher sur ce qu'avait vécu Deutéros. Je n'ai jamais été avisé de toutes les brimades, les persécutions qu'il a subi car ce n'était pas une priorité absolue. Je suis donc aussi fautif et je ne veux plus que cette loi absurde continue à être appliquée tant que j'occuperai cette fonction!
Beaucoup en ont déjà bien trop souffert, comme toi, sans doute Kanon.
Décidément, songea le concerné, ce type était vraiment très différent de cet incapable de Shion et semblait vraiment faire attention à n'importe qui. Qu'il soit Silver Saint, Gold saint, apprenti ou gold.
Si un jour ou l'autre le Sanctuaire de cette époque était en danger, il serait fier de le défendre. Cet homme méritait qu'on le suive.
- Demain, nous nous réunirons aux arènes, pour des annonces officielles, vers 10 heures. A présent, je vous souhaite une bonne journée.
A présent seuls, Aspros et Kanon se regardèrent un moment en chien de faïence.
- Ce n'est pas la gratitude qui t'étouffe, il faut bien l'admettre.
- Regardez donc qui se permet de faire la morale aux autres! Tu ne manques pas d'air toi! Après ce que tu as fait il y a peu… Quoique vu mes conneries je suis mal placé pour te critiquer.
Mais sache une chose: ce n'est pas parce que ton frère semblait tout supporter sans broncher et t'admirer que je ferai de même!
Je ne suis pas comme lui. Parfois je me dis qu'il devait quand même être une crème!
Une dernière question: pourquoi as tu fais ça?
- J'en avais plus qu'assez d'avoir vu ce genre de scènes par le passé, sans que ça s'arrête, et de voir Deutéros en pâtir!
Crois ce que tu veux, ça m'est égal, mais à présent, je ne veux plus rester inactif et me conduire comme j'aurais du le faire! C'est à dire en grand frère attentif.
Et je te redis ce que tu m'as sorti: je ne suis pas non plus comme ce Saga…
Deutéros, ajouta il pour lui même. Je me demande comment il va…
-Il sera peut être bien tombé. Mon frère n'est pas une enflure entièrement mauvaise. Il peut savoir se montrer gentil comme il veut.
Avant que cette conversation ne débouche sur de mauvais souvenirs, ou de grosses douleurs le silence s'installa. Puis Sisyphe et Aiolia les rejoignirent. De toute évidence, Sisyphe se faisait aussi du soucis pour lui et n'aimait pas le laisser seul avec Aspros. Ce qui en soi était assez sensé.
A suivre
