Bonjour tout le monde!

Bon, si vous êtes toujours ici, c'est que ce chapitre deux ne vous a pas trop rebutés. Et vous savez quoi? Vous mériteriez une médaille, pour ça! Parce que j'ai fait une erreur, quand j'ai envoyé le chapitre deux à Marina, pour publication: j'ai oublié d'y inclure un morceau du chapitre! Pour ceux qui ont lu le chapitre dès sa publication, sachez qu'il vous manque un pan de l'histoire! Bon. Pas grand-chose en substance. Mais tout de même. Ça donne un peu plus de contexte. Donc, avant de lire ce chapitre trois, je ne saurais que trop vous conseiller de jeter un œil au chapitre deux. Normalement, ça y est, l'erreur est résolue.

Désolée pour ce problème! Et bonne lecture!:)


PARTIE III

Il y eut, de l'autre côté du bureau, un soupir ennuyé. Et le biographe de Sherlock croisa les bras dans une inconsciente posture d'auto-défense.

- Honnêtement, Mycroft, je pense qu'au final, c'est une mauvaise idée. Vous donnez déjà l'impression d'avoir été secoué par notre conversation. Ce serait peut-être mieux de s'en tenir là pour aujourd'hui.

- Si vous avez un problème réel et que ce problème concerne mon frère, je serai tout à fait en mesure de vous aider, si c'est dans mes cordes, assura-t-il.

Les bras toujours croisés, John détourna la tête et la hocha, une étrange grimace aux lèvres. Il sembla hésiter un moment. Moment que Mycroft respecta. C'était qu'il commençait à bien cerner le bonhomme, désormais…

- Bon, d'accord, grommela John. On va essayer… (Il prit une inspiration.) Le problème, comme je vous le disais… C'est au sujet de notre voyage de noces.

Mycroft hocha la tête; John avait dit quelque chose comme ça, oui, quand il était arrivé dans la pièce. Mais tant d'informations avaient été échangées durant leur conversation… qu'il avait occulté celle-ci – et s'en voulut pour cela.

- Votre voyage, oui, répéta-t-il en tentant d'oublier le malaise que pouvait représenter l'image de son frère cadet en voyage de noces. Eh bien? Vous n'arrivez pas à vous mettre d'accord sur la destination? A réserver les bill-…

- La destination, oui, coupa précipitamment John.

Oh. Et à voir la tête qu'il faisait à cet instant, il comprit que c'était vraiment ICI que résidait le cœur du problème. Le médecin se perdit dans ses pensées, le regard dans le vague. Et les poings serrés. Levant un sourcil, Mycroft relança:

- John, peut-être pourriez-v-…

- A chaque fois que je propose une destination, Sherlock la refuse en me sortant des arguments bidons! Figurez-vous que…

John Watson lui avait encore coupé la parole. C'était une chose très grossière et Mycroft n'appréciait pas qu'on interrompe ses idées – brillantes. Sans se rendre compte de ce qu'il avait fait, l'homme continuait:

- …même chose pour l'Egypte, où il m'a dit que les pyramides de Gyzeh n'avaient plus rien d'extraordinaires depuis que des chiens errants leur avaient volé la vedette. Et qu'en plus, il n'aimait pas les pays sableux parce que dans le désert, on finit toujours par avoir du sable dans les yeux. Et après ça, Sherlock a complètement dérivé et m'a montré son brouillon de future publication sur le classement des différents types de sables en fonction de… de leur granulométrie, de leur composition bactérienne et…. (Il soupira brièvement.) et je n'ai pas tout retenu.

Mycroft soupira. Oh, oui. Il n'y avait bien que quelques fanatiques extrêmes, ainsi qu'une poignée de savants très spécialisés, pour lire et apprécier le blog de Sherlock. Et leur mère, aussi. Qui appartenait au deux catégories précédemment nommées. D'ailleurs, Mère ne manquait jamais de poser un gentil et mièvre commentaire encourageant en-dessous de chaque article. Quelque chose comme «Super mon chéri, très bien documenté! Biz, Maman». Il hocha la tête, en pleine réflexion:

- Hum… Sherlock ferait bien de ne pas publier ce brouillon. Il y a ce scientifique français, Le Ribault, qui avait déjà publié plusieurs travaux sur la composition des différents sables de la planète, il y a de cela plusieurs décennies. Cela ferait redite, et ça nuirait à votre… image de marque.

Son propre raisonnement lui tira un gloussement. Mais John, lui, ne gloussa pas. Il se racla la gorge et renifla:

- Vous êtes sérieux, là? demanda-t-il.

(Aujourd'hui, Mycroft avait une assez grande connaissance de l'esprit humain pour comprendre que lorsque quelqu'un lui posait cette question, il ne fallait jamais répondre au premier degré.)

- Pardon, soupira-t-il. L'Egypte, donc, est exclue. Pourquoi pas le climat opposé? Par exemple, la Scandina-…

- «HA! John Watson! Pour mon voyage de noces, hors de question que je mette un pied dans un pays où les nuits sont si longues!» clama le médecin.

Par tous les saints… Est-ce qu'il vient d'essayer d'imiter Sherlock?

- Le Brésil?

- Là, c'est ma faute. J'ai mis un véto sur les pays d'Amérique du Sud. La tentation des stupéfiants, vous savez…

- Hum… Peut-être une sage décision, effectivement. Le Japon?

Un raclement de gorge retentit. Puis:

- «Non, John, pas le Japon. Ils savent très bien ce qu'ils ont fait.»

Mycroft leva un sourcil et John secoua la tête:

- Non, non, je n'en sais pas plus à ce sujet. (Il laissa couler un instant.) Et quand je lui demande s'il veut aller en France, il me répond que non, c'est trop ressemblant à chez nous et que ça n'a aucun intérêt. Et selon lui, en Australie, il y a trop d'animaux dangereux et trop de toxines à catégoriser dans son fichu blog, et qu'il n'a pas envie de perdre son temps à faire ça pour le moment.

Sentant poindre une migraine, Mycroft croqua dans un nouveau biscuit. L'inspiration lui vint et, pour être sûr, il demanda:

- Rassurez-moi, John. Vous n'avez pas parlé de l'Ecosse, pas vrai?

- Non, vous pensez bien. Je sais bien qu'il est très frustré par… l'affaire Nessie.

Soulagé malgré lui, Mycroft émit un doux soupir. Avoir échoué à capturer une créature légendaire constituait la grande frustration du Sherlock de quatre ans. Les résultats étaient là aujourd'hui; les séjours en Ecosse, se faisaient en cas d'enquête uniquement. Ils y étaient courts, grognons et amers.

Je n'arrive pas à croire que je suis en train de me mettre en retard dans ma journée pour avoir ce genre de conversations… songea-t-il en regardant John Watson. Et étrangement, le médecin dardait sur lui un regard qui pouvait signifier qu'il suivait le même cheminement de pensées. John devait être sacrément désespéré, pour en venir à faire appel à Mycroft.

- Et lui, John? Est-il force de propositions, pour vos séjours?

Il était clair que si Sherlock ne proposait rien du tout, ce serait mauvais signe quant à la réelle motivation de son frère au sujet de ce mariage…

- Ah, mais bien sûr! s'écria John en écartant les bras. Tenez, il y a trois jours, il est venu me voir… (Il se racla la gorge et tenta une nouvelle pathétique imitation.) «La BIRMANIE, John Watson! Je n'ai jamais visité la Birmanie! Le plus beau pays du monde!» Alors, comme à chaque fois, j'ai commencé à réunir des informations sur le pays, la localisation de sites touristiques pas trop fréquentés MAIS intéressants. Quelque chose d'historique, avec des échappées nature, des-…

- S'il vous plaît, venez-en au fait, coupa Mycroft.

- Et donc, hier matin, la première phrase qu'il me sort au réveil, c'est «La Birmanie, mais quelle perte de temps, John! Il n'y a RIEN, là-bas! Tout a déjà été découvert!» Et maintenant, il nie avoir eu un jour l'idée d'y aller. Et il m'a fait ça pour Hawaï! La Nouvelle-Zélande! Et j'en passe! Je… Je n'en peux plus, Mycroft…

Si John n'avait pas l'air d'être autant à bout moralement, l'interpellé lui aurait sorti une petite phrase piquante sur les règles du mariage et «pour le meilleur et pour le pire». Mais il s'abstint. Six mois. D'après John, leur mariage avait duré déjà six mois. Et rien que pour cela, Mycroft devait reconnaître au médecin beaucoup de cran et de ténacité. Il songea qu'il n'échapperait pas à une petite conversation avec Sherlock. Un petit rappel, de frère à frère, qu'il était bon de ménager un peu les rares alliés à le connaître réellement, et à le supporter – surtout lorsque les alliés en questions devenaient intimes…

Ce conseil-là, Mycroft aurait aimé qu'on le lui donne, quelques années plus tôt. Cela lui aurait sans doute évité de se retrouver si isolé aujourd'hui… Pas qu'il s'en plaignait, cela dit. Sherlock, comme à chaque fois, n'écouterait ce qu'il voudrait entendre. Mais au moins, Mycroft aurait fait sa part de son sacro-saint «rôle d'aîné» – Mère en serait enchantée.

Il reporta son attention sur John, qui semblait se calmer en mâchonnant un gâteau dans un bruit sableux. Son cerveau fonctionnait à plein régime.

- John, de vous à moi: pensez-vous que Sherlock ait vraiment envie de partir en voyage?

- Oui. Il me dit sans arrêt que ça lui ferait du bien de visiter d'autres pays, de se heurter à d'autres cultures. Apparemment, il doit vérifier quelque chose au sujet de la comparaison des tanins des différents thés qu'on trouve partout sur la planète… et où qu'on aille, il en profite pour récolter des échantillons.

Tieeeeens… Maintenant que Mycroft y pensait, cela expliquait donc certainement la raison qui avait poussé Sherlock à retourner leur faire visiter l'arrière de ce restaurant pakistanais, la dernière fois que Mycroft avait fait l'erreur de l'inviter à manger en extérieur… L'homme gloussa en se remémorant le souvenir de son frère et lui, forçant la serrure de la porte de service du restaurant, et fouillant dans toutes les boîtes à thé, en pleine nuit… A bien y réfléchir, Sherlock, cette nuit-là, avait invoqué le besoin de 'vérifier quelque chose qui pourrait être dangereux'… Quel sale gosse il était…

- Je pense qu'il a vraiment envie de partir, Mycroft. Mais d'un autre côté…

- La peur de l'engagement? devina-t-il.

- Non… Plutôt… La peur de laisser Londres et l'Angleterre trop longtemps. Il m'en parle souvent.

Oh. C'était logique. Des fous de la trempe de Moriarty pouvaient surgir de n'importe où. Et Sherlock, même s'il le niait farouchement, devait un peu se sentir comme le héros de ces comics américains qu'il adorait lire quand il était petit. Le justicier britannique – superpouvoirs et collants colorés en moins. Mais de là à ce que cet engagement pour leur pays devienne un frein à son propre bonheur… Ah, c'étaient beaucoup d'ennuis pour bien peu de choses, au final!

Ce qu'il faudrait à ces deux-là, songea-t-il, ce serait donc un séjour divertissant et dépaysant, afin de leur offrir de bons souvenirs à se remémorer lors des coups durs. Tout en évitant les endroits trop barbants. Et sans s'éloigner trop de l'Angleterre… Comme à chaque fois qu'il réfléchissait à son bureau, il posa le menton sur ses mains croisées. Dans l'esprit de Mycroft, des dizaines de plans se dessinaient et s'effondraient à toute vitesse, s'entrecoupant avec les souvenirs de ses propres voyages. Le globe entier y passait.

Un détail le chiffonna:

- Pour la petite, vous auriez de quoi la faire garder? grogna-t-il.

- Oui, oui. Entre la famille et les amis proches, ce n'est pas un problème.

Bien. Cela resserrait l'entonnoir à environ cent-trente-cinq destinations… Une idée vint alors à Mycroft. Et comme toujours, elle était excellente. Si John Watson la validait, cela pourrait prendre Sherlock à son propre jeu… Il tendit les bras et alluma une session visiteur de «The Heart»…

- Bien, John, avec ce que vous m'avez dit, je pense avoir trouvé un endroit dépaysant pour votre voyage de noces… Connaissant Sherlock, mon idée va lui plaire. Mais, John, sachez une chose; ce sera à vous de prendre les devants.

- Mycroft, si vous pouviez me proposer une seule idée qui ne serait pas rejetée par votre frère dans la seconde, croyez-moi, je suis prêt à l'entendre.

- Je pense que ce n'est pas seulement une bonne idée. Je pense que c'est la bonne idée. Mais auparavant, dites-moiune chose : est-ce que vous êtes à jour dans vos vaccins?